Charles III le Gros

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Charles et Gros.
Charles III le Gros
Sceau de Charles III le gros, IXe siècle. Bayerisches Nationalmuseum, Munich.
Sceau de Charles III le gros, IXe siècle. Bayerisches Nationalmuseum, Munich.
Titre
Empereur d'Occident

(&&&&&&&&&&&024536 ans, 8 mois et 19 jours)
Couronnement
Prédécesseur Charles II le Chauve
Successeur Guy III de Spolète
Co-roi de Francie orientale puis
Roi de Francie orientale
876
Monarque Charles II
Prédécesseur Louis II
Successeur Arnulf de Carinthie
Régent de Francie occidentale
Prédécesseur Carloman II (879-884)
Successeur Eudes
Biographie
Titre complet Empereur d'Occident
Régent de Francie occidentale
Roi de Francie orientale
Roi d'Italie (879-897)
Dynastie Carolingiens
Date de naissance 839
Date de décès
Lieu de décès Neudingen
Père Louis II le Germanique
Mère Emma de Bavière
Conjoint Richarde de Souabe
ill.. X
Enfant(s) Bernard (?-† 891)
Héritier Charles III

Charles III[1] dit le Gros (né en 839 et mort le 13 janvier 888 à Neudingen) est un prince et souverain carolingien. Par captation inopinée de l'héritage de ses frères aînés Carloman et Louis, ce troisième fils de Louis le Germanique, qui a charge de l'Alémanie à la mort de son père, devient un puissant roi de Francie jusqu'à sa destitution de Tribor en 887 et empereur d'Occident de 881 à sa mort en 888. Les historiens distinguent l'accumulation de charges royales, d'abord roi d'Italie en 879, puis pleinement roi de Francie orientale en 882 en même temps que roi de Lotharingie, enfin après la mort du roi Carloman, fils du roi Louis le Bègue et l'appel des aristocrates neustriens, roi ou régent de Francie occidentale en 885.

Charles le Gros est le dernier souverain carolingien à avoir réuni sous son sceptre après 884 l'ensemble de la Francie. Incapable de restaurer ordre, paix et justice autrement que par la force brutale ou la férocité sanguinaire, l'empereur tourmenté par l'absence d'héritier légitime et une santé mentale défaillante est destitué en 887 de toutes ces fonctions royales, à l'exception de la dignité impériale d'obédience papale, par une diète des grands dignitaires. Cet homme médiocre, se révélant aussi faible d'esprit que de corps, a été inhumé selon ses vœux de jeunesse au monastère de Reichenau situé sur une île du lac de Constance.

Destin impérial d'un prince carolingien et déchéance[modifier | modifier le code]

Empire carolingien en 880.svg

Lors du partage de Francfort de 865 Charles reçoit l'Alémanie, c'est-à-dire la Souabe et la Rhétie[2]. À la mort de son père Louis en 876, Charles, roi d'Alémanie commande l'Alsace, la Souabe, la Rhétie et quelques contrées limitrophes englobées dans l'Alémanie. Il possède la dignité de roi de Francie, mais ses terres sont modestes et il est loin d'être le maître de la Francie orientale.

Charles s'empresse de récupérer l'Italie aux dépens de son frère Carloman. Son autre frère instigateur de la stratégie, Louis le Jeune saisit dans le même temps la Bavière à Carloman. Nommé roi d'Italie en 879, Charles soutient activement son frère Louis le Jeune qui, après avoir défendu en 876 les diocèses de Metz et de Trèves, possession de Louis le Germanique, convoite entre 879 et 880 toute la Lotharingie. Après une victoire décisive sur les héritiers de Louis le Bègue, Louis obtient l'intégralité de la Lotharingie et Charles obtient en récompense des droits sur des terres vosgiennes aux confins de l'Alsace et une partie de la dignité régalienne en Lotharingie.

Une sourde inquiétude gagne cependant les descendants de Charles II le Chauve et de Louis II le Germanique. Ils tiennent un congrès de paix à Gondreville à l'été 880 : Louis III et Carloman, les fils de Louis le Bègue, Charles le Gros et les représentants de Louis le Jeune. Ils s'alarment de l'insécurité croissante causée par les Normands, ils décident de mettre fin de manière conjointe aux révoltes intestines des bâtards et aux dissidences régaliennes, à commencer par l'incroyable émancipation régalienne de Boson et les terribles dévastations en Lotharingie du bâtard de Lothaire II de Lotharingie, Hugues. Au terme de cette rencontre, les congressistes joignent les gestes à la parole, en écrasant ensemble les troupes de Hugues, commandées par son beau-frère Thiébaut.

Charles partage avec Louis le patrimoine familial après le décès en 880 du frère déjà en partie spolié, Carloman et prépare activement son couronnement par le pape en tant qu'empereur d'Occident le . Hugues en perte de soutien donne la main de sa sœur Gisèle, au chef normand Godefrid enrichi, installé sur la Meuse à Elsloo.

En 882, le décès inopiné de son frère Louis III de Germanie porte Charles, unique fils légitime survivant de Louis II le Germanique, à récupérer le patrimoine régalien de la famille, mais il se révèle impuissant à le défendre et le protéger. L'annonce de la mort du roi guerrier, Louis le Jeune attire des bandes normandes par la Meuse, le Rhin et la Moselle. Trèves est prise à la stupéfaction générale. L'archevêque de Trêves, Bertulphe, soucieux de racheter sa fuite, rejoint Wala, bouillant évêque de Metz, et le comte Adalard, mais ils sont vaincus près de Remich, et Wala périt au cours du combat. Les envahisseurs vikings peuvent maintenant ravager la Lorraine. Charles fait front avec une puissante armée, mais il tergiverse et négocie leur éloignement en achetant la paix au lieu de les combattre. Partout désormais, les hommes de guerre rappellent le traité honteux signé avec Godfrid. Accablé par ces rumeurs et l'incapacité du pouvoir à saisir le proscrit bâtard Hugues, Charles rumine une vengeance de longue main : il attire le respectable Godfrid à une entrevue en 885 et le fait tuer. Il piège de même Hugues à Gondreville, le fait arrêter et enfermer dans un monastère après lui avoir fait crever les yeux. Charles restaure son fragile pouvoir en tenant deux grandes assemblées en Lotharingie, à Toul en 885 et à Metz en 886.

Le , Carloman II, roi de Francie occidentale, meurt sans héritiers. Il reste le dernier fils de Louis II le Bègue, Charles, qui est encore enfant. Jugé trop jeune, l'assemblée des aristocrates francs emmenée par Hugues l'Abbé renonce à le proclamer roi et invite l'empereur Charles le Gros à assurer et la tutelle et la direction du royaume. Il n'est pas compté parmi les rois de France, le numéro III qu'il porte désignant son titre d'empereur d'Occident. Pour la Francie occidentale, Charles n'est considéré que régent pendant la minorité de Charles III le Simple[3]. Il ne fut d'ailleurs pas sacré suite à cette élection et c'est en tant qu'empereur et non comme roi de Francie occidentale qu'il gouverna[4].

En juin 885, Charles reçoit le serment d'allégeance des grands vassaux du royaume franc au palais de Ponthion. En prenant cette tutelle, le royaume des Francs ou l'empire de Charlemagne est quasiment reconstitué, à l'exception de la Provence, de la Bourgogne transjurane qui ont fait sécession et de la Bretagne qui a toujours été une marche difficilement contrôlable. Il est possible que Charles ait été couronné rex in Gallia par l'évêque Gilon de Langres, à Grand (Vosges) le 20 mai 885, jour de la fête de l'Ascension[5].

D'octobre 885 à février 886, les Normands envahissent la Neustrie et assiègent Paris. Arrivant de Germanie avec une puissante armée de secours, Charles le Gros reste indécis sur l'action. Il préfère traiter avec les Normands en leur permettant de passer pour mettre à sac la Bourgogne qui est en révolte contre son pouvoir central et en leur payant une rançon de 700 livres d'argent l'année suivante. Ces décisions et son incapacité à alléger les souffrance des résistants parisiens assiégés par une prompte intervention altèrent profondément son prestige royal[6].

Les partisans d'Arnulf, neveu bâtard de l'empereur, partagent désormais l'avis de Robert le Fort sur l'inconstance et l'incompétence de Charles le Gros. Celle-ci s'altère en folie et les grands l'abandonnent.

En novembre 887[7], lors de la diète[8] qu'il avait réunie pour la Saint-Martin (11 novembre) à Tribur[9], non loin de Mayence en Hesse, Charles est déchu de ses titres par des nobles de Francie orientale révoltés, menés par son neveu Arnulf de Carinthie, fils illégitime de Carloman de Bavière disposant d'une flatteuse réputation militaire[10].

Le 29 février 888, les seigneurs de Francie occidentale élisent comme roi le héros du siège de Paris, le comte Eudes, auquel Charles a conféré des honores[11]. La déposition de Charles par les nobles de Francie orientale en novembre 887 n'a pas de conséquence en Francie occidentale[12] (les nobles de Lotharingie ne reconnaissent pas son successeur Arnulf de Carinthie et choisissent Rodolphe Ier de Bourgogne au printemps 888[13]) et c'est sa mort le 13 janvier 888 qui provoque l'élection d'un successeur[14].

Au moment de perdre le pouvoir, Charles est obèse, fou et épileptique après avoir subi en février 887 une trépanation pour soulager ses souffrances[15],[16]. Il meurt, étranglé par ses domestiques selon certains auteurs[17], sans héritier légitime[18] le 13 janvier 888, au cloitre de Neudingen situé en bordure du Danube. Son corps est inhumé au monastère de Reichenau avec tous les honneurs dus à son rang.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Généalogie des Carolingiens.

Il est le troisième fils de Louis II le Germanique et d'Emma de Bavière (v. 808- † 31 janvier 876), fille de Welf Ier et sœur de Judith de Bavière, deuxième épouse de Louis le Pieux, dont il est le petit-fils.

Union et descendance[modifier | modifier le code]

Avec Richarde de Souabe, fille d'un certain comte du palais Erchanger, il n'a pas d'enfant. Toutefois, il est le père de Bernard de Germanie († 891)[19], qu'il a eu avec une concubine de basse extraction et qu'il a tenté de faire légitimer, sans succès devant l'opposition des évêques. À la mort de Boson de Provence en 887, il adopte son fils, Louis, mais Arnulf marche sur Tribur à la tête d'une troupe composée de Bavarois et de Slaves ; Charles se retire à Francfort, tandis que les grands l'abandonnent et reconnaissent Arnulf[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa généalogie sur le site Medieval Lands
  2. Eric Joseph Goldberg Struggle for empire : kingship and conflict under Louis the German, 817-876 Cornell University Press, 2006 (ISBN 0-8014-3890-X et 9780801438905).
  3. Alain de Sancy, Les Ducs de Normandie et les rois de France : 911-1204, Fernand Lanore, 1996, 186 pages, p. 142 (ISBN 978-2-85157-153-3).
  4. Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, P.S.R. éditions, 2004, p. 115.
  5. Simon Maclean, Kingship and politics in the late ninth century - Charles the Fat and the End of the Carolingian Empire, 2003, pp. 126, 127.
  6. Christian Bonnet, Christine Descatoire, Les Carolingiens, 741-987, Armand Colin, 2001, p. 91
  7. Margaret Deanesly, S. M. Guillem, Histoire de l'Europe du haut Moyen Âge, 476 à 911, 1958, p. 405.
  8. Antoine-Étienne-Nicolas Fantin-Desodoards, Histoire de l'Italie depuis la chute de la République romaine, p. 336.
  9. Robert Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923), A. Picard et fils, 1898, p. 484
  10. Christian Bonnet, Christine Descatoire, op.cit., p. 91
  11. B. Schneidmüller, Karolingische Tradition und frühes französisches Königtum. Untersuchungen zur Herrschaftslegitimation der westfränkisch-französischen Monarchie im 10. Jahrhundert, Francfort, 1979, p. 106.
  12. Douard Favre, Eudes, comte de Paris et roi de France (882-898), BiblioBazaar, LLC, 2008, 316 pages, p. 76-89 (ISBN 978-0-559-63493-2).
  13. Flach/ori Anc France V4, Ayer Publishing, p. 265-266 (ISBN 978-0-8337-1147-2).
  14. Christian Bonnet, Christine Descatoire, op.cit., p. 94
  15. Paul Amargier, Une église du renouveau - Réformes et réformateurs, de Charlemagne à Jean Hus, 1998, p. 33.
  16. Georges Bordonove, Michael Bloch Hugues Capet, le fondateur, 1986, p. 51.
  17. Docteur Augustin CabanèsLes morts mystérieuses de l'histoire, volume 1.
  18. Janet Nelson, Charles le chauve, Aubier, 1994, p. 277.
  19. Peter Godman, Roger Collins, Charlemagne's heir: new perspectives on the reign of Louis the Pious (814-840), Clarendon Press, 1990, 738 pages, p. 35.
  20. Bibliothèque de l'École des chartes, vol. 127, parties 1 à 2, Librairie Droz, 1849, p. 250-251 (ISBN 978-2-600-05108-8).

Bibliographie[modifier | modifier le code]