Louis Lépine

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Louis Jean-Baptiste Lépine, né à Lyon le et mort à Paris le , est un avocat et homme politique français, préfet de police, inventeur de la brigade criminelle et du Concours Lépine[1]. Il est également le créateur du musée de la préfecture de police en utilisant les pièces qu'il avait fait réunir pour l'exposition universelle de 1900 et qui présentait déjà cette administration au public.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et études[modifier | modifier le code]

Ce fils d'un « teneur de livres » fait ses études à Lyon, Paris et Heidelberg. Il a un frère ainé, Raphaël Lépine, qui devint par la suite un physiologiste de renom et a connu une belle carrière professionnelle dans le domaine de la médecine expérimentale.

Il termine ses études de droit dans le quartier Latin quand éclate la guerre de 1870 au cours de laquelle il s'illustre et est décoré de la médaille militaire.

Carrière de préfet[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, il devient avocat, avant d'entamer une carrière dans l'administration : sous-préfet de Lapalisse, de Montbrison, de Langres et de Fontainebleau, puis préfet de l'Indre (1885-1886), de la Loire, puis de Seine-et-Oise.

Alors qu'il est préfet de la Loire, le , un coup de grisou au puits de la manufacture coûte la vie à 62 mineurs et jette la consternation dans Saint-Etienne. Il prend place dans la première benne descendue au secours des victimes et parcourt les galeries incendiées empestées encore d’un air toxique. C’est à cette occasion qu’il reçoit la médaille d’or de sauvetage[2].

Louis Lépine gouverneur de l'Algérie.

Après les émeutes de 1893 au Quartier latin, il est nommé préfet de police de Paris, exerçant son autorité sur le département de la Seine. Il crée cette année-là un service centralisé de collecte des objets trouvés. Attaché aux traditions festives de la police parisienne, il fait partie des donateurs pour la restauration de la Promenade du Bœuf Gras en 1896, en versant 200 francs de sa cassette personnelle.

De 1897 à 1899, il effectue une courte parenthèse comme Gouverneur général de l'Algérie, où il doit faire face aux émeutes anti-juives suscitées à l'occasion de l'affaire Dreyfus[3]. Il est rappelé comme préfet de police de la Seine quand Paris connaît les mêmes émeutes.

En 1901, pour lutter contre la crise qui touche les petits fabricants parisiens de jouets et de quincaillerie, il crée un concours-exposition qui deviendra plus tard le concours Lépine.

Louis Lépine et Georges Clemenceau en 1908.

Durant sa carrière de préfet de police, il met en place la permanence dans les commissariats, équipe les gardiens de la paix en 1897 d'un bâton blanc[4] et d'un sifflet à roulette, crée la brigade fluviale ainsi que les brigades cyclistes en 1901 (les hirondelles à moustache avec leur pèlerine)[5] ; fait installer 500 avertisseurs téléphoniques, rouges pour alerter les pompiers, puis pour alerter police-secours ; réorganise la circulation en instaurant les passages piétons, les sens uniques et les sens giratoires et encourage les premiers développements de la police scientifique, crée les chiens sauveteurs, réalise un « coup médiatique » en 1908 en créant les « agents Berlitz » (formés à l'École de langues Berlitz, ils sont chargés de renseigner les touristes, se distinguant de leurs collègues par le port d'un brassard indiquant la langue maîtrisée)[6].

En 1909, il crée le musée de la préfecture de police et les collections historiques de la préfecture de police (archives de la police)[7].

C'est sous son autorité que, le pendant la grève chez Sanyas & Popot, l'agent Gauthier frappe à la tête l'ébéniste Henri Cler (1862-1910), qui décèdera de ses blessures le  ; la mort de ce militant anarchiste provoque, le , une manifestation tournant à l'émeute que la police réprime dans le sang[8].

Louis Lépine en 1912.

Durant la même période, le préfet Lépine, vieillissant (et représenté comme tel par les caricaturistes de presse) et approchant de la retraite, est critiqué par les journaux pour l'insécurité croissante provoquée notamment par les Apaches et la bande à Bonnot. Il parviendra à obtenir une augmentation de son budget de la part du Conseil de Paris afin de créer en 1912 une « Brigade du Chef » (décret du ), section criminelle de la Sûreté de Paris qui deviendra plus tard, la « brigade spéciale criminelle » puis tout simplement, la « brigade criminelle » le pour éviter de la confondre avec les Brigades spéciales des renseignements généraux[9].

Lépine candidat: extrait d'une caricature de L'Humanité du 28 mai 1913 : Aujourd'hui, les électeurs de Chialvo [le député ayant laissé un siège vacant] m'appellent. Demain, toute la France m'appellera.

Après la préfectorale[modifier | modifier le code]

En 1912, il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques. En 1913, il quitte la préfectorale et se consacre à la rédaction de ses mémoires (Mes souvenirs), qui sont publiés en 1929. Il se porte en candidat à Montbrison au siège de député laissé vacant par la mort de Claude Chialvo[10]. Il choisit en 1914 de se présenter dans la Seine, mais il est battu.

Décès[modifier | modifier le code]

Il meurt le , à Paris[11]. Sa tombe est située dans le cimetière municipal des Gonards à Versailles, lieu qui abrita également la dépouille du tueur en série Henri Désiré Landru[12], qui sévissait durant la période où Louis Lépine exerçait son poste de préfet de police.

Réorganisation de la police parisienne[modifier | modifier le code]

Nouvelles méthodes de maintien de l'ordre[modifier | modifier le code]

Vers une police scientifique[modifier | modifier le code]

Le service de l'identité judiciaire est instauré par le décret présidentiel du sous l'impulsion du préfet Louis Lépine . Il fusionne le Bureau d'identité créé grâce aux travaux d'Alphonse Bertillon, le service photographique et celui des sommiers judiciaires[13]. Le travail des services territoriaux de l'identité judiciaire, sur le terrain d'une affaire criminelle, consiste à recueillir, à conserver et à présenter des éléments de preuve, et à coordonner ses compétences avec celles de l'enquêteur chargé de l'affaire et des experts judiciaires.

Postérité[modifier | modifier le code]

Concours Lépine[modifier | modifier le code]

Affiche du Concours Lépine de 1910

La 100e édition du concours Lépine s'est déroulé en 2001 à la Foire de Paris, porte de Versailles. Le nom de ce concours, et donc celui de Lépine est nommé dans le 245e des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.

Musée de la préfecture de police[modifier | modifier le code]

Ce musée a été créé en 1909 à l'instigation de Lépine, à l'aide des pièces réunies pour l'exposition universelle de 1900[14]

Hommages[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Grand-croix de la Légion d'honneur Grand-croix de la Légion d'honneur. Il est fait chevalier le , promu officier le , commandeur le , grand officier le , et élevé à la dignité de grand-croix le [15]

Nommage et iconographie[modifier | modifier le code]

Une plaquette à l'effigie de Louis Lépine a été réalisée par le graveur Charles Pillet en 1912, sur commande de la Ville de Paris. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0268).

Il a donné son nom à une place Louis-Lépine dans le 4e arrondissement de Paris, ainsi qu'une rue Louis Lépine à Montpellier, à Brive-la-Gaillarde, Martigues, Montauban, Pérols, Royan et Segré.

En hommage à son travail à la tête de la police parisienne, la trente-deuxième promotion de commissaires de police issue de l'École nationale supérieure de la police, entrée en fonction en 1982, porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site BnF, page sur Louis Lépine
  2. http://www.concours-lepine.com/qui-est-le-concours-lepine/louis-lepine/
  3. Jean-Denis Bredin, L'Affaire, Plunkett Lake Press, (lire en ligne)
  4. BASTUM bâton
  5. Amicale Police et Patrimoine, « Agents cyclistes surnommés « hirondelles » », sur amicale-police-patrimoine.fr (consulté le 25 août 2011)
  6. Myriam Tsikounas, Imaginaires urbains du Paris romantique jusqu'à nos jours, Editions Le Manuscrit, (lire en ligne), p. 261
  7. Longtemps installées dans les locaux de la préfecture de police de Paris, ces collections très riches sont à présent installées dans l'hôtel de police du 5e arrondissement.
  8. Le goût de l'émeute, Manifestation et violence de rue dans Paris et sa banlieue à la « belle époque », Anne Steiner, L'Échappée, 2012, (ISBN 978-29158303-9-2), p. 124-126
  9. Jean-Marc Berlière, Le Monde des polices en France aux XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Complexe, 1996, 275 p.
  10. « M. Lépine cherche une circonscription? », in L'Humanité, 27 mai 1913 [lire en ligne]
  11. « Louis Lépine », sur assemblee-nationale.fr (consulté le 16 mars 2016)
  12. Bertrand BEYERN, Guide des tombes d'hommes célèbres, Cherche Midi, (ISBN 978-2-7491-2169-7, lire en ligne)
  13. Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France : XIXe-XXe siècles, Éditions Complexe, , p. 47
  14. « Collections historiques de la Préfecture de Police », notice no M9020, base Muséofile, ministère français de la Culture.
  15. « LEPINE, Louis Jean-Baptiste », sur Archives nationales (consulté le 8 janvier 2020).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marc Berlière, L'institution policière en France sous la Troisième République (1875-1914), 3 vol. (LIV-1304 p.), 30 cm, 1991
[Thèse de doctorat : Histoire : Dijon : 1991][1]

Liens externes[modifier | modifier le code]