Si Kaddour Benghabrit

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Si Kaddour Benghabrit
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Si Kaddour Benghabrit

Biographie
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Si Kaddour Benghabrit ( سي قدور بن غبريط en arabe) ou Abdelqader Ben Ghabrit[1], né à Sidi Bel Abbès en Algérie en 1868 et mort à Paris en 1954, était un fonctionnaire du quai d'Orsay, fondateur de l’Institut Musulman de la Grande Mosquée de Paris[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Il est issu d’une famille de notables de Tlemcen. Après des études secondaires à la Médersa d’Alger (Thaalibiya) et à l'université Al Quaraouiyine de Fès[3], il commence sa carrière professionnelle en Algérie, dans le champ de la magistrature.

En 1892, il devient interprète-auxiliaire à la Légation de France à Tanger et entre ainsi officiellement, dans les cadres du ministère des Affaires étrangères français.

Si Kaddour ben Ghabrit (à droite) et le sultan Moufay Hafid, vers 1912.

Mission à La Mecque[modifier | modifier le code]

En 1916, il est envoyé au Hedjaz et œuvre pour faciliter l’accomplissement du pèlerinage et pour garantir le bien-être à ses coreligionnaires durant leur séjour dans les Lieux Saints. Il fonde à la Mahkma d’Alger (tribunal civil ou cadi), la Société des Habous des Lieux Saints de l’Islam[4], sous forme d’une Association Cultuelle musulmane, destinée à faciliter le pèlerinage des musulmans de l’Afrique du Nord française, en faisant l’acquisition de deux établissements hôteliers : à Médine et à La Mecque[5].

En 1920, la Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam est déclarée à la Préfecture d’Alger, comme association loi de 1901 ayant pour objet la construction à Paris d’un Institut et d’une Mosquée qui symboliseraient sur le sol français l’amitié éternelle de la France et de l’Islam. Mais aussi le sacrifice des milliers de soldats musulmans tombés durant la Première Guerre mondiale, notamment à Verdun en 1916.

La création de la Mosquée de Paris[modifier | modifier le code]

Sur son initiative, il fonde dans la capitale française, la Mosquée de Paris[6] dont le but est de venir en aide, tant au point de vue spirituel que matériel, à tous les musulmans habitant ou visitant la métropole. Il s'agit de la première mosquée du monde occidental après la chute d'al-Andalus.

Habitué des salons parisiens, il fut surnommé « le plus parisien des musulmans »[réf. nécessaire]. Si Kaddour Benghabrit était Grand Croix de la Légion d’Honneur. Il est inhumé dans un site réservé au Nord de la Mosquée de Paris, selon le rite malékite.

A sa mort le 24 juin 1954, son neveu Ahmed Benghabrit prend la direction de la Mosquée de Paris, il en sera expulsé par la police française en juillet 1957 en raison de ses prises de position en faveur de la Révolution algérienne[7].

La Seconde Guerre mondiale et les Juifs[modifier | modifier le code]

Un documentaire de 1991[modifier | modifier le code]

Derri Berkani, 1991.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Si Kaddour Benghabrit aurait sauvé la vie d'une centaine de juifs, dont celle du chanteur Salim Hilali, en leur faisant octroyer par le personnel administratif de la mosquée des certificats d'identité musulmane, qui leur permirent d’échapper à l'arrestation et à la déportation[8],[9],[10].

Dans un documentaire de 29 minutes intitulé La Mosquée de Paris, une résistance oubliée, réalisé pour l’émission "Racines" de France 3 en 1991, Derri Berkani rapporte que ce sont les Francs-tireurs et partisans algériens du (FTP), essentiellement constitués d'ouvriers, qui avaient amené ces juifs à la Mosquée de Paris afin de les protéger[11]. Ces Algériens du FTP avaient pour mission de secourir et de protéger les parachutistes britanniques et de leur trouver un abri. Les FTP algériens ont par la suite porté assistance à des familles juives, des familles qu’ils connaissaient, ou à la demande d’amis, en les hébergeant dans la mosquée, en attente que des papiers leur soient fournis pour se rendre en zone libre ou franchir la Méditerranée pour rejoindre le Maghreb.

Les chiffres concernant le nombre de juifs hébergés et sauvés par la Mosquée de Paris durant cette période divergent selon les auteurs. Annie-Paule Derczansky, présidente de l'Association des Bâtisseuses de paix, précise que « selon Albert Assouline, qui témoigne dans le film de Berkani », 1 600 personnes auraient été sauvées. Au contraire, pour « Alain Boyer, ancien responsable des cultes au ministère de l'Intérieur français, on serait plus proche des 500 personnes. »[réf. nécessaire]

Michael Lonsdale à l'avant première du film Les Hommes libres d'Ismaël Ferroukhi.

Un appel à témoin de juifs sauvés par la Mosquée de Paris entre 1942 et 1944 a été lancé le 3 avril 2005 pour que la médaille des justes soit remise par le mémorial de Yad Vashem aux descendants de Si Kaddour Benghabrit[12].

Fiction et histoire[modifier | modifier le code]

Si Kaddour Benghabrit est l'un des personnages principaux du film Les Hommes libres d'Ismaël Ferroukhi, sorti en 2011. Il est incarné par Michael Lonsdale. Le traitement de l'histoire par la fiction a suscité une controverse entre historiens dont certains ont mis en cause la factualité des épisodes relatés dans le film : "prétendre que la Mosquée de Paris a abrité et, plus encore, organisé un réseau de résistance pour sauver des juifs, ne repose sur aucun témoignage recueilli ni sur aucune archive réelle"[13].

Si Kaddour Benghabrit a également inspiré Mohamed Fekrane dans son court-métrage Ensemble, sorti en 2010. Le rôle de l'imam est interprété par l'acteur Habib Kadi.

Mohammed Aïssaoui.

Jean Laloum, chercheur au CNRS, a publié un article sur les démarches du Commissariat aux Questions Juives qui demandait à Si Kaddour Benghabrit de prouver ou d'invalider la qualité de musulmans de personnes que le Commissariat "soupçonnait" d'être juives. Pour le chercheur, l'attitude prêtée, dans le film, au directeur de la Mosquée de Paris "à partir d'un nombre réduit d'indices" n'est pas sans équivoque : "Son rôle, à la lumière d'autres archives, semble plus ambigu qu'il ne ressort du film[14].

En 2012, le journaliste Mohammed Aïssaoui a publié le livre L'Étoile jaune et le Croissant (Gallimard). L'auteur explique le sens de son enquête : "Il m'importait de montrer qu'un jour, au moins une fois, des Arabes et des Juifs ont marché dans la main. J'avais envie de prononcer le mot philosémite (...) Alors que les témoins directs ont pour la plupart disparu, j'ai retrouvé plus de personnes et de faits que je ne pouvais l'imaginer au début de ma quête. Cela ne constitue pas des preuves irréfutables..."[15].

Le livre a reçu un accueil favorable dans la presse mais son bilan ne correspond pas à l'attente initiale[16]. Il n'existe pas de preuves tangibles d'une résistance organisée par Si Kaddour Benghabit qui aurait sauvé des centaines de juifs[17].

Descendance[modifier | modifier le code]

Nouria Benghabrit-Remaoun, sociologue et chercheuse, est la petite-fille du frère de Kaddour Benghabrit. Elle est ministre de l'éducation nationale en Algérie depuis le 5 mai 2014.

La cour intérieur de la Grande Mosquée de Paris

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Tombe de Si Kaddour Benghabrit à la Mosquée de Paris, 2007.
  1. Dictionnaire des orientalistes de langue française
  2. Site officiel de la Grande Mosquée de Paris
  3. mosquee-de-paris.org
  4. Traduction de l'acte constitutif de la Société des Habous des Lieux Saints, 16 février 1917.
  5. Seul l'achat d'une hôtellerie à LA Mecque a été réalisé.
  6. Trous de mémoire à la Mosquée de Paris, Libération du 16 juillet 1996
  7. Trous de mémoire à la Mosquée de Paris, Libération du 16 juillet 1996
  8. (en) "The Holocaust's Arab Heroes", The Washington Post, 8 octobre 2006, Robert Satloff. L'article ne mentionne pas, cependant, la Mosquée de Paris.
  9. (en) "Among the Righteous : Lost Stories of Arabs Who Saved Jews During the Holocaust", Par Allan C. Brownfeld. L'auteur reprend les affirmations et témoignages du documentaire de Derri Berkani.
  10. Ofer Aderet, The Great Mosque of Paris that saved Jews during the Holocaust, Haaretz, 24 March, 2012. [réf. obsolète]
  11. "Des juifs ont été sauvés par la Mosquée de Paris, L'association 'Les Bâtisseuses de paix' veut rappeler les faits", dimanche 8 juin 2008, SaphirNews.com.[réf. obsolète]
  12. "Si Kaddour Benghabrit, un juste qui mérite reconnaissance", El Watan, édition du 16 mai 2005
  13. "Résistance à la Mosquée de Paris : histoire ou fiction ?", Michel Renard, blog Études Coloniales, 9 octobre 2011.
  14. "La Mosquée de Paris sous l'occupation", Jean Laloum, Le Monde, 7 novembre 2011.
  15. L'étoile jaune et le croissante, Mohammed Aïssaoui, 2012, p. 14-15.
  16. "Je n’ai pas à proprement parler de témoins directs" dit l'auteur, L'étoile jaune et le croissante, Mohammed Aïssaoui, 2012, p. 171.
  17. "La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs entre 1940 et 1944 ? Une enquête généreuse mais sans résultat", Michel Renard, blog Études Coloniales, 7 novembre 2012.
  18. "A la dignité de grand'croix. M. Si Kaddour ben Ghabrit, ministre plénipotentiaire honoraire, président de la Société des Habous des Lieux Saints de l'Islam, directeur de l'institut musulman et de la mosquée de Paris" in Journal officiel de la République française, 1939, p.2975

Sources[modifier | modifier le code]

  • Abdellali Merdaci, Auteurs algériens de langue française de la période coloniale : Dictionnaire biographique, L'Harmattan, 2010
  • Biographie de Si Kaddour Ben Ghabrit, site officiel de la Grande Mosquée de Paris

Lien externe[modifier | modifier le code]