Irène Némirovsky

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Irène Irma Némirovsky

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Irène Némirovsky en 1928, âgée de 25 ans.

Activités Romancière
Naissance
Flag of Russian Empire for private use (1914–1917) 3.svg Kiev (Empire russe)
Décès
Flag of the NSDAP (1920–1945).svg Auschwitz (Reich allemand)
Langue d'écriture Français
Distinctions Prix Renaudot 2004 à titre posthume

Œuvres principales

Le bal

Irène Némirovsky (en russe : Ирина Леонидовна Немировская, Irina Leonidovna Nemirovskaïa), née le (11 février du calendrier julien) à Kiev (Empire russe) et morte le à Auschwitz (Reich allemand, aujourd'hui en Pologne), est une romancière russe d'origine ukrainienne et de langue française.

Elle est le seul écrivain à avoir reçu le prix Renaudot à titre posthume, en 2004, pour son roman Suite française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et exil[modifier | modifier le code]

Fille d'un riche banquier juif d'Odessa, Leonid Borissovitch Némirovsky (1868-1932), et de Fanny Némirovsky (1887-1989), Irina Némirovsky est élevée par deux gouvernantes, une Française : Mlle Rose qui fait du français sa deuxième langue maternelle, et aussi Miss Matthiew qui elle, était anglaise. Sa mère ne s'étant jamais intéressée à elle. Elle parle aussi le russe et l'anglais. La famille vit à Kiev et échappe aux pogroms contre les juifs qui secouent la ville du 18 au 20 octobre 1905 et en 1912.

En 1914, les Némirovsky s'installent à Saint-Pétersbourg, capitale de l'empire où Leonid devient un banquier influent. En janvier 1918, la famille fuit la révolution en passant la frontière finlandaise en traîneau (au village de Mus-tamäki près de Tallin), puis va se réfugier en Finlande à Helsingfors (Helsinki) en avril pour échapper à la Guerre civile russe qui ravage la Russie et embrase la Finlande.

Installation en France[modifier | modifier le code]

En juillet 1919, la famille arrive en France après un court séjour à Stockholm et une traversée mouvementée en bateau jusqu'à Rouen. La famille s'installe à Paris, d'abord au 115, rue de la Pompe dans le XVIe arrondissement. Une gouvernante anglaise, Mrs Matthews, est alors chargée de l'éducation de la jeune fille. Irène passe le baccalauréat en 1919.

Premières œuvres, études et mariage[modifier | modifier le code]

Elle commence à écrire en français dès l'âge de 18 ans et, en août 1921, elle publie son premier texte, Nonoche chez l’extralucide, dans le bihebdomadaire Fantasio. En 1923, Némirovsky écrit sa première nouvelle l'Enfant génial (réédité sous le titre d’Un enfant prodige en 1992), qui est publié en 1927. Elle reprend alors ses études et obtient en 1924 son certificat d’études supérieures en littérature comparée à la Sorbonne. En 1926, elle publie son premier roman, Le Malentendu dans le mensuel Les Œuvres libres (Fayard) .

Le 31 décembre 1924, Irène rencontre Michel Epstein, un ingénieur russe émigré devenu banquier, lors du réveillon du nouvel an. Ils se marient le 31 juillet 1926, à la mairie du XVIe arrondissement, puis à la synagogue de la rue de Montevideo, Ensemble, ils ont deux filles : Denise, en 1929 et Élisabeth, en 1937. Le contrat de mariage lui permet de garder les droits d'auteur sur ses œuvres. La famille Epstein réside à Paris au no 8 de l'avenue Daniel-Lesueur.

Affirmation de l'écrivain[modifier | modifier le code]

Irène Némirovsky devient célèbre en 1929, dès la publication de son deuxième roman, le sulfureux David Golder. Son éditeur, Bernard Grasset, la projette aussitôt dans les salons et milieux littéraires français. Elle y rencontre notamment Paul Morand, qui publiera chez Gallimard quatre de ses nouvelles sous le titre de Films parlés. David Golder est adapté en 1930 au théâtre et au cinéma par Julien Duvivier en 1931. Dans le film, David Golder est interprété par le comédien Harry Baur.

En 1930, Le Bal raconte le passage difficile d'une adolescente à l'âge adulte. L'adaptation au cinéma par Wilhelm Thiele révèle Danielle Darrieux. De succès en succès, Irène Némirovsky devient une égérie littéraire, amie de Tristan Bernard et Henri de Régnier. En 1933, elle délaisse Grasset pour Albin Michel et commence à publier des nouvelles dans Gringoire.

Bien qu'elle soit un écrivain francophone reconnu, et intégrée dans la société française, le gouvernement français lui refuse pourtant sa naturalisation demandée une première fois en 1935.

Occupation allemande et déportation[modifier | modifier le code]

L'Église catholique lui accorde le baptême le en la chapelle de l'abbaye Sainte-Marie de Paris, mais l'État lui refuse la naturalisation[1]. Elle publie dans les hebdomadaires de droite comme Candide, qui interrompt leur collaboration dès la publication du premier statut des Juifs, en octobre 1940, tandis que Gringoire, devenu ouvertement antisémite, continue de la publier sous pseudonyme.

Victimes des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, Michel Epstein ne peut plus travailler à la banque et Irène Némirovsky est interdite de publication. Au printemps 1941, les Epstein s'installent à l'hôtel des Voyageurs d'Issy-l'Évêque, un petit village du Morvan, où ils avaient déjà mis leurs filles à l'abri dès septembre 1939 chez les parents de la nounou Cécile Michaud[2]. Irène Némirovsky écrit alors plusieurs manuscrits. Elle est considérée comme juive par la loi et doit porter l'étoile jaune. Ses œuvres ne sont plus publiées. Seul Horace de Carbuccia[3], bravant la censure, publie ses nouvelles jusqu'en 1942.

  • Arrestation à Issy-l'Évêque

Le 13 juillet 1942, Irène Némirowsky est arrêtée dans la matinée par la gendarmerie française à son domicile d’Issy-l'Évêque et emmenée à la gendarmerie de Toulon-sur-Arroux où elle est emprisonnées deux nuits, au motif d’une « mesure générale contre les Juifs apatrides de 16 à 45 ans ». Michel Epstein envoie un télégramme à Robert Esménard et André Sabatier chez Albin Michel pour demander de l'aide :

« Irène partie aujourd'hui subitement. Destination Pithiviers (Loiret). Espère que vous pourrez intervenir urgence stop Essaie vainement téléphoner — Michel Epstein[4]. »

  • Déportation et mort à Auschwitz

Le 15 juillet, elle est transportée au camp d'internement de Pithiviers. Elle est autorisée à écrire[réf. nécessaire] ; elle envoie une carte postale à son mari, dans laquelle elle ne se plaint pas des conditions difficiles. Elle est déportée de Pithiviers à Auschwitz-Birkenau le 17 juillet par le convoi n°6, composé de 809 hommes et 119 femmes. Le convoi arrive à Auschwitz, le 19 juillet, selon le certificat du camp, elle meurt de la grippe, en fait plus sûrement du typhus, le 19 août 1942 à 15h20[5].

Michel Epstein (tout comme André Sabatier et Robert Esménard) entreprend de nombreuses démarches pour la faire libérer, mais il est lui-même arrêté et conduit à la préfecture d’Autun, le 9 octobre 1942. Il confie à Denise et Élisabeth, épargnées, la valise contenant Suite française. Puis il est conduit à la prison du Creusot et transféré ultérieurement au camp de transit de Drancy, en région parisienne. Déporté à Auschwitz par le convoi n°42, il est gazé dès son arrivée, le 6 novembre 1942[5].

  • Fuite et survie de Denise et Élisabeth

Fin octobre, deux gendarmes et un milicien se présentent à l’école d’Issy pour arrêter Denise et Élisabeth, qui doivent s’enfuir à Bordeaux avec Julie Dumot à qui Michel Epstein avait confié les enfants la veille de son arrestation. Elles sont cachées sous de faux noms dans un pensionnat catholique, puis, à partir de février 1944, chez des particuliers[5]. En mai 1945, un conseil de famille, constitué de la Banque des Pays du Nord, de la Société des gens de lettres et des Éditions Albin Michel pourvoit à la scolarité et à l’éducation des filles d’Irène Némirovsky, jusqu’à leur majorité. Élisabeth est placée chez les Avot, avocats de la famille, et Denise dans un pensionnat catholique.

La redécouverte d'un écrivain[modifier | modifier le code]

Après l'arrestation de leurs parents, Élisabeth et Denise Epstein se cachent pendant la période de Vichy, avec l'aide d'amis de la famille, emportant avec elles les manuscrits inédits de leur mère, dont la Suite française. Il s'agit des deux premiers tomes d'un roman inachevé, qui devait en compter cinq, ayant pour cadre l'exode de juin 1940, et l'occupation allemande en France. L'œuvre d'Irène Némirovsky disparaît presque totalement de l'actualité littéraire.

Le manuscrit de Suite française est découvert par ses filles à la fin des années 1990 et publié en 2004 aux Éditions Denoël, l'original ayant été confié à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Ce roman reçoit en 2004 le Prix Renaudot à titre posthume, en exception à la règle qui est de ne récompenser que des écrivains vivants.

Les deux filles ont alors entretenu la mémoire de leur mère, avec plusieurs rééditions d'ouvrages devenu introuvables. En 1992, sa fille Élisabeth Gille, qui a dirigé chez Denoël la collection Présence du futur, publie une biographie imaginaire de sa mère dans Le Mirador.

La polémique[modifier | modifier le code]

Plusieurs critiques et commentateurs ont soulevé des questions quant à l'attitude d'Irène Némirovsky vis-à-vis des Juifs, qu'elle décrit généralement sous des couleurs négatives dans ses écrits, de même qu'en ce qui concerne sa participation à des publications antisémites pour promouvoir sa carrière. Ainsi une revue de son œuvre publiée le 16 octobre 2007 dans La République des Livres disait ceci :

« ... Le trouble vient d’ailleurs. De ce qu’il faut bien appeler la haine de soi juive, telle que Theodor Lessing la conceptualisa en tant qu’intériorisation parfois jusqu’au suicide du regard de rejet porté par les autres, cette prison originelle dont elle aimerait bien s’extraire, cette honte qui la poursuit et qu’elle manifeste dans la violence de la peinture de son milieu, toutes choses dans lesquelles d’aucuns verront une autre forme d’antisémitisme, Némirovsky apparaissant comme la version romanesque du dramaturge Henry Bernstein. Il est vrai que ses personnages israélites, comme on disait alors, sont caricaturaux, outranciers, souvent abjects ; ces cosmopolites échoués le plus souvent à Biarritz sont souvent des parvenus amoraux qui vouent un culte à l’argent-roi ; “Je les ai vus ainsi” dira-t-elle pour toute justification ; n’empêche qu’ils ne surprendraient pas sous la plume du Paul Morand de France la doulce. Il est également vrai que, quoi qu’en disent Philipponnat et Lienhardt, elle a plus souvent écrit dans les colonnes de la presse d’extrême-droite à toutes ses époques et jusque pendant l’occupation mais sous un pseudonyme (Gringoire, Candide) que dans celle de gauche (Marianne) ; un Robert Brasillach la louera pour avoir réussi le prodige de “faire passer l’immense mélancolie russe sous une forme française”. Il est vrai enfin, qu’elle s’est convertie au catholicisme à la veille de la guerre, entraînant son mari et ses filles dans son sillage, dans le fol espoir de se soustraire au vent mauvais qui se levait avec la montée des périls, alors qu’elle était totalement agnostique. L’inquiétude religieuse lui était étrangère. »

L'introduction de Myriam Anissimov à l'édition française de Suite française expliquant la haine de soi d'Irène Némirovsky par la situation qui était faite aux Juifs en France n'apparaît pas dans l'œuvre et le paragraphe en question a été supprimé dans l'édition anglaise.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres publiées de son vivant[modifier | modifier le code]

  • Le Malentendu, 1923.
  • L'Enfant génial, Fayard, 1927. Le roman fut renommé Un Enfant prodige en 1992 par l'éditeur avec l'accord de ses filles[6].
  • David Golder, Grasset, 1929.
  • Le Bal, Grasset & Fasquelle, 1930.
  • Les Mouches d'automne, Grasset, 1931.
  • L'Affaire Courilof, Grasset, 1933.
  • Le Pion sur l'échiquer, Albin Michel, 1934.
  • Films parlés, NRF, 1934. Deux nouvelles de cette collection, Ida et La Comédie bourgeoise, seront publiées dans Ida (« Folio 2 », Denoël, 2006).
  • Le Vin de solitude, Albin Michel, 1935.
  • Jézabel, Albin Michel, 1936.
  • La Proie, Albin Michel, 1938.
  • Deux, Albin Michel, 1939.
  • Les Chiens et les loups, Albin Michel, 1940.

Œuvres publiées après sa mort[modifier | modifier le code]

  • La Vie de Tchekhov, Albin Michel, 1946.
  • Les Biens de ce monde, Albin Michel, 1947.
  • Les Feux de l'automne, Albin Michel, 1957.
  • Dimanche (nouvelles), Stock, 2000.
  • Dimanche et autres nouvelles, 2000.
  • Destinées et autres nouvelles, 2004.
  • Suite française, 2004, prix Renaudot 2004.
  • Le Maître des âmes, Denoël, 2005.
  • Chaleur du sang, Denoël, 2007.
  • Les vierges et autres nouvelles, Denoël, 2009.
  • Nonoche. Dialogues comiques, éd. Mouck, 2012.

Dans Candide[modifier | modifier le code]

  • La Femme de Don Juan, 1938.
  • Monsieur Rose, 1940.

Dans La Revue des deux Mondes[modifier | modifier le code]

  • Jour d'été, 1935.
  • La Confidence, 1938.
  • Les Liens du sang, 1936.
  • Aïno, 1940.

Dans Gringoire[modifier | modifier le code]

  • Nativité, 1933.
  • Les Rivages heureux, 1934.
  • Le Commencement et la fin, 1935.
  • Fraternité, 1937.
  • Epilogue, 1937.
  • Espoirs, 1938.
  • La Nuit en wagons, 1939.
  • Le Spectateur, 1939.
  • Le Sortilège, 1940.
  • L'Échelle du Levant, roman du 18 mai 1940.
  • Le Départ pour la fête, 1940.
  • Destinée, 1940 (publié sous le pseudonyme Pierre Neyret).
  • La Confidente, 1941 (idem).
  • L'Honnête homme, 1941 (idem).
  • Le Revenant, 1941 (idem).
  • L'Inconnu, 1941 (jeune femme anonyme).
  • L'Ogresse, 1941 (Charles Blancat).
  • L'Incendie, 27 février 1942 (P. Nérey).

Œuvres inédites[modifier | modifier le code]

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • La Voleuse
  • La Grande allée
  • L'Ami et la femme
  • Un Beau mariage

Films adaptés[modifier | modifier le code]

Pièce de théâtre adaptée[modifier | modifier le code]

Opéra adapté[modifier | modifier le code]

  • Le Bal, d'Oscar Strasnoy, adaptation de Matthew Jocelyn (2009), créé à l'Opéra de Hambourg en 2010. Édité par Gérard Billaudot Éditions.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Maître des âmes, Irène Némirovsky, préface, p. 25
  2. http://www.irenenemirovsky.guillaumedelaby.com/2_michelepstein.htm
  3. Fondateur de Gringoire.
  4. Télégramme du 13 juillet 1942, dans Jonathan Weiss (en), Irène Némirovsky biographie, p. 191
  5. a, b et c http://www.memorialdelashoah.org/upload/minisites/irene_nemirovsky/chronologie.html
  6. E-mail de Denise à Fabrice, le petit-fils d'Irène, 11 juillet 2006 : « L'Enfant génial a été rebaptisé avec l'accord de ta mère et de moi-même. Au moment de la reparution du livre dont ta mère a fait la préface, le terme “génial” était passé dans le langage courant et était utilisé pour tout et pour rien ce qui fait que nous avons accepté ce nouveau titre bien plus parlant à cette époque. »
  7. http://www.irenenemirovsky.guillaumedelaby.com/6_golder_flm.htm

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