Narcissisme

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Le narcissisme est le fondement de la confiance en soi. Lorsqu'il est défaillant, le terme peut désigner l'importance excessive accordée à l'image de soi. Le dictionnaire commun le définit comme « contemplation de soi ou attention exclusive portée à soi. »

Le mot dérive de Narcisse, jeune homme qui, d’après la mythologie grecque, serait tombé amoureux de son reflet dans l’eau au point d’en mourir. Le terme est employé dans le langage sociologique et comme entité dans le manuel behavioriste de classifications psychiatriques : le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Freud a introduit cette notion en 1914 dans sa métapsychologie. Alors qu'il a un sens bien précis en psychanalyse, comme point de départ de la seconde topique, il est aussi utilisé de manière plus générale dans d'autres disciplines.

En philosophie[modifier | modifier le code]

Chez Rousseau l’amour de soi est passion primitive, innée. Elle est toujours bonne. C'est ce qui désigne en chacun l'auto-affection de l'être, expansion de mon l’être.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

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Paul Näcke (1851-1913), psychiatre et criminologue allemand, a intégré le concept de narcissisme à la psychologie clinique en 1899 pour définir une forme de perversion : il désignait originellement un comportement par lequel un individu traite son corps comme un objet sexuel : il le contemple en y prenant un plaisir sexuel, le caresse jusqu’à parvenir à la « satisfaction » complète ». Le narcissisme a dans cette perspective la signification d’une perversion qui a absorbé la totalité de la vie sexuelle de la personne. Ce n'est qu'en 1909 que Freud entreprit de redéfinir le terme et fonda ainsi le concept de narcissisme qu'il considéra dès lors non pas comme une forme de perversion mais comme un stade de développement nécessaire au passage de l'auto-érotisme à l'amour de l'objet. Il définira par la suite le narcissisme primaire et secondaire : il parle de narcissisme primaire, pour désigner une période de l'enfance où le bébé investirait préférentiellement sa personne, encore peu différenciée de celle de l'autre. Ce narcissisme primaire a donné lieu à nombre de débats (cf. les écrits de Jean Laplanche pour qui il s'agit d'une fiction théorique). Le « narcissisme secondaire » désigne un investissement libidinal de soi qui se fait au détriment de l'investissement libidinal de l'autre. Il repose sur un moi différencié, ce qui le distingue du « narcissisme primaire ». Dans les cas les plus graves, cet investissement se fait en circuit fermé. Freud pensait que la schizophrénie était un trouble du narcissisme.

Lou Andreas-Salomé a souhaité valoriser le bon côté du narcissisme : « Le narcissisme au sens créateur n'est plus un stade à franchir, c'est plutôt un accompagnement durable de toutes les expériences profondément vitales - d'une part toujours présent, de l'autre encore très au-delà de toutes les possibilités de creuser, à partir de notre conscience, divers stades de notre inconscient »[1].

Mythologie[modifier | modifier le code]

Le terme de narcissisme provient du mythe grec de Narcisse. Il ne reste que quelques traces de ce mythe dans la littérature grecque antique[2]. C'est le poète latin de l'époque augustéenne Ovide qui a donné au mythe la version la plus connue au livre III de ses Métamorphoses[3]. Il a également eu le génie d'avoir lié deux mythes à l'origine distincts: ceux de Narcisse et d'Écho. Narcisse est né du viol de la nymphe Liriope par le fleuve Céphise[4]. Narcisse est un jeune homme dont s'éprend la nymphe Écho. Comme Écho ne sait que répéter la dernière syllabe des mots qu'elle entend, elle est incapable de lui exprimer son amour. À défaut de pouvoir lui parler, pour entrer en contact avec lui, elle veut le toucher. Après qu'il repousse ses avances, elle meurt. Face à cette impossible communication, Narcisse se croit indigne d'amour et incapable d'aimer. Il vient près d'une source limpide et pure pour apaiser sa soif. En regardant le reflet de son visage il s'extasie devant lui-même ; (…) il admire tout ce qui le rend admirable. Sans s'en douter, il se désire lui-même ; il est l'amant et l'objet aimé (…)."(3) Désespéré de ne pouvoir assouvir son amour, de l'impossible étreinte, Narcisse dépérit et mourut. Il est alors transformé en un narcisse, la fleur qui porte son nom.

Société moderne[modifier | modifier le code]

Le concept de narcissisme est investi par plusieurs auteurs pour décrire l'évolution récente des sociétés contemporaines. Christopher Lasch centre ses interrogations sur les évolutions de la société américaine sur la question du narcissisme[5]. Dans une perspective anthropologique, Pierre Legendre, construit sa critique des processus à l'œuvre dans les sociétés ultramodernes autour du développement du narcissisme : autofondation du sujet, abolition du discours de la limite, destitution des figures séparatrices de l'autorité. Comme il l'écrit : « Ainsi la fonction sociale de l’autorité a-t-elle pour visée un désenlacement, d’infliger au sujet qu’il renonce au totalitarisme, à sa représentation d’être tout, c'est-à-dire en définitive de le limiter » (Leçons VI, 1992, p. 52). Une telle analyse permet par exemple de porter le regard sur des phénomènes emblématiques de nos sociétés urbaines : « Si la notion de narcissisme social a un sens, cela comporte que la question du père se trouve posée d’emblée, à cette même échelle de la culture et de la société. Posée, mais comment, sur quel mode ? Je dirai : sur le mode de l’image et de la symbolisation de l’image. Un exemple va le faire comprendre : les « tags », ces inscriptions murales désordonnées, qui sont à la fois essais et déchets esthétiques dans les sociétés occidentales d’aujourd'hui. Que font les jeunes taggers ? Ils inscrivent une énigme, l’énigme de leur demande, de cette demande de séparation qui constitue la créance généalogique de tout sujet ; mais ils l’inscrivent comme demande non fondée, désespérée donc et condamnée par avance. Les laissés-pour-compte de la symbolisation symbolisent ainsi leur position, qu’il faut bien appeler légale, de déchet, en l’inscrivant partout, sur les murs et les objets en représentation de cette légalité de la demande dont ils sont bannis. À la manière des condamnés de la Colonie pénitentiaire décrite par Kafka, sur la peau desquels était tatouée leur sentence de condamnation, les taggers recouvrent les murs, cette peau de la ville, d’un tatouage : la société ultramoderne porte le tatouage de la condamnation du Père » (Leçons VI, p. 205).

Bernard Stiegler utilise également ce concept pour proposer une interprétation de la violence politique des sociétés contemporaines. Dans aimer, s'aimer, nous aimer, il introduit la notion de narcissisme primordial, combinaison de l'amour de soi et des siens, et montre que sa destruction par l'uniformisation des comportements induite par la société industrielle, peut conduire à la haine et à la violence[6].

Classifications psychiatriques[modifier | modifier le code]

Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) classifie les troubles dits « narcissiques »[7].

Le DSM est une classification critiquée par nombre de psychiatres et de psychanalystes. Par exemple, le professeur E. Zarifian : « Le symptôme est apparemment univoque pour celui qui ne le considère que d'une manière comptable ; et c'est à cette dimension comptable que conduit l'usage du DSM. La situation devient caricaturale : on réduit la souffrance d'un être unique à un symptôme, décrit dans un catalogue et on ignore son contexte social ou personnel »[8]. Ce que confirme Daniel Lemler : « Voilà le DSM promu en nosologie psychiatrique, promotion orchestrée en grande partie par les laboratoires pharmaceutiques »[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L. Andreas-Salome, A l'école de Freud, journal d'une année 1912-1913,
  2. cf. Strabon, Géographie, livre IX ; Pausanias Description de le Grèce, livre IX et Photius, Bibliothèque, III.
  3. OVIDE. Métamorphoses. Texte édité et traduit par Georges Lafaye. Paris : Les Belles Lettres, 1928 (T.I et II) - 1957 (T.III). (Coll. des Universités de France). Le mythe de Narcisse se situe au livre III, v. 339-510
  4. « Le transsexualisme, une manière d'être au monde. » Marie-Laure Peretti, Éditions L'Harmattan, 2009, p. 222
  5. Il en fera un ouvrage, intitulé La culture du narcissisme; publié aus États-Unis en 1979, il sera traduit en français en 2000 et publié aux éditions Climats.
  6. Bernard Stiegler, Aimer, s'aimer, nous aimer : du 11 septembre au 21 avril, Paris, éditions Galilée,‎ 2003, 91 p. (ISBN 978-2718606293)
  7. Référence pour la liste ci-après : American Psychiatric Association, DSM-IV Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux : Le sujet (homme ou femme) a un sens grandiose de sa propre importance. Il surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport.
  8. Libération, mardi 16 janvier 1996.
  9. D. Lemler, Répondre de sa parole, Erès, 2011, p. 138.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]