Le Meilleur des mondes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Le Meilleur des mondes (homonymie) et Brave New World.
Le Meilleur des mondes
Auteur Aldous Huxley
Genre Roman
Version originale
Titre original Brave New World
Éditeur original Chatto and Windus
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Lieu de parution original Londres
Date de parution originale 1932
ISBN original 0-06-080983-3
Version française
Traducteur Jules Castier
Lieu de parution Paris
Éditeur Plon
Date de parution 1932
Nombre de pages 285
ISBN 2-266-02310-1

Le Meilleur des mondes (en anglais, Brave New World) est un roman d'anticipation dystopique, écrit en 1931 par Aldous Huxley. Il parait en 1932. Huxley le rédige en quatre mois[1] seulement. Vingt-cinq ans plus tard, Huxley publie un essai dédié à ce livre, Retour au meilleur des mondes, insistant notamment sur les évolutions du monde qu'il perçoit comme allant dangereusement vers le monde décrit dans son ouvrage. Le titre original du roman, Brave New World, provient de La Tempête de William Shakespeare, acte 5 scène 1. John, le « Sauvage », reprend souvent cette phrase dans le roman (chap. 8, 11, 15). Dans la pièce de Shakespeare la phrase est ironique et la traduction française reprend la même ironie, mais en référence à la littérature française : le « meilleur des mondes possibles » du Candide de Voltaire[2][réf. à confirmer].

Le roman a été adapté au cinéma en 1998. Même s'il reprend beaucoup d'éléments, le film présente une histoire assez différente.

Résumé de l'intrigue[modifier | modifier le code]

Présentation du Meilleur des Mondes (chapitres 1 à 6)[modifier | modifier le code]

L'histoire débute à Londres, en l’an 632 de Notre Ford. Dans le monde décrit par l'auteur, l'immense majorité des êtres humains vit au sein de l'État mondial – seul un nombre limité de sauvages est encore regroupé dans des réserves. L'enseignement de l'Histoire est jugé parfaitement inutile dans ce monde, on apprend que les sociétés anciennes ont été détruites par un conflit généralisé connu sous le nom de « Guerre de Neuf Ans ». C'est l'unique garde-fou motivé par tous les aspects de l'individualisme ou de la culture, ardemment combattus par la société.

Dans cette société, la reproduction sexuée telle qu'on la conçoit a totalement disparu ; les êtres humains sont tous créés en laboratoire, les fœtus y évoluent dans des flacons, et sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leurs futurs goûts, aptitudes, comportements, en accord avec leur future position dans la hiérarchie sociale. Ainsi, les embryons des castes inférieures reçoivent une dose d'alcool qui entrave leur développement, les réduisant à la taille d'avortons, et sont traumatisés par tout ce qui concerne la nature ou les fleurs. Cette technique permet de résoudre les problèmes liés aux marchés du travail en produisant un nombre précis de personnes pour chaque fonction de la société, nombres déterminés par le service de prédestination.

Une fois enfants, les jeunes humains reçoivent un enseignement hypnopédique qui les conditionne durant leur sommeil, créant une morale commune profondément ancrée dans les subconscients de chacun. Les castes supérieures apprennent ainsi à mépriser les castes inférieures tout en sachant leur nécessité. Plus précisément, la société est séparée en cinq castes :

  • les castes supérieures :
    • Les Alpha en constituent l'élite dirigeante. Ils sont programmés pour être grands, beaux et intelligents. Ils sont vêtus de gris.
    • Les Bêta forment une caste de travailleurs intelligents, conçus pour occuper des fonctions assez importantes.Ils sont vêtus de rose.
  • les castes inférieures :
    • Les Gamma constituent la classe moyenne voire populaire. Ils sont vêtus de vert.
    • Les Delta (vêtu de kaki) et les Epsilon (vêtu de noir) forment enfin les castes les plus basses ; ils sont faits pour occuper les fonctions manuelles assez simples. Ils sont programmés pour être petits et laids (les Epsilon sont presque simiesques).

Chacune de ces castes est divisée en deux sous-castes : Plus et Moins. Chacun, en raison de son conditionnement, estime être dans une position idéale dans la société, de sorte que nul n'envie une caste autre que la sienne, contribuant à l'objectif ultime de tout le système social : la stabilité.

Cette société rend tabou le sujet de la viviparité : l'allusion à la maternité, à la famille ou encore au mariage font rougir de honte aussi bien les jeunes que les adultes. La sexualité y apparaît comme un simple loisir : chaque individu possède simultanément plusieurs partenaires sexuels (entre deux et six par semaine), et la durée de chaque relation est extrêmement limitée (quelques semaines seulement). Les femmes utilisent de nombreux moyens de contraception, appelés « exercices malthusiens », afin de contourner tout risque de reproduction qui échapperait au conditionnement réglementaire.

Chacun des membres de la société est conditionné pour être un bon consommateur et est obligé de participer à la vie sociale. La solitude est une attitude suspecte.

Tout le monde dans l'État mondial utilise du « Soma », substance apparemment sans danger qui peut, à forte dose, plonger celui qui en prend dans un sommeil paradisiaque. Le Soma n'a aucun des inconvénients des drogues que nous connaissons aujourd'hui. Il se consomme sous forme de comprimés distribués au travail en fin de journée. Cette substance est le secret de la cohésion de cette société : grâce à elle, chaque élément de la société est heureux et ne revendique rien. Les individus de toutes les castes se satisfont de leur statut par le double usage du conditionnement hypnopédique et du Soma.

Les humains qui ne vivent pas dans l'État mondial sont parqués dans des « Réserves à Sauvages » délimitées par de hautes barrières électrifiées. Elles ont été créées par l'État mondial à cause des conditions climatiques et géologiques peu favorables : « il n'a pas valu la peine ni la dépense de civiliser ». Ces sauvages perpétuent la reproduction vivipare et ont un mode de vie primitif.

La première partie du roman décrit la vie dans l'État mondial et les personnalités de deux des personnages principaux : Bernard Marx et Lénina Crowne. Lénina est une jeune femme Bêta particulièrement belle, tandis que Bernard est une sorte de paria : même s'il est un Alpha, il est aussi petit qu'un Gamma. En outre, Bernard se trouve être un élément subversif de la société ; il déteste le Soma, il préfère « être lui-même et triste qu'une autre personne qui soit heureuse ». Il aime également la mer, les étoiles, la randonnée alors que les êtres humains ont été conditionnés à détester la nature. Bernard remet encore en cause les mœurs répandues dans l'État mondial, la façon dont sont considérées les femmes, et en particulier Lénina : « comme de la viande ». Cette conduite étrange a fait naître une légende à son sujet : on aurait versé par erreur de l'alcool dans son « pseudo-sang » alors qu'il était encore un embryon (traitement normalement réservés aux castes inférieures).

On fait également la connaissance d'Helmholtz Watson, maître de conférences au Collège des Ingénieurs en Émotion (Section des Écrits) et meilleur ami de Bernard. Il est assez similaire à Bernard mais n'est pas un paria. Helmholtz lui aussi s'interroge et trouve que quelque chose manque à cette société, aussi formidable soit-elle : une personne héroïque suscitant l'admiration.

La réserve et les sauvages (chapitres 7 à 9)[modifier | modifier le code]

Dans ces chapitres, Bernard obtient un permis de visite pour lui-même et pour Lénina à destination d'une Réserve à Sauvages, au Nouveau-Mexique. Il présente ce voyage à Lénina comme un rendez-vous galant. Là-bas, ils sont présentés à la société de Malpais qui a été largement oubliée par l'État mondial. Les habitants de la réserve se reproduisent naturellement et vivent dans un univers non-stérile, ce qui horrifie Lénina et fascine Bernard.

Le couple rencontre Linda, une femme qui vécut autrefois dans l'État mondial et qui a donné naissance à un enfant, John (plus tard appelé le Sauvage). La plupart des résidents de la réserve mènent la vie tribale traditionnelle, sont illettrés et n'ont pas reçu d'éducation moderne. John a été éduqué par sa mère, mais il a été exclu de l'initiation religieuse des jeunes gens de la tribu et il en souffre. Et il a découvert Shakespeare dans un vieux livre, sa seule lecture avec le manuel de technicien où sa mère lui a appris à lire.

John est fasciné par Bernard et Lénina, et il souhaite voir le monde d'où vient sa mère. Bernard accepte d'emmener Linda et John à Londres avec lui.

Le sauvage visite l'État mondial (chapitres 10 à 18)[modifier | modifier le code]

Le choc culturel est énorme lorsque le « sauvage » est propulsé dans la société de ce « nouveau monde merveilleux » (Brave New World en anglais) comme il l'appelle au début.

Pendant ce temps, dans l'histoire, le directeur de Centre d'Incubation et de Conditionnement dénonce verbalement, et devant tous les travailleurs des hautes classes du Centre, les choix de vie de Bernard. Cependant, dès que le Directeur finit sa tirade, Bernard se défend en lui présentant son propre fils, John, devant tous les membres du Centre réunis pour la plus totale humiliation du Directeur. Cette extraordinaire annonce force le Directeur à démissionner immédiatement, vu la honte que représente le fait d'avoir un enfant.

Après ce retour à la société avec le sauvage, Bernard se sert de lui pour l'aider à devenir populaire. Il organise régulièrement des soirées auxquelles il invite de nombreuses personnalités à voir le sauvage. Bernard devient très populaire et l'histoire d'alcool dans le « pseudo-sang » est oubliée. Un soir, Bernard reçoit l'Archi-Chantre de Canterbury (une personne très importante), et quand Bernard va chercher le sauvage pour le montrer à ses invités, celui-ci refuse de sortir, car John est épouvanté par l'État mondial et la promiscuité de Lénina. L'Archi-Chantre décide de partir, outré qu'on l'ait dérangé pour rien. À la suite de cette aventure la célébrité de Bernard disparaît et il redevient comme avant. Malgré cela, John rencontre Helmholtz Watson, et devient vite ami avec lui. Ils se voient souvent pour discuter de littérature, et plus spécialement de Shakespeare, avec lequel Watson est très peu familier.

Lorsque la mère de John, Linda, meurt, il pleure sa disparition, ce qui embarrasse les spectateurs présents, conditionnés dès leur plus jeune âge pour être habitués à la mort. Devant leurs froides réactions à son malheur, John s'énerve et devient violent. Peu après, il tente de dissuader des Deltas de prendre du Soma et jette des échantillons par la fenêtre, mais ces derniers répondent à ce sacrilège en l'attaquant alors que, contrairement à lui, ils ne savent pas se battre. La Police intervient et utilise du Soma sous forme de gaz pour calmer tout le monde, puis demande à John, Helmholtz et Bernard de les suivre, ces deux derniers étant présents au moment de la bagarre.

Bernard, Helmholtz et John se retrouvent devant Mustapha Menier, l'Administrateur Mondial résidant en Europe occidentale. Une des discussions qui s'engagent entre Mustapha et John mène à la décision que John ne sera pas libéré et renvoyé chez lui, Mustapha le considérant comme un sujet d'expérience. Bernard et Helmholtz sont respectivement envoyés (au plus grand regret de Bernard) en Islande et aux Iles Falklands (les Malouines) pour y vivre. Ce ne sont que deux des nombreuses îles réservées aux citoyens exilés de l'État mondial, où Helmholtz pourra devenir un écrivain sérieux et où Bernard vivra en paix. Menier révèle que l'exil vers des îles reculées est fréquemment utilisé pour prévenir des pensées hérétiques. Ceux qui sont envoyés là-bas reçoivent cela plus comme une récompense que comme une punition, puisqu'ils y rencontreront d'autres gens comme eux-mêmes.

Dans le chapitre final, John tente de s'isoler de la société en se réfugiant dans la périphérie de Londres – dans un phare ; cependant, il est dans l'impossibilité d'y vivre sans convoiter Lénina et il se punit systématiquement, physiquement et mentalement pour de telles pensées. Sa propre flagellation lui vaut la curiosité des médias et des badauds. Il est véritablement harcelé par de nombreux visiteurs, intrigués par la conduite inhabituelle du Sauvage. À la fin du roman, John attaque Lénina alors que celle-ci se joint aux curieux. Le matin, effrayé par ce qu'il a fait et dégoûté de lui-même, il se pend dans la cage d'escalier du phare.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le Meilleur des mondes décrit une société future dotée des caractéristiques suivantes :

  • La société est divisée en sous-groupes, des Alphas aux Epsilons, en fonction de leurs capacités intellectuelles et physiques. L'appartenance à un groupe ne doit rien au hasard : ce sont les traitements chimiques imposés aux embryons qui les orientent dans l'un des sous-groupes plutôt qu'un autre, influençant leur développement.
  • Ces sous-groupes, qui constituent des castes, coexistent avec harmonie et sans animosité, chacun étant ravi d'être dans le groupe où il a été placé. Et pour cause, des méthodes hypnopédiques (répétitions de leçons orales durant le sommeil) conditionnent le comportement de chacun dès le plus jeune âge.
  • La reproduction est entièrement artificielle. Non seulement la notion de parenté ne correspond plus à une réalité courante, mais son évocation est considérée comme vulgaire, voire obscène.
  • La sexualité est détournée pour n'être que récréative et étouffer dans l'œuf les passions amoureuses, celles-ci étant clairement source de tensions (jalousie, possessivité), et donc à bannir de cette société.
  • Le conditionnement dirige les goûts des membres de la société vers des loisirs nécessitant l'achat d'équipements spécialisés au lieu de l'appréciation des passe-temps gratuits ou bon marché. On les conditionne, par exemple, à ne pas aimer la nature, au motif que ce goût n'engendre pas assez d'activité économique.
  • Les loisirs sont omniprésents à la condition expresse qu'ils soient en groupe. Le sexe sans limite est encouragé dès la plus petite enfance, comme une relation sociale récréative comme une autre.
  • Le soma est une drogue parfaite, sans effet secondaire, hormis qu'elle diminue fortement l’espérance de vie, avec une limite maximum à 60 ans. Elle est distribuée par l'administration. Cette drogue empêche les habitants d'être malheureux. Elle agit sur un mode anxiolytique.
  • Sur le plan religieux, le régime est théocratique. Cela dit, les notions de religion et de théocratie y sont inexistantes et il en va de même pour toutes les autres notions associées à la religion, sauf l'hérésie, qui peut être punie de déportation, et le sacrilège.

Huxley fonde sa dystopie sur l’aspect utopique d’une société-monde profondément anesthésiée par le progrès scientifique et technique de l’an 600 après Ford. Ce roman pousse à son paroxysme les conceptions sur l'eugénisme qui était alors considéré par la communauté scientifique, et particulièrement par les généticiens et les biologistes, comme une science à part entière. D'ailleurs, Julian Huxley, frère d'Aldous Huxley, était un éminent généticien partisan de l'eugénisme (nommé à la tête de l'UNESCO en 1946). Le Meilleur des mondes dénonce les méfaits de l’utopie en tant que conceptualisation fausse et assujettissante. L’épigraphe qui introduit l’œuvre cloue au pilori l’utopie et invite les intellectuels à l’éviter pour échapper au piège idéologique qu’elle tend ;

« Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment éviter leur réalisation définitive ?… Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique, moins parfaite et plus libre. »

— Nicolas Berdiaeff

Ce monde qui se veut parfait évoque déjà celui du Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou d’Un bonheur insoutenable d'Ira Levin. Toutefois, Le Meilleur des mondes est plus souvent rattaché à la littérature générale qu'à la science-fiction, comme d'ailleurs 1984 de George Orwell auquel il est souvent comparé, les deux ouvrages présentant des visions du futur fort différentes. Ici, la liberté a disparu, le doute a disparu mais les gens sont satisfaits, chacun est à sa place et se réjouit de son sort.

Le Meilleur des mondes a longtemps été présenté comme une vision pessimiste du futur de la société de consommation. Ce n'est pas seulement un livre de science-fiction mais aussi une métaphore de la société actuelle.

Qu'un système puisse se charger méthodiquement d'écraser ce qu'il y a d'humain dans l'homme a aussi été décrit par Soljenitsyne dans sa pièce Une petite flamme dans la tempête.

Les personnages[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

De nombreux personnages portent le nom de personnages historiques réels, connus pour leurs idées politiques [3]:

On peut aussi ajouter John, le Sauvage ("John Savage"), comme une représentation du Christianisme. Le fait qu'il soit appelé "le Sauvage " renforce l'idée qu'il est très différent de cette civilisation extrêmement industrialisée, et éloignée de la Nature. Ainsi, l'opposition entre les noms de philosophes communistes et un Sauvage, allégorie du Christianisme correspond à celle entre la Nature et le monde industrialisé.

Les personnages du roman sont répartis en différentes castes : les Alphas, les Bêtas, les Gammas, les Deltas et les Epsilons. Chacune d'elles est divisée en deux sous-castes, les Plus et les Moins.

Bernard Marx : Alpha plus[modifier | modifier le code]

Il est petit et gros, et son apparence est en décalage avec le physique de la caste des Alphas, il ressemble plus à un Gamma. La rumeur prétend que lors de sa conception — en éprouvette, comme tout humain — une erreur aurait causé l'injection d'alcool dans son pseudo-sang, traitement réservé aux fœtus des classes inférieures, ce qui justifierait son physique dégradé.

De ce décalage physique est née une exclusion de la part des autres : il est d’abord connu par sa réputation comme un être asocial, ayant des mœurs différentes. Ce décalage physique aurait pu être estompé par son conditionnement, mais il y manifeste une résistance, précisément du fait de ces différences qui l'isolent et l'empêchent d'adopter mécaniquement la vision commune.

Bernard souffre de sa laideur et de son inadaptation. Il éprouve par là-même une conscience de son « moi », de son individualité, que les autres individus n’ont pas : pour cela (la conscience de son « moi »), il sera « envoyé sur une île » (déporté) vers la fin de l'histoire.

Au début du roman, Bernard est détaché de son milieu et lui trouve des défauts, comme la pauvreté des relations et des libertés. Il est malheureux.

Quand il ramène John, qui devient une vedette, les autres s’intéressent à lui, alors il change de comportement, et devient comme les autres, se laissant flatter par la renommée. Un jour, John refuse de sortir pour se présenter à une soirée préparée en son honneur, Bernard perd alors soudainement sa ridicule gloire, redevient comme avant, et renoue avec ses anciennes amitiés. À la fin du roman, après une phase de faiblesse assez pitoyable où il fuit l’engagement moral, il retrouve son identité individuelle avec détermination.

Bernard est l’exemple même des failles de cette société, il est l’inadaptation, l’erreur, prétendument due à un mauvais dosage lors de son ectogenèse. Le fait qu’il se comporte normalement quand il devient connu prouve que sa déviance n’est due qu'à sa mauvaise intégration à la société.

Lénina Crowne : Bêta plus[modifier | modifier le code]

  • Elle est très belle et a beaucoup de charme.
  • Son conditionnement est parfaitement réussi, elle ne remet pas en cause les lois de cette société, et se montre outrée quand elles ne sont pas appliquées, par exemple quand John lui explique le mariage. Cependant, elle a des tendances relationnelles hors normes : elle est restée longtemps avec Henry Foster, sans avoir d’autres relations, et son attirance pour Bernard Marx ne s’est pas faite avec les critères de sa société, elle est avec lui parce qu’il est petit et faible, elle a envie de le « cajoler », et est intriguée par sa différence tout en ne la comprenant pas.
  • Elle est attirée dans le roman par trois personnes : Henry, Bernard, puis John, ayant à chaque fois une relation étrange, cependant, son conditionnement est trop poussé pour qu’elle puisse sortir des limites imposées par la société.
  • Elle est souvent tentée de ne pas obéir aux lois de ce monde ; ce qui la pousse en ce sens c’est l’amour, considéré dans ce livre comme un instinct.
  • Lénina est considérée comme une partenaire conforme aux vœux de la société pour l'exercice de la promiscuité sexuelle (qui est une obligation de l'État mondial). Elle est très « pneumatique ». L'emploi de ce mot est un jeu de mots élaboré de l'auteur, car la kabbale et la gnose qualifient de « pneumatique » les individus ayant une âme en contact avec la source divine : l'idée qui vient derrière ce mot est que l'érotisme est une pratique mystique qui fusionne l'individu avec le « Grand Tout » (tantrisme). Mais le terme pneumatique fait aussi penser au caoutchouc des pneus d'une Ford T, ainsi les filles pneumatiques sont aussi des poupées gonflables améliorées.

Helmholtz Watson : Alpha plus[modifier | modifier le code]

  • Beau et sportif, il excelle dans presque toutes les activités. Il a tous les critères physiques d’un Alpha-Plus, et une intelligence très supérieure aux normes de sa caste.
  • Il incarne la réussite même, mais pourtant il ne se plaît pas dans ce monde : si le conditionnement de Bernard est raté du fait d'une insuffisance physique, celui de Helmholtz l’est par excès d'intelligence. Il apprécie peu les valeurs de ce monde, qu'il trouve insipides, et a l’impression d’être sous-employé.
  • Helmoltz au début de l’histoire a une impression de vide dans son travail, mais il ne sait pas quoi. À la fin, il aide John, peut-être juste pour l’aider, ou peut-être a-t-il pris parti pour le message de ce dernier. Dans le bureau de Mustapha Menier, organisateur clef de la société, il critique son travail, et sait quoi critiquer : le manque de sentiments profonds dans cette société. Pour cela il sera, tout comme Bernard Marx, envoyé sur une île.
  • Il représente, tout comme Marx, l’inadaptation, mais aussi quelque chose de nouveau : l’intelligence, incompatible avec ce monde.

Linda : Bêta Moins[modifier | modifier le code]

  • Elle est difforme, dégradée par l’alcool, vieille, très obèse car elle n’a pas vécu dans son milieu, mais dans une « réserve pour sauvages ». Elle a 44 ans. Contrairement aux membres de cette société, les outrages du temps n'ont pas été évités par les traitements scientifiques ; elle présente les signes de la vieillesse.
  • Elle a été parfaitement conditionnée, et n’a pas changé sa manière de vivre chez les Indiens, ce qui l’a rendu exclue.
  • Il n'y a aucune évolution psychologique de sa part ; en rentrant à Londres, elle fait ce que tout Bêta bien conditionné aurait fait : elle se drogue au soma pour le restant de ses jours, jusqu’à en mourir.
  • Malgré la honte qu’elle éprouve d’avoir un fils, due à son conditionnement, elle lui apprend à lire, lui chante des chansons et lui raconte des histoires. Bien qu'elle refuse qu'il l'appelle "maman", elle l’aime (de manière ambiguë).

John, le « sauvage »[modifier | modifier le code]

Il a environ 20 ans ; il est né de façon naturelle, fait répréhensible dans la société future, de l'union du Directeur (un Alpha) et de Linda (une Bêta). Il doit avoir des qualités physiques et psychiques assez importantes.

Il a été éduqué dans un village indien, et n'a donc pas subi le conditionnement de la société utopique du Meilleur des mondes, mais celui de sa culture d'adoption, qui a aussi ses contraintes (Huxley nous décrit son désespoir quand une jeune femme qui lui plaît se marie avec un autre). Il a des préjugés favorables sur Londres, mais peut juger cette société d’un œil différent. Il connaît par ailleurs beaucoup d’œuvres écrites (Shakespeare) et manifeste des sentiments ainsi que certaines valeurs morales (chasteté, fidélité relationnelle, etc.) souvent en opposition avec les valeurs de la société.

Idéalisant d'abord Londres, il découvre vite l’aliénation collective de ce monde. Son idée de Londres évolue au fur et à mesure qu'il en découvre toute la réalité.

Il est aussi attiré par Lenina, qui voulait directement avoir des relations sexuelles et rien d’autre, comme tout individu et selon les règles de cette société : tout le monde appartient à tout le monde. Sa première réaction est de la frapper en la traitant de "courtisane impudente" (en référence à Othello, acte 4 scène 2), termes qu'il emploie à chaque fois qu'il pense à elle. Le sauvage, qui n’a pas subi d'enseignement hypnopédique modelant l’esprit, se rend compte de l'immense pauvreté des relations humaines de ce monde. La découverte de l'utilisation du soma qui plonge son utilisateur dans un sommeil conditionné, renforce ce qu’il pensait de ce monde : pas d'initiative ou de pensées qui leur est propre, aucune interrogation en ce qui concerne leur monde et l'idée du bonheur complètement faussé, imposé par le soma.

Il symbolise le point de vue du lecteur de 1931, celui de ses principes (liberté, passions, etc.), en opposition à ce monde normé et lisse.

John est idéaliste, et empreint d'idées extrêmes, inspirées par une double culture: indo-américaine et shakespearienne. Il a une très forte conscience du tragique de la vie, faite d'épreuves à surmonter, qui le dégoûte très vite de la vie facile et quasi-inconsciente des hommes de son siècle. Il croit en l'amour, en Dieu; il est capable de pleurer sa mère. En fait, sa capacité à ressentir est exacerbée, si on la compare aux émotions atrophiées des londoniens engourdis de soma, grands enfants toute leur vie. L'abondance, qu'il n'a jamais connue, il la méprise. Il est un homme de l'ancien temps : chasteté poussée à l'extrême, contrôle de soi et excès de violence (il fouette Lénina parce que celle-ci lui explique son désir), mais traduit aussi une réalité d'actualité en 1932 lors de la publication du livre : « Une femme n'est pas censée exprimer directement son désir, et si elle n'est pas vierge alors sa moralité est douteuse (impudent stumpet). »

Il est le seul être non conditionné, normal aux yeux du lecteur car il ne consomme pas de soma, il a lu des livres, il est né naturellement, etc. C'est le contraire des gens de la société fordiste. Son surnom de M. Sauvage nous amène à nous interroger sur la définition de la civilisation. John est-il vraiment le sauvage de cette histoire?

Mustapha Menier : Alpha plus et administrateur mondial[modifier | modifier le code]

  • Cet Alpha est l’un des dix administrateurs mondiaux : les hommes les plus importants de la société. Il est l’administrateur mondial de l’Europe occidentale, une des dix zones de l'État mondial. Au début du roman, il donne l’impression d’être convaincu par le système même s'il montre une grande connaissance des sociétés antérieures. Cependant, au fil du texte, le lecteur apprend qu’il n’est pas convaincu mais plutôt réaliste. En effet, il évoque la stabilité apportée par les techniques de conditionnement en opposition avec la liberté trop permissive des sociétés anciennes. Il envoie, presque par amitié Watson et Marx sur une île, repaire des érudits de ce système où ils seront finalement plus libres qu'avant.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Ce roman a été classé parmi les chefs-d'œuvre de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants[6] :

  • Annick Beguin, Les 100 principaux titres de la science-fiction, Cosmos 2000, 1981 ;
  • Jacques Goimard et Claude Aziza, Encyclopédie de poche de la science-fiction. Guide de lecture, Presses Pocket, coll. « Science-fiction », no 5237, 1986 ;
  • Denis Guiot, La Science-fiction, Massin, coll. « Le monde de… », 1987 ;
  • Lorris Murail, Les Maîtres de la science-fiction, Bordas, coll. « Compacts », 1993 ;
  • Stan Barets, Le science-fictionnaire, Denoël, coll. « Présence du futur », 1994 ;
  • Bibliothèque idéale du webzine Cafard cosmique.

Le meilleur des mondes est classé à la 21e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle.

Adaptation cinématographique[modifier | modifier le code]

Ce roman a été adapté au cinéma à quelques reprises.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, Pocket (ISBN 978-2-266-12856-8), Présentation de l'auteur
  2. Le Meilleur des mondes, édition Pocket. Voir p. 3 pour l'épigraphe de la traduction française et p.5 pour l'épigraphe de l'édition originale.
  3. (en) Jerome Meckier, Aldous Huxley: Modern Satirical Novelist of Ideas : A Collection of Essays edited by Peter E. Firchow and Bernfried Nugel, Berlin, LIT Verlag, coll. « Human Potentialities »,‎ 2006 (1re éd. 2006) (ISBN 978-3-8258-9668-3, OCLC 71165436, présentation en ligne), chap. 12, (« Onomastic Satire: Names and Naming in Brave New World »), p. 185-224
  4. Pour Morgana : J.P. Morgan, la Fée Morgane, Thomas Hunt Morgan ou Henry Morgan sont des possibilités.
  5. D'après l'évangile selon Luc, Joanan est un des ancêtres de Jésus (3-27).
  6. Pour consulter les listes complètes, voir le site Top des Tops.
  7. Valentin Morisseau, « Ridley Scott et DiCaprio dans le meilleur des mondes ? », sur allocine.com,‎ 6 juin 2008 (consulté le 23 janvier 2010)