Honoré de Balzac

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Honoré de Balzac

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Portrait par Louis-Auguste Bisson (1842)

Activités Romancier
Dramaturge
Journaliste
Imprimeur
Critique littéraire
Naissance 20 mai 1799
Tours
Drapeau de la France Première République
Décès 18 août 1850 (à 51 ans)
Paris
Drapeau de la France Deuxième République
Langue d'écriture Français
Mouvement réalisme visionnaire
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Fondateur et président de la Société des gens de lettres
Adjectifs dérivés balzacien

Œuvres principales

Compléments

La Comédie humaine a été publiée en vingt volumes illustrés de 1842 à 1852 par Charles Furne en association avec Houssiaux, Hetzel, Dubochet et Paulin.

Signature

Signature de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac, né Honoré Balzac à Tours le 20 mai 1799 (1er prairial an VII du calendrier républicain), et mort à Paris le 18 août 1850 (à 51 ans), est un écrivain français. Romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur, il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec 93 romans et nouvelles parus de 1829 à 1855, réunis sous le titre La Comédie humaine. À cela s'ajoutent Les Cent Contes drolatiques, ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.

Il est un maître du roman français, dont il a abordé plusieurs genres : le roman historique et politique, avec Les Chouans, le roman philosophique avec Le Chef-d'œuvre inconnu, le roman fantastique avec La Peau de chagrin ou encore le roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Mais ses romans réalistes et psychologiques les plus célèbres, tels Le Père Goriot ou Eugénie Grandet, lui ont valu une qualification réductrice d' « auteur réaliste », qui ignore son aspect visionnaire et la puissance de son imagination créatrice.

Comme il l'explique dans son Avant-Propos à la La Comédie humaine, il a pour projet d'identifier les « Espèces sociales » de son époque, tout comme Buffon avait identifié les espèces zoologiques. Ayant découvert par ses lectures de Walter Scott que le roman pouvait atteindre à une « valeur philosophique », il veut explorer les différentes classes sociales et les individus qui les composent, afin « d'écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs » et « faire concurrence à l'état civil ».

À côté d'une aristocratie qu'il admire, l'auteur décrit la montée de la bourgeoisie et la puissance de l'Argent. Intéressé par les êtres qui ont un destin, il crée des personnages plus grands que nature, au point qu'on a pu dire que, dans ses romans, « chacun, même les portières, a du génie ». Certains de ses personnages sont tellement vivants qu'ils sont devenus des archétypes, tels Rastignac, le jeune provincial ambitieux, Grandet, l'avare tyran domestique, ou le père Goriot, icône de la paternité. Il accorde une place importante aux financiers et aux notaires, mais aussi au personnage de Vautrin, le hors-la-loi aux identités multiples. Son œuvre compte une énorme proportion de courtisanes et de grisettes, à côté de femmes admirables et angéliques. L'importance qu'il accorde à celles-ci et à leur psychologie lui a valu très tôt un lectorat féminin enthousiaste.

Ses opinions politiques ont beaucoup varié : s’il affiche des convictions légitimistes en pleine Monarchie de Juillet, il s’est auparavant déclaré libéral, et défendra les ouvriers en 1840 et en 1848, même s'il n'accorde aucune place à ceux-ci dans ses romans. Tout en professant des idées conservatrices, il a produit une œuvre admirée par Marx et Engels, et qui glorifie en fait « l'anarchisme et à la révolte ».

Travailleur forcené, fragilisant par ses excès une santé déjà précaire, endetté à la suite d'investissements hasardeux et de dépenses somptuaires, fuyant ses créanciers sous de faux noms dans différentes demeures, Balzac a aussi eu de nombreuses liaisons féminines avant d'épouser, en 1850, la comtesse Hańska, qu'il avait courtisée pendant dix-sept ans. Comme l’argent qu’il gagne avec sa plume ne suffit pas à payer ses dettes, il a sans cesse en tête des projets mirobolants : une imprimerie, un journal, une mine d'argent. C’est dans un palais situé rue Fortunée qu’il meurt profondément endetté au milieu d’un luxe inouï.

Lu et admiré dans toute l'Europe, Balzac a fortement influencé les écrivains de son temps et du siècle suivant. Le roman L'Éducation sentimentale de Gustave Flaubert est directement inspiré du Lys dans la vallée, et Madame Bovary, de La Femme de trente ans. Le principe du retour de personnages évoluant et se transformant au sein d'un vaste cycle romanesque a notamment inspiré Émile Zola et Marcel Proust. Ses œuvres continuent d'être réimprimées, y compris ses œuvres de jeunesse. Le cinéma a adapté La Marâtre dès 1906 ; depuis, les adaptations cinématographiques et télévisuelles de l'œuvre balzacienne se sont multipliées, avec plus d'une centaine de films et téléfilms produits à travers le monde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et années de formation[modifier | modifier le code]

Paysage d'hiver, arbres partiellement dénudés, avec une église gothique, chœur avec arcs-boutants toit en ardoise, surmontée d'une flèche pointue recouverte aussi d'ardoises, et un clocher conique en pierre ; au premier plan un bassin d'eau verte
La Trinité et le clocher St Martin de Vendôme.

Honoré de Balzac est le fils de Bernard-François Balssa[1], secrétaire au conseil du Roi, directeur des vivres, maire adjoint et administrateur de l’hospice de Tours, et d'Anne-Charlotte-Laure Sallambier, issue d'une famille de passementiers du Marais[2]. Bernard-François Balssa transforma le nom originel de la famille en Balzac, par une démarche faite à Paris entre 1771 et 1783, soit avant la Révolution[n 1].

Né le 20 mai 1799, Honoré est mis en nourrice immédiatement et ne regagnera la maison familiale qu'au début de 1803. Cet épisode de la première enfance lui donnera le sentiment d'avoir été délaissé par sa mère, tout comme le sera le personnage de Félix de Vandenesse, son « double » du Lys dans la vallée[3]. Il est l’aîné des quatre enfants du couple (Laure, Laurence et Henry). Sa sœur Laure, de seize mois sa cadette, est de loin sa préférée : il y a entre eux une complicité et une affection réciproque qui ne se démentiront jamais. Elle lui apportera son soutien à de nombreuses reprises : elle écrit avec lui[n 2], et en 1858, elle publie la biographie de son frère[4].

De 1807 à 1813, Honoré est pensionnaire au collège des oratoriens de Vendôme[n 3]. Au cours des six ans qu'il y a passé, sans jamais rentrer chez lui, même pour les vacances, le jeune Balzac dévore des livres de tout genre : la lecture était devenue pour lui « une espèce de faim que rien ne pouvait assouvir [...] son œil embrassait sept à huit lignes d'un coup et son esprit en appréciait le sens avec une vélocité pareille à celle de son esprit[5]. » Cependant, ces lectures, qui meublent son esprit et développent son imagination, ont aussi pour effet d'induire chez lui une espèce de coma dû à une congestion d'idées. La situation s'aggrave au point que, en avril 1813, les oratoriens s'inquiètent pour sa santé et le renvoient dans sa famille, fortement amaigri[n 4].

De juillet à novembre 1814, il est externe au collège de Tours. Son père ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire, la famille déménage à Paris et s’installe au 40, rue du Temple, dans le quartier du Marais. L'adolescent est admis comme interne à la pension Lepître, située rue de Turenne à Paris, puis en 1815 à l’institution de l’abbé Ganser, rue de Thorigny. Les élèves de ces deux institutions suivent en fait les cours du lycée Charlemagne, où se trouve aussi Jules Michelet, dont les résultats sont toutefois plus brillants que les siens[6].

Le 4 novembre 1816, le jeune Balzac s’inscrit en droit[7]. En même temps, il prend des leçons particulières et suit des cours à la Sorbonne. Il fréquente aussi le Muséum d'Histoire naturelle, où il s'intéresse aux théories de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire.

Son père tenant à ce qu'il associe la pratique à la théorie, Honoré doit, en plus de ses études, travailler chez un avoué, ami de la famille, Jean-Baptiste Guillonnet-Merville, homme cultivé qui avait le goût des lettres. Il exerce le métier de clerc de notaire dans cette étude où Jules Janin était déjà « saute-ruisseau[n 5]». Il utilisera cette expérience pour restituer l’ambiance chahuteuse d’une étude d’avoué dans Le Colonel Chabert et créer les personnage de Maître Derville et d'Oscar Husson dans Un début dans la vie. Une plaque, rue du Temple à Paris, atteste son passage chez cet avoué, dans un immeuble du quartier du Marais. En même temps, il dévore, résume et compare quantité d'ouvrages de philosophie, témoignant de préoccupations métaphysiques et de sa volonté de comprendre le monde[8]. Il passe avec succès le premier examen du baccalauréat en droit le 4 janvier 1819, mais ne se présentera pas au deuxième examen et ne poursuivra pas jusqu'à la licence[9].

L'écrivain débutant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Œuvres de jeunesse de Balzac.
Dessin représentant un homme jeune en chemise blanche, col ouvert, cheveux noirs hirsutes
Portrait d’Honoré de Balzac vers 1825, attribué à Achille Devéria.

Son père âgé de 73 ans ayant été mis à la retraite, la famille n'a plus les moyens de vivre à Paris et déménage à Villeparisis. Le jeune Balzac ne veut pas quitter Paris et dit vouloir se consacrer à la littérature. Ses parents le logent alors dans une mansarde, rue de Lesdiguières, et lui laissent deux ans pour écrire. Balzac rappellera dans Facino Cane et dans Illusions perdues, cette période de sa vie[10]. Il travaille à un projet de Discours sur l'immortalité de l'âme, lit Malebranche, Descartes et entreprend de traduire Spinoza du latin au français[11]. Il se tourne vers la littérature et, prenant son inspiration dans un personnage de Shakespeare, rédige une tragédie de 1 906 alexandrins, Cromwell (1820). Lorsqu'il présente cette pièce à ses proches, l'accueil se révèle décevant. Consulté, l'académicien François Andrieux le décourage de poursuivre dans cette voie[12].

Le jeune homme s’oriente alors vers le roman historique dans la veine de Walter Scott, dont la traduction d'Ivanhoé, parue en avril 1820, rencontre un immense succès. Sous le titre Œuvres de l'abbé Savonati, il réunit d'abord deux textes, Agathise (entièrement disparu) et Falthurne, récit « dont l'action se situait dans l'Italie vers le temps de Canossa (...), attribué à un abbé imaginaire, Savonati, et « traduit » de l'italien par M. Matricante, instituteur primaire[13]. » Dans un autre texte, Corsino, il imagine un jeune Provençal, nommé Nehoro (anagramme d'Honoré) qui rencontre dans un château écossais un Italien avec lequel il discute de métaphysique. Ces ébauches sont vite abandonnées et ne seront pas publiées de son vivant. Il en va de même de Sténie ou les Erreurs philosophiques, un roman par lettres esquissé l'année précédente et qui s'inspire de La Nouvelle Héloïse[14].

En 1821, Balzac s'associe avec Étienne Arago et Lepoitevin pour produire ce qu'il appelle lui-même de « petites opérations de littérature marchande ». Soucieux de ne pas salir son nom par une production qu'il qualifie lui-même de « cochonneries littéraires[15] », il publie sous le pseudonyme de Lord R’hoone (anagramme d'Honoré)[16]. Ces œuvres comprennent notamment : L'Héritière de Birague, Clotilde de Lusignan, Le Vicaire des Ardennes (interdit et saisi, mais c'est le seul roman de cette époque qui ait échappé à l'échec commercial)[17], Jean-Louis et Clotilde de Lusignan. Ces ouvrages en petit format in-12 rencontrent un certain public dans les cabinets de lecture, si bien que l'auteur croit avoir trouvé un filon productif et, dans une lettre à sa sœur Laure, datée de juillet 1821, il se fait fort de produire un roman par mois[n 6]. En fait, il dépassera même cet objectif, car il déclare un peu plus tard avoir écrit huit volumes en trois mois[18]. L'Anonyme, ou, Ni père ni mère signé sous le double pseudonyme de son commanditaire A. Viellerglé Saint Alme et Auguste Le Poitevin de L'Égreville[19].

En 1822, il abandonne ce pseudonyme pour celui de Horace de Saint-Aubin. C'est celui qu'il utilise pour signer Le Centenaire ou les Deux Beringheld et Le Vicaire des Ardennes. Ce dernier ouvrage est dénoncé au Roi et saisi. En 1823, il publie Annette et le Criminel, puis La dernière Fée ou La Nouvelle Lampe merveilleuse, mais ce livre, mauvais pastiche d'un vaudeville de Scribe et d'un roman de Maturin, est « exécrable »[20].

Vers la fin de l'année 1824, en proie à une profonde crise morale et intellectuelle, Balzac rédige le testament littéraire de Horace de Saint-Aubin, qu'il place dans la postface de Wann-Chlore ou Jane la Pâle. Il se met alors à la rédaction de L'Excommunié, un roman qui rompt avec la littérature commerciale et constitue le premier jalon d'un cycle de romans historiques, mais qui ne sera publié qu'en 1837[21]. Balzac s'essaie une nouvelle fois au théâtre, avec Le Nègre, un sombre mélo, tout en étant conscient de gaspiller son génie[22] et esquisse un poème en vers qui n'aboutira pas : Fœdora[23].

En dépit de leurs défauts, ces œuvres de jeunesse, publiées de 1822 à 1827, contiennent selon André Maurois les germes de ses futurs romans : « Il sera un génie malgré lui[24] ». Balzac, toutefois, les désavoue et les proscrira de l’édition de ses œuvres complètes[n 7], tout en les republiant en 1837 sous le titre Œuvres complètes de Horace de Saint-Aubin, et en faisant compléter certains ouvrages par des collaborateurs, notamment le comte de Belloy et le comte de Grammont[25]. Pour mieux brouiller les pistes et couper tout lien avec son pseudonyme, il chargera Jules Sandeau de rédiger un ouvrage intitulé Vie et malheurs de Horace de Saint-Aubin[26].

Il collabore au Feuilleton littéraire, qui cessera de paraître le 7 septembre 1824, et rédige divers ouvrages utilitaires répondant à la demande du public[27]. Après un Code de la toilette (1824), il publie un Code des gens honnêtes dans lequel il affirme avec cynisme que tout l'état social repose sur le vol et qu'il faut donc donner aux gens honnêtes les moyens de se défendre contre les ruses des avocats, avoués et notaires[28]. Il travaille aussi à un Traité de la Prière, publie une Histoire impartiale des Jésuites et Le Droit d'aînesse[n 8]. Son père, ayant mis la main sur cette brochure anonyme s'indigna contre un « auteur arriéré » défenseur d'une institution périmée et entreprit de le réfuter, ignorant qu'il s'agissait de son fils[29].

Désespérant de devenir riche avec cette littérature alimentaire qu'il méprise, il décide de se lancer dans les affaires et devient libraire-éditeur. Le 19 avril 1825, il s’associe à Urbain Canel et Delongchamps pour publier des éditions illustrées de Molière et de La Fontaine. Il acquiert aussi une partie du matériel de l'ancienne fonderie Gillé -fils et fonde une imprimerie. Toutefois, les livres ne se vendent pas aussi bien qu'il le souhaitait et la faillite menace. Lâché par ses associés le 1er mai 1826, Balzac se retrouve avec une énorme dette[30]. Au lieu de jeter l'éponge, il pousse plus loin l'intégration verticale et décide, le 15 août 1827, de créer une fonderie de caractères avec le typographe André Barbier[31]. Cette affaire se révèle un échec financier. Au 16 avril 1827 il croule sous une énorme dette dont le chiffre varie selon les sources de 53 619 francs[32], à 60 000 francs[n 9].

Vers une nouvelle forme de roman[modifier | modifier le code]

Couverture en noir et blanc d'un livre sans illustration sur lequel est écrit : Le dernier chouan ou la Bretagne en 1800, par Honoré de Balzac.
Couverture de la première édition des Chouans. 1829. (Source « Gallica »).
Portrait peint d'une femme aux cheveux bruns, longs et bouclés, elle porte une étole blanche sur une chemise blanche en croisant les bras.
Fortunée Hamelin, une merveilleuse dont Balzac fréquentait le salon. Portrait par Andrea Appiani (1798).
Couverture d'un livre en noir et blanc portant le titre Œuvres complètes de Walter Scott et illustré par un soldat du XIXe siècle assis
Couverture d'une traduction des Œuvres complètes de Walter Scott. 1826. (Source : « Gallica »).

Passionné par le goût du secret et des théories explicatives, Balzac s'intéresse aux écrits de Swedenborg, ainsi qu'au martinisme et aux sciences occultes. Il est convaincu de la puissance de la volonté et croit que l'homme « a le pouvoir d'agir sur sa propre force vitale et de la projeter hors de soi-même, pratiquant occasionnellement le magnétisme curatif, comme sa mère, par l'imposition des mains[33] ». Balzac connaît par expérience la force que recèle le roman, mais il ne voit pas encore celui-ci comme un outil de transformation sociale. Ainsi écrit-il dans une préface : « Ah ! si j'étais une fois conseiller d'État, comme je dirais au roi, et en face encore : « Sire, faites une bonne ordonnance qui enjoigne à tout le monde de lire des romans !...» En effet, c'est un conseil machiavélique, car c'est comme la queue du chien d'Alcibiade ; pendant qu'on lirait des romans, on ne s'occuperait pas de politique[34]. »

Il aperçoit maintenant les limites de Walter Scott, un modèle jadis tant admiré et à qui il rendra encore hommage dans son Avant-Propos de 1842[35]. Comme le déclarera plus tard un de ses personnages dans un avertissement lancé à un jeune écrivain : « Si vous voulez ne pas être le singe de Walter Scott, il faut vous créer une manière différente[36]. »

S'il peut envisager la possibilité de dépasser son modèle, c'est aussi parce qu'il a découvert, en 1822, L’Art de connaître les hommes par la physionomie de Lavater et qu'il en est fortement imprégné. La physiognomonie, qui se flatte de pouvoir associer « scientifiquement » des traits de caractère à des caractéristiques physiques, et qui recense quelque 6 000 types humains, devient pour lui une sorte de Bible. Cette théorie contient en effet en germe « l'esquisse d'une étude de tous les groupes sociaux[22] ». Comme l'écrit plus tard le jeune écrivain : « Les habitudes du corps, l’écriture, le son de la voix, les manières ont plus d’une fois éclairé la femme qui aime, le diplomate qui trompe, l’administrateur habile ou le souverain obligés de démêler d’un coup d’œil l’amour, la trahison ou le mérite inconnus[37]. » Le romancier aura souvent recours à cette théorie pour dresser le portrait de ses personnages.

Après sa faillite comme éditeur, Balzac revient à l’écriture. En septembre 1828, cherchant la sérénité et la documentation nécessaires à la rédaction des Chouans, roman politico-militaire, il obtient d'être hébergé par le général Pommereul à Fougères. Il polit particulièrement cet ouvrage, car il veut le faire éditer en format in-octavo, beaucoup plus prestigieux que le format in-12 de ses livres précédents destinés aux cabinets de lecture. Le roman paraît finalement en 1829 sous le titre Le Dernier Chouan ou la Bretagne. C'est le premier de ses ouvrages à être signé « Honoré Balzac »[38].

Cette même année 1829 voit la parution de Physiologie du mariage « par un jeune célibataire »[39]. Il y montre une « étonnante connaissance des femmes », qu'il doit sans doute aux confidences de ses amantes, Mme de Berny et la duchesse d'Abrantès, ainsi qu'à Fortunée Hamelin et Sophie Gay, des « merveilleuses » dont il fréquente les salons[40]. Décrivant le mariage comme un combat, Balzac prend le parti des femmes et défend le principe de l'égalité des sexes, alors mis de l'avant par les saint-simoniens. L'ouvrage remporte un grand succès auprès des femmes, qui s'arrachent le livre, même si certaines sont choquées[41].

Balzac commence dès lors à être un auteur connu. Il est introduit au salon de Juliette Récamier, où se retrouve le gratin littéraire et artistique de l'époque. Il fréquente aussi le salon de la princesse russe Catherine Bagration, où il se lie notamment avec le duc de Fitz-James, oncle de Mme de Castries[42]. Toutefois, ses livres ne se vendent pas assez et ses revenus ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Il cherche alors à gagner de l'argent dans le journalisme.

En 1830, il écrit dans la Revue de Paris, la Revue des deux Mondes, La Mode, La Silhouette, Le Voleur, La Caricature. Il devient l'ami du patron de presse Émile de Girardin[43]. Deux ans après la mort de son père, l'écrivain ajoute une particule à son nom lors de la publication de L'Auberge rouge, en 1831, qu'il signe de Balzac[44],[45]. Ses textes journalistiques sont d'une grande diversité. Certains portent sur ce qu'on appellerait aujourd'hui la politique culturelle, tels « De l'état actuel de la librairie » et « Des artistes ». Ailleurs est esquissée une « Galerie physiologique », avec « L'épicier » et « Le Charlatan ». Des articles portent aussi sur les mots à la mode, la mode en littérature, une nouvelle théorie du déjeuner. Il publie aussi quelques contes fantastiques et se met à écrire sous forme de lettres des réflexions sur la politique[n 10].

En même temps, il travaille à La Peau de chagrin, qu'il voit comme « une véritable niaiserie en fait de littérature, mais où il a essayé de transporter quelques situations de cette vie cruelle par laquelle les hommes de génie ont passé avant d'arriver à quelque chose[46] ». Le conte porte sur l'opposition entre une vie fulgurante consumée par le désir, et la longévité morne que donne le renoncement à toute forme de désir. Son héros, Raphaël de Valentin, s'exprime comme l'auteur lui-même, qui veut tout : la gloire, la richesse, les femmes : 

« Méconnu par les femmes, je me souviens de les avoir observées avec la sagacité de l’amour dédaigné. (...) Je voulus me venger de la société, je voulus posséder l’âme de toutes les femmes en me soumettant les intelligences, et voir tous les regards fixés sur moi quand mon nom serait prononcé par un valet à la porte d’un salon. Je m’instituai grand homme[47]. »

Balzac dira plus tard de ce roman qu'il est « la clé de voûte qui relie les études de mœurs aux études philosophiques par l'anneau d’une fantaisie presque orientale où la vie elle-même est prise avec le Désir, principe de toute passion[48] ». Dans la préface de l'édition de 1831, il expose son esthétique réaliste :

« L'art littéraire ayant pour objet de reproduire la nature par la pensée est le plus compliqué de tous les arts. [...] L'écrivain doit être familiarisé avec tous les effets, toutes les natures. Il est obligé d'avoir en lui je ne sais quel miroir concentrique où, suivant sa fantaisie, l'univers vient se réfléchir[49]. »

Le livre — qu'il dédie à la Dilecta[50] — paraîtra finalement en 1831. C'est un succès immédiat. Balzac est devenu « avec trois ouvrages, l'ambition des éditeurs, l'enfant chéri des libraires, l'auteur favori des femmes[51]. »

Le grand projet de La Comédie humaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Comédie humaine.
Gravure d'un homme préoccupé vu de profil, il est assis sur une chaise les mains croisées posées sur ses jambes croisées.
Le père Goriot par Daumier (1842).

La Peau de chagrin marque le début d'une période créative au cours de laquelle prennent forme les grandes lignes de La Comédie humaine. Les « études philosophiques », qu’il définit comme la clé permettant de comprendre l’ensemble de son œuvre[52], ont pour base cet ouvrage, qui sera suivi de Louis Lambert (1832), Séraphîta (1835) et La Recherche de l'absolu (1834).

Les Scènes de la vie privée, qui inaugurent la catégorie des « études de mœurs », commencent avec Gobseck (1830) et La Femme de trente ans (1831). La construction de « l'édifice », dont il expose le plan dès 1832 à sa famille avec un enthousiasme fébrile[53], se poursuit avec les scènes de la vie parisienne dont fait partie Le Colonel Chabert (1832-35). Il aborde en même temps les scènes de la vie de province avec Le Curé de Tours (1832) et Eugénie Grandet (1833), ainsi que les scènes de la vie de campagne avec Le Médecin de campagne (1833), dans lequel il expose un système économique et social de type saint-simonien[53].

Ainsi commence « le grand dessein » qui, loin d’être une simple juxtaposition d’œuvres compilées a posteriori, se développe instinctivement au fur et à mesure de ses écrits[54]. Il envisage le plan d'une œuvre immense, qu'il compare à une cathédrale[55]. L’ensemble doit être organisé pour embrasser du regard toute l’époque, tous les milieux sociaux et l'évolution des destinées. Profondément influencé par les théories de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire, il part du principe qu'il existe « des Espèces Sociales comme il y a des Espèces Zoologiques » et que les premières sont beaucoup plus variées que les secondes, car « les habitudes, les vêtements, les paroles, les demeures d’un prince, d’un banquier, d’un artiste, d’un bourgeois, d’un prêtre et d’un pauvre sont entièrement dissemblables et changent au gré des civilisations. » Il en résulte que la somme romanesque qu'il envisage doit {{avoir une triple forme : les hommes, les femmes et les choses, c’est-à-dire les personnes et la représentation matérielle qu’ils donnent de leur pensée ; enfin l’homme et la vie[56].}}

Le Père Goriot, commencé en 1834, marque l’étape la plus importante dans la construction de son œuvre, car Balzac a alors l'idée du retour des personnages, qui est une caractéristique majeure de La Comédie humaine[57]. L'œuvre n'a pu prendre corps qu'avec l'idée de ce retour[58]. Elle est étroitement liée à l'idée d'un cycle romanesque « faisant concurrence à l’état civil ». Ainsi, un personnage qui avait joué un rôle central dans un roman peut reparaître dans un autre quelques années plus tard comme personnage secondaire, tout en étant présenté sous un nouveau jour, exactement comme, dans la vie, des gens que nous avons connus peuvent disparaître longtemps de nos relations pour ensuite refaire surface. Le roman arrive ainsi à restituer « la part de mystère qui subsiste dans chaque vie et dans tout être. Dans la vie aussi, rien ne se termine[59]. » De même, anticipant la vogue des « préquelles », il peut présenter dans un roman la jeunesse d'une personne qu'on avait rencontrée sous les traits d'une femme mûre dans un roman précédent, telle « l'actrice Florine peinte au milieu de sa vie dans Une fille d'Ève, scène de la vie privée, et [que l'on retrouve] à son début dans Illusions perdues, scène de la vie de province[60] ».

Une fois le plan élaboré, les publications se succèdent à un rythme accéléré : Le Lys dans la vallée paraît en 1835-1836, puis Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau en 1837, suivi de La Maison Nucingen en 1838, Le Curé de village et Béatrix en 1839 et Ursule Mirouët en 1841. La rédaction dIllusions perdues s’étend de 1837 à 1843.

Il attache une grande importance à la documentation et décrit avec précision les lieux de ses intrigues, n'hésitant pas à se rendre sur place pour mieux s'imprégner de l'atmosphère, ou interrogeant des personnes originaires d'une ville qui joue un rôle dans un récit. De même, il décrit minutieusement une rue, l'extérieur d'une maison, son ameublement, les costumes de ses personnages, les étoffes. Il accorde un même soin à décrire les rouages de l'administration, la mécanique judiciaire. Par cet ensemble de romans et nouvelles, Balzac se veut un témoin de son siècle, dont il dresse un état des lieux pour les générations futures. En plus de faire un portrait de la société, il veut aussi influer sur son siècle, comme il le déclare lors d'une entrevue en 1833[61]. Il veut occuper la première place dans la littérature européenne, à la hauteur des Byron, Scott, Goethe ou Hoffmann[62].

Balzac journaliste[modifier | modifier le code]

Le journalisme attire Balzac parce que c'est une façon d'exercer un pouvoir sur la réalité, lui qui rêve parfois de devenir maître du monde littéraire et politique, grâce à l'association Le Cheval rouge qu'il voulait créer[63].

En même temps, il est bien conscient des dangers que le journalisme représente pour l'écrivain, parce que, forcé d'écrire sous des contraintes impératives, il est « une pensée en marche comme le soldat en guerre[64] ». Dans Illusions perdues, il fait dire aux sages du Cénacle, lorsque Lucien de Rubempré annonce qu’il va « se jeter dans les journaux » :

« Gardez-vous en bien, là serait la tombe du beau, du suave Lucien que nous aimons (…). Tu ne résisterais pas à la constante opposition de plaisir et de travail qui se trouve dans la vie des journalistes ; et résister au fond, c’est la vertu. Tu serais si enchanté d’exercer le pouvoir, d’avoir le droit de vie et de mort sur les œuvres de la pensée, que tu serais journaliste en deux mois[65]. »

Il participe aussi à la révolution du roman-feuilleton en 1836, et livre à La Presse, qui appartient à son ami Girardin, La Vieille Fille, qui paraît en douze livraisons. En 1837, il y fera paraître Les Employés ou la Femme supérieure. Dans les années qui suivent, il donnera aussi des romans au Constitutionnel et au Siècle[66].

La Chronique de Paris[modifier | modifier le code]

Lithographie du portrait d'un homme assis qui glisse la main gauche dans sa veste
François Guizot « est une girouette qui, malgré son incessante mobilité, reste sur le même bâtiment. »

En 1835, apprenant que La Chronique de Paris, journal politique et littéraire, feuille sans position politique bien tranchée, est à vendre, Balzac l’achète, avec des fonds qu’il ne possède pas — comme à son habitude[67]. L’entreprise, qui aurait paru dramatique à tout autre, le remplit de joie et il construit aussitôt ses « châteaux en Espagne ». Il veut en faire l'organe du « parti des intelligentiels[68] ».

Quand enfin La Chronique de Paris paraît, le 1er janvier 1836, l’équipe comprend des plumes importantes : Victor Hugo, Gustave Planche, Alphonse Karr et Théophile Gautier, dont Balzac apprécie le jeune talent ; pour les illustrations, on a Henry Monnier, Grandville et Honoré Daumier[69]. Balzac se réserve la politique, car le journal est un outil de pouvoir. Il fournira aussi des nouvelles. En réalité, si les membres de la rédaction festoient beaucoup chez Balzac, bien peu d’entre eux tiennent leurs engagements et Balzac est pratiquement le seul à y écrire[70]. Il y publie des textes que l’on retrouvera plus tard dans La Comédie humaine, mais remaniés cent fois selon son habitude : L'Interdiction, La Messe de l'athée et Facino Cane[70].

Quant aux articles politiques signés de sa main, le ton en est donné par cet extrait paru le 12 mai 1836 : « Ni M. Guizot ni M. Thiers n'ont d'autre idée que celle de nous gouverner. M. Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée : il a toujours songé à M. Thiers (…). M. Guizot est une girouette qui, malgré son incessante mobilité, reste sur le même bâtiment[71]. »

Balzac décrit avec une assez juste vision des choses la rivalité entre l'Angleterre et la Russie pour le contrôle de la Méditerranée. Il proteste contre l'alliance de la France et de l'Angleterre et dénonce le manque de plan de la diplomatie française. Enfin, il prophétise la domination de la Prusse sur une Allemagne unifiée[72]. Il publie aussi dans ce journal des romans et des nouvelles.

Au début, le journal La Chronique a un grand succès, et cette entreprise aurait pu être une véritable réussite. Mais Balzac était obligé de livrer, en même temps, à Madame Béchet et Edmond Werdet, les derniers volumes des Études de mœurs. Il avait par ailleurs fait faillite dans une affaire chimérique avec son beau-frère Surville. Enfin il se brouille avec Buloz, nouveau propriétaire de la Revue de Paris, qui avait sans doute communiqué des épreuves du Lys dans la vallée pour une publication en Russie par La Revue étrangère. Balzac refuse dès lors de continuer à livrer son texte et il s'ensuit un procès[73]. Arrêté par la Garde nationale parce qu'il refusait d'accomplir ses devoirs de soldat-citoyen, il est conduit à la maison d’arrêt, où il passe une semaine avant que l’éditeur Werdet réussisse à l'en faire sortir. Après cinq mois pénibles, Balzac obtient satisfaction[74]. Mais « ce sont des victoires qui tuent », écrit-il à la comtesse Hańska, « encore une et je suis mort »[75], « La vie est trop pesante, je ne vis pas avec plaisir »[76],[77]. Le jugement donne finalement raison à Balzac, mais il est poursuivi pour retard dans la livraison des romans promis à un autre éditeur. Menacé d’être mis en faillite, il décide, en juillet 1836 d’abandonner La Chronique[78].

Les mésaventures qu'il vient de connaître alimenteront la création d'un de ses plus beaux romans, alors en chantier, Illusions perdues, dont la deuxième partie sera « le poème de ses luttes et de ses rêves déçus[79] ».

La Revue parisienne[modifier | modifier le code]

Portrait peint d'un homme brun à collier de barbe portant une veste noire
Stendhal en 1840. Balzac a rendu un vibrant hommage à La Chartreuse de Parme.

L’expérience ruineuse de La Chronique de Paris aurait dû décourager Balzac à jamais de toute entreprise de presse. Mais en 1839, Armand Dutacq, directeur du grand quotidien Le Siècle et initiateur du roman-feuilleton avec Émile de Girardin, lui offre de financer une petite revue mensuelle. Aussitôt Balzac imagine La Revue parisienne, dont Dutacq serait administrateur et avec lequel il partagerait les bénéfices. L’entreprise est censée servir les intérêts du feuilletoniste Balzac à une époque où Alexandre Dumas et Eugène Sue gèrent habilement le genre dans les quotidiens et utilisent au mieux le principe du découpage et du suspense. Balzac se lance alors dans la compétition, tout en rédigeant pratiquement seul pendant trois mois une revue qu’il veut également littéraire et politique[80]. Il publie entre autres Z. Marcas le 25 juillet 1840, qui sera intégré à La Comédie humaine en août 1846 dans les Scènes de la vie politique.

Outre ses attaques contre le régime monarchique, La Revue parisienne se distingue par des critiques littéraires assez violentes dans l’éloge comme dans la charge. Parmi ses victimes on compte Henri de Latouche avec lequel Balzac est brouillé et qu’il hait désormais[81] : « Monsieur de Latouche n’a ni l’art de préparer des scènes, ni celui de dessiner des caractères, de former des contrastes, de soutenir l’intérêt[82]. »

Il attaque son ennemi naturel, Sainte-Beuve, dont le Port-Royal fait l’objet d’un véritable déchaînement. Balzac se venge des humiliations passées : « Monsieur Sainte-Beuve a eu la pétrifiante idée de restaurer le genre ennuyeux. En un point, cet auteur mérite qu’on le loue : il se rend justice, il va peu dans le monde et ne répand l’ennui que par sa plume (…)[83]. »

Balzac s’en prend encore, çà et là, assez injustement à Eugène Sue, mais rend un hommage vibrant à La Chartreuse de Parme de Stendhal, à une époque où, d’un commun accord, la presse ignorait complètement cet écrivain :

« Monsieur Stendhal a écrit un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. Il a produit, à l’âge où les hommes trouvent rarement des sujets grandioses, et après avoir écrit une vingtaine de volumes extrêmement spirituels, une œuvre qui ne peut être appréciée que par les âmes et les gens supérieurs (…)[84]. »

Mais cela marque le dernier numéro de La Revue parisienne, qui s’éteindra après la troisième parution. Balzac et Dutacq partageront les pertes qui n’étaient d’ailleurs pas très lourdes. Cependant, une fois encore, Balzac a échoué dans la presse, et dans les affaires.

Monographie de la presse parisienne[modifier | modifier le code]

Dans cette monographie humoristique (1843), Balzac propose une analyse complète des composantes de la presse. On trouve dans ce pamphlet la définition du publiciste, du journaliste, du « faiseur d'articles de fond », du « pêcheur à la ligne » (le pigiste payé à la ligne), du « rienologue » : « Vulgarisateur, alias : homo papaver, nécessairement sans aucune variété (…), qui étend une idée d’idée dans un baquet de lieux communs, et débite mécaniquement cette effroyable mixtion philosophico-littéraire dans des feuilles continues[85]. » Balzac sait se montrer désinvolte dans la satire.

La préface par Gérard de Nerval est dans le même ton. Dans un style pince-sans-rire, celui-ci donne une définition du canard : « information fabriquée colportée par des feuilles satiriques et d’où est né le mot argot « canard » pour désigner un journal[86] ».

Un forçat littéraire[modifier | modifier le code]

Balzac était un écrivain d'une fécondité prodigieuse, il pouvait écrire vite, beaucoup et inlassablement. On raconte que c’est en une seule nuit, chez son amie Zulma Carraud à La Poudrerie d’Angoulême, qu’il écrivit La Grenadière[87] et selon Zulma Carraud : « La Grenadière, cette jolie perle, fut écrite en jouant au billard. Il quittait le jeu, me priant de l’excuser, et griffonnait sur un coin de table, puis revenait à la partie pour la quitter bientôt[88]. »

Même s'il avait une constitution apparemment robuste — « col d'athlète ou de taureau (...) Balzac, dans toute la force de l'âge présentait les signes d'une santé violente[89] » —, il malmena sa santé par un régime épuisant, consacrant de seize à dix-huit heures par jour à l'écriture, et parfois même vingt heures quotidiennes[90]. Dès 1831, il confiait à son amie Zulma : « Je vis sous le plus dur des despotismes : celui qu'on se fait à soi-même[91]. » Selon Stefan Zweig, la production littéraire de Balzac au cours de cette année est pratiquement sans équivalent dans les annales de la littérature : il doit avoir écrit une moyenne de seize pages imprimées par jour, sans compter les corrections sur épreuves[92]. Cinq ans plus tard, la situation n'avait pas changé :

« J'ai repris la vie de forçat littéraire. Je me lève à minuit et me couche à six heures du soir ; à peine ces dix-huit heures de travail peuvent-elles suffire à mes occupations[93]. »

Ou encore : « Quand je n'écris pas mes manuscrits, je pense à mes plans, et quand je ne pense pas à mes plans et ne fais pas de manuscrits, j'ai des épreuves à corriger. Voici ma vie[94]. » Pour soutenir ce rythme, il faisait depuis des années une consommation excessive de café, qu'il buvait « concassé à la turque » afin de stimuler « sa manufacture d'idées » :

« Si on le prend à jeun, ce café enflamme les parois de l'estomac, le tord, le malmène. Dès lors tout s'agite : les idées s'ébranlent comme les bataillons de la Grande Armée sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l'artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d'esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent, le papier se couvre d'encre[95]... »

Ce régime lui était nécessaire pour parvenir à livrer à son éditeur la centaine de romans qui devaient composer La Comédie humaine, en plus des articles promis aux journaux. À cela s'ajoute aussi l'énorme recueil des Cent Contes drolatiques qu'il rédige entre 1832 et 1837, dans une veine et un style rabelaisiens. Il cherche toujours, par cette production continue, à régler les dettes que son train de vie frénétique et fastueux lui occasionnait.

Il entretenait aussi une importante correspondance et fréquentait les salons où il rencontrait les modèles de ses personnages. Il fascinait ses contemporains par ses bagues, sa canne à pommeau d'or, sa loge à l'opéra[96]. Il vivait avec une gourmandise insatiable, un appétit « d'argent, de femmes, de gloire, de réputation, de titres, de vins et de fruits[97] ».

Liaisons féminines[modifier | modifier le code]

Profil d'une tête d'homme regardant vers sa gauche
Tête de Balzac par Pierre-Jean David d'Angers (1843).

Mal aimé par sa mère, qui lui préférait son jeune frère Henry, Balzac « a toujours cherché l'amour fou, la femme à la fois ange et courtisane, maternelle et soumise, dominatrice et dominée, grande dame et complice[98] ».

De petite taille et doté d'une tendance à l'embonpoint, il n'était pas spécialement séduisant[n 11], mais il avait un regard d'une force extraordinaire, qui a impressionné Théophile Gautier :

« Quant aux yeux, il n'en exista jamais de pareils. Ils avaient une vie, une lumière, un magnétisme inconcevables. Malgré les veilles de chaque nuit, la sclérotique en était pure, limpide, bleuâtre, comme celle d'un enfant ou d'une vierge, et enchâssait deux diamants noirs qu'éclairaient par instants de riches reflets d'or : c'étaient des yeux à faire baisser la prunelle aux aigles, à lire à travers les murs et les poitrines, à foudroyer une bête fauve furieuse, des yeux de souverain, de voyant, de dompteur[99]. »

Cet éclat particulier de ses yeux est confirmé par de nombreux témoignages[n 12].

Si Balzac attire les femmes, c'est d'abord parce qu'il les décrit dans ses romans avec une grande finesse psychologique. Comme le note un de ses contemporains : « Le grand, l'immense succès de Balzac lui est venu par les femmes : elles ont adoré en lui l'homme qui a su avec éloquence, par de l'ingéniosité encore plus que par la vérité, prolonger indéfiniment chez elles l'âge d'aimer et surtout celui d'être aimées[100]. » Des caricatures le montrent porté en triomphe par des femmes de trente ans[101].

En dépit de son inimité viscérale pour le romancier, Sainte-Beuve confirme le succès que celui-ci rencontre auprès du public féminin et en explique l'origine :

« M. de Balzac sait beaucoup de choses des femmes, leurs secrets sensibles ou sensuels ; il leur pose, en ses récits, des questions hardies, familières, équivalentes à des privautés. C'est comme un docteur encore jeune qui a une entrée dans la ruelle et dans l'alcôve (...)[102]. »

Dans son Avant-propos, Balzac reproche à Walter Scott l'absence de diversité dans ses portraits de femmes et attribue cette faiblesse à son éthique protestante :

« Dans le protestantisme, il n’y a plus rien de possible pour la femme après la faute ; tandis que dans l’Église catholique l’espoir du pardon la rend sublime. Aussi n’existe-t-il qu’une seule femme pour l’écrivain protestant, tandis que l’écrivain catholique trouve une femme nouvelle dans chaque nouvelle situation[103]. »

Ce sont presque toujours les femmes qui ont fait le premier pas vers le romancier, en lui écrivant une lettre ou en lui lançant une invitation. C'est le cas, notamment, de Caroline Landrière des Bordes, baronne Deurbroucq, riche veuve qu'il rencontre au château de Méré, chez le banquier Goüin, et qu'il eut brièvement le projet d'épouser en 1832[104]. Dans le cas de Louise, qui se présente anonymement comme « une des femmes les plus élégantes de la société actuelle », le contact qu'elle a pris en 1836 est resté purement épistolaire et s'est arrêté après un an sans que son identité lui ait jamais été révélée[105]. Une autre admiratrice, Hélène Marie-Félicité de Valette, qui se présente comme « bretonne et célibataire », mais qui en fait était veuve et avait un amant[106], lui écrit après avoir lu Beatrix en feuilleton et l'accompagnera dans un voyage en Bretagne, en avril 1841[107].

Tableau représentant une femme vêtue d'une robe grise qui porte dans ses bras un bébé à demi-nu
Portrait de Zulma Carraud et de son fils Ivan âgé de six mois, par Édouard Viénot.
Portrait peint : buste d'une femme nue sur fond jaune uniforme, tournée vers sa droite et regardant vers sa gauche, dont un sein est caché par son bras replié, et l'autre apparent, cheveux bruns longs mais remontés en chignon négligé ; signature en noir en bas à gauche : Rome 1830 H Vernet
Étude d’Olympe Pélissier par Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne.
Portrait peint d'une femme cousant, elle porte une robe noire
George Sand cousant, par Delacroix (1838). Détail.

Zulma Carraud[modifier | modifier le code]

Zulma Carraud était une amie d'enfance de sa sœur Laure. Cette « femme de haute valeur morale, stoïcienne virile[108] » vivait à Issoudun, était mariée et avait des enfants. Balzac la connaît depuis 1818, mais leur amitié ne se noue que lors de l'installation de sa sœur à Versailles, en 1824. Leur correspondance aurait commencé dès cette date, mais les premières années en ont été perdues[109]. Dans ses lettres, Zulma se révèle une de ses amies les plus intimes et les plus constantes. C'est chez elle qu'il se réfugie quand il est malade, découragé, surmené ou poursuivi par ses créanciers[110]. Elle lui rappelle l'idéal républicain et l'invite à plus d'empathie pour les souffrances du peuple[111]. Quoique n'étant pas elle-même très riche, elle vole sans relâche au secours de l'écrivain[112]. Elle compte parmi les femmes qui ont joué un grand rôle dans sa vie.

Laure de Berny[modifier | modifier le code]

En 1821, alors qu'il est de retour chez ses parents à Villeparisis, Balzac entre en relation avec Mme de Berny. Quoique son prénom usuel soit Antoinette, Balzac l'appellera toujours par son deuxième prénom, Laure, qui est aussi le prénom de sa sœur, ou la désigne comme la Dilecta (la bien-aimée). Celle-ci, qui est alors âgée de 45 ans, a eu neuf enfants, parmi lesquels quatre filles, dont Julie, issue d'une liaison qu'elle a eue avec André Campi. Encore belle[n 13], dotée d'une grande sensibilité et d'une expérience du monde, elle éblouit le jeune homme, qui en devient l’amant en 1822, préférant la mère à sa fille Julie qu'elle lui proposait d'épouser[113]. Laure lui tiendra lieu d'amante et de mère et forme l'écrivain. Elle l’encourage, le conseille, lui prodigue sa tendresse et lui fait apprécier le goût et les mœurs de l’Ancien Régime. Elle lui apporte aussi son aide lorsqu'il a des problèmes d'argent et qu'il est poursuivi par les huissiers. Il lui gardera une reconnaissance durable. À sa mort, en 1836, Balzac écrit : « Mme de Berny a été comme un Dieu pour moi. Elle a été une mère, une amie, une famille, un ami, un conseil ; elle a fait l'écrivain[114] ». Presque toute la correspondance ayant été détruite, seules quelques rares lettres témoignent de la jalousie qu'elle éprouva lors des liaisons subséquentes de son amant, mais sans jamais lui en tenir rigueur[115].

Balzac s'en est inspiré pour créer le personnage de Madame de Mortsauf, héroïne du Le Lys dans la vallée, et lui a dédié cet ouvrage. Elle a aussi des points en commun avec le personnage de Flavie Colleville des Petits Bourgeois[113]. Stefan Zweig la reconnaît aussi dans la description de l'héroïne de Madame Firmiani : « Sa raillerie caresse et sa critique ne blesse point... elle ne vous fatigue jamais, et vous laisse satisfait d’elle et de vous. Chez elle, tout flatte la vue, et vous y respirez comme l’air d’une patrie... Cette femme est naturelle. Franche, elle sait n’offenser aucun amour-propre ; elle accepte les hommes comme Dieu les a faits... À la fois tendre et gaie, elle oblige avant de consoler »[116].

La duchesse d'Abrantès[modifier | modifier le code]

En 1825, il commence une autre liaison avec la duchesse d'Abrantès. Cette femme, qui a 15 ans de plus que lui, le fascine par ses relations et son expérience du monde. Veuve du général Junot, qui avait été élevé au rang de duc par Napoléon, elle a connu les fastes de l'Empire et a ensuite fréquenté les milieux royalistes. Elle a été l'amante du comte de Metternich. Ruinée et forcée de vendre ses bijoux et son mobilier, elle s'installe modestement à Versailles. C'est par une amie de sa sœur, qui vivait aussi à Versailles, que Balzac fait sa connaissance. Il est séduit, mais elle ne lui offre d'abord que son amitié, qui se transforme peu après en amour partagé[117].

Quoiqu'elle se prénomme Laure, Balzac ne l'appellera jamais que Marie[118]. Elle lui donne des renseignements sur la vie dans les châteaux et les personnalités qu'elle a côtoyées. En revanche, il lui conseille d'écrire ses mémoires et lui tient lieu de conseiller et de correcteur littéraire[119].

La duchesse d'Abrantès a servi de modèle à la fois à la Vicomtesse de Beauséant dans la Femme abandonnée, ouvrage qui lui est dédié[120], et à la duchesse de Carigliano dans la Maison du chat-qui-pelote, ainsi qu'à certains traits dans Félicité des Touches[112]. Balzac rédige La Maison à Maffliers, près de L'Isle-Adam en 1829, alors que la duchesse d’Abrantès séjourne chez les Talleyrand-Périgord non loin de là[121].

Olympe Pélissier[modifier | modifier le code]

Dès 1831, Balzac fréquente le salon d'Olympe Pélissier, « belle courtisane intelligente » qui fut la maîtresse d’Eugène Sue avant d’épouser Rossini en 1847. Il eut avec elle une brève liaison.

Les personnages de demi-mondaines qui traversent La Comédie humaine, telles Florine et Tullia, lui doivent beaucoup. La scène de chambre de La Peau de chagrin aurait été jouée par Balzac lui-même chez Olympe[122], mais celle-ci ne ressemble en rien à Fœdora, et elle aura toujours avec lui des rapports amicaux et bienveillants. Ce dernier continuera à fréquenter son salon[123]. Quant à Fœdora de la nouvelle, Balzac précise dans une lettre : « J'ai fait Fœdora de deux femmes que j'ai connues sans être entré dans leur intimité. L'observation m'a suffi outre quelques confidences. »[124].

Aurore Dudevant / George Sand[modifier | modifier le code]

En 1831, Balzac fait la connaissance d'Aurore Dudevant venue tenter sa chance à Paris et fuir son mari. Il lui fait lire La Peau de chagrin et cet ouvrage suscite son enthousiasme.

En février 1838, il va retrouver « le camarade George Sand » dans son château de Nohant. Au cours des six jours qu'il y est resté, ils passent les nuits à bavarder, de « 5 heures du soir après le dîner jusqu'à 5 heures du matin ». Elle lui fait fumer « un houka et du lataki ». Rendant compte de cette expérience, il espère que le tabac lui permettra de « quitter le café et de varier les excitants dont j'ai besoin pour le travail[n 14] ».

Par la suite, il continue à la rencontrer dans le salon qu'elle tient à Paris, où elle vit en couple avec Chopin[125]. Ils échangent sur des questions de structure romanesque ou de psychologie des personnages et elle lui donne parfois des suggestions d'intrigues qu'elle ne pouvait pas traiter elle-même, notamment Les Galériens et Béatrix ou les Amours forcés[126]. Il est aussi arrivé qu'elle signe un récit de Balzac que ce dernier ne pouvait pas faire accepter par son éditeur parce qu'il y en avait déjà trop de sa plume dans un même recueil[112]. Balzac lui dédie les Mémoires de deux jeunes mariées.

De l'aveu même de l'auteur, elle a servi de modèle, dans Béatrix, au portrait de Félicité des Touches, un des rares portraits de femme qu'il ait faits conformes à la réalité[112]. Dans une lettre à Mme Hańska, il nie toutefois qu'il y ait eu autre chose que de l'amitié dans sa relation avec l'écrivain[112].

La duchesse de Castries[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1832, parmi les nombreuses lettres qui lui viennent de ses admiratrices, Balzac en reçoit une de la duchesse de Castries, belle rousse au front élevé, qui tient un salon littéraire et dont l'oncle est le chef du parti légitimiste[n 15]. Immédiatement intéressé, Balzac va lui rendre visite et lui offre des feuillets manuscrits de La Femme de trente ans, dont elle est en fait le modèle, au physique et au moral[127]. En amoureux transi, il se rend à son château à Aix-les-Bains, où il passe plusieurs jours à écrire, tout en faisant la connaissance du baron James de Rothschild, avec qui il noue une relation durable[128]. Il l'accompagne ensuite à Genève en octobre de la même année, mais rentre dépité de ne pas voir ses sentiments partagés, et va se faire réconforter auprès de la dilecta[129].

Il témoigne de cette déception amoureuse dans La Duchesse de Langeais : « elle avait reçu de la nature les qualités nécessaires pour jouer les rôles de coquette... Elle faisait voir qu'il y avait en elle une noble courtisane... Elle paraissait devoir être la plus délicieuse des maîtresses en déposant son corset[130]. » On l'a également reconnue sous le personnage de Diane de Maufrigneuse[131]. Mme de Castries, qui avait du sang britannique, inspirera aussi en partie le personnage de lady Arabelle Dudley du Lys dans la vallée[132]. Balzac lui dédie L'Illustre Gaudissart, une pochade qu’elle juge indigne de son rang, alors qu'elle est « un des plus anciens blasons du faubourg Saint-Germain »[133]. Il continue toutefois à la voir de façon sporadique et c'est sans doute grâce à elle qu'il peut avoir une entrevue avec Metternich[134].

Marie du Fresnay[modifier | modifier le code]

Marie-Caroline du Fresnay, fille de Maria du Fresnay et d'Honoré de Balzac, par Henriette Girouard-Lucquin (1865)

En 1833, il noue une intrigue secrète avec « une gentille personne, la plus naïve créature qui soit tombée comme une fleur du ciel ; qui vient chez moi, en cachette, n'exige ni correspondance ni soins et qui dit : « Aime-moi un an ! Je t'aimerai toute ma vie. »[135] ».

Marie du Fresnay, surnommée Maria, avait alors 24 ans et attendait une fille de Balzac, Marie-Caroline du Fresnay. Balzac lui dédiera en 1839 le roman Eugénie Grandet, qu'il était alors en train d'écrire et dont l'héroïne est inspirée de la jeune femme. Il citera également sa fille dans son testament[n 16].

La comtesse Guidoboni-Visconti[modifier | modifier le code]

En avril 1835, Balzac a le coup de foudre pour la comtesse Guidoboni-Visconti, née Frances-Sarah Lovell, issue de la plus ancienne gentry anglaise. Il la décrira plus tard comme « une des plus aimables femmes, et d'une infinie, d'une exquise bonté, d'une beauté fine, élégante (...) douce et pleine de fermeté[136] ». Une jeune amie de la Contessa décrit ainsi les affinités entre ces deux personnalités :

« Tu me demandes qu'est-ce que c'est que cette (...) passion de M. de Balzac pour Madame Visconti ? Ce n'est autre chose que, comme Madame Visconti est remplie d'esprit, d'imagination, et d'idées fraîches et neuves, M. de Balzac qui est aussi un homme supérieur, goûte la conversation de Madame Visconti, et comme il a beaucoup écrit et écrit encore, il lui emprunte souvent de ces idées originales qui sont si fréquentes chez elle, et leur conversation est toujours excessivement intéressante et amusante[137]. »

Ils se verront très fréquemment durant cinq ans. Balzac l'accompagne dans sa loge à l'opéra et, selon certaines sources, elle aurait eu un enfant de lui[n 17]. D'une grande indépendance d'esprit, elle ne cherche pas à accaparer l'écrivain comme le fait Mme Hańska, à qui celui-ci continue à écrire des lettres l'assurant d'un amour exclusif et niant qu'il y ait autre chose qu'une relation platonique avec la Contessa[138]. En 1836, celle-ci et son mari confieront à Balzac une mission en Italie, au cours de laquelle l'écrivain se fait accompagner de Caroline Marbouty, jeune femme un peu fantasque, à qui il demande de se travestir en « page » et qu'il appelle Marcel, dans l'espoir d'éviter les commérages[139]. À son retour, il apprend la mort de Mme de Berny.

Les Guidoboni-Visconti l'aideront financièrement à plusieurs reprises, le faisant échapper à la prison pour dette, lui donnant asile pendant plusieurs semaines en 1838[140] et dissimulant ses objets précieux lorsqu'il est poursuivi par les huissiers. Cette relation devient tendue lorsque, en 1840, le comte lui-même est attaqué en justice pour avoir aidé Balzac à échapper à ses créanciers[141], mais il signera encore une prolongation de prêt à l'écrivain en 1848[142].

La comtesse a inspiré le personnage de Lady Dudley du Lys dans la vallée, du moins au plan physique, car si elle avait le feu et la passion du personnage, elle était plus généreuse et n'en avait pas la perversité[143].

Mme Hańska[modifier | modifier le code]

Portrait peint en couleurs d'une femme, teint pâle, cheveux noir avec des anglaises sur les côtés, portant un voile léger de couleur claire ; signature en noir en bas à droite : Sowgen 1825
Ewelina Hańska peinte par Holz Sowgen en octobre 1825.
Tableau d'une femme semi-assise, vêtue d'une robe jaune et d'une chemise blanche ayant ses pieds un chien blanc à tâches rousses, dans un paysage lointain de montagnes, avec un temple à colonnes de style grec, et un rosier en pot sur un muret.
La comtesse Hańska et son chien par Ferdinand Georg Waldmüller, en 1835.

Balzac voue sa passion la plus durable à la comtesse Hańska, une admiratrice polonaise mariée à un noble résidant en Ukraine[144],[n 18]. Sans doute en guise de jeu[145], celle-ci lui adresse une première lettre, qui lui arrive le 28 février 1832. Signée L'Étrangère, elle demandait de lui en accuser réception dans le journal La Gazette de France[146]. Elle avait alors trente-et-un ans, mais en avouait vingt-cinq, et avait eu plusieurs enfants, dont seule Anna avait survécu[147].

Balzac fait paraître sa réponse le 2 avril 1832 et lui envoie un court billet en mai 1832, mais n'entame leur correspondance directe qu'en janvier 1833, en utilisant comme intermédiaire la gouvernante de la petite Anna. Ils se voient pour la première fois en septembre 1833 au bord du lac de Neuchâtel, puis en décembre à Genève. Il reçoit enfin les gages de son amour le 26 janvier 1834, lors d'une promenade à la Villa Diodati de Cologny, un endroit d'autant plus mythique dans son imaginaire que Mme de Castries s'y était autrefois refusée à lui et que lord Byron y avait vécu[148].

Épouser cette comtesse, qu'il appelle son « étoile polaire[149] » devient dès lors son grand rêve et son ultime ambition, car cela consacrerait son intégration à la haute société de l'époque[150]. Il va la courtiser pendant dix-sept ans au moyen d'une abondante correspondance[n 19], dans laquelle l'écrivain lui assure qu'il mène une vie monacale et ne pense qu'à la revoir, conformément aux exigences très strictes qu'elle lui avait imposées[n 20]. Une deuxième rencontre a lieu en mai 1835 lors d'un séjour à Vienne, où elle lui fait rencontrer la haute société polono-russe et dont il revient plus amoureux que jamais[151].

Lorsqu'elle devient veuve en novembre 1841[152], il espère à nouveau pouvoir réaliser son rêve et lui écrit une lettre enflammée, mais la comtesse répond froidement en lui reprochant de ne pas être allé la voir depuis sept ans et de l'avoir trompée avec d'autres femmes[n 21]. Consterné de voir lui échapper la possibilité d'un mariage qui le renflouerait et lui permettrait une vie princière, Balzac multiplie les lettres dans lesquelles il se met à ses pieds en lui professant une totale dévotion, si bien qu'il finit par obtenir qu'elle lui laisse de nouveau espérer le mariage[n 22]. Il obtient enfin de la revoir à l'été 1843 à Saint-Pétersbourg[153].

En mai 1843, il apprend qu'Éveline, alors âgée de 42 ans, est enceinte. Il s'imagine que ce sera un garçon et décide de l'appeler Victor-Honoré. Malheureusement, Éveline lui annonce en novembre qu'il faut renoncer à cet espoir en raison d'une fausse couche. Très affecté par cette nouvelle, il a pleuré « trois heures, comme un enfant »[154]. Il ressentira cette mort comme un échec symbolique de son activité de création[155].

En 1845 et 1846, Balzac fait de nombreux voyages à travers l'Europe avec Mme Hańska, sa fille Anna et son gendre, Georges Mniszech. Mme Hańska vient vivre chez lui à Paris durant les mois de février et mars 1847, et sa présence stimulera la puissance créatrice de Balzac, qui publie trois romans durant ce temps. En septembre 1847, il peut enfin aller la rejoindre dans son château de Wierzchownia, en Ukraine, à 60 km de toute ville habitée. La châtelaine règne sur une propriété de 21 000 hectares, avec plus de 1 000 serfs et son château compte plus de 300 domestiques. Il échafaude un projet d'exploitation des forêts de chêne du domaine afin de fournir des traverses aux chemins de fer européens, mais ce projet n'aura pas de suite. En janvier 1848, il décide de rentrer à Paris[156].

Le mariage ne se fera finalement qu'en 1850.

Les demeures[modifier | modifier le code]

Les demeures de Balzac font partie intégrante de La Comédie humaine. Obligé de quitter un appartement pour échapper à ses créanciers, il possède parfois deux logements en même temps.

Les fastes de la rue Cassini[modifier | modifier le code]

En 1826, Balzac se réfugie chez Henri de Latouche, rue des Marais-Saint-Germain[157] (aujourd’hui rue Visconti), où le rez-de-chaussée offre un espace assez vaste pour installer une imprimerie. Latouche lui aménage également une garçonnière au premier étage, où l’écrivain peut recevoir Madame de Berny[158]. Très vite, l’entreprise échoue. Alexandre Deberny prend la direction de l’affaire dont il sauve une partie. Il est le sixième des neuf enfants de Laure de Berny, mais supprimera sa particule. Il sauve du désastre la fonderie de caractères qui prospérera jusqu’au XXe siècle. Elle devient la célèbre fonderie Deberny & Peignot, qui ne fermera que le 31 décembre 1972[159],[n 23].

Photographie en couleurs d'un bâtiment à deux niveaux vu d'un parc arboré, à droite, il est surmonté par une coupole
Observatoire de Paris, côté sud.

Balzac, assailli par ses créanciers, se réfugie au no 1 de la rue Cassini, logement que son beau-frère Surville a loué pour lui[160] dans le quartier de l’observatoire de Paris, considéré à l’époque comme « le bout du monde » et qui inspirera sans doute l’environnement géographique de l'Histoire des Treize. Latouche, qui a en commun avec Balzac le goût du mobilier, participe activement à la décoration des lieux, choisissant, comme pour la garçonnière de la rue Visconti, de couvrir les murs d’un tissu bleu à l’aspect soyeux[161]. Balzac se lance dans un aménagement fastueux, avec des tapis, une pendule à piédestal en marbre jaune, une bibliothèque d’acajou remplie d’éditions précieuses. Son cabinet de bain en stuc blanc est éclairé par une fenêtre en verre dépoli de couleur rouge qui inonde les lieux de rayons roses[161]. Le train de vie de Balzac est à l’avenant : costumes d’une élégance recherchée, objets précieux[162]. Le fidèle Latouche s’endette pour aider son ami à réaliser sa vision du « luxe oriental » en agrandissant par achats successifs le logement qui deviendra un charmant pavillon[163]. C’est dans ce lieu que naîtront divers romans : Les Chouans d’abord intitulé Le Dernier Chouan, puis la Physiologie du mariage, La Peau de chagrin, La Femme de trente ans, Le Curé de Tours, Histoire des Treize, La Duchesse de Langeais inspiré en partie par le couvent des Carmélites, proche de la rue Cassini. Mais surtout Balzac jettera pendant ces années-là les premières bases de La Comédie humaine.

Le 13, rue des Batailles[modifier | modifier le code]

Photographie en couleur d'une place ornée d'une statue de cavalier, à gauche un immeuble en rotonde, à droite une avenue
La place d’Iéna et l’avenue d'Iéna dans le prolongement.

Le train de vie fastueux de la rue Cassini a encore augmenté les dettes de Balzac. Il a accumulé orfèvrerie et objets précieux dont la célèbre canne à pommeau d’or ciselée avec ébullitions de turquoises et de pierres précieuses[164]. Delphine de Girardin en fait un conte : La Canne de Monsieur Balzac, 1836, et Balzac écrit à la comtesse Hańska : « Ce bijou menace d’être européen… Si l’on vous dit dans vos voyages que j’ai une canne fée, qui lance des chevaux, fait éclore des palais, crache des diamants, ne vous étonnez pas et riez avec moi[165]. » Balzac croule sous des dettes énormes, malgré tout l’argent qu’il a gagné avec son énorme production littéraire et en dépit du fait qu'il est l'écrivain le plus lu de l'époque[166]. Pourchassé par la Garde nationale et brièvement incarcéré[n 24], il doit aussi échapper à ses créanciers. Pour ce faire, il se réfugie dans un nouveau logement, rue des Batailles (aujourd'hui avenue d'Iéna), dans le village de Chaillot, qu'il loue sous le nom de veuve Durand[167]. On n’y entre qu’en donnant un mot de passe, il faut traverser des pièces vides, puis un corridor pour accéder au cabinet de travail de l’écrivain. La pièce est richement meublée, avec des murs matelassés. Elle ressemble étrangement au logis secret de La Fille aux yeux d'or. Là, Balzac travaille jour et nuit à l’achèvement de son roman Le Lys dans la vallée, dont il a rédigé l’essentiel au château de Saché. En même temps, il écrit Séraphîta qui lui donne beaucoup de mal : « (...) depuis vingt jours, j’ai travaillé constamment douze heures à Séraphîta. Le monde ignore ces immenses travaux ; il ne voit et ne doit voir que le résultat. Mais il a fallu dévorer tout le mysticisme pour le formuler. Séraphîta est une œuvre dévorante pour ceux qui croient.(...)[168]. »

Le château de Saché[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Château de Saché.

Balzac a fait plusieurs séjours au château de Saché en Touraine de 1830 à 1837, chez son ami Jean de Margonne, auquel la rumeur prête une liaison avec la mère de l'écrivain, dont serait né un enfant. Mais on n’a aucune preuve sur ce point[169]. C'est là qu'il a travaillé à l'écriture du Père Goriot, de Illusions perdues et de La Recherche de l'absolu. Mais il y a surtout trouvé l'inspiration pour Le Lys dans la vallée. La vallée de l’Indre, ses châteaux et sa campagne ont servi de cadre au roman. Le château de Saché est d'ailleurs surnommé le « château du Lys » ; il est devenu dans le roman le château de Frapesle, demeure de Laure de Berny[170]. Depuis 1951, le château abrite un musée consacré à la vie de Balzac. Il expose de nombreux documents d'époque dont quelques portraits de l'écrivain (le plus précieux étant dû à Louis Boulanger), et conserve en l’état au deuxième étage la petite chambre où il se retirait pour écrire. Une pièce de théâtre de Pierrette Dupoyet, Bal chez Balzac, prend pour cadre le château de Saché en 1848 (création Festival d'Avignon. Tournée en Ukraine).

La maison des Jardies[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison des Jardies.
Photographie couleurs d'une maison à deux niveaux à volets rouges.
Façade extérieure de la Maison des Jardies.

Balzac achète la maison des Jardies à Sèvres en 1837, dans l'espoir d'y finir ses jours en paix[171]. Cette maison située non loin de la voie de chemin de fer qui vient d’être créée entre Paris et Versailles lui permet de s'éloigner de l'enfer de la capitale. Il entrevoit aussi la possibilité de spéculer sur les terrains environnants en vendant aux habitants de la capitale des parcelles à lotir. Cette maison est voisine de la demeure des Guidoboni-Visconti[172].

Léon Gozlan[173] et Théophile Gautier[174] ont été témoins de la folie des grandeurs de Balzac qui a d’abord voulu transformer la maison en palais avec des matériaux précieux[175], et qui a vaguement fait allusion à des plantations d’ananas. Mais cette anecdote reste une légende déformée et amplifiée, car Balzac rêvait d’arbres et de fruits tropicaux. Il y travaille à une pièce, L'École des ménages, qu'il ne parviendra pas à faire jouer, et se met à la deuxième partie de Illusions perdues.

En 1840, recherché pour dettes par la garde nationale et par les huissiers, il met la propriété en vente et va se cacher à Passy[171]. La seule trace qu’il ait laissée de son passage est un buffet rustique.

La maison de Passy[modifier | modifier le code]

Portrait peint d'un homme moustachu, les bras croisés portant une robe de chambre blanche
Balzac dans sa célèbre robe de chambre (aussi désignée comme une robe de bure), par Maxime Dastugue, d’après Louis Boulanger.
Article détaillé : Maison de Balzac.

En octobre 1840, sous le nom de « Madame de Breugnol », Balzac s’installe rue Basse à Passy (actuellement rue Raynouard) dans un logement à deux issues où l’on n'est autorisé à pénétrer qu’en donnant un mot de passe. Madame de Breugnol, de son vrai nom Louise Breugniol, née en 1804, existe réellement. Elle tient lieu de « gouvernante » à l’écrivain — ce qui provoquera des crises de jalousie chez Mme Hańska lorsque celle-ci soupçonnera la nature exacte de leurs rapports, au point qu'elle finira par exiger son renvoi, en 1845[n 25]. Elle filtre les visiteurs et n'introduit que les personnes « sûres » comme le directeur du journal L’Époque auquel Balzac doit livrer un feuilleton. L’écrivain vivra sept ans dans un appartement de cinq pièces situé en rez-de-jardin du bâtiment. L’emplacement est très commode pour rejoindre le centre de Paris en passant par la barrière de Passy via la rue Berton, en contrebas. Balzac apprécie le calme du lieu et le jardin fleuri. C’est ici que sa production littéraire est la plus abondante. Dans le petit cabinet de travail, Balzac écrit, vêtu de sa légendaire robe de chambre blanche, avec pour tout matériel une petite table, sa cafetière et sa plume[171].

André Maurois considère qu’il y a, à cette époque-là, deux êtres en Balzac :

« L’un est un gros homme qui vit dans le monde humain ; [...] qui a des dettes et craint les huissiers. L’autre est le créateur d’un monde ; éprouve et comprend les sentiments les plus délicats ; et mène, sans s'occuper des misérables questions d'argent, une existence fastueuse. Le Balzac humain subit les petits bourgeois de sa famille ; le Balzac prométhéen fréquente les illustres familles qu’il a lui-même inventées[150]. »

Dans la maison de Passy, il produit entre autres La Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, La Cousine Bette, Le Cousin Pons, et remanie l’ensemble de La Comédie humaine.

La maison de Passy, devenue aujourd’hui la maison de Balzac, a été transformée en musée, en hommage à ce géant de la littérature. On y trouve ses documents, manuscrits, lettres autographes, éditions rares, et quelques traces de ses excentricités comme la fameuse canne à turquoises, et sa cafetière avec les initiales « HB ». Outre l’appartement de Balzac, le musée occupe trois niveaux et s’étend sur plusieurs pièces et dépendances autrefois occupées par d’autres locataires. Une Généalogie des personnages de La Comédie humaine est à la disposition du public. Il s'agit d’un tableau long de 14,50 m où sont référencés 1 000 personnages sur les quelque 2 500 que compte La Comédie humaine et dont on peut acheter une copie repliable.

La Folie Beaujon ou le dernier palais[modifier | modifier le code]

Peinture représentant un immeuble sur trois niveaux vu de la rue
Maison de Balzac, rue Fortunée.

Balzac a une idée fixe : épouser la comtesse Hańska et aménager pour sa future femme un palais digne d’elle. Pour cela, le 28 septembre 1846, il achète, avec l’argent de la comtesse, la Chartreuse Beaujon, une dépendance de la Folie Beaujon, située rue Fortunée (aujourd’hui rue Balzac)[176]. Il la décore selon ses habitudes avec une splendeur qui enchante son ami Théophile Gautier[177], accumulant meubles anciens, tapis précieux et tableaux de maîtres[178], mais ce travail de collectionneur lui prend tout le temps qu’il devrait consacrer à l’écriture. D’ailleurs, Balzac n’a plus le goût d’écrire. Il lui faudra aller à Verkhovnia, en Ukraine, pour retrouver son élan et produire le deuxième épisode de L'Envers de l'histoire contemporaine, La Femme auteur. Mais, de retour à Paris, c’est un Balzac à bout de force qui entame, dès 1848, Les Paysans et Le Député d'Arcis, romans restés inachevés à sa mort[179]. C’est d’ailleurs ce « palais » de la rue Fortunée qui aurait dû être le musée Balzac si le bâtiment n’avait été détruit et les collections dispersées.

Fondation de la Société des gens de lettres[modifier | modifier le code]

Photographie couleur sépia : un immeuble à deux niveaux sur une parcelle séparée de la rue par un muret muni de grille métallique, nombreuses fenêtres presque toutes obturées par des volets à persiennes, chiens assis dépassant du toit
Hôtel Thiroux de Montsauge, hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, photographie d’Eugène Atget (1906).

Balzac a beaucoup milité pour le respect des écrivains. Dans sa « lettre aux écrivains du XIXe siècle », il les exhorte à régner sur l’Europe par la pensée plutôt que par les armes, leur rappelant que le fruit de leurs écrits rapporte des sommes énormes dont ils ne bénéficient pas : « La loi protège la terre ; elle protège la maison du prolétaire qui a sué ; elle confisque l’ouvrage du poète qui a pensé (…)[180]. » Il témoigne lors d'un procès en contrefaçon et veut aller en Russie pour obtenir l'établissement d'une loi de réciprocité sur la propriété littéraire[181].

S'il n'a pas participé à la séance de fondation de la Société des gens de lettres, en 1838, il y adhère toutefois dès la fin de cette année et devient membre du Comité le printemps suivant. La Société se définit comme une association d’auteurs destinée à défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et juridiques des auteurs de l’écrit[n 26]. Il en devient le président le 16 août 1839 et président honoraire en 1841[182]. Son action, raillée par Sainte-Beuve qui ridiculisait « ce compagnonnage ouvrier et ces maréchaux de France de la littérature qui offrent à l’exploitation une certaine surface commerciale[183] », aura dans le futur un soutien important en Émile Zola, qui poursuivra la tâche.

Les voyages[modifier | modifier le code]

Balzac a beaucoup voyagé : Ukraine, Russie, Prusse, Autriche, Italie. Le 13 octobre 1846, il assiste au mariage d'Anna Hańska, fille d'Ewelina Hańska, à Wiesbaden[184]. Mais bien peu de lieux, en dehors de Paris et de la province française, seront une source d’inspiration pour lui. Seule l’Italie lui inspire une passion qu’il exprime dans de nombreux écrits, notamment les contes et nouvelles philosophiques. En Russie, c’est plutôt Balzac qui laissera ses traces en inspirant Dostoïevski.

L’Italie[modifier | modifier le code]

Photographie couleurs d'une porte fortifiée ornée de lions, à droite une tour à horloge
L’Arsenal de Venise.

En 1836, il se rend en Italie en qualité de mandataire de ses amis Guidoboni-Visconti afin de régler à Turin une obscure affaire de succession. Il est accompagné par Caroline Marbouty, déguisée en jeune homme. Le voyage est assez bref[185].

En février 1837, les Guidoboni-Visconti lui confient une autre mission, cette fois à Milan, pour régler une autre affaire de succession, tout en lui permettant ainsi d'échapper aux poursuites des huissiers. Sa réputation l'ayant précédé, il est fêté par l'aristocratie. Il fréquente assidument le salon de Clara Maffei et partage à La Scala la loge du prince Porcia et de sa sœur, la comtesse Sanseverino-Vimercati. Sa rencontre avec le poète Manzoni, la gloire littéraire de Milan, est décevante pour ses hôtes, car Balzac ne l'a pas lu et ne parle que de lui. L'écrivain se rend ensuite à Venise, où il passe neuf jours à visiter musées, églises, théâtres et palais. Il laissera une lumineuse description littéraire de cette ville dans Massimilla Doni. Sa mission ayant été un succès, tout comme la précédente, il fait ensuite un séjour à Florence, passe par Bologne pour saluer Rossini et rentre en France le 10 mai[186]. À la suite de ce voyage, il peindra la femme italienne comme un modèle de fidélité amoureuse[187].

Il retourne en Italie en mars 1838, via la Corse, afin de lancer une entreprise de récupération du minerai d'argent contenu dans les scories des anciennes mines de Sardaigne. Malheureusement, il a été pris de vitesse par un Génois à qui il avait parlé de son projet lors de sa visite précédente. Il se lie avec le marquis Gian Carlo di Negro et le marquis Damaso Pareto[188].

Il aime l’Italie, cette « mère de tous les arts », pour sa beauté naturelle, pour la générosité de ses habitants, pour la simplicité et l’élégance de son aristocratie, qu’il considère comme « la première d’Europe[189] », et ne tarit pas d’éloges sur ses splendeurs. Il exalte la beauté de ses opéras, auxquels il consacre deux nouvelles jumelles : Gambara, qui évoque Le Barbier de Séville, et Massimilla Doni, dans laquelle il donne une magistrale interprétation du Mosé. Il est également fasciné par la richesse de sa peinture. Il met en scène la sculpture et la ville de Rome dans Sarrasine.

La Russie[modifier | modifier le code]

C’est au contraire avec un peu de méfiance qu’on le voit arriver à Saint-Pétersbourg en 1843 pour aider Mme Hańska dans une affaire de succession[190]. Sa réputation d’endetté perpétuel est notoire et l’a précédé. À Paris déjà, lorsqu’il demande un visa, le secrétaire d’ambassade Victor de Balabine suppose qu’il va en Russie parce qu’il n’a pas le sou[191], et le chargé d’affaires russe à Paris propose à son gouvernement « d’aller au-devant des besoins d’argent de Monsieur de Balzac et de mettre à profit la plume de cet auteur, qui garde encore une certaine popularité ici, … pour écrire une réfutation du livre calomniateur de Monsieur de Custine[192]. » Ce en quoi il se trompe. Balzac ne réfutera pas Astolphe de Custine, pas plus qu’il ne cherchera des subsides à Saint-Pétersbourg. Il n’est venu que pour voir madame Hańska. Balzac est déjà très aimé et très lu en Russie. Le public le considère comme l’écrivain qui a « le mieux compris les sentiments des femmes »[193].

Balzac, qui a pris le bateau à Dunkerque, arrive à Saint-Pétersbourg le 29 juillet 1843. Étant parmi les personnalités qui assistent à la grande revue annuelle des troupes, il côtoie divers princes et généraux russes. Les amants se verront, discrètement, durant deux mois[193]. Le 7 octobre, il regagne la France par voie de terre, avec un court séjour à Berlin et une visite des champs de bataille napoléoniens de Leipzig et Dresde.

Les dernières années et la mort[modifier | modifier le code]

Dessin de Balzac en pied, où la tête est grossie.
Balzac vu par Nadar en 1850 (source : « Gallica »).

Dès 1845, le rythme de la production ralentit et Balzac se lamente dans ses lettres de ne pas pouvoir écrire. En 1847, il avoue sentir se désagréger ses forces créatrices. Comme le héros de son premier grand livre, La Peau de chagrin, il semble avoir eu très jeune le pressentiment d'un écroulement prématuré[194].

En août 1848, il obtient finalement du pouvoir russe un nouveau passeport pour se rendre en Ukraine. Il y arrive le 2 octobre. Il apprend sans surprise que l'Académie française a écarté une nouvelle fois sa candidature, le 11 janvier 1849. Il espère toujours épouser la comtesse Hańska, mais la situation des amants est compliquée par la loi russe qui prévoit que la femme d'un étranger perd automatiquement ses biens fonciers, sauf oukase exceptionnel signé par le tsar. Or, ce dernier refuse sèchement[195]. Le séjour en Ukraine ne réussit guère à l'écrivain épuisé et sa santé se détériore. Il attrape un gros rhume, qui évolue en bronchite, et son souffle se fait court.

Le mariage peut enfin avoir lieu le 14 mars 1850, à sept heures du matin, dans l'église Sainte-Barbe de Berdytchiv[196]. Sa vanité est comblée[n 27], mais sa santé continue à se dégrader ; il est malade du cœur et a des crises d'étouffement de plus en plus fréquentes. Les époux décident de rentrer à leur demeure de la rue Fortunée à Paris. Ils quittent Kiev le 25 avril, mais le voyage est éprouvant, leur voiture s'enfonçant parfois dans la boue jusqu'aux portières[197]. Ils arrivent finalement à Paris le 21 mai 1850. Le docteur Nacquart, qui soigne l’écrivain avec trois confrères pour un œdème généralisé, ne parvient pas à éviter une péritonite, suivie de gangrène[198]. Le romancier était épuisé par les efforts prodigieux déployés au cours de sa vie et le régime de forçat qu'il s'était imposé. La rumeur voudrait qu’il eût appelé à son chevet d’agonisant Horace Bianchon, le grand médecin de La Comédie humaine : il avait ressenti si intensément les histoires qu’il forgeait que la réalité se confondait avec la fiction. Il entre en agonie le dimanche 18 août dans la matinée et meurt à 23 heures 30[199]. Victor Hugo, qui fut son ultime visiteur, a rendu un témoignage émouvant et précis sur ses derniers moments[200].

Lors des funérailles, le 21 août, au cimetière du Père-Lachaise (division 48), la foule était imposante et comptait notamment de nombreux ouvriers typographes. Alexandre Dumas et le ministre de l'Intérieur étaient auprès du cercueil, avec Victor Hugo, qui prononça l’oraison funèbre[201] :

« Tous ses livres ne forment qu'un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir, et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine, livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu'il aurait pu intituler Histoire (...) À son insu, qu'il le veuille ou non, qu'il y consente ou non, l'auteur de cette œuvre immense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires[202]. »

Il laissait à sa veuve une dette de 100 000 francs. Celle-ci accepta toutefois la succession et continua de verser à la mère de Balzac une rente viagère, conformément au testament qu'il avait laissé[203]. Elle prend soin aussi de son œuvre et demande à Champfleury de terminer les romans que Balzac avait laissé inachevés. Comme celui-ci refuse, elle confie à Charles Rabou le soin de compléter Le Député d'Arcis (écrit en 1847 et inachevé) et Les Petits Bourgeois (inachevé), mais « Rabou aura la main lourde en ajoutant de longs développements de son cru aux manuscrits laissés sans plan par Balzac[204] ». Le Député d'Arcis paraîtra en 1854 et Les Petits Bourgeois en 1856. En 1855, Mme Ève de Balzac fait publier Les Paysans (écrit en 1844 et inachevé).

Opinions politiques et sociales[modifier | modifier le code]

Les opinions politiques de Balzac ont été variables et beaucoup commentées[n 28].

Il a d'abord été libéral sous la Restauration, pour ensuite afficher des convictions légitimistes. En 1832, intéressé par une carrière politique, et sous l’influence de la duchesse de Castries, il développe des opinions monarchistes et catholiques dans le journal légitimiste Le Rénovateur. Il fait reposer sa doctrine sociale sur l’autorité politique et religieuse, en contradiction totale avec ses opinions d’origine, forgées avec son amie Zulma Carraud, une ardente républicaine : « Vous vous jetez dans la politique, m’a-t-on dit. Oh ! Prenez garde, prenez bien garde ! Mon amitié s’effraye (…) ne salissez pas votre juste célébrité de pareille solidarité (…). Cher, bien cher, respectez-vous (…)[205]. » L'écrivain lui répond en exposant ses convictions politiques :

« Jamais je ne me vendrai. Je serai toujours, dans ma ligne, noble et généreux. La destruction de toute noblesse hors la Chambre des Pairs ; la séparation du clergé d'avec Rome ; les limites naturelles de la France ; l'égalité parfaite de la classe moyenne ; la reconnaissance des supériorités réelles ; l'économie des dépenses, l'augmentation des recettes par une meilleure entente de l'impôt, l'instruction pour tous, voilà les principaux points de ma politique, auxquels vous me trouverez fidèle. [...] Je veux le pouvoir fort[206]. »

Le Médecin de campagne, publié en 1833, expose des opinions très conservatrices sur le suffrage électoral, les classes sociales, le régime patriarcal et la religion en tant que « seule force qui puisse relier les Espèces sociales et leur donner une forme durable[207]. » En même temps, ce roman critique les classes oisives et met en scène un personnage de médecin qui se dévoue entièrement au service des pauvres et des malades. Tout en reconnaissant l'existence des pauvres, et la nécessité de cette classe pour la prospérité d'un pays, il insiste sur la nécessité de la justice sociale :

« Une seule iniquité se multiplie par le nombre de ceux qui se sentent frappés en elle. Ce levain fermente. Ce n’est rien encore. Il en résulte un plus grand mal. Ces injustices entretiennent chez le peuple une sourde haine envers les supériorités sociales. Le bourgeois devient et reste l’ennemi du pauvre, qui le met hors la loi, le trompe et le vole. Pour le pauvre, le vol n’est plus ni un délit, ni un crime, mais une vengeance. Si, quand il s’agit de rendre justice aux petits, un administrateur les maltraite et filoute leurs droits acquis, comment pouvons-nous exiger de malheureux sans pain résignation à leurs peines et respect aux propriétés[208]? »

Le meilleur régime politique est, selon Balzac, celui qui produit la plus grande énergie. Or il pense que ce maximum d'énergie s'obtient en concentrant l'autorité de l'État[209]. Se disant en faveur d'un pouvoir absolu[n 29], il dénonce la permanente instabilité d'une démocratie représentative : « Ce qu'on nomme un gouvernement représentatif est une tempête perpétuelle [...] Or, le propre d'un gouvernement est la fixité[209]. » Il craint les dangers du populisme :

« Sans être l’ennemi de l’Élection, principe excellent pour constituer la loi, je repousse l’Élection prise comme unique moyen social, et surtout aussi mal organisée qu’elle l’est aujourd’hui, car elle ne représente pas d’imposantes minorités aux idées, aux intérêts desquelles songerait un gouvernement monarchique. L’Élection, étendue à tout, nous donne le gouvernement par les masses, le seul qui ne soit point responsable, et où la tyrannie est sans bornes, car elle s’appelle la loi[210]. »

Il se fait volontiers l'avocat d'un régime où un petit groupe d'hommes de talent exercerait une « dictature collective » comme dans Ferragus[211]. Cette même idée qu'il suffit de rassembler quelques volontés fortes pour faire un coup d'État par la ruse et sans violence revient dans Le Contrat de mariage. Ailleurs, il fait l'éloge de Talleyrand et de Fouché, experts en manipulation et gestion du secret[212].

Dessin du buste d'un homme regardant vers sa gauche, cheveux noirs, visage aux traits fins, nez allongé
Les positions socio-économiques de Balzac s'inspirent souvent des théories de Claude Henri de Saint-Simon.

Grand admirateur de Napoléon[n 30] et des êtres exceptionnels, Balzac ne croit pas à une égalité naturelle : « L'égalité sera peut-être un droit mais aucune puissance humaine ne saurait le convertir en fait[213] ». Il ne met donc pas en cause le principe de la propriété privée, mais il en ébauche les limites : liberté du travail, liberté d'entreprendre, liberté de la presse, rejoignant en cela les théories de Saint-Simon, qui associent de façon cohérente progrès social et progrès économique[214].

Au plan social, il rappelle, après les émeutes de 1840, que le pouvoir en place n'existe que par et pour le peuple et que l'intérêt général doit l'emporter sur l'intérêt particulier. Le pouvoir doit (...) protéger et défendre les déshérités, ne pas laisser une classe de la société dominer le gouvernement[215]. Il revient sur cette question en 1848 : « Un État où les bons et sages ouvriers, en travaillant tant qu'ils veulent, tant qu'ils peuvent, ne trouvent pas l'aisance pour leur famille, cet État est mal ordonné[216]. »

Il insiste sur l'importance de l'économie, à laquelle il attache bien plus d'importance qu'à la politique, ce qui le rapproche de Marx[217]. Le critique marxiste Georg Lukács voit dans Illusions perdues « l'épopée tragi-comique de la capitalisation de l'esprit, la transformation en marchandise de la littérature[218] ». Dans un article de 1840, intitulé Sur les ouvriers, Balzac va jusqu'à montrer des sympathies pour les idées de Fourier, et il proposera même, en 1843, de publier un feuilleton intitulé Peines de cœur d'un vieux millionnaire dans le journal socialiste La Démocratie pacifique[219]. En revanche, Le Médecin de campagne affiche des positions tellement conservatrices qu'il a été qualifié de « propagande électorale »[220].

Loin de défendre l'aristocratie, il la montre incapable de s'adapter aux réalités nouvelles ; il n'est pas plus tendre envers la bourgeoisie et dit vouloir peindre, dans Les Petits Bourgeois de Paris, le « Tartuffe-démocrate-philanthrope » de la bourgeoisie de 1830[221]. Il pressent, selon Métadier, « la victoire des masses qui absorberont un jour la bourgeoisie comme la bourgeoisie a absorbé la noblesse[222] ». Toutefois, les ouvriers sont absents de son univers, comme s'il en avait peur, et les paysans sont présentés comme des êtres brutaux, cupides et égoïstes[223].

Il expose ses convictions politiques et sociales dans l'Avant-propos à La Comédie humaine, rédigé en 1842. La famille y est présentée comme « le véritable élément social », et non l'individu.

Quant à la religion, il lui assigne pour rôle essentiel de sauvegarder la paix sociale : « Le christianisme, et surtout le catholicisme, étant (...) un système complet de répression des tendances dépravées de l’homme, est le plus grand élément d’Ordre Social[210]. » Il fait toutefois une distinction entre les aspects politique et intime de sa croyance :

« Politiquement, je suis de la religion catholique, je suis du côté de Bossuet et de Bonald, et ne dévierai jamais. Devant Dieu, je suis de la religion de saint Jean, de l'Église mystique, la seule qui ait conservé la vraie doctrine. Ceci est le fond de mon cœur[224]. »

Il y a dans son œuvre « une condamnation passionnée non seulement de la société qu'il a sous les yeux, mais plus radicalement de tout ordre social [et] une invitation à l'anarchisme et à la révolte[225] ». En même temps, à cet anarchisme du romancier correspond, à partir du moment où Balzac se place au point de vue de la société, « un autoritarisme à tendances totalitaires[226] ». Ainsi, alors que le sociologue et le politique sont du côté de la droite et du conservatisme, l'écrivain pose un constat dévastateur sur la société qu'il dépeint. Il faut conclure que, si, à certains égards, Balzac est assez éloigné des idées politiques de Victor Hugo et de Flaubert, son message politique est plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Selon Alain, « (Balzac) soutient le trône et l'autel sans croire ni à l'un ni à l'autre[227] ». Engels, qui avait lu Balzac sur la recommandation de Marx, disait qu’il avait plus appris sur la société du XIXe siècle dans La Comédie humaine que dans tous les livres des historiens, économistes et statisticiens professionnels[228]. Même constat de la part de Zola : « Balzac est à nous, Balzac, le royaliste, le catholique a travaillé pour la république, pour les sociétés et les religions libres de l’avenir[229]. » De fait, dans La Comédie humaine, les républicains sont toujours des personnages austères, probes et intransigeants[230].

En définitive, Balzac fait partie des révoltés[231]. Selon Pierre Barbéris : « Chacun sait que ce gros homme entendait faire une œuvre de défense et illustration des valeurs de défense sociale, voire de l'ordre moral, et qu'il a dressé, en fait, le plus formidable acte d'accusation qui ait jamais été lancé contre une civilisation[232]. » En dépit de ses opinions légitimistes, « le monarchisme balzacien s’inscrit à l’évidence d’abord comme un refus : de la société bourgeoise, de sa vision du monde, de son capitalisme conquérant, des nouvelles ambitions de carrières par elle engendrées[233]. » C'est aussi la perception qu'en avait Hugo[234]. André Maurois voit en lui un « révolutionnaire constructif[235] ».

Chronologie des œuvres[modifier | modifier le code]

Après ses œuvres de jeunesse, l'écrivain a bâti l'édifice auquel il songeait depuis 1833 et qu'il avait annoncé en fanfare à sa famille « saluez-moi car je suis un génie[236] ». Il venait de trouver le plan des trois parties de La Comédie humaine.

La Comédie humaine[modifier | modifier le code]

Les romans et nouvelles qui composent La Comédie humaine sont regroupés en trois grands ensembles : les Études de mœurs, les Études philosophiques et les Études analytiques. L'ensemble des Études de mœurs est lui-même divisé en Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province, Scènes de la vie parisienne, Scènes de la vie politique, Scènes de la vie militaire et Scènes de la vie de campagne.

Nombre d'ouvrages ont été refondus à plusieurs reprises pour mieux s'insérer dans ce vaste plan d'ensemble, qui est allé en se précisant et au moyen duquel Balzac voulait peindre une vaste fresque de la société de son époque. Plusieurs œuvres sont parues dans des journaux en prépublication[n 31], mais l'auteur a sans cesse remanié ses textes, comme on peut le voir notamment avec La Femme de trente ans[237].

Le tableau ci-dessous regroupe les composantes en ordre chronologique[n 32], selon la première date de publication, même dans le cas d'une parution en revue ou lorsque l'œuvre est ensuite remaniée. Les titres définitifs sont donnés au tome XII de la Bibliothèque de la Pléiade[238].

1829 Les Chouans, Physiologie du mariage
1830 La Maison du chat-qui-pelote, El Verdugo, La Vendetta, Le Bal de Sceaux, Étude de femme, Une double famille, Gobseck, La Paix du ménage, Une passion dans le désert, Adieu !, Petites misères de la vie conjugale, Traité de la vie élégante, Les Deux Rêves
1831 La Peau de chagrin, La Grande Bretèche (Autre étude de femme), Sarrasine, Le Chef-d'œuvre inconnu, Les Proscrits, Le Réquisitionnaire, L’Auberge rouge, L'Élixir de longue vie, Jésus-Christ en Flandre, L'Enfant maudit
1832 Madame Firmiani, Le Curé de Tours, Louis Lambert, Maître Cornélius, La Bourse
1833 La Femme abandonnée, La Grenadière, Le Message, Eugénie Grandet, L'Illustre Gaudissart, Le Médecin de campagne, Théorie de la démarche
1834 La Femme de trente ans, Ferragus, La Duchesse de Langeais, La Recherche de l'absolu, Les Marana, Un drame au bord de la mer, Séraphîta
1835 Le Contrat de mariage, Le Père Goriot, La Fille aux yeux d'or, Le Colonel Chabert, Melmoth réconcilié
1836 Le Lys dans la vallée, La Vieille Fille, L'Interdiction
1837 Illusions perdues 1 (Les Deux Poètes), La Messe de l'athée, Facino Cane, César Birotteau, La Confidence des Ruggieri, Gambara
1838 Une fille d'Ève, La Maison Nucingen, Les Employés ou la Femme supérieure, Le Cabinet des Antiques
1839 Autre étude de femme, Béatrix, Illusions perdues 2 (Un grand homme de province à Paris), Massimilla Doni, Pierre Grassou, Les Secrets de la princesse de Cadignan, Traité des excitants modernes
1840 Pierrette, Un prince de la bohème, Z. Marcas
1841 Mémoires de deux jeunes mariées, Ursule Mirouët, Une ténébreuse affaire, Le Curé de village
1842 La Fausse Maîtresse, Albert Savarus, La Rabouilleuse (Un ménage de garçon), Un épisode sous la Terreur, (Avant-propos à La Comédie humaine)
1843 Honorine, Illusions perdues 3 (Ève et David ou Les Souffrances de l'inventeur), La Muse du département
1844 Modeste Mignon, Un début dans la vie, Gaudissart II, Sur Catherine de Médicis (Le martyr calviniste), Un homme d'affaires
1846 Les Comédiens sans le savoir, La Cousine Bette, Madame de la Chanterie (L'Envers de l'histoire contemporaine)
1847 Le Cousin Pons
1838-1847 Splendeurs et misères des courtisanes : 1 Comment aiment les filles, 2 À combien l'amour revient aux vieillards, 3 Où mènent les mauvais chemins, 4 La Dernière Incarnation de Vautrin
1848 (L'Envers de l'histoire contemporaine) 1) Madame de la Chanterie, 2) L'Initié

À ces 90 titres publiés de son vivant[n 33] s'ajoutent Les Paysans, resté inachevé et publié en 1855 par Évelyne de Balzac, ainsi que Le Député d'Arcis et Les Petits Bourgeois de Paris, tous deux terminés par Charles Rabou, selon la promesse qu’il avait faite à Balzac peu avant sa mort, et publiés respectivement en 1854 et en 1856[204].

Ébauches rattachées à la Comédie humaine[modifier | modifier le code]

Ce sont des contes, nouvelles, fragments d’histoire ou d'essais qui permettent de reconstituer le parcours littéraire d’un auteur. En cela, ces ébauches ont une valeur historique importante, et parfois, une valeur littéraire inattendue. Mais c’est surtout par ce qu’elles nous apprennent de Balzac et de sa manière d’écrire qu'elles sont précieuses. L’ensemble de ces manuscrits, d'abord éparpillés à la mort de l’auteur, a pu être réuni grâce au patient travail de collectionneur du vicomte Charles de Spoelberch de Lovenjoul, et par les « archéologues littéraires » qui lui ont succédé et ont travaillé à remettre en ordre et à interpréter le sens de ces textes en cherchant ce qui les rattachait à La Comédie humaine[239]. Ils ont d’abord été rassemblés en 1937 par Marcel Bouteron (huit textes), puis par Roger Pierrot en 1959 (dix textes) et Maurice Bardèche. Beaucoup de ces textes étaient restés inédits du vivant de l’auteur. En 1950, lors du centenaire de la mort de Balzac, deux textes furent édités séparément : La Femme auteur et Mademoiselle du Vissard[240].

Historique des éditions[modifier | modifier le code]

Balzac a été publié chez de nombreux éditeurs. Par ordre chronologique, on peut citer les éditions Levasseur et Urbain Canel (1829), Mame-Delaunay (1830), Gosselin (1832), Madame Charles-Béchet (1833), Werdet (1837), Charpentier (1839). Une édition illustrée de Charles Furne (20 vol., in-8°, de 1842 à 1855) a réuni l’intégralité de La Comédie humaine en association avec Houssiaux, puis Hetzel, Dubochet et Paulin[241]. Balzac continue toutefois à apporter des corrections sur cette édition, lesquelles seront incorporées dans « le Furne corrigé », qui a été édité par Lévy en 1865 et a servi de base à l'édition en Pléiade (1976-1981)[n 34].

Textes divers[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Balzac au théâtre.

Le théâtre n’est pas le moyen d’expression le plus naturel d’Honoré de Balzac, mais il s'y essaie parce que le genre dramatique est, à cette époque, celui qui permet le plus rapidement de se faire de l’argent. Aussi l’endetté perpétuel voit-il dans l’écriture dramatique une source de revenus. Pratiquement toutes ses tentatives seront vaines, ne resteront à l’affiche que quelques jours ou seront interdites. Malgré l'échec de Cromwell (1820), il fait une nouvelle tentative avec Le Nègre (1824), Vautrin (1840), Mercadet le faiseur (1840), Les Ressources de Quinola (1842) et Paméla Giraud (1843).

Les échecs de Balzac au théâtre s'expliquent en grande partie par son manque réel d'intérêt pour le genre. En effet, « Lui qui refaisait dix fois ses romans ne faisait pas du tout ses pièces de théâtre » et les écrivait à la volée[242]. Cependant la comédie Mercadet le faiseur obtient un certain succès lors de sa représentation en 1851. Elle est encore jouée en 2014, adaptée par Emmanuel Demarcy-Mota[n 35].

Postérité[modifier | modifier le code]

Portraits de Balzac[modifier | modifier le code]

Dessin de profil d'un homme moustachu
Balzac par David d'Angers.
Portrait photographique en noir et blanc d'un homme moustachu portant chemise blanche ouverte, main droite sur le cœur.
Balzac en 1842 sur un daguerréotype de Louis-Auguste Bisson : « Je suis ébaubi de la perfection avec laquelle agit la lumière[243]

Dès 1825, Achille Devéria, qui était presque du même âge que Balzac, réalise un portrait de ce dernier au crayon et lavis à la sépia[n 36]. En 1829, Louis Boulanger, alors âgé de 23 ans, réalise également un portrait de lui, dans sa fameuse robe de moine, conservé au château de Saché. Sept ans plus tard, il en fait une réplique destinée à Madame Hańska, qui sera exposée au Salon de 1837[244]. Ce tableau sera repris par Maxime Dastugue (1851-1909). Théophile Gautier a commenté ainsi la fameuse robe :

« Il portait dès lors, en guise de robe de chambre, ce froc de cachemire ou de flanelle blanche retenue à la ceinture par une cordelière, dans lequel, quelque temps plus tard, il se fit peindre par Louis Boulanger. Quelle fantaisie l'avait poussé à choisir, de préférence à un autre, ce costume qu'il ne quitta jamais ? nous l'ignorons, peut-être symbolisait-il à ses yeux la vie claustrale à laquelle le condamnaient ses labeurs, et, bénédictin du roman, en avait-il pris la robe ? Toujours est-il que ce froc blanc lui seyait à merveille. Il se vantait en nous montrant ses manches intactes, de n'en avoir jamais altéré la pureté par la moindre tache d'encre, car, disait-il, le vrai littérateur doit être propre dans son travail[245] »

En 1842, le photographe Louis-Auguste Bisson, tire de Balzac un daguerréotype — procédé alors connu depuis seulement trois ans et auquel Balzac s'intéressait beaucoup« Je reviens de chez le daguerréotypeur, et je suis ébaubi par la perfection avec laquelle agit la lumière (…) » (Lettres 1899, t. II). Il ne cache pas son admiration pour Louis Daguerre qu’il cite plusieurs fois dans La Comédie humaine (Voir l’article Balzac et le daguerréotype). Il est le premier à utiliser le verbe « daguerréotyper », selon le « Dictionnaire du CNRTL ». —. Il en a fait ensuite un portrait en couleur, reproduit en début d'article (voir l'original ci-contre). Un second daguerréotype a été tiré, où Balzac à la main gauche posée sur la droite de sa poitrine. Nadar en a tiré de multiples photos et en a fait deux caricatures[246].

Le 18 août 1850, Pierre François Eugène Giraud a représenté Balzac sur son lit de mort (technique : fusain, sanguine, craie blanche et pastels sur papier). Le tableau se trouve au musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon.

En 1927, le collectionneur et amateur d’art Ambroise Vollard demande à Picasso d’illustrer une réédition de la nouvelle de Balzac, Le Chef-d'œuvre inconnu[247]. Fasciné par cette nouvelle et son auteur, Picasso emménage son atelier dans la maison même où Balzac en situait l’action. Il y peindra Guernica quelques années plus tard. En 1952, Picasso réalise aussi des portraits en lithographie de Balzac[n 37].

Eugène Paul a également réalisé une lithographie de Balzac en 1970[248].

Plus récemment, Cyril de La Patellière a réalisé un portrait de Balzac en terre cuite, à la demande de Gonzague Saint Bris, qui a consacré plusieurs ouvrages au romancier.

Sculptures[modifier | modifier le code]

En 1837, alors qu'il est de passage à Milan, Alessandro Puttinati sculpte de lui une statuette[249]. En 1844, Alexandre Falguière fait un buste de Balzac.

David d'Angers réalise un buste colossal « en Hermès », dont l'exécution en marbre date de 1844. Balzac en est particulièrement satisfait, écrivant à son sujet : « c'est ce que l'artiste a fait de mieux, vu la beauté de l'original sous le rapport de l'expression et des qualités purement symptomatiques relatives à l'écrivain[250]. » Le buste se trouve maintenant à la Maison de Balzac. Le même sculpteur réalise la statue qui orne la tombe de l'écrivain au cimetière du Père-Lachaise. Étant aussi médailleur, David lui a consacré un médaillon.

En 1835, Jean-Pierre Dantan réalise deux statuettes caricaturales de Balzac en plâtre patiné terre cuite. « La plus connue le représente vêtu d'une redingote, tenant d'une main son chapeau et de l'autre sa canne, ventru et joufflu comme sa canne, il porte une abondante chevelure sur le côté droit de la tête[251]. »

Vers la fin du XIXe siècle la Société des gens de lettres passe commande d’une statue de Balzac à Henri Chapu, mais celui-ci meurt en juillet 1891, ne laissant que des esquisses et ébauches du monument. Émile Zola obtient alors que la commande soit confiée à Auguste Rodin le 14 août 1891. Rodin, ne connaissant pas Balzac, se livre à de nombreuses recherches. Il s’immerge dans La Comédie humaine, consulte archives et collections, produit des têtes, des bustes et des nus. Jusqu’au moment où jaillit l’idée finale en observant l’une des figures de ses Bourgeois de Calais. Il s’ensuivra une polémique violente lors de la première présentation de l’œuvre, qui fait scandale. Malgré les articles élogieux d’Émile Zola, le sculpteur est en butte aux pires insultes. La Société des gens de lettres désavoue Rodin et commande alors à Alexandre Falguière un « Balzac sans heurts »[252]. Cette statue, qui montre Balzac dans sa robe de chambre, est érigée au croisement de la rue Balzac et de l'avenue de Friedland à Paris[253].

Rodin emporte son œuvre dans sa villa de Meudon et c’est là, que, quelques années plus tard, un jeune photographe allemand en découvrira la beauté, assurant les débuts de sa postérité. Ce n’est toutefois qu’en 1939 qu’un tirage en bronze fut érigé à Paris, boulevard Raspail. Rodin écrivait en 1908 :

« Si la vérité doit mourir, mon Balzac sera mis en pièces par les générations à venir. Si la vérité est impérissable, je vous prédis que ma statue fera du chemin. Cette œuvre dont on a ri, qu’on a pris soin de bafouer parce qu’on ne pouvait la détruire, c’est la résultante de toute ma vie, le pivot même de mon esthétique. Du jour où je l’eus conçue, je fus un autre homme[252]. »

Article détaillé : Monument à Balzac (Rodin).

Des sculptures de Balzac ont aussi été réalisées par Jean-Pierre Dantan et Francesco Putinati. Au XXe siècle, le sculpteur russe Zourab Tsereteli a offert une statue de Balzac à la ville d'Agde.

Balzac s'est lui-même passionnément intéressé à la sculpture et y a consacré une nouvelle, Sarrasine, dans laquelle il montre ce qu'il y a de dangereux, voire de mortel, dans cet art qui recrée l'être humain : « Contournable, pénétrable, en un mot profonde la statue appelle la visite, l'exploration, la pénétration ; elle implique idéalement la plénitude et la vérité de l'intérieur (…) ; la statue parfaite selon Sarrasine, eût été une enveloppe sous laquelle se fût tenue une femme réelle (à supposer qu'elle-même fût un chef-d'œuvre) dont l'essence de réalité aurait vérifié et garanti la peau de marbre qui lui aurait été appliquée[254]. »

Adaptations au cinéma[modifier | modifier le code]

En raison de son talent de metteur en scène et de sa façon minutieuse de planter les décors, de décrire les costumes, et d’agencer les dialogues, Balzac n’a cessé d’être adapté à l’écran (télévision et cinéma) depuis le début du XXe siècle[255].

Adaptations musicales[modifier | modifier le code]

Photo d'une galerie scintillante sous deux alignements de chandeliers, de chaque côté des colonnes et au fond un autel
Opéra Garnier : Le grand foyer.

Hommages[modifier | modifier le code]

L’affaire Octave Mirbeau[modifier | modifier le code]

Voir le détail de « L’affaire Octave Mirbeau » sur la page de Ewelina Hańska. Voir aussi la notice sur La Mort de Balzac.

Octave Mirbeau, écrivain et journaliste français, inséra dans son récit de voyage La 628-E8 trois sous-chapitres sur La Mort de Balzac, qui firent scandale par le comportement prêté à Ewelina Hańska pendant l'agonie de Balzac. Sur la prière de la fille de Mme Hańska, il consentit à faire retirer cette section, alors que le volume était déjà imprimé.

L’affaire Radziwill[modifier | modifier le code]

Le 20 décembre 1924, la Revue hebdomadaire à Paris publia onze lettres de Mme Hańska à son frère le comte Adam Rzewuski, dont le droit de reproduction avait été cédé à la princesse Catherine Radziwill, née Rzewuska de Saint-Pétersbourg, nièce de Mme Hańska. Réfugiée aux États-Unis après la Révolution russe, elle disait n'avoir emporté que des papiers de famille, parmi lesquels les lettres où madame Hańska faisait à son frère des révélations intimes sur ses relations avec Balzac[261].

Ces lettres, que la princesse avait fournies à Juanita Helm Floyd pour sa thèse Les Femmes dans la vie de Balzac, ne furent connues en France qu'après la traduction de la thèse de la jeune américaine en 1927. Elles furent d'abord acclamées comme des documents importants, jusqu'à ce que la Revue politique et littéraire, trouve cette correspondance suspecte et que Sophie de Korwin-Piotrowska, qui connaissait bien la famille Rzewuski, ait fait savoir que Mme Hańska n’avait aucune relation avec son frère cadet et qu’elle n’avait aucune raison de lui parler d'un littérateur français qu’il désapprouvait[262].

Catherine Radziwill était une intrigante, qui cherchait à monnayer sa parenté avec Mme Hańska. Cette même princesse s'était déjà rendue coupable de multiples escroqueries, notamment en imitant la signature de Cecil Rhodes, fondateur de la compagnie de diamants De Beers. Très vite, la supercherie fut éventée, au grand regret des balzaciens qui avaient cru trouver là une mine de documents[263].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dega 1998. Voir Dieudonné 1999, p. 27-32 ; Arnaud 1923, p. 75 ; ICC, 1958, 523 ; France Généalogique 1969. Voir Généalogie d'Honoré de Balzac.
    Le père de Balzac a prétendu « être de la souche de la maison Balzac d'où venaient collatéralement les d'Entraigues », famille qui s'est illustrée par plusieurs femmes célèbres, dont Henriette, maîtresse d'Henri IV (Pierrot 1994, p. 6). Lors de son voyage à Vienne en 1835, l'écrivain fera peindre les armoiries de la famille d'Entragues sur la calèche louée pour l'occasion (Pierrot 1994, p. 255 ; Zweig 1946, p. 3).
  2. Le voyage en coucou de Laure deviendra avec Balzac Un début dans la vie selon Gérard Macé, Un début dans la vie, Folio classique,‎ 1976, p. 13.
  3. Maurois 1965, p. 18 : « Les oratoriens de Vendôme passaient pour des libéraux. Les deux hommes qui dirigeaient le collège au temps de Balzac (Mareschal et Dessaignes) avaient accepté de prêter serment à la nation. Tous deux s’étaient mariés tout en conservant leur foi catholique et ils maintenaient dans le collège une discipline presque conventuelle. ».
  4. Maurois 1965, p. 26. Le héros de Louis Lambert présente beaucoup de points communs avec le jeune collégien : Pierrot 1994, p. 26-29.
  5. Jeune clerc de notaire ou d’avoué chargé de faire les courses. Voir la « définition du CNRTL ».
  6. « Dans peu, Lord R'hoone sera l'homme à la mode, l'auteur le plus fécond, le plus aimable, et les dames l'aimeront comme la prunelle de leurs yeux, et le reste ; et alors, le petit brisquet d'Honoré arrivera en équipage, la tête haute, le regard fier et le gousset plein. » Cité par Picon 1956, p. 14.
  7. Lire l'avant-dernier paragraphe de l'Avant-propos de La Comédie humaine.
  8. Certains critiques pensent que ces deux derniers écrits étaient « peut-être des textes provocateurs destinés à faire crier contre les projets prêtés au ministère », Barbéris 1973, p. 149.
  9. Samuel Silvestre de Sacy évalue la dette à 60 000 francs dont 50 000 dus à sa famille, dans « La Vie de Balzac », appendice à Abellio 1980, p. 254.
  10. Ces textes sont réunis dans Pléiade 1996.
  11. Sophie Koslowska, qui l'a connu en 1836, le décrit ainsi : « M. de Balzac ne peut être appelé un bel homme parce qu'il est petit, gras, rond, trapu ; de larges épaules, bien carrées ; une grosse tête ; un nez comme de la gomme élastique, carré du bout ; une très jolie bouche, mais presque sans dents ; les cheveux noirs de jais, raides et mêlés de blanc. Mais il y a dans ses yeux bruns, un feu, une expression si forte que, sans le vouloir, vous êtes obligé de convenir qu'il y a peu de têtes aussi belles. » Cité par Maurois 1965, p. 323.
  12. Un voyageur russe : « Il est petit, un peu gros et a beaucoup de feu dans les yeux » ; un journaliste italien : « un œil de dompteur de fauves » ; la comtesse de Bocarmé : « deux yeux à la fois merveilleusement doux et spirituels » (Pierrot 1994, p. 305, 371 et 386).
  13. « Portrait de Laure de Berny » [JPG].
  14. En fait, Balzac n'aimait pas le tabac. Il n'aimait pas non plus les drogues qui obligeraient à abdiquer sa volonté et se serait abstenu de goûter au haschisch lors d'une séance de démonstration en 1835, à laquelle Baudelaire assistait (Pierrot 1994, p. 319-321 et 422).
  15. Elle a alors une liaison publique avec le prince Victor de Metternich. Stendhal, à propos de son roman Armance, écrit « Mme d'Aumale, c'est Mme de Castries que j'ai faite sage. » Pierrot 1994, p. 196.
  16. Marie-Caroline du Fresnay, fille supposée de Balzac, est née à Sartrouville le 4 juin 1834. Elle est décédée en 1930 (Pierrot 1994, p. 235-240).
  17. Lionel Richard Guidoboni-Visconti, né le 29 mai 1836 (Zweig 1946, p. 252).
  18. Contrairement à ce que laisse croire Balzac, Monsieur Hanski n'était ni comte ni prince, mais un richissime propriétaire terrien. Voir Zweig 1946, p. 205.
  19. Madame Hańska a conservé religieusement les 414 lettres que Balzac lui a adressées, mais a détruit les siennes après la mort de l'écrivain. Celles-ci, publiées sous le titre Lettres 1899 sont souvent très longues : leur masse correspond au quart du texte de l'ensemble de La Comédie humaine (Pierrot 1994, p. 216).
  20. Elle s'attendait à ce que Balzac mène une vie de moine et lui permettait que des amours vénales (Zweig 1946, p. 310).
  21. Ce refus est formulé dans une lettre que Balzac reçoit le 21 février 1842, mais dont le contenu n'est connu que par la réponse que rédige Balzac le même jour. Lettres 1899, t. II, p. 10-12.
  22. Zweig 1946, p. 308-315 compare la relation entre l'écrivain et Madame Hańska à celle d'un serf avec sa maîtresse et juge sévèrement la supériorité de caste dont celle-ci fait preuve, la considérant incapable de passion.
  23. Bien qu'Alexandre Deberny ait abandonné sa particule, Balzac la lui rétablit dans sa dédicace des Secrets de la princesse de Cadignan : « À mon cher Alexandre de Berny ». (Samuel S. de Sacy, Les Secrets de la princesse de Cadignan, Folio classique, 1993, p. 400).
  24. Balzac ayant été condamné plusieurs fois par la Garde nationale pour s'être dérobé à des convocations pour monter la garde, il est finalement arrêté, dans son logement de la rue Cassini, le 27 avril 1836 et incarcéré jusqu'au 4 mai (Pierrot 1994, p. 279).
  25. Louise, dépitée et jalouse, aurait volé 22 lettres intimes à Balzac afin de faire du chantage auprès de Mme Hańska, mais les spécialistes soupçonnent que Balzac ne dit pas toute la vérité dans cette affaire. À la suite de cela, Évelyne exige la destruction de toutes ses lettres. (Pierrot 1994, p. 364 et 456-458).
  26. La Société existe toujours et est actuellement sise en l’hôtel de Massa, rue Saint-Jacques à Paris.
  27. « En apprenant que je suis le mari de la petite nièce de Marie Leszczyńska ; que je deviens le beau-frère d'un aide de camp général de S.M. l'empereur de toutes les Russies, le comte A. Rzewuski, beau-père du comte Orloff, le neveu de la comtesse Rosalie Rzewuska, 1re dame d'honneur de S.M. l'impératrice ; le beau-frère du comte Henri Rzewuski, le Walter Scott de la Pologne... » Cité par Pierrot 1994, p. 489.
  28. « Libéral avant 1830 mais favorable au droit d'aînesse, il devient royaliste en 1831. En 1829, (...) dans Les Chouans, il mettait en scène des royalistes aveuglés (...), dans l'Avant-propos de La Comédie humaine (1842), il dit écrire à la lumière de deux vérités éternelles : la Religion et la Monarchie. (...) Dans L'Envers de l'histoire contemporaine, un enfant du siècle s'intègre à un cercle de croyants (...). Retour à Dieu, seconde vie consacrée à l'amour du prochain, à contre-courant du mouvement général de l'histoire. » Extrait de Gérard Gengembre, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Perrin,‎ 2011, 552 p. (ISBN 978-2-262-03370-5, lire en ligne), p. 78.
  29. George Sand nuance toutefois cette position : « Un jour il revenait de Russie, et pendant un dîner où il était placé près de moi, il ne tarissait pas d'admiration sur les prodiges de l'autorité absolue. Son idéal était là, dans ce moment-là. Il raconta un trait féroce dont il avait été témoin et fut pris d'un rire qui avait quelque chose de convulsif. Je lui dis à l'oreille : Ça vous donne envie de pleurer, n'est-ce pas ? Il ne répondit rien, cessa de rire, comme si un ressort se fût brisé en lui, fut très sérieux tout le reste de la soirée et ne dit plus un mot sur la Russie ». Cité dans Pierrot 1994, p. 403.
  30. Dans Le Médecin de campagne, Balzac intitule un chapitre « Le Napoléon du peuple », dans lequel il présente le récit de l'épopée napoléonienne, fait à la veillée dans une grange, par un ex-fantassin de Napoléon, Goguelat. Balzac effleure ici un projet dont il avait tracé le plan et commencé la rédaction sous le titre : Les Batailles napoléoniennes
  31. On trouve une histoire des publications et remaniements dans l’introduction à la La Comédie humaine, Bibliothèque de la Pléiade, sous la direction de Pierre-Georges Castex, 12 vol., 1970-1981. Voir aussi « historique des publications de l'édition Furne » (consulté le 2 mars 2014).
  32. La chronologie des composantes de La Comédie humaine pose des problèmes complexes, car Balzac a constamment retravaillé son œuvre. Toute tentative de chronologie est donc fondée sur des choix. Ici la chronologie est basée sur l'ouvrage de Vachon 1992.
  33. L'Avant-propos n'est pas compté dans ce total. Illusions perdues et Splendeurs et misères sont comptés chacun comme un seul titre.
  34. Balzac reprenait constamment ses textes. À titre d'exemple, cette page se trouve au volume 8, p. 148 de l'édition « Furne de 1843 », corrigée de la main de Balzac et publiée par les Bibliophiles de l'originale. On peut lire cette version du texte, sans les corrections manuscrites, dans wikisource. Pour apprécier le travail de révision de Balzac, on comparera avec « l'édition antérieure de 1837 » et avec « l'édition ultérieure de 1865 » publiée par Lévy.
  35. La troupe du Théâtre de la Ville la présente en mars 2014 au Théâtre des Abbesses. Voir « annonce par le journal La Terrasse ».
  36. Conservé et exposé au Louvre (Inv. 20028). Le tableau de Tours serait une esquisse ou une réplique réduite, selon Pierrot 1994, p. 302.
  37. Une de ces lithographies se trouve au « MOMA », une autre a été utilisée pour une « édition de luxe du Père Goriot ».

Références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions de référence[modifier | modifier le code]

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  • Correspondance de Balzac :

Études et biographies[modifier | modifier le code]

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  • Colonel Arnaud, « Les origines d'Honoré de Balzac », Revue de Paris,‎ 15 février 1923.
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  • Pierre Barbéris, Le Monde de Balzac, Paris, Kimè,‎ 1973 (réimpr. 1999), 603 p. (ISBN 2-84174-163-X)
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  • Charles de Spoelberch de Lovenjoul, Histoire des œuvres d’Honoré de Balzac, Paris, Calmann Lévy,‎ 1879
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  • Gilles Vannier, Dictionnaire des littératures de langue française, t. 1, Paris, Bordas,‎ 1984 (ISBN 2040153330)
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