Boris Cyrulnik

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Boris Cyrulnik, le 1er novembre 2011 à Gênes (Italie), lors du Festival della Scienza.

Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un psychiatre et psychanalyste français.

Ancien animateur d'un groupe de recherche en éthologie clinique au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La Seyne-sur-Mer et directeur d'enseignement du diplôme universitaire (DU) "Clinique de l'attachement et des systèmes familiaux"[1] à l'université du Sud-Toulon-Var, Boris Cyrulnik est surtout connu pour avoir vulgarisé le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance) qu'il a tiré des écrits de John Bowlby[2]. À la suite de ce dernier, Boris Cyrulnik voit d'abord l'éthologie comme « un carrefour de disciplines[3]. »

Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)[4]. Boris Cyrulnik est également un homme engagé pour la protection de la nature et des animaux. Il est un ami fidèle de Jane Goodall et membre de l'Institut Jane Goodall France (en)[5].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Boris Cyrulnik est né dans une famille d'immigrés juifs d'Europe centrale et orientale (son père était russo-ukrainien et sa mère polonaise) arrivés en France dans les années 1930[6]. Son patronyme signifie « barbier chirurgien » en russe. Son père, ébéniste[7] s'engage dans la Légion étrangère[8]. L'identité de sa mère semble ne pas être clairement établie, car elle est prénommée tantôt Rosa[9],[10],[11], tantôt Nadia[12] selon les sources. Durant l'Occupation, ses parents le confient en 1942[13] à une pension pour lui éviter d'être arrêté par les nazis, pension qui selon ses dires le placera ensuite à l'Assistance publique bien que ce récit ne soit pas conforté par d'autres sources[11]. Il y est recueilli par une institutrice bordelaise, Marguerite Farge, qui le cache chez elle rue Adrien-Baysselance[8]. Mais, le 10 juin 1944[13],[7], au cours d'une rafle, il est regroupé avec d'autres Juifs à la grande synagogue de Bordeaux[8]. Il dit depuis la fin des années 2000 être parvenu à se cacher dans les toilettes[8], évitant ainsi le sort des autres raflés emmenés vers la gare Saint-Jean pour y être déportés, bien que dans un récit antérieur[10] il ait dit avoir été délogé de sa cachette, emmené dehors avec les autres et sauvé alors par une infirmière, version confortée par plusieurs autres sources[11],[14]. Il est ensuite pris en charge et caché par un réseau, puis placé comme garçon de ferme, sous le nom de Jean Laborde, jusqu'à la Libération[8]. Ses parents, eux, meurent en déportation[7]. Il est recueilli à Paris par une tante maternelle, Dora, qui l'élève. Il déclare plus tard que c'est cette expérience personnelle traumatisante qui l'a poussé à devenir psychiatre[7].

Formation et carrière[modifier | modifier le code]

Boris Cyrulnik fait ses études secondaires au lycée Jacques-Decour à Paris, puis supérieures à la Faculté de médecine de Paris. Le service de neurochirurgie parisien dans lequel il fait fonction d'interne pendant un an (1967-1968) refuse de prolonger son contrat, et le service de psychiatrie de l'hôpital de Digne dans lequel il commence alors son internat refuse également de prolonger son contrat au bout d'un an (1968-1969), malgré l'appel de cette décision qu'il fait alors auprès du conseil de l'ordre[15]. Afin de valider son certificat d'études spéciales en neuropsychiatrie, il semble trouver un point de chute dans le service de psychiatrie du Pr "Mutter"[15] à Marseille (plus probablement le Pr Sutter, sa biographie officielle mentionnant quant à elle à tort un internat en psychiatrie à Digne de 1968 à 1971). Il devient ensuite médecin chef de La Salvate, un établissement privé de postcure psychiatrique[16]. Il quitte ce poste en 1979 et s'installe comme psychanalyste à mi-temps[17], tout en donnant des consultations au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La Seyne-sur-Mer (jusqu'en 1991) ; il y crée un groupe de recherches en éthologie clinique qu'il anime jusqu'à la fin des années 1990 au moins[18]. Il publie en 1984 Éthologie clinique : 14 textes originaux (éditions de la Société de psychologie médicale de langue française)[19]. Chargé de cours d'éthologie humaine/clinique à la faculté de médecine de Marseille de 1974 à 1987, il devient en 1995/1996 directeur d'enseignement d'un diplôme universitaire (DU) de la faculté des lettres et sciences humaines de Toulon.

En 1998, il est nommé président du Centre national de création et de diffusion culturelles de Châteauvallon, puis en 2005 président du Prix Annie-et-Charles-Corrin sur la mémoire de la Shoah (depuis 2005). Il est également membre du conseil d'orientation de l'institut Diderot (un fonds de dotation pour le développement de l’économie sociale créé par la société de groupe d'assurance mutuelle Covéa).

Boris Cyrulnik est une des 43 personnalités ayant constitué la commission Attali sur les freins à la croissance, dirigée par Jacques Attali et installée le 30 août 2007 par Nicolas Sarkozy[20].

Depuis 2007, il dispose d'une chronique dominicale sur France Info, Histoire d'Homme avec Marie-Odile Monchicourt et Yves Coppens[21].

Avec sa femme Florence (médecin qui n'a pas exercé), il a deux enfants : Natacha, devenue décoratrice de théâtre, et Ivan, musicien[22].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Boris Cyrulnik s'est positionné à plusieurs reprises contre la gestation pour autrui, notamment au titre des effets délétères sur la vie entière qu'aurait la séparation précoce d'avec la mère biologique[23], et parce qu'un bébé né d'une mère ne l'ayant pas investi affectivement pendant sa grossesse aurait selon lui un retard de développement à la naissance[24].

Interrogé fin 2011 sur la querelle autour de la « théorie du genre », Boris Cyrulnik répond : « Je pense que le “genre” est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est[25]. »

Sur l'homoparentalité, Boris Cyrulnik est plutôt pour : « Selon mon expérience, les enfants élevés par des couples homosexuels grandissent comme les autres[26]. »

Conteur à la « voix douce, enveloppante et délicieusement régressive[27] » et de vulgarisateur (en 2010, il a vendu plus de 1,5 million d'exemplaires de ses différents ouvrages)[28], Boris Cyrulnik a en effet réussi à médiatiser des thèses biologisantes[29] : « gène du surhomme » qui « facilite le transport de la sérotonine, un neuromédiateur qui lutte contre les émotions dépressives » et joue un rôle déterminant dans la résilience[30] ; différences naturelles de tempéraments et de comportements entre individus (et plus particulièrement entre hommes et femmes), déterminées par les prédispositions génétiques, les hormones sexuelles, le système immunitaire[31],[32].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive[modifier | modifier le code]

  • Mémoire de singe et paroles d'homme, éd. Hachette, 1983.
  • Sous le signe du lien, éd. Hachette, 1989.
  • La Naissance du sens, éd. Hachette, 1991.
  • Les Nourritures affectives, éd. Odile Jacob, 1993.
  • De la parole comme d'une molécule, avec Émile Noël, éd. Seuil, 1995.
  • L'Ensorcellement du monde, éd. Odile Jacob, 1997.
  • La Naissance du sens Hachette Littérature (1998) (ISBN 978-2012788916)
traduction anglaise : The Dawn of Meaning
Traduction anglaise : The Whispering of Ghosts: Trauma and Resilience (2005)
  • Parler d'amour au bord du gouffre, éd. Odile Jacob, 2004.
Traduction anglaise : Talking of Love on the Edge of a Precipice (2007)

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Resilience: How your inner strength can set you free from the past Tarcher, 320 pages (ISBN 1101486384) 2011

En allemand[modifier | modifier le code]

(Pourquoi l'amour guérit les plaies)
(Corps et âme)
  • Scham. Im Bann des Schweigens. Wenn Scham die Seele vergiftet, traduit par Maria Buchwald et Andrea Alvermann. p (2011), 248 pages (ISBN 978-3-863021-12-6[à vérifier : isbn invalide])
(Mourir de dire : La honte)
  • Rette dich, das Leben ruft!, Ullstein Buch Verlage GmbH, Berlin 281 p. (2103) Sauve toi, la vie t'appelle, traduit par Hainer Kober

Préface[modifier | modifier le code]

  • Françoise Maffre-Castellani : Femmes déportées, Histoires de résilience (ISBN 978-2721005199)

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

(entre autres)

  • La Plus Belle Histoire des animaux, collectif, éd. Seuil, 2006.
  • Si les lions pouvaient parler. Essais sur la condition animale, sous la direction de Boris Cyrulnik, éd. Gallimard, coll. « Quarto », Paris, 1998, 1 540 p., 80 doc.
  • Boris Cyrulnik, « Instinct/Attachement », dans Dictionnaire de la sexualité humaine, 200 notices par 122 coauteurs, sous la direction de Philippe Brenot, éd. L'Esprit du temps, coll. « Les Dictionnaires », Paris, 2004, 736 pages, et Les Objets de la psychiatrie, dictionnaire de concepts, 230 notices par 150 auteurs, sous la direction de Yves Pélicier, éd. L'Esprit du temps, coll. Les Dictionnaires, Paris, 1997, 650 pages.
  • Boris Cyrulnik et Claude Seron (dir.), La Résilience ou Comment renaître de sa souffrance, éd. Fabert, coll. « Penser le monde de l'enfant », Paris, 2004 (ISBN 2-907164-80-5)
  • Nicolas Martin, Antoine Spire, François Vincent et Boris Cyrulnik, La Résilience. Entretien avec Boris Cyrulnik, Le Bord de l'eau éditions, coll. « Nouveaux Classiques », Lormont, France, 2009, 111 pages (ISBN 978-2356870261).
  • avec Jean-Pierre Pourtois : École et résilience Odile Jacob (ISBN 978-2738120120)
  • Nous étions des enfants, Entretien d'introduction au coffret de 10 DVD réalisés par Jean-Gabriel Carasso et produits par L'oizeau rare avec le Comité École de la rue Tlemcen. Cet ouvrage présente 18 témoignages d'enfants déportés ou cachés parce que Juifs, durant la Seconde guerre mondiale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Page de présentation du diplôme universitaire (DU) : http://formation.univ-tln.fr/DU-Ethologie.html>
  2. John Bolby : Attachement et perte, 3 vol. PUF fil rouge, 2002
  3. Mémoire de singe et paroles d'homme.
  4. Page « Comité d'honneur », sur le site de l'ADMD.
  5. Boris Cyrulnik rejoint le comité d'honneur de l'Institut Jane Goodall France, newsletter de l'Institut Jane Goodall France
  6. (en) « Escape from the Past », The Guardian, 18 avril 2009
  7. a, b, c et d « Entretien : Boris Cyrulnik, la confession », Le Point, 19 septembre 2008.
  8. a, b, c, d et e Documentaire Boris Cyrulnik. À l'assaut du malheur, de Youki Vattier, produit par Docside Production, 2009, collection « Empreintes » (diffusé sur France 5 le 13 mars 2009).
  9. « Margot, la Juste », Libération, 12 août 1997.
  10. a et b Anne Crignon, « Boris Cyrulnik : L'échappée belle », Le Nouvel Observateur, 15 février 2001.
  11. a, b et c Site des Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie : http://www.ajpn.org/personne-482.html.
  12. Boris Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t'appelle, Odile Jacob, 2012.
  13. a et b Émission Des mots de minuit no 497 le 21 mars 2013 sur France 2.
  14. « Force intérieure : trouver le courage en nous », Psychologies magazine, janvier 2002.
  15. a et b De chair et d'âme, éd. Odile Jacob, 2006, p. 9-10
  16. Curriculum Vitae de février 2007 sur le site du Consulat de France à Jérusalem : http://www.consulfrance-jerusalem.org/IMG/CV_Boris_Cyrulnik_francais_arabe_def.doc
  17. « La maladie du bonheur », 21 février 2001, Libération
  18. Au début de la vie psychique (Odile Jacob, 1999), p. 172 : « Boris Cyrulnik : neuropsychiatre, anime un groupe de recherche en éthologie clinique à l’hôpital de Toulon-La-Seyne ».
  19. « Éthologie clinique:14 textes originaux (S.P.E.I. Éditeur, 1984) »
  20. LeJDD.fr, 30 août 2007
  21. Histoire d'Homme par Marie-Odile Monchicourt, Boris Cyrulnik et Yves Coppens, présentation de l'émission sur franceinfo.fr
  22. Sylvie O'Dy, « Boris Cyrulnik, l'arpenteur de l'âme humaine », sur lexpress.fr,‎ 17 avril 1997
  23. « Mères porteuses : plaidoyer pour la défense des plus vulnérables », Le Figaro, 15 mai 2009.
  24. http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/led%C3%A9veloppementdesenfantsn%C3%A9sdunem%C3%A8reporteuse.
  25. « Boris Cyrulnik face au suicide des enfants » entretien, Le Point.fr, 29 septembre 2011
  26. http://www.psychologies.com/Famille/Etre-parent/Mere/Articles-et-Dossiers/Homos-et-parents/5
  27. Marie Huret, avec Marie Cousin, « Boris Cyrulnik. Le psy qui redonne espoir », sur L'Express,‎ 16 janvier 2003
  28. a et b Anne Jouan, « Boris Cyrulnik, les best-sellers de l'âme », sur Le Figaro,‎ 24 septembre 2010
  29. Sébastien Lemerle, « Les habits neufs du biologisme en France », Actes de la recherche en sciences sociale, no 176-177,‎ 2009, p. 68-81
  30. Boris Cyrulnik, De chair et d’âme, Odile Jacob,‎ 2006, p. 13
  31. Boris Cyrulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe André, Thierry Janssen, Patrice Van Eersel, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner: Entretiens avec Patrice Van Eersel, Albin Michel,‎ 2012, 242 p.
  32. Sébastien Lemerle, Le singe, le gène et le neurone. Du retour du biologisme en France, PUF,‎ 2014, 280 p.
  33. Sciences et Avenir, décembre 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Vincent, « Boris Cyrulnik, bâtisseur d'espoir », Le Monde, 18 septembre 2008.
  • Boris Cyrulnik. À l'assaut du malheur, documentaire de 52 minutes réalisé par Youki Vattier, dans la collection « Empreintes », France Télévisions Distribution, 2009.
  • « Le travail peut être beau et rendre heureux », entretien avec Boris Cyrulnik, Acteurs de l'économie, 19 novembre 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]