David Olère

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David Olère (19 janvier 1902, Varsovie, Pologne - 2 août 1985, Noisy-le-Grand, France) est un peintre et sculpteur juif polonais, naturalisé français en 1937. Détenu au camp d'Auschwitz-Birkenau de 1943 à 1945, il est employé dans une équipe de Sonderkommando. Après la guerre, il ne cesse de témoigner de son expérience concentrationnaire par le dessin et la peinture.

Biographie[modifier | modifier le code]

David Olère naît en janvier 1902(le 14 ou le 19 janvier selon les sources[1],[2]) dans une famille juive de Varsovie, d'un père médecin et d'une mère sage-femme. Il montre un talent précoce envers la peinture et entre à 13 ans à l'école des Beaux Arts de Varsovie, en dépit de son jeune âge et du numerus clausus à l'encontre des Juifs. Il obtient une bourse et quitte la Pologne pour Berlin, trois ans plus tard. Il y est engagé par Ernst Lubitsch à l'Europäische Film Allianz (Alliance européenne du Film) comme peintre, maquettiste et décorateur de studio.

En 1923, il émigre à Paris, s'installe à Montparnasse, fréquente de nombreux artistes, travaille comme affichiste à Paramount Pictures et enseigne à l'académie de la « Grande Chaumière. » Il épouse en 1930 Juliette Ventura, dont il a un fils, Alexandre. Naturalisé français en 1937 sous le nom de David Olère, il est mobilisé en 1939 au 134e régiment d'infanterie. Après sa démobilisation, il perd son emploi, la Paramount fermant ses portes, et est astreint au statut des Juifs instauré par le régime de Vichy.

Le 20 février 1943, David Olère est arrêté par la police française lors d'une rafle à domicile. Le 2 mars, il est déporté de Drancy vers Auschwitz avec 1000 Juifs, par le convoi no.49[3]. Matricule 106144, il est choisi pour faire partie du Sonderkommando, le « commando spécial » dont le rôle principal est de sortir les corps des chambres à gaz et de récupérer sur leurs cadavres tout objet de valeur avant de les enfourner dans les crématorium, manufacturés par la firme Topf und Söhne. Les membres des Sonderkommandos, bien que relativement mieux traités que les autres prisonniers du camp à cette époque, étaient régulièrement gazés eux-mêmes pour éviter des révélations et témoignages gênants sur le processus d'extermination à l'œuvre à Birkenau. Son talent de dessinateur retenant l'intérêt des SS pour lui, l'artiste David Olère échappe à la mort programmée en calligraphiant des lettres de SS destinées à leurs familles et décorées de dessins. Il retient de nombreux lieux, moments et expériences du camp, confirmés par les divers témoignages qui seront trouvés par la suite (photos de SS, manuscrits enterrés d'autres membres de Sonderkommando, témoignages de survivants). Pratiquant le polonais, le français, l'anglais et l'allemand, il sert également d'interprète aux Allemands qui, sentant la défaite poindre, n'hésitent pas à capter les nouvelles de Londres diffusées par la BBC. Il y apprend la libération de Paris et Strasbourg.

David Olère réussit, comme d'autres membres du dernier groupe de Sonderkommando, à se mêler aux autres prisonniers du camp lors de l'évacuation de Birkenau et Auschwitz le 18 janvier 1945, et part pour une marche de la mort jusqu'au camp autrichien d'Ebensee. Il ne sera libéré par l'armée américaine que le 6 mai. Revenant à Noisy-le-Grand, il ne nourrira plus son art (dessins, peintures et sculptures) que dans une perspective de témoignage. Ce sera son seul moyen de supporter l'horreur vécue et sa seule motivation à survivre.

Ses œuvres sont considérées comme un témoignage visuel de première importance. Il meurt, selon son fils Alexandre, épouvanté par la naissance des thèses négationnistes, qui n'hésitent pas à mettre son propre témoignage en doute.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Olère a dessiné de 1945 à 1962. Ses dessins sont parfois les seuls documents visuels que nous possédions. Lorsque des photos d'époque faites par des SS ont été trouvées plus tard (comme celles de la salle des fours ou celles des bâtiments du crématoire) ou des plans de ce bâtiment, il s'est avéré qu'ils étaient superposables aux dessins de David Olère, qui étaient d'une précision d'architecte. Il fournit par exemple des plans en coupe de ces installations, détruites peu avant l'évacuation du camp, afin d'expliquer comment fonctionnent les usines de mort nazies. Bien qu'appelé à dessiner pour des SS (il se montre sur l'un de ses dessins en train de réaliser une marine sur un abat-jour de peau), il ne pouvait évidemment pas réaliser de croquis sur place.

Il se représente souvent dans ses dessins, identifiable à son matricule. Outre la scène de la "Selection" et du gazage, pouvant porter sur des groupes ou des individus, il a dessiné son travail dans les mines (après l'évacuation de Birkenau), et des scènes de prière, ayant rapidement croqué une étoile de David et une figure de Jésus sur du papier d'emballage pour ses camarades de baraque lors du dernier hiver passé à Auschwitz (un dessin représente les Juifs et les Chrétiens priant, pendant qu'un prisonnier fait le guet, cette activité étant, comme beaucoup d'autres interdites).

Pascal Croci le mentionne dans sa bande dessinée sur Auschwitz qui évoque elle aussi les membres du Sonderkommando.

Exemple d'oeuvre : Les Inaptes au travail, peinture datant de son séjour à Auschwitz, représentant des juifs inaptes au travail (donc des femmes et des enfants) dans un camp d'extermination.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Klarsfeld 1978
  2. Shlomo Venezia, Sonderkommando : Dans l'enfer des chambres à gaz, Albin Michel,‎ 2007 (ISBN 9782226197689, lire en ligne)
  3. Voir, Klarsfeld, 1978.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Paris, Beate et Serge Klarsfeld,‎ 1978.
  • David Olère L'Œil du témoin, Fondation Beate Klarsfeld, Paris 1989
  • David Olère et Alexandre Oler, Un Génocide en héritage, éditions Wern, ISBN 2-912487-35-8
  • David Olère, An Artist in Auschwitz
  • David Olère, La révolte du Sonderkommando, après la seconde guerre mondiale.
  • Serge Klarsfeld. Mémorial de la Déportation des Juifs de France. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Auschwitz de Pascal Croci

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]