Identité juive

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article traite des critères actuellement utilisés par les Juifs pour définir leur propre identité juive, leur judéité. Pour les critères religieux et légaux par lesquels se définit socialement la judaïté des juifs pratiquant le judaïsme, voir l'article Qui est Juif ?

La judéité, définie comme « l'ensemble des critères qui constituent l'identité juive[1] », est le résultat d'un processus étalé sur trois millénaires environ, si l'on se réfère à la mention d'Israël pour la première fois historiquement attestée sur la stèle de Mérenptah datée de 1200 av. J.-C..

Judaïté[modifier | modifier le code]

L'observance quotidienne des lois, coutumes et croyances du peuple juif, ou l'adhésion à ce peuple et à sa judaïcité par le biais d'une conversion religieuse furent longtemps les critères quasi-exclusifs employés par les juifs pratiquants pour caractériser leur judaïté[2].

Judéité[modifier | modifier le code]

La Haskala, équivalent juif du mouvement des Lumières, étendit toutefois l'horizon intellectuel des Juifs au-delà de l'aspect fondamentalement religieux de leur judaïté, et bientôt le judaïsme ne fut plus que l'une des manières de définir leur judéité en concurrence avec la culture au sens large, le sentiment d'appartenance à un groupe social, ou encore l'idéologie politique. Selon Daniel Boyarin, la « judéité perturbe toutes les catégories d'identité, car elle n'est ni nationale, ni généalogique, ni religieuse, mais toutes celles-là à la fois, en tension dialectique[3] ». Ces critères de judéité devinrent également ceux de personnes non reconnues comme juives par les critères religieux et légaux d'appartenance à la judaïcité, mais qui se considèrent néanmoins comme membres authentiques du peuple des Juifs[4].

Selon le philosophe amstellodamois Ido Abram (né en 1940), l'identité juive se mesurerait actuellement à l'aune de cinq critères, à savoir :

  1. la religion, la culture, et la tradition,
  2. le lien avec le sionisme et Israël,
  3. la gestion de l'antisémitisme, incluant les questions de persécution et de survie,
  4. le vécu personnel,
  5. les relations aux gens et à la culture non-juive[5],[6].

L'importance relative de ces facteurs peut varier énormément selon l'endroit. Un Juif néerlandais pourrait définir sa judéité comme « Juif/Juive de naissance », tandis qu'un Juif de Roumanie, où l'antisémitisme est davantage présent, pourrait dire, « Je considère toute forme de déni comme une preuve de couardise[7] ».

« Demi-Juif »[modifier | modifier le code]

Le terme « demi-Juif » est d'usage récent et controversé pour décrire les personnes dont seul le père, est Juif. Or, ainsi que le note Guershom Scholem[8], si le mariage mixte était autrefois le fait d'individus qui voulaient abandonner l’identité juive, il fut évident après 1870 qu’un nombre toujours plus grand parmi ces individus souhaitait conserver des liens avec la communauté juive. Ce statut était inexistant au regard de la Halakha, qui définissait le Juif comme né de mère juive ou converti au judaïsme, mais il eut un antécédent légal pendant la période nazie, où les halbJude furent soumis aux mêmes mesures discriminatoires que les Juifs (quoiqu'à un degré moindre) et parfois à la déportation ou à l'exécution. Beaucoup de Juifs rejettent de ce fait la dénomination « demi-Juif », tandis que d'autres l'utilisent pour suggérer que la judéité est une identité plus ethno-culturelle que religieuse. Au terme "demi-juif", certains comme Catherine Grandsart et Thierry Levy-Tadjine préfèrent celui de "juif d'un côté" pour affirmer de fait, qu'ils ont des origines ethniques juives sans nécessairement partager la foi du peuple juif.

Les personnes issues d'un mariage mixte peuvent ne pas s'identifier comme pleinement juives, qu'elles adoptent ou non le judaïsme comme religion. Elles sont particulièrement nombreuses aux États-Unis, rivalisant avec celui des « Juifs des deux côtés », particulièrement parmi les jeunes enfants. Le « demi-Juif » commence à se constituer en identité indépendante, avec ses propres caractéristiques de tolérance et d'adaptation, mais peut-être aussi un sens de détachement, d'indifférence spirituelle, ou d'identité mal définie[9],[10],[11].

Au Ve siècle de notre ère, les légions romaines violent les femmes juives d'Afrique du nord. La Halakha stipule dès lors que la mère transmettra le judaisme.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nathalie SABA, Les paradoxes de la judéité dans l'œuvre romanesque d'Alert Memmi, éd. Edilivre APARIS, Paris, 2008.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. dans Le Petit Larousse Grand Format, ed. 2006, page 608.
  2. L'orthographe française écrit juif avec une minuscule lorsqu'on désigne par ce mot un juif pratiquant la religion judaïque.
  3. Daniel Boyarin, A radical Jew: Paul and the politics of identity, 14 octobre 1994, University of California Press, Berkeley (Californie), ISBN 0-520-08592-2, consultable en ligne

    « Jewishness disrupts the very categories of identity, because it is not national, not genealogical, not religious, but all of these, in dialectical tension with one another. »

  4. L'orthographe française écrit Juif avec une majuscule lorsqu'on désigne par ce mot un Juif au sens ethnico-culturel.
  5. "What does it mean to be Jewish", Jewish Historical Museum, accessed March 16, 2006.
  6. Monica Săvulescu Voudouris and Camil Fuchs, Jewish identity after the Second World War, Editura Hasefer, Bucharest, 1999, p. 16. ISBN 973-9235-73-5
  7. Monica Săvulescu Voudouris and Camil Fuchs (1999), p. 56.
  8. Scholem, Guershom, Qui est juif
  9. Half-Jewish.net
  10. HalfJew.com
  11. Daniel Klein and Freke Vuijst, The Half-Jewish Book: A Celebration, New York: Villard Books, 2000.