Marcel Marceau

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Le mime Marceau, Bip, en action (1963) - Photo d'Erling Mandelmann

Marcel Marceau, dit le mime Marceau, est un acteur et mime français, né Marcel Mangel le à Strasbourg et mort le à Cahors. Il a connu une célébrité internationale avec son personnage silencieux de Bip, créé en 1947.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Marcel Mangel passe son enfance à Strasbourg jusqu'à l'âge de 15 ans. Il fait ses études au lycée Fustel-de-Coulanges (à côté de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg), où, selon son professeur de français[1], il était le meilleur élève en récitation. Sa famille d'origine juive polonaise est évacuée comme le reste de la population strasbourgeoise au début de la seconde guerre mondiale. Elle part pour Périgueux où il poursuit ses études au lycée Gay-Lussac de Limoges. Le proviseur de ce lycée, Joseph Storck, un Juste parmi les Nations, protège les élèves juifs. Marcel Mangel est moniteur de théâtre à Montintin (Haute-Vienne)[2]. Le père de Marcel Mangel, Charles Mangel (né le 27 juillet 1895 à Będzin, dans le sud de la Pologne), un boucher casher, est déporté depuis la gare de Bobigny dans le Convoi n° 69 du 7 mars 1944 [3] et meurt à Auschwitz. Sous l'influence de son cousin germain Georges Loinger, Marcel rejoint la Résistance en 1942 à Limoges. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de Marceau. Il raconte l'avoir « pris dans la Résistance à cause du vers de Victor Hugo, dans Les Châtiments : « Et Joubert sur l'Adige/ Et Marceau sur le Rhin. » J'étais né dans le Bas-Rhin et je voulais bouter les Allemands hors de France »[4]. Dans l'armée française de la Libération, grâce à son excellente maitrise de l'anglais, il devient agent de liaison avec l'armée du général Patton.

Le mime Marceau[modifier | modifier le code]

Marcel Marceau (1962)

Après avoir fréquenté l’École nationale des arts décoratifs de Limoges, qui lui laisse le goût du dessin et de la peinture qu’il pratique régulièrement, Marcel Marceau devient l’élève de Charles Dullin, de Jean-Louis Barrault et d’Étienne Decroux, qui établit la « grammaire » de l’art du mime qu’il appelait la « statuaire mobile ».

Son art du mime ou plutôt du « mimodrame » consiste à donner forme à ses pensées (tragiques) au travers des gestes. « La parole n'est pas nécessaire pour exprimer ce qu'on a sur le cœur ». Le , jour du 24e anniversaire de l’artiste, sort de l’ombre des coulisses un drôle de personnage, pierrot lunaire, « hurluberlu blafard » à l’œil charbonneux et à la bouche déchirée d’un trait rouge, un drôle de haut-de-forme sur la tête, une fleur rouge tremblotante servant de panache à ce Don Quichotte dégingandé partant en croisade contre les moulins à vent de l’existence : Bip était né, aussi indissociable de Marcel Marceau que le personnage Charlot de Chaplin. Bip est un être sensible et poétique, inspiré de Deburau, de Charlie Chaplin et du personnage de Pip du roman Les Grandes Espérances de Charles Dickens[5], qui lui permet d'explorer la vie et la société moderne et de mettre en lumière leur côté tragique. « Bip est un personnage intemporel, tout en étant proche de mes rêves d'enfants. Il se cogne à la vie qui est à la fois un grand cirque et un grand mystère, et j'aime à dire qu'il finit toujours vaincu, mais toujours vainqueur… Il est tout ensemble l'homme de la rue, un vagabond du quotidien et l'homme universel affrontant le tragi-comique de l'existence… Il est l'homme tout simplement, se montrant dans la nudité et la fragilité de son être.»[6].

En 1947, il fonde sa propre compagnie (Compagnie Marcel Marceau), la seule compagnie de mime existant dans le monde[réf. nécessaire], et inscrit au répertoire des mimodrames et des pantomimes (Le Manteau, d'après Nicolas Gogol, Le Joueur de flûte, Exercices de style, Le Matador, Le Petit Cirque, Paris qui rit, Paris qui pleure).

En 1952, il engage dans sa compagnie Pierre Verry[7] (1913-2009), élève avec lui d’Étienne Decroux, qui sera son partenaire attitré jusqu'en 1979. Pierre Verry accompagne Marcel Marceau en tournée dans le monde entier, présentant ses numéros par ses célèbres pancartes. Adriano Sinivia le remplacera en 1980 à l'occasion de l'inauguration de la biennale de Venise à la Fenice. De 1969 à 1971, Marcel Marceau fonde et dirige à Paris la première école internationale de mime.

Il rencontre et engage à cette époque Alejandro Jodorowsky, artiste chilien qui utilisait déjà le mime dans son premier film Fando et Lis.

Marcel Marceau, Bip, en 1977.

Éternellement vêtu d'un pantalon blanc, d'une marinière et d'un caraco gris, le mime Marceau devient au fil des années un des artistes français les plus connus dans le monde. Ses tournées aux États-Unis, notamment, créent une vraie révolution théâtrale dans les années 1950, avec particulièrement son mouvement de la « marche contre le vent », à l'origine du moonwalk de Michael Jackson.

Il poursuit son œuvre gestuelle à travers les plus grandes scènes du monde. En 1975, il joue dans la Cour d'honneur du Palais des papes pour le Festival d'Avignon. Il crée en 1978 une école internationale de mimodrame à Paris, où il enseigne afin d'assurer la relève. Sise dans les sous-sols de du Théâtre de la Porte-Saint-Martin au 17 de la rue René-Boulanger à Paris. Alors que cette école devait initialement voir le jour à New York, le maire de Paris Jacques Chirac et son conseiller culturel Marcel Landowski permettent l'ouverture de l'école le 15 novembre 1978[8]. Des cours de mime, de danse classique, d'acrobatie et d'art dramatique était dispensés par une douzaine de professeurs à des élèves de 18 à 25 ans venus de tous les pays : "Il ne suffit pas d’utiliser une technique, de sortir d’une école pour devenir artiste. Il faut créer un esprit et une méthode dramatique qui fassent évoluer l’élève[9].". De 3 ans, le cursus est passé en 1999 à 2 ans en raison des économies demandées par la Mairie de Paris[10], annonçant la fermeture de l'école au cours de l'année 2005.

Marié trois fois et père de quatre enfants, Marcel Marceau meurt le 22 septembre 2007 à Cahors. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise[11].


En le 26 et 27 mai 2009, une vente aux enchères a été organisée à l’Hôtel Drouot sur décision de justice pour éponger les dettes laissées par le mime Marceau[12]. Souhaitant que les objets lui ayant appartenu soient rassemblées dans un musée en France en un lieu unique dédié à l’art du Mime[13], de nombreuses personnalités et institutions culturelles se sont mobilisées[13]. La prise de position a conduit le ministère de la Culture et de la Communication a préempter de nombreuses pièces désormais détenues par la Bibliothèque nationale de France : des archives, des dessins, des maquettes et des photographies, notamment un Bip sur scène[14].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Émission de radio[modifier | modifier le code]

Le , il passe dans l'émission radiophonique Le Tribunal des flagrants délires diffusée sur France Inter. Le réquisitoire prononcé par Pierre Desproges est disponible sur le disque Les réquisitoires du tribunal des flagrants délires (volume 3) du coffret intégral aux éditions Tôt ou Tard paru en 2001.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

  • Les Sept Péchés capitaux, Atelier Pons, 1965
  • La Ballade de Paris et du Monde, Aline Elmayan Éditeur, 1968
  • L'Histoire de Bip, l'École des loisirs, 1976
  • Le Troisième Œil, Lithoprint Delcourt, 1981
  • Pimporello, Belfond, 1987
  • Bip piégé dans un livre, La Martinière, 2002

Hommages[modifier | modifier le code]

  • À sa mort, les quotidiens n'ont pas hésité à le qualifier de « Français le plus célèbre du monde ».
  • Sa statue de cire est visible au musée Grévin, à Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Interview dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 26 septembre 2007
  2. Voir, Château de Montintin durant la Seconde Guerre mondiale. AJPN.
  3. Voir, Klarsfeld, 1978.
  4. Marcel Marceau, Valérie Bochenek, « Le Mime Marcel Marceau : entretien et regards avec Valérie Bochenek », sur http://lamaisondesevres.org/pag/ile.html, Somogy,‎ 1996 (consulté le 23 septembre 2007)
  5. Éric Azan, Le Monde, no 19492, 25 septembre 2007
  6. Entretien avec François-Brice Hincker, Marcel Marceau : L'humaniste du silence, Saisons d'Alsace, 2003
  7. Pierre Verry sur la Revue du Spectacle.fr
  8. Éric Azan, « Une école de mime, le long rêve de Marceau », Le Monde, no 19648,‎ 25 mars 2008, p. 3
  9. « Marcel Marceau », sur academie-des-beaux-arts.fr, Académie des Beaux-Arts (consulté le 6 avril 2012)
  10. « L'école du mime Marceau change de format », sur Libération.fr, Libération,‎ 22 juin 1999 (consulté le 6 avril 2012)
  11. « Le mime Marceau va être inhumé au Père-Lachaise », sur tempsreel.nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ 23 septembre 2007 (consulté le 7 avril 2012)
  12. « Les souvenirs du mime Marceau vendus pour 490000 euros », sur LIbération.fr, Libération,‎ 28 mai 2009 (consulté le 7 avril 2012)
  13. a et b « Un musée pour Bip - Accueil », sur unmuseepourbip.com (consulté le 7 avril 2012)
  14. « L’État préempte des objets ayant appartenu au mime Marceau », sur culture.gouv.fr, Ministère de la Culture et de la Communication,‎ 28 mai 2009 (consulté le 7 avril 2012)
  15. Le Mime Marcel Marceau : De l'Atelier à la Scène, Exposition organisée par Christian Paureilhe et Monica Regas, avec la collaboration de François-Brice Hincker
  16. « Le mime Marceau décoré à Cuba », sur Libération.fr, Libération,‎ 3 janvier 2006 (consulté le 7 avril 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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