Le Portrait de Dorian Gray

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Le Portrait de Dorian Gray
Image illustrative de l'article Le Portrait de Dorian Gray
La couverture de la première parution du roman dans le Lippincott.

Auteur Oscar Wilde
Genre Roman philosophique
Version originale
Titre original The Picture of Dorian Gray
Éditeur original Lippincott's Monthly Magazine
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau de l'Irlande Irlande
Lieu de parution original Philadelphie, Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution originale 1890
Version française

Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) est un roman d'Oscar Wilde, publié en 1890 (révisé en 1891) et écrit dans le contexte de l'époque victorienne. L'auteur y inclut des thèmes relevant de l'esthétique tels que l'art, la beauté, la jeunesse, la morale, l'hédonisme, etc. Le roman est fantastique, mais aussi philosophique, et met en lumière la personnalité équivoque du dandy irlandais ainsi que le courant décadentiste, ce qui suscite de virulents échanges de lettres entre Wilde et plusieurs journaux très critiques jugeant l'œuvre « répugnante »[1]. C'est également l'unique roman de Wilde dans toute sa carrière.

Résumé[modifier | modifier le code]

Dorian fait la connaissance de Lord Henry, dit Harry, un ami de Basil Hallward, un peintre reconnu. Conscient de la fascination et de la perversion que Lord Henry pourrait avoir pour son idéal de beauté, « cette nature simple et belle », Basil demande à Lord Henry de ne pas tenter de le corrompre. Mais Dorian se laisse séduire par les théories sur la jeunesse et le plaisir de ce nouvel ami qui le révèle à lui-même en le flattant : « Un nouvel hédonisme […] Vous pourriez en être le symbole visible. Avec votre personnalité, il n'y a rien que vous ne puissiez faire ». Va naître dès lors en lui une profonde jalousie à l'égard de son propre portrait peint par Basil Hallward. Il formule le souhait que le tableau vieillisse à sa place pour pouvoir garder lui-même sa beauté d'adolescent. « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi. Il n'est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! ».

Par la suite le jeune homme tombe amoureux d'une comédienne dont le jeu le fascine, Sibyl Vane, et lui promet le mariage. Mais son amour pour Dorian empêche Sibyl d'incarner ses personnages comme elle le faisait auparavant et son jeu devient très mauvais, ce que peuvent constater Basil et Lord Henry que Dorian a emmenés avec lui au théâtre. Profondément déçu et humilié, Dorian répudie Sibyl et la quitte brutalement, la laissant effondrée. En rentrant il remarque sur le portrait une expression de cruauté qu'il ne lui connaissait pas. Il commence alors à soupçonner que son souhait insensé pourrait s'être réalisé. Le lendemain, il apprend par Harry le suicide de Sibyl. Étonnamment, il ne ressent qu'une peine superficielle à l'annonce de cette mort : « Cependant je dois reconnaître que cet événement ne m'a pas ému autant qu'il l'aurait dû. Il m'apparaît comme le dénouement sublime d'une pièce étonnante. Il a toute l'effrayante beauté d'une tragédie grecque, une tragédie où j'ai joué un grand rôle mais d'où je sors indemne. ». C'est un moment charnière du roman, le moment où le retour en arrière n'est plus possible pour Dorian, bien qu'il ne le sache pas encore. Le portrait a commencé à changer : l'âme de Dorian n'est plus celle du jeune homme innocent qui pouvait éprouver de la compassion pour ses semblables.

Pour éviter la découverte de son terrible secret, il enferme le tableau dans une ancienne salle d'étude et se plonge dans la lecture d'un mystérieux roman que lui offre Lord Henry (bien que son titre ne soit jamais cité, on peut reconnaître À rebours de Joris-Karl Huysmans). Le style de vie de Dorian change alors radicalement. Montrant toujours une façade policée devant ses pairs, il court les bouges les plus infâmes de Londres, à la recherche de plaisirs de plus en plus raffinés. Il s'entoure d'objets rares et précieux, pierreries, parfums, tapisseries… Le tableau petit à petit s'enlaidit, à cause des signes de l'âge mais surtout des marques physiques du péché. Le jeune homme (qui n'en est plus vraiment un) est de plus en plus obsédé par le tableau, renonçant à ses résidences secondaires, inquiet dès qu'il le quitte. Il vient d'ailleurs souvent vérifier la dégradation physique du portrait, avec une certaine jouissance car il continue à ressembler, lui, au jeune homme innocent qu'il était encore peu auparavant, et cette apparence immarcescible à elle seule lui permet de démentir toutes les folles rumeurs qui courent à son sujet.

Basil Hallward venant lui faire la morale à propos des rumeurs courant sur son comportement, Dorian Gray finit par lui révéler son secret : pour lui faire voir son âme, il lui montre le portrait. Puis, seul avec le peintre, Dorian conçoit une haine mortelle pour celui qu'il rend un peu responsable de ce qu'il est aujourd'hui. Fou de rage, il saisit un couteau et le tue. Et à nouveau, il est loin d'être submergé par les émotions, alors qu'il vient pourtant de tuer celui qu'il considérait comme un ami. Il se débarrasse ensuite du cadavre, usant du chantage avec un ancien ami, Alan Campbell, chimiste capable de faire disparaître un corps avec des produits chimiques. Peu après, Alan Campbell se suicide.

Un soir où Dorian se rend dans les bas-fonds de Londres fumer de l'opium comme à son habitude, il se trouve par hasard et sans le savoir dans la même pièce que James Vane, le frère de Sibyl, un marin, qui le reconnaît par le surnom que lui donne une fille de joie, et que lui donnait Sibyl : « Prince Charmant ». Il le poursuit dans la nuit, avec l'intention de le tuer, mais Dorian échappe à la mort grâce à son éternelle jeunesse : en effet, il parait avoir seulement vingt ans, alors que les faits se sont déroulés dix-huit ans plus tôt. Le marin n'est dupe qu'un instant et cherche à retrouver Gray. Dorian dès ce moment vit dans la peur d'être retrouvé, les nerfs à vif. Or un jour où il fait un voyage en province, un de ses amis abat malencontreusement un homme dans les fourrés. Dorian découvre qu'il s'agit de James Vane. Ainsi, au moment où ses soupçons se trouvent confirmés, il est délivré de la menace qui pesait au-dessus de sa tête.

Reconnaissant d'être toujours en vie, il décide alors de devenir meilleur et de faire acte de rédemption pour que le portrait retrouve son aspect d'innocence. Après une première bonne action forcée, il court voir si le portrait n'aurait pas embelli ; mais la toile porte désormais, en plus des marques du péché et du temps, un pli d'hypocrisie qui le rend plus infâme que jamais. Désespéré, Dorian enfonce le couteau qui a tué Basil dans le tableau, espérant se délivrer du rappel constant de ses crimes.

Un homme vieux et hideux est retrouvé mort en face du tableau, qui a retrouvé son aspect premier : un jeune homme d'une beauté incroyable, à l'innocence sans taches. Ce n'est qu'après l'examen des bagues du défunt qu'on reconnaîtra en lui Dorian Gray.

La philosophie de Lord Henry[modifier | modifier le code]

Principal représentant du courant de l'esthétisme anglais, Oscar Wilde profite de son roman pour faire part des grands concepts ainsi que pour les interroger. On peut voir en Lord Henry Oscar Wilde lui-même, dandy hédoniste, amoureux de mots et des turpitudes de la langue, connu pour ses mœurs légères.

Le Portrait de Dorian Gray et la Peau de chagrin[modifier | modifier le code]

L'influence de La Peau de chagrin de Balzac sur Le Portrait de Dorian Gray est souvent évoquée. On peut voir un certain rapport entre les deux romans à travers la notion de décadence physique[2]. Ou bien mettre en doute cette hypothèse :

« Un unique roman, Le Portrait de Dorian Gray, très souvent associé à La Peau de Chagrin à travers le mythe de Faust, mais qui avoue peu ses références balzaciennes. Peut-on considérer que les trois premières comédies de salon de Wilde sont des chapitres anglais de La Comédie humaine ? Cela reste à démontrer. Le monde de Wilde, même quand il décrit les mêmes milieux sociaux de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie, semble très éloigné de celui de Balzac. »

— Danielle Guérin[3]

Le jeu des influences[modifier | modifier le code]

Le Portrait de Dorian Gray traite du rôle des influences dans le destin d'un homme. Tout commence en effet avec les mots de Lord Henry, qui font prendre conscience à Dorian à la fois de sa beauté, et du caractère éphémère de celle-ci. C'est ce qui déclenche son vœu insensé. Sans l'influence des mots de Lord Henry, pas de roman. Or si les influences ont leur importance pour la trame du roman, elles en ont également beaucoup dans l'écriture d'Oscar Wilde.

On retrouve notamment une grande figure de la décadence romaine, Pétrone, auteur du Satyricon. Pour les auteurs un héros décadent, par son comportement, sa recherche de plaisirs toujours plus raffinés et pervers, son mal-être typique de cette fin de siècle, incapable de trouver plus qu'une jouissance éphémère dans la dépravation de son âme.

Il fait également référence à Théophile Gautier, avec qui il partage une conception de l'art comme puisant sa beauté de son inutilité : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. » (Préface de Mademoiselle de Maupin)

On retrouve dans le roman l'influence de Walter Pater, qui fût le maître de Wilde à Oxford, et qui a contribué à définir l'esthétisme. Son œuvre La Renaissance fût très controversée par sa défense de l'hédonisme et une certaine amoralité. On peut retrouver une illustration du courant de l'esthétisme dans les propos de Lord Henry : « Nous ne savons plus donner de jolis noms aux choses et pourtant les noms sont tout. C'est pourquoi je déteste le réalisme vulgaire en littérature. L'homme qui appelle une bêche une bêche devrait être condamné à en tenir une toute sa vie. Il n'est bon qu'à cela. »

Cependant, l'influence la plus marquante dans ce livre est sans nul doute celle de Joris-Karl Huysmans et de son œuvre À Rebours. C'est le livre jaune donné par Lord Henry qui ensorcelle tant Dorian, et de nombreuses références implicites y sont faites, notamment dans tout le chapitre sur les objets que Dorian Gray collectionne (pierreries, tapisseries, parfums…) qui est une reprise plutôt fidèle de plusieurs chapitres de À Rebours. « Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d'un vert accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge ; de péridots vert poireau ; d'olivines vert olive ; et elles se détachèrent de branches en almadine et en ouwarovite d'un rouge violacé, jetant des paillettes d'un éclat sec de même que ces micas de tartre qui luisent dans l'intérieur des futailles. » La façon dont Des Esseintes séduit et influence un jeune garçon dans À Rebours est assez semblable à l'influence exercée par Lord Henry sur Dorian au début du livre.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman a inspiré de nombreuses adaptations, sur petit ou grand écran :

Le personnage de Dorian Gray apparaît aussi dans les œuvres suivantes :

Littérature 
Théâtre
Théâtre musical
  • 2008 : Le Portrait de Dorian Gray, adaptation de Bernard Novet
Bande-dessinée
Jeux vidéo

Livres audio[modifier | modifier le code]

En dehors de la version diffusée par Audiocite, il existe dans le commerce au moins trois narrations différentes du roman sous forme de livre audio en français :

  • Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (texte intégral lu par Jacques Roland), éditions Le livre qui parle, coffret L071, Loubejac, 1995, 6 cassettes audio (durée non connue), (EAN 3354621000718), (notice BnF no FRBNF38310975k).
  • Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (texte intégral lu par Isabelle Bensoussan, Antoine Blanquefort, Sandrine Briard, Éric Boucher, Michel Chaigneau et Victor Vestia), éditions SonoBooK, coffret PDG, Paris, mars 2008, 1 disque compact MP3 (durée 7 heures 10 minutes), (EAN 9782353290178), (notice BnF no FRBNF41419477c).
  • Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (texte intégral lu par Denis Podalydès), éditions Thélème, coffret 863, Paris, septembre 2008, 6 disques compact (durée non connue), (EAN 9782878625608), (notice BnF no FRBNF41476707j).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Fréderic Monneyron, L'Androgyne décadent. Mythe, figures, fantasmes, ELLUG, 1996
  • Fréderic Monneyron, « Une lecture nietzschéenne de Dorian Gray » in Cahiers victoriens et édouardiens no 16, octobre 1982; Le corps fantastique dans « The Picture of Dorian Gray » d'Oscar Wilde in Les Cahiers du GERF, no 5, 1998

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oscar Wilde, Œuvres, Gallimard,‎ 1996, p. 56
  2. Pierre Barbéris, Balzac et le mal du siècle, Gallimard, 1970, t.II, p. 1223 et suivantes
  3. [1]
  4. (en) Le Portrait de Dorian Gray sur l’Internet Movie Database

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]