Pierre Molaine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

Pierre Molaine

Nom de naissance Léopold Faure
Activités Écrivain
Naissance 29 avril 1906
Voiron, France
Décès 17 octobre 2000
Lyon, France
Langue d'écriture Français
Genres Roman, Essai, Nouvelle
Distinctions Prix Renaudot, 1950

Pierre Molaine, pseudonyme de Léopold Faure né à Voiron (Isère), le 29 avril 1906 et mort à Lyon le 17 octobre 2000, est un écrivain français.

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Le temps de formation

Né à Voiron en 1906, Pierre Molaine passe sa jeunesse dans la ville de Thiers « accrochée aux rochers par les ongles du temps », où son père est professeur de lycée[1]. C'est un élève brillant, très tôt tourné vers la littérature. À l’âge de 18 ans, il gagne Paris pour y suivre un enseignement universitaire de lettres et de droit. En 1923, il signe son premier article sur Henry Bordeaux dans Le Petit Dauphinois.

Nommé surnuméraire de l’Enregistrement (1924), il démissionne très vite (1925) de l’administration des Finances et incorpore, en mai 1927, le 13e Bataillon de chasseurs alpins de Chambéry. Élève officier de réserve, il intègre la même année l’École Militaire de Saint-Maixent et se voit affecté en mai 1928 au 92e régiment d’Infanterie de Clermont-Ferrand. Après deux ans d’étude (1930-1931) à l’École militaire de l’Infanterie et des Chars de combat, il est nommé lieutenant d’active.

[modifier] Carrière militaire

La première œuvre qu’il publie, sous le pseudonyme d’« Yvan Kalinine », en 1938, Frères humains (Éditions Corréa) est un recueil de nouvelles où déjà se dessine l'auteur épris d'un style recherché, attaché à l'expression de sentiments violents s'inscrivant dans l'évocation lyrique d'une nature farouche.

La déclaration de guerre le conduit à Lunéville, comme officier adjoint au commandant du parc de chars de combat de la Ve armée, en la circonstance le colonel Charles de Gaulle. Pierre Molaine gardera de l'homme une impression très forte qu’il restitue, non sans une évidente distance ironique, dans son roman Le Sang (Éditions Calmann-Lévy, 1967). Une fois le temps de la guerre secrète passé, Molaine sera affecté au 18e régiment d’Infanterie à Tarbes, puis à l’Établissement central de Cavalerie à Lyon. Après la parution de Samson a soif (Éditions Corréa, 1943), le roman Violences (Éditions Corréa, 1944) verra ses plombs détruits par l'autorité allemande d'occupation[2], plusieurs milliers d'exemplaires seront saisis par la Gestapo[3], et, publié en 1945, le livre obtiendra des voix au Goncourt.

En 1944, il épouse France Chambost (1923-2000), leurs vies devant, dès lors, se confondre jusqu'à la fin, puisque celle-ci ne lui survivra que deux mois.

Avec Batailles pour mourir (Éditions Corréa, 1945), De Blanc vêtu (Éditions Corréa, 1945), Mort d'homme (Éditions Corréa, 1945), Hautes œuvres (Éditions Corréa, 1946), Pierre Molaine nous introduit dans l’épopée de l’arme blindée. Batailles pour mourir et Violences constituent ainsi une sorte d'apologie de la bravoure, comprise et vécue comme une vertu essentielle qui dispense de toutes les autres.

En 1946, Molaine est nommé comme ingénieur du Corps du Matériel. C'est l'époque d'une amitié féconde avec le romancier Charles Plisnier[4]. Les affres de la maladie et de la guerre contraindront Molaine à un séjour de plusieurs mois à l'hôpital Desgenette de Lyon, séjour durant lequel va mûrir le sujet de Les Orgues de l'enfer (éditions Corréa), roman qui fera de l'auteur le lauréat du prix Renaudot en 1950. L’argument de ce roman ne se révèle que dans les vingt dernières pages : il s’agit d’un agitateur politique qui, recherché par la police, a trouvé refuge dans la section de neuropsychiatrie d’un grand hôpital[5].

Avant son affectation à la direction de la 7e région militaire (Dijon), en 1953, Pierre Molaine aura le temps de produire un nouveau roman Cimetière Saint Médard (Éditions Corréa, 1952), lui aussi voué à la violence, au terrible, au furieux. Le contexte débilitant du moment, particulièrement les guerres coloniales qu'il désapprouvait, a-t-il favorisé chez cet admirateur de Bernanos la composition d’un essai sur la Sainte Vierge intitulé l’Itinéraire de la Vierge Marie (Éditions Corréa, 1952) ? Dans cet ouvrage, en effet, l'auteur évoque un pèlerinage sur les pas de la Vierge, au fil des différents lieux de ses apparitions. Les accès de spiritualité qui ont alimenté alors l’inspiration de Pierre Molaine l’ont conduit à la rédaction d’un ouvrage au titre expressif, Satan comme la foudre (Éditions Corréa, 1955).

[modifier] Professorat et retraite

En 1958, Pierre Molaine quitte définitivement l’armée et intègre l’administration de l’Éducation nationale. Devenu tardivement professeur de lettres et renouant ainsi avec le contenu de ses études universitaires premières, il puise dans sa nouvelle fonction le thème de J’ai rêvé de lumière (Éditions Calmann Lévy, 1963).

La Bidoche (Éditions Calmann Lévy, 1965), au contenu provocateur, constitue l’avant-dernier livre publié de Pierre Molaine : un professeur d’université est en train de mourir et il imagine son décès et ses obsèques, occasion pour lui de percer à jour une réalité tragi-comique. Mais c'est avec Le Sang (Éditions Calmann-Lévy, 1967), tryptique désinvolte et incisif consacré à la drôle de guerre[6], que s'achève la production littéraire officielle de Molaine.

En 1975, pourtant, sous le pseudonyme de "Jean-Luc Faber", paraîtra un roman Où je vais, nul ne meurt (Éditions Denoël), avec pour thème la révolte des Bagaudes, expression narrative symbolique de la Résistance intérieure française. Si Molaine a renoncé, en la circonstance, à son pseudonyme officiel, c'est qu'il s'était adjoint, pour ce livre, la collaboration d'un professeur de Lettres.

Il laisse derrière lui une œuvre variée, des personnages passionnés, une quête effrénée de la grandeur, même dans le Mal. Œuvre inachevée puisque, s'il avait définitivement rompu avec la littérature et son monde dans les années 1970, Molaine poursuit, dans la solitude de sa retraite une activité d’écriture régulière et ses manuscrits inédits originaux sont, à ce jour, progressivement publiés.

Personnalité discrète et modeste, peu encline aux compromissions, Pierre Molaine est mort à Lyon, le 17 octobre 2000. Il repose aujourd'hui au cimetière de Sainte Foy les Lyon, non loin de Claude Farrère.

[modifier] Œuvres

[modifier] Romans

  • Samson a soif, roman, Corréa, Paris, 1943.
  • Violences, roman, Corréa, Paris, 1944.
  • Batailles pour mourir, Corréa, Paris, 1945.
  • De Blanc vêtu, roman, Corréa, Paris, 1945.
  • Mort d'homme, roman, Corréa, Paris, 1946.
  • Hautes œuvres, roman, Corréa, Paris, 1946.
  • Les Orgues de l'enfer, roman, prix Renaudot, Corréa, Paris, 1950.
  • Cimetière Saint-Médard, roman, Corréa, Paris, 1952.
  • Satan, comme la foudre, roman, Corréa, Paris, 1955.
  • J'ai rêvé de lumière, roman, Calmann-Lévy, 1963.
  • La Bidoche, roman, Calmann-Lévy, 1965.
  • Le Sang, roman, Calmann-Lévy, 1967.

En collaboration et sous le pseudonyme de « Jean-Luc Faber » :

  • Où je vais, nul ne meurt, roman, Denoël, Paris, 1975.

[modifier] Nouvelles

  • Frères humains, nouvelles (pseudonyme Yvan Kalinine), Corréa, Paris, 1938.
  • La Patrouille, nouvelle, Les Nouvelles littéraires, no 941, 1945.
  • Canicule, nouvelle, Lectures de Paris, 1946.
  • Mission de printemps, nouvelle, Horizon, Revue des Lettres, no 6, 1947 et les Œuvres libres, no 57, 1951.
  • Beau syre et vous ma mye, nouvelle, L'Âge nouveau, 1951.
  • Trêve des armes, Le Progrès, 24 décembre 1951.
  • Mon dernier village, Entretien sur les Lettres et les Arts, no 14, 1958.
  • Journal d'un lieutenant Lambda (Extraits, 1939), Entretiens, no 18, 1960.

[modifier] Essais

  • L'Itinéraire de la Vierge Marie, essai, Corréa, Paris, 1953.
  • Célébration de la grenade, essai, Robert Morel, 1962.

[modifier] Articles, préfaces et autres écrits

  • Plisnier, tel qu'il est, Les Nouvelles littéraires, no 966, 1946.
  • Plisnier, Marginales, Revue des idées, des arts et des lettres, 1947.
  • Poètes fantaisistes, L'Époque littéraire, 23 février 1949.
  • Portrait d'un homme connu, Le Bayou, no 46, Université de Houston, Texas, 1951.
  • André Gide - A lui-même comparé, Pages libres des écrivains dauphinois, nos 5-6, 1951.
  • La nature éducatrice, Famille et collège, t. X, no 1, 1951.
  • Riolet aux mains pleines, Quo vadis, 1953.
  • Taille d'homme, Famille et collège, t. XV, no 1, 1956/1957.
  • Si j'avais une fille..., Famille et collège, t. XV, no 3, 1956/1957.
  • Roussel, mon ami, L'Age nouveau, no 100, 1957.
  • L'homme Plisnier, Cahiers des amis de Charles Plisnier, n°3, 1958.
  • Interrogations, Famille et collège, t. XVII, no 4, 1958/1959.
  • Nos élèves ne sont pas des robots, Famille, collège et institut, t. XVIII, no 5, 1959/1960.
  • Les Saints de tous les jours, Robert Morel, no 6 à 12, 1959-1962.
  • Ce qu'un enseignant attend des parents, Famille, collège et institut, t. XXII, no 2, 1963.
  • Avertissement, La Comédie de Lyon, Les Cahiers classiques des Célestins, 1964-1965.
  • Mille francs de récompense..., présentation de la pièce de V. Hugo, Comédie de Lyon, 1966.
  • Raoul Bécousse, Préface, Subervie, 1974.

[modifier] Les écrits inédits posthumes

  • La garrigue brûle, roman, Éditions des Traboules, Lyon, 2009.
  • Du lycée Papillon au lycée Ralbol, roman de société, Éditions Édilivre, Paris, 2011.
  • Un merle chantait à Josaphat, roman, Éditions Édilivre, Paris, 2011.
  • L'œil au beurre noir, roman, Éditions des Traboules, Lyon, 2011.

[modifier] Notes et références

  1. La ville de Thiers apparaît dans plusieurs romans, dont Samson a soif et J'ai rêvé de lumière.
  2. Pascal Fouché, L'Édition française sous l'Occupation, vol 1, page 65 sqq, 1987.
  3. sur ordre d'Eduard Wintermayer, directeur de la Propaganda Abteilung.
  4. Paul Aron, Charles Plisnier : entre l'évangile et la révolution , Éditions Labor, 1988, p. 144-145. (Les lettres de Charles Plisnier à Pierre Molaine se trouvent réunies dans le Fonds Pierre Molaine à la Bibliothèque municipale de Lyon)
  5. «C’est en 1947, au cours d’un séjour forcé de trois mois à l’hôpital militaire de Lyon, qu'il se trouve placé devant le spectacle particulièrement affligeant des pensionnaires des asiles d'aliénés. Il compatit profondément… et ainsi naît dans son esprit le chant obsédant des Orgues de l'enfer. Cet admirable dialogue tantôt dramatiquement humain et tantôt grotesque, tantôt s’élevant sur les sommets de la poésie et tantôt sombrant dans une satire particulièrement amère, violente et désabusée, c'est pourtant à Céline, mais à un Céline mesuré, châtié et soucieux de la forme qu’il nous fait penser. Avec Pierre Molaine, le lyrisme rentre dans le roman contemporain et s'y arroge la place d’honneur.» Georges Boudaille, Arts, 6 décembre 1950
  6. «Le Sang... constitue un des témoignages les moins récusables qui soient sur 1939 et sur l'Occupation et, en outre, une oeuvre littéraire sans faiblesses.» André MARISEL, Revue Esprit, juillet 1967

[modifier] Liens externes

Outils personnels
Espaces de noms
Variantes
Actions
Navigation
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils