Joseph Caillaux

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Joseph Caillaux
Image illustrative de l'article Joseph Caillaux
Fonctions
66e président du Conseil des ministres français
et ministre de l'intérieur
(78e chef du gouvernement)
27 juin 191114 janvier 1912
Gouvernement Caillaux
Législature Xe législature
Prédécesseur Ernest Monis
Successeur Raymond Poincaré
Vice-président du conseil et Ministre des finances
23 juin 192617 juillet 1926
Président Gaston Doumergue
Gouvernement gouvernement Aristide Briand (10)
Parlementaire français
Député (1898-1919)
Sénateur (1925-1944)
Gouvernement IIIe République
Groupe politique Alliance républicaine démocratique (1898-1911)
Parti républicain, radical et radical-socialiste (1911-1919)
Gauche démocratique, radicale et radicale-socialiste (1925-1944)
Biographie
Nom de naissance Joseph Marie Auguste Caillaux
Date de naissance 30 mars 1863
Lieu de naissance Le Mans (Sarthe) (France)
Date de décès 21 novembre 1944 (à 81 ans)
Lieu de décès Mamers (Sarthe) (France)
Nationalité française
Parti politique ARD (1898-1911)
PRRRS (1911-1919)
PRRRS (1925-1944)
Conjoint Berthe Gueydan
Henriette Raynouard
Profession Avocat
Résidence Sarthe
Présidents du Conseil des ministres français

Joseph Marie Auguste Caillaux, né au Mans le 30 mars 1863 et mort à Mamers le 21 novembre 1944, est un homme politique français. Disciple de Pierre Waldeck-Rousseau, il commence sa carrière politique parmi les républicains modérés, adhérant à l'Alliance républicaine démocratique à sa création en 1901, alors qu'il est ministre des Finances de Waldeck-Rousseau, avant de rejoindre le Parti radical dans les années 1910, dont il devient rapidement l'une des principales figures[1].

Instigateur de l'impôt sur le revenu et partisan d'un pacifisme libre-échangiste, ses prises de positions et sa personnalité difficile suscitent une haine véhémente parmi ses anciens amis et la droite nationaliste, qui mènent contre lui de violentes campagnes de presse.

L'une d'elle débouche sur le meurtre de Gaston Calmette, patron du Figaro, par son épouse Henriette Caillaux, événement qui, avec sa propre condamnation pour « intelligence avec l'ennemi » pendant la Première Guerre mondiale, met en suspens sa carrière politique.

Remis en selle par le Cartel des gauches après la guerre, son attachement au libéralisme économique et à l'orthodoxie financière l'éloigne peu à peu de ses amis de gauche. Devenu vice-président puis président de la Commission des Finances du Sénat, il pèse sur la politique financière de la France jusqu'en 1940.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Fils d'Eugène Caillaux, parlementaire sarthois royaliste qui fut ministre des Finances de Mac-Mahon en 1877, Joseph Caillaux, né en 1863, est élevé par un précepteur clérical fanatique puis par les Jésuites qui, par réaction, l'amènent à adopter des idées républicaines[2].

Il fait ses études secondaires au lycée du Mans puis au lycée Fontanes à Paris (actuel lycée Condorcet) où il suit l'enseignement public jusqu'au baccalauréat, enfin à la faculté de Paris où il obtient une licence en droit[3]. Malgré son aversion pour les mathématiques, poussé par son père, il tente d'entrer à Polytechnique en 1883, mais il échoue, n'arrivant que 303e pour 227 admis. Professeur à l'École libre des sciences politiques, il prépare le concours de l'inspection des finances. Reçu sans peine second en 1888, il commence sa carrière comme adjoint à l'inspection générale des finances. En cette qualité, il effectue pendant dix ans de multiples tournées en province, tout en demeurant à Paris.

Dans le même temps, en contradiction avec les opinions de sa famille, ses convictions républicaines s'affirment, et il se détache définitivement de l'influence religieuse. Lors de la crise boulangiste, il parvient à entraîner son père dans le camp anti-boulangiste[4]. Lors des élections municipales et cantonales de 1896, il tente de succéder à son père comme maire et conseiller général d'Yvré-l'Évêque, mais il est battu.

Début de carrière politique[modifier | modifier le code]

Lors des élections législatives du 8 mars 1898, il se présente à la demande des comités républicains locaux, quinze jours avant le scrutin, alors qu'il se trouve en inspection en Algérie, dans l'arrondissement de Mamers, tenu jusqu'alors par la droite monarchiste.

Élu, à la surprise même de ses amis politiques, avec 12 939 voix contre 11 737 au sortant, Sosthène II de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, il devient député de la Sarthe, mandat qu'il conservera jusqu'en 1919, malgré les adversités. Il est ainsi réélu le 27 avril 1902 avec 13 572 voix contre 11 481 à son adversaire, un membre de l'Institut, puis le 6 mai 1906, le 24 avril 1910 et le 26 avril 1914 face à un membre de la famille d'Aillières, par 12 356 voix contre 12 248, 13 283 contre 11 081 et 12 308 contre 10 841.

Fidèle à ses principes républicains il s'inscrit au groupe des républicains progressistes (Alliance républicaine démocratique, créée en 1901 et à laquelle appartient également son confrère ministre Jean Dupuy), et devient membre des commissions des crédits, des colonies et de la législation fiscale. Il se consacre particulièrement aux questions fiscales, déposant une proposition de loi sur la réorganisation du service des comptables directs et présentant des rapports sur le budget ou les crédits. Il se lie avec Pierre Waldeck-Rousseau, pour lequel il professe une grande admiration, Paul Deschanel, Gaston Doumergue, Raymond Poincaré, Louis Barthou, Maurice Rouvier et Théophile Delcassé.

Lors de l'affaire Dreyfus, il se prononce en faveur de Dreyfus et bascule à gauche. Quand Waldeck-Rousseau forme un gouvernement d'union républicaine, le 22 juin 1899, il devient ministre des Finances. À ce poste, il montre un souci d'équilibrer le budget, préconisant une compression des dépenses de l'État et une augmentation des recettes. Par ailleurs, il refond complètement les impôts sur les boissons et la taxation sur les sucres, et revoit les droits sur les successions. Il parvient ainsi à présenter des budgets en excédent[2]. En revanche, bien qu'il se soit prononcé, quelques mois avant son arrivée au pouvoir, en faveur du projet d'impôt sur le revenu global et progressif présenté par les gauches (malgré le scepticisme de plusieurs socialistes, comme Gustave Hervé ou Hubert Lagardelle[5]), il renonce à présenter un tel projet devant les Chambres, jugeant qu'il ne parviendrait pas à obtenir une majorité.

Après les élections de 1902, qui voient la victoire de la gauche, il suit Waldeck-Rousseau, quand celui-ci quitte le pouvoir le 7 juin 1902. Dans la nouvelle législature, il montre une intense activité dans les commissions, dépose divers projets de lois et présente plusieurs rapports, mais demeure longtemps dans l'expectative, avant de s'opposer à la politique à ses yeux trop anticléricale du gouvernement Émile Combes et de contribuer à son renversement. Il se prononce cependant en faveur de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et de la suppression de l'enseignement congréganiste.

Après les élections de 1906, il est élu vice-président de la Chambre, mais il abandonne bientôt ces fonctions, préférant se réserver pour des fonctions ministérielles.

Du 25 octobre 1906 au 20 juillet 1909, il est ministre des Finances dans le gouvernement Georges Clemenceau (1), poste dans lequel il s'illustre, en 1907, par un projet consistant à remplacer les quatre impôts (les quatre vieilles) créés pendant la période révolutionnaire par un impôt progressif sur le revenu global (à l'exemple de l'impôt unique allemand de l’Einkommensteuer) et, complémentairement, par des impôts proportionnels et indépendants pour chaque catégorie de revenu (impôt cédulaire sur le modèle de l’income tax britannique), mais il se heurte à l'hostilité du Sénat, qui rejette son texte, malgré l'appui de Clemenceau. À cette occasion, Caillaux s'attire de solides inimitiés à droite, qui vont parfois jusqu'à la haine[2]. La démission du gouvernement, le 20 juillet 1909, clôt provisoirement le débat, mais il continue à mobiliser l'opinion publique de 1907 et 1914, la Loi des trois ans lui fournissant un argument patriotique de poids, et ses idées serviront de base à la réforme des contributions directes, réalisée entre 1914 et 1917[6].

Joseph Caillaux, Jean Cruppi, Antoine Perrier et Théophile Delcassé à l'enterrement de Maurice Berteaux, fin mai 1911.

En 1908, Joseph Caillaux faut à l'origine de l'Association française de cautionnement mutuel, destinée à démocratiser la fonction publique.

Refusant d'entrer dans le gouvernement Aristide Briand (1), il entreprend plusieurs voyages à l'étranger, particulièrement en Égypte, en Palestine, en Syrie et au Liban, pour remplir ses nouvelles fonctions de président du conseil d'administration des Crédits fonciers égyptiens et argentins[7].

En 1911, une commission d'enquête parlementaire présidée par Jaurès met en cause Caillaux, accusé de collusion avec Henri Rochette. Ce dernier, spéculateur véreux à l'origine de plusieurs escroqueries financières, bénéficie de soutiens politiques et ouvre largement sa caisse noire aux comités politiques et à leurs journaux, notamment Le Rappel que dirige un ami de Caillaux. Le Figaro utilisera cette affaire dans la campagne de presse de 1914 qui conduit Henriette Caillaux à assassiner Gaston Calmette, directeur du quotidien[8].

Devenu vice-président de la commission des finances à son retour en France, il se rapproche du Parti radical, alors dirigé par Maurice Berteaux, avec lequel il est lié d'amitié et tente de regrouper les gauches. Ensemble, les deux hommes préparent la constitution du gouvernement Monis, le 2 mars 1911, dans lequel Berteaux occupe le portefeuille de la Défense nationale et Caillaux celui des Finances.

Toutefois, après la mort accidentelle de Berteaux le 21 mai, le ministère se désagrège et, le 27 juin, le président de la République Armand Fallières demande à Caillaux, pratiquement seul chef du Parti radical, de constituer le nouveau gouvernement.

Chef du gouvernement[modifier | modifier le code]

Dans son gouvernement, Caillaux occupe, outre les fonctions de président du Conseil, celles de ministre de l'Intérieur et des cultes, ce qui lui vaut une interpellation des députés SFIO le 23 novembre 1911 quant à l'affaire de l'agent provocateur Métivier et de l'ouvrier Ricordeau.

Depuis longtemps méfiant à l'égard de l'alliance russe et désireux de trouver un accord avec l'Allemagne, il se montre partisan d'un compromis avec l'Allemagne lors du coup d'Agadir, négociant la liberté de manœuvre de la France au Maroc contre la cession à l'Allemagne de territoires français en Afrique centrale. Il mène directement les négociations en écartant son ministre des Affaires étrangères, Justin de Selves, qu'il estime incompétent et entouré de bavards ou de germanophobes. Il transite essentiellement par Jules Cambon, ambassadeur de France en Allemagne, mais essaie également de négocier à travers ses connaissances. Le Quai d'Orsay apprend par hasard ces négociations en déchiffrant des messages codés entre le gouvernement allemand et Lancken, un aventurier prussien dont Caillaux a surestimé l'influence. Finalement, l'accord se fait entre Jules Cambon et Kinderlen, le ministre des Affaires étrangères allemand. Néanmoins, les traces des négociations informelles, que Caillaux niera avant son procès, seront utilisées par l'accusation lors de celui-ci[9].

Ratifiée sans difficulté devant la Chambre, la convention franco-allemande rencontre une opposition acharnée au Sénat, à la suite d'une gaffe de Caillaux, qui nie l'existence des tractations secrètes, au sein même du gouvernement (le ministre des Affaires étrangères de Selves, qui se sent humilié, démissionne), qui chute le 11 janvier 1912. Il est remplacé par Raymond Poincaré (1er gouvernement), qui fait finalement ratifier la convention. L'affaire lui vaut néanmoins des haines tenaces, en particulier de Clemenceau[2]. Consacrant tous ses efforts à la réunification du Parti radical, divisé en diverses fractions, il est élu à sa présidence lors du congrès de Pau de 1912, contre Camille Pelletan. Sa carrière atteint son zénith.

Un homme à abattre[modifier | modifier le code]

Lors des élections présidentielles de 1913, il apporte son soutien officiel à Jules Pams, tout en travaillant en sous main en faveur d'un modéré, son ami Paul Deschanel, alors président de la Chambre. Toutefois, c'est le président du Conseil, Poincaré, soutenu par Barthou et Briand, qui l'emporte. Déçu, Caillaux se retranche d'abord dans une opposition modérée, avant d'organiser, le 2 décembre 1913 la chute du gouvernement Barthou à la Chambre[10].

Une du Petit journal illustrant l'assassinat de Gaston Calmette, directeur du Figaro, par Henriette Caillaux, femme du ministre des Finances.

Lors de la crise ministérielle qui s'ensuit, Caillaux tente de retrouver le pouvoir, négociant avec Jaurès le soutien des socialistes, mais il rencontre l'hostilité de Clemenceau. Finalement, il devient, le 9 décembre 1913, ministre des Finances dans le gouvernement Gaston Doumergue (1).

Au début de 1914, Gaston Calmette, directeur du Figaro, engage une violente campagne de presse contre sa politique (il publie notamment les échanges de Joseph Caillaux avec sa maîtresse, où il apparaît comme un politicien hypocrite, alors qu'il est éclaboussé par l'affaire Rochette, ayant protégé un financier véreux[5]), créant une vaste polémique dans les partis et les journaux, la gauche le soutenant fidèlement, tandis que la droite l'attaque sans ménagement. Toutefois, à la suite de la publication de lettres intimes, excédée par une violente campagne menée par le quotidien contre son mari, son épouse Henriette se rend dans son bureau, sort un revolver de son manchon, tire six balles dont quatre atteignent Gaston Calmette. Arrêtée, Henriette Caillaux est inculpée de meurtre avec préméditation.

Contraint de démissionner le 17 mars 1914, Caillaux défend sa femme lors du procès, qui se clôt le 28 juillet avec son acquittement, en pleine crise de juillet qui mène à la Première Guerre mondiale[11]. Bien qu'il ait affirmé ne pas avoir été au courant de ses projets, ses adversaires s'acharnent à parler de préméditation, espérant ainsi l'abattre politiquement.

Réélu, malgré cette campagne, lors des élections législatives de 1914, il intervient peu dans les débats politiques. Hostile à la guerre, il devient le chef de file des partisans d'une paix sans annexions ni indemnités[2] et se borne à effectuer des missions en Argentine en 1914 et en Italie en 1917. Après l'arrivée au pouvoir, le 16 novembre 1917 de son vieil ennemi, Clemenceau, dont la politique de guerre sans ambiguïté rencontre le soutien des droites et des nationalistes et qui assimile les positions politiques de Caillaux à la trahison[2], il est impliqué dans les affaires Bolo Pacha et du « Bonnet rouge »[12],[13]. Il est accusé à tort[14] par Léon Daudet de « trahison systématique, altière et doctrinaire » et abandonné de la plupart, y compris de ses amis radicaux ; la Chambre vote la levée de son immunité parlementaire en décembre 1917, à la demande du « Tigre », et il est arrêté, le 14 janvier 1918, pour « intelligence avec l'ennemi ». On lui reproche alors le rapprochement franco-allemand qu'il n'a eu de cesse, sa vie durant, de préconiser. Accusé, lors de l'instruction, de trahison et de complot contre la sûreté de l'État[2], il est traduit devant le Sénat, réuni en Haute Cour de justice. Partageant son temps entre la prison de la Santé et l'assignation à résidence dans une clinique de Neuilly, il est jugé deux fois, avant d'être condamné en février 1920, après la fin du conflit, à trois ans d'emprisonnement et à la privation de ses droits civiques pour le seul chef de « correspondance avec l'ennemi »[2]. On ne lui reproche plus alors qu'une « aide involontaire » apportée à l'ennemi par ses paroles, ses relations et sa virulente opposition politique[15]. Il est alors défendu par François Albert et Anatole de Monzie, qui prononce un plaidoyer en sa faveur devant le Sénat.

Sa condamnation provoque l'indignation de toute une partie de la classe politique et de la Ligue des droits de l'homme; obligé de quitter Paris, il ne revient qu'après la victoire du Cartel des gauches aux élections de 1924 et peut assister aux obsèques de son ami Anatole France en octobre.

Il est finalement amnistié par le Cartel le 3 janvier 1925, après un vote favorable de la Chambre des députés[16], proposé du gouvernement Herriot, et reprend aussitôt sa carrière politique[17].

Retour à la politique[modifier | modifier le code]

Caillaux (à droite), nouveau ministre français des Finances, après une discussion avec Painlevé à l'Élysée, en avril 1925.

Complètement réhabilité, il retrouve en juillet 1925 son siège de conseiller général du canton de Fresnay-sur-Sarthe et, en septembre suivant, la présidence du conseil général de la Sarthe (qu'il conserve jusqu'en 1940), et il se fait élire le 12 juillet 1925 sénateur.

Dès le 17 avril 1925, il est nommé ministre des Finances dans le gouvernement Paul Painlevé (2), avec pour mission de rétablir une situation financière jugée particulièrement critique. Toutefois, appelé pour restaurer les finances, il rejette l'impôt sur le capital préconisé par les socialistes, jugeant que l'excès de fiscalité conduit à un tarissement des ressources sur lesquelles l'État pourrait compter, et présente des projets de loi de finance qui déchaînent l'opposition de ses amis politiques, tandis qu'ils sont soutenus par la majorité des droites[2].

Après la chute du gouvernement Painlevé, le 29 octobre 1925, il retrouve son siège au Sénat, au sein du groupe de la Gauche démocratique, mais cette fois à la droite du Parti radical. À l'automne 1925, lors du congrès de Nice, il tente de disputer la présidence du parti au champion du Cartel des gauches, Édouard Herriot, mais ce dernier est plébiscité[2]. Le 23 juin 1926, il accepte de nouveau le portefeuille des finances dans le gouvernement Aristide Briand, avec le titre de vice-président du Conseil. Lorsqu'il demande à la Chambre l'autorisation de légiférer par décrets délibérés en conseil des ministres pour assainir les finances, l'opposition de la gauche (y compris d'Édouard Herriot, président du Parti radical et de la Chambre des députés qui, fait inédit, quitte son perchoir pour mener l'attaque contre un projet qu'il juge attentatoire aux prérogatives du Parlement[2]) entraîne la chute du ministère, le 19 juillet 1926.

Réélu sans difficulté lors des élections sénatoriales du 9 janvier 1927 et du 14 janvier 1936, il se borne dès lors à participer aux débats financiers à la Chambre Haute, où il préside depuis 1932, et jusqu'en juillet 1940, la commission des finances, jouant un rôle d'arbitre et de conseiller. Second personnage du Sénat, il joue un rôle si déterminant que les ministres des Finances successifs négocient avec lui les mesures qu'ils envisagent avant de les proposer au Parlement[2].

Il est à nouveau nommé ministre des Finances dans le gouvernement Fernand Bouisson, le 1er juin 1935, mais la délégation de pouvoirs demandée à Chambre des députés le jour même de la présentation du ministère, le 4 juin 1935, est refusée pour deux voix.

Sous le Front populaire, auquel il n'est pas opposé, il vote les congés payés, les conventions collectives, les 40 heures, les hausses de salaires, l'organisation du marché du blé, le contrôle de la Banque de France et la dévaluation du franc. Mais, en 1937 comme en 1938, il contribue de façon décisive, en tant que président de la Commission des finances du Sénat, à la chute des gouvernements Blum, en lui faisant refuser les pleins pouvoirs que Blum lui-même lui avait refusés en 1926[18].

Au Mans à l'époque de l'armistice du 22 juin 1940, il est placé en garde à vue pendant quelques jours. Le 10 juillet 1940, il fait partie des parlementaires qui votent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, puis se retire dans sa propriété de Mamers, refusant de poursuivre ses activités politiques. Il passe ses dernières années à compléter et achever ses mémoires publiés en 1942-1943, non sans peine, l'occupant et Vichy retardant l'autorisation d'édition.

Il meurt quelques mois après la Libération, presque oublié, et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (54e division)[19].


Il laisse une image contradictoire, ses qualités d'hommes d'État et ses compétences étant parfois masquées par un caractère orgueilleux, emporté qui a pu lui aliéner des amis au cours de sa carrière[2].

Selon Georges Clemenceau, "Il avait une sorte d'allant, de courage, physiquement une élasticité qui me plaisait (...). C'était peut-être une victime de ma férocité bien connue, mais à coup sûr pas un sauveur".


Famille[modifier | modifier le code]

Longtemps célibataire, Caillaux épouse Berthe Gueydan, précédemment Mme Jules Dupré[20], le 25 août 1906. Divorcé en mars 1911[21], il se remarie le 21 octobre suivant avec Henriette Raynouard, précédemment Mme Léo Claretie[22], avec laquelle il entretenait une liaison depuis 1907[23],[24].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Impôts en France. Traité technique, Paris, Chevalier-Marescq, 1896-1904, 2 vol.
  • Les Finances de la France, Discours prononcé par M. Joseph Caillaux, ministre des finances. Extrait du procès-verbal de la séance de la Chambre des Députés du 9 décembre 1901, Paris, Imprimerie de la bourse du commerce, 1901, 69 p.
  • Guide à l'usage des cultivateurs de la Sarthe qui veulent distiller leurs produits, Le Mans, Imprimerie de l'Institut de bibliographie, 1904, 33 p.
  • Les Réformes fiscales, discours de M. Caillaux, prononcé à la Chambre des Députés dans la séance du 13 décembre 1904, Paris, Imprimerie de L. Cadot, 1905, 39 p.
  • L'Impôt sur le revenu, projet de loi de M. Caillaux, Reims, Action populaire, 1909, 32 p.
  • L'Impôt sur le revenu, Paris, Berger-Levrault, 1910, VIII-539 p.
  • L'Action réformatrice, 1911
  • La Guerre, discours prononcé à Mamers le 14 juillet 1916 sur la tombe des soldats morts pour la Patrie, Paris, Imprimerie de la bourse du commerce, 1916, 8 p.
  • La Guerre et la République, un discours de M. Joseph Caillaux, Paris, A. Vervoort, 1916, 7 p.
  • Agadir: ma politique extérieure, 1919
  • Devant l'histoire: mes prisons, Paris, Éditions de la Sirène, 1920, V-349 p.
  • Où va la France, où va l'Europe?, Paris, Éditions de la Sirène, 1922, 295 p.
  • Ma doctrine, Paris, Ernest Flammarion, 1926, 283 p.
  • La France aux prises avec la crise mondiale, 1932
  • D'Agadir à la grande pénitence, 1933
  • Mes Mémoires, Paris, Plon, 1942, 1943 et 1947, 3 vol.

Sources principales[modifier | modifier le code]

  • Jean Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, notices biographiques sur les ministres, sénateurs et députés français de 1889 à 1940, Paris, PUF, 1960, p.  834-840.
  • Les papiers personnels de Joseph Caillaux sont conservés aux Archives nationales sous la cote 599AP[25]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, notices biographiques sur les ministres, sénateurs et députés français de 1889 à 1940, p.  836.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m « Caillaux, Joseph », dans Gisèle et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine, tome I: « 1870-1945 », Éditions Complexe, 1995, 822 pages, pp. 112-115.
  3. Jean-Claude Allain, Joseph Caillaux : Le défi victorieux, 1863-1914, Imprimerie Nationale,‎ 1978, p. 29-32
  4. Jean Jolly (dir.), Op. cit., p.  835.
  5. a et b Jacques de Saint-Victor, « Il y a cent ans naissant l'impôt sur le revenu », Le Figaro, vendredi 11 juillet 2014, page 13.
  6. « L’impôt progressif, une vieille bataille », Alternatives économiques, n° 257, avril 2007, p. 78-81.
  7. Jean-Denis Bredin, Joseph Caillaux, Hachette Littérature,‎ 1985, p. 123
  8. Myriam Tsikounas, Éternelles coupables : les femmes criminelles de l'Antiquité à nos jours, Éditions Autrement,‎ 2008, p. 127
  9. Jean-Denis Bredin, Joseph Caillaux, Gallimard, coll. Folio histoire, 1980.
  10. Jean Claude Allain, op. cité, p. 260
  11. Jean-Yves Le Naour, Meurtre au Figaro : le procès Caillaux, Larousse,‎ 2007, 254 p.
  12. Présentation de l'affaire Bolo Pacha et de l'affaire du Bonnet rouge sur le site du Sénat
  13. Présentation de l'affaire du Bonnet rouge et inventaire de son dossier (1917-1928)
  14. Eugen Weber, L'Action française, éd. Fayard, 1985, p. 126, 127.
  15. Selon Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, rien « ne permet d'établir fût-ce l'ombre d'un soupçon de trahison. » Victoires et frustrations (1914–1929), Le Seuil, Paris, 1990, p. 199.
  16. Vote de la loi d'amnistie par la Chambre le 31 juillet et par le Sénat le 18 novembre 1924
  17. Michel Bruguière, Administration et parlement depuis 1815, Librairie Droz,‎ 1982, p. 65
  18. Caillaux, Joseph Pierre Marie Auguste
  19. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 164
  20. Plus jeune des six filles d'un négociant installé à Paris, née à La Nouvelle-Orléans en 1869, Berthe-Eva Gueydan a épousé le fils du peintre Jules Dupré vers 1885 et en a eu un fils. Elle rencontre Caillaux en 1900, avec lequel elle entame une liaison, avant d'engager une procédure de divorce en 1904. Il était l'oncle du peintre expressionniste français Rodolphe Caillaux (1904-1987, président du Salon Comparaisons, chevalier de la légion d'honneur. Voir Jean-Claude Allain, Joseph Caillaux – Le défi victorieux 1863-1914, t. 1, Imprimerie nationale, 1978, 589 pages (ISBN 2-11-080715-6 et 978-2110807151), p. 79 et Edward Berenson, The Trial of Madame Caillaux, University of California Press, 1993, 296 pages (ISBN 0-520-08428-4), p. 133-168.
  21. Lors du procès de sa seconde épouse, en 1914, il justifie son divorce par ces mots : « Entre un homme en qui chacun s'accorde à reconnaître autorité, force et puissance et toi [Berthe] qui faisais preuve de ces mêmes qualités, cela ne pouvait pas durer. » Voir Sarah Fishman, Yves Durand, Cécile Veyrinaud, Femmes de prisonniers de guerre, 1940-1945, L'Harmattan, 1996, Paris, 280 pages (ISBN 2-7384-4051-7), p. 45.
  22. Henriette Raynouard divorce du conférencier et écrivain Léo Claretie (1862-1924), neveu de Jules Claretie, en 1908. Voir Antoine Compagnon, Connaissez-vous Brunetière ? – Enquête sur un antidreyfusard et ses amis, Le Seuil, Paris, 1997, 282 pages (ISBN 2-02-030052-4), p. 25 et Jean-Claude Allain, Joseph Caillaux – Le défi victorieux 1863-1914, t. 1, op. cit., p. 82.
  23. Jean-François Sirinelli, La Vie politique française au XXe siècle, PUF, Paris, 1995, 1067 pages, p. 126.
  24. Jean François Chiappe, Le Monde au féminin – Encyclopédie des femmes célèbres, Somogy, 1976, 296 pages, p. 56.
  25. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur Joseph Caillaux
  • Jean-Claude Allain:
    • Joseph Caillaux et la seconde crise marocaine (thèse), Lille, Université Lille III, 1975, 3 vol.
    • Joseph Caillaux, Tome 1 : Le défi victorieux, 1863-1914, Tome 2 : L’oracle, 1914-1944, Paris, Imprimerie nationale, 1981, 537 pages et 589 pages.
  • Jean-Claude Allain, « Joseph Caillaux (1863-1944) - Une personnalité hors série de la IIIe République », Le Mans, Revue Historique et Archéologique du Maine, t.CLVI, 2005, p. 49-72.
  • Paul Binoux, Les pionniers de l'Europe: Joseph Caillaux, Aristide Briand, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Jean Monnet, C. Klincksieck, 1972, 217 pages.
  • Jean-Jacques Becker, « Le Procès Caillaux, une justice politique? », dans Marc Olivier Baruch, Vincent Duclert (dir.), Justice, politique et République: de l'affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie, Éditions complexe, 2002, 300 pages, p. 211-220 (ISBN 2-87027-926-4).
  • Jean-Denis Bredin, Joseph Caillaux, Paris, Gallimard, coll. Folio Histoire, 2001.
  • Charles Maurice Chenu, Le procès de Madame Caillaux, Fayard, 1960, 252 pages.
  • Roger de Fleurieu, Joseph Caillaux au cours d'un demi-siècle de notre histoire, R. Clavreuil, 1951, 305 pages.
  • Manuel Gomez, Joseph Caillaux, traître ou visionnaire, Dualpha, 2007, 292 pages (ISBN 978-2-35374-045-1)
  • François Henrion, Joseph Caillaux: sa doctrine politique et financière, 1989.
  • Dominique Jamet, La chute du président Caillaux, Pygmalion, 2013 (ISBN 978-2-7564-0847-7)
  • Théodore Lescouvé, Affaire Caillaux, réquisitoire de M. le procureur général Théodore Lescouvé. Audience des 14, 15 et 16 avril [1920], Paris, Édition de la Revue des causes célèbres, politiques et criminelles, 1920, 52 p. (original : Archives Nationales de France, 605 AP/3 Affaire Caillaux-Calmette).
  • Émile Roche, Joseph Caillaux, Avec Joseph Caillaux: mémoires, souvenirs et documents, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Institut d'histoire des relations internationales contemporaines, 1980, 221 pages.
  • Paul Vergnet, Joseph Caillaux, La Renaissance du Livre, 1918, 200 pages.
Sur le contexte
  • Pascal-Raphaël Ambrogi, Jean-Pierre Thomas, Sénateurs: dictionnaire des parlementaires de la Gauche démocratique et du Rassemblement démocratique et social européen, 1891-2001, Atlantica, 2001, 497 pages, (ISBN 2-84394-373-6).
  • Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p.
  • Serge Berstein, Histoire du Parti radical, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1980 et 1982, 2 tomes.
  • Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001.
  • Jean-Marie Mayeur, Jean-Pierre Chaline, Alain Corbin, Les Parlementaires de la Troisième République, Publications de la Sorbonne, 2003, 459 pages (ISBN 978-2-85944-484-6)
  • Jean Thomas Nordmann, Histoire des radicaux, 1820-1973, La Table ronde, 1974, 529 pages

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