Jules Isaac

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Jules[1] Isaac né le 18 novembre 1877 à Rennes et mort le 5 septembre 1963 à Aix-en-Provence est un historien français. Il est l'auteur, à la suite d'Albert Malet, de célèbres manuels d'histoire, usuellement appelés « Malet et Isaac ». Jules Isaac est également un pionnier des Amitiés judéo-chrétiennes. (à ne pas confondre avec Jules Isaac, 1830-1885, qui fut bourgmestre de Charleroi /Belgique)

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Rennes, où réside alors son père, militaire de carrière, Juif alsacien ayant opté pour la France en 1871. Il est issu d'une famille de juifs patriotes : son grand-père paternel Élias Isaac était trompette-major dans un régiment d'artillerie[2], son père Marx Isaac (1829-1891) accomplit une belle carrière d'officier sorti du rang qui lui permit de devenir lieutenant-colonel d'artillerie et officier de la Légion d'honneur[3], et son oncle Victor-Marx Isaac (1834-1891), sous-officier d'artillerie décoré de la Médaille militaire, obtint lui aussi la Légion d'honneur en tant que capitaine de l'armée territoriale[4].

À treize ans, il perd ses deux parents à quelques mois d’intervalle, et devient interne au lycée Lakanal à Sceaux. À l'âge de vingt ans, il fait la connaissance de Charles Péguy ; c'est le début d'une longue amitié, marquée en particulier par la création des Cahiers de la Quinzaine. Avec Péguy, Isaac s'engage dans le camp dreyfusard.

Il est reçu à l'agrégation d'histoire, en 1902, année de son mariage avec Laure Ettinghausen. Il enseigne à Nice, puis à Sens. Il est introduit par Ernest Lavisse chez Hachette, qui publie la collection de manuels d'histoire d'Albert Malet. Isaac est d'abord chargé de rédiger des aide-mémoire pour le baccalauréat. Nommé professeur au lycée Louis-le-Grand, puis au lycée Saint-Louis, il étend sa collaboration à des manuels pour l'enseignement primaire supérieur également issus de la collection Malet.

Albert Malet meurt au front en 1915, et Jules Isaac rédige seul la nouvelle mouture imposée par de nouveaux programmes. Mais le nom de Malet reste associé au nom de la collection. Membre de la Ligue des droits de l'homme et du citoyen, puis du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, Jules Isaac s'engage en faveur d'une meilleure compréhension entre Français et Allemands, et milite en particulier pour une révision des manuels scolaires. En 1936, il est nommé inspecteur général de l'Instruction publique.

Àgé de 63 ans en 1940, il est révoqué en vertu du statut discriminatoire des Juifs pris par le gouvernement de Vichy. « Il n'était pas admissible, déclare le ministre de l'éducation et académicien Abel Bonnard le 13 novembre 1942 dans le journal Gringoire, que l'histoire de France soit enseignée aux jeunes Français par un Isaac. »[5] Il se réfugia en zone libre d'abord à Aix-en-Provence, puis lorsque les Allemands envahirent le Midi en 1942, il s'établit au Chambon-sur-Lignon chez son fils aîné Daniel, professeur au Collège Cévenol, et qui ne tarda pas à partir pour l'Espagne. Il s'installa alors à Riom, près de sa fille et de son gendre qui travaillait au Central de l'Agence Havas à Vichy. Impliqués dans un réseau de résistance, ces derniers furent arrêtés, ainsi que sa femme et son fils cadet Jean-Claude, par la Gestapo à Riom le 7 octobre 1943, puis déportés par les Allemands à Drancy[6] puis à Auschwitz où ils furent tous tués[7], excepté son fils qui réussit à s'échapper d'un camp en Allemagne. En 1945, Jules Isaac est rétabli dans ses droits comme inspecteur général honoraire.

L'Amitié judéo-chrétienne[modifier | modifier le code]

Jules Isaac consacre alors une grande partie de ses efforts à la recherche des causes de l'antisémitisme. Il publie Jésus et Israël, rédigé pendant la guerre, puis inspire la Charte de Seelisberg. Cofondateur, avec entre autres Edmond Fleg, et actif animateur de l'Amitié judéo-chrétienne en 1947, il s'emploie à combattre en particulier les racines chrétiennes du mal qui, si elles ne sont pas les seules, lui paraissent les plus profondes et encore vivaces dans la seconde moitié du XXe siècle[8]. Son idée essentielle est de mettre en valeur la nature profondément juive du christianisme primitif. Il participe à la conférence judéo-chrétienne de Seelisberg où il propose avec le grand rabbin Kaplan dix-huit points de redressement de l'enseignement chrétien concernant Israël[9].

Jules Isaac ne cesse de lutter contre ce qu'il appelle : l'enseignement du mépris. Il dénonce les siècles de catéchèse qui ont persuadé les chrétiens de la perfidie juive et de son caractère satanique, soulignant le lien entre les pratiques de l'antisémitisme chrétien et le système hitlérien[9]. En 1949, il intervient auprès du pape Pie XII pour que l'on révise la prière du Vendredi saint, pro perfidis judaeis, mentions offensantes pour les Juifs (voir l'article Oremus et pro perfidis Judaeis). Ce sera fait en 1959 par Jean XXIII, avant même que le concile Vatican II ne soit convoqué.

Le 13 juin 1960, Jules Isaac a une audience avec Jean XXIII au cours de laquelle il lui remet :

un dossier contenant
  1. un programme de redressement de l'enseignement chrétien concernant Israël ;
  2. un exemple de mythe idéologique (la dispersion d'Israël, châtiment providentiel) ;
  3. des extraits du catéchisme du concile de Trente montrant que l'accusation de déicide est contraire à la saine tradition de l'Église[10].

Jules Isaac noua une amitié avec Jean XXIII qui eut de l'influence dans la rédaction de la déclaration sur les religions non-chrétiennes Nostra Ætate, approuvée en 1965 par le concile Vatican II.

« Le 6 janvier 1956, à l'hôtel Lutetia, là où quelques années auparavant les survivants des camps d'extermination achevaient leur sinistre voyage, où les familles guettaient la moindre nouvelle des déportés, le Mouvement contre l'antisémitisme, le racisme et pour la paix (MRAP) décerne à Jules Isaac le prix de la fraternité. […] Le MRAP reconnait ainsi le grand retentissement de Jésus et Israël et de Genèse de l'antisémitisme. »[11]

Il s'éteint à Aix-en-Provence en 1963.

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

  • Cours d'histoire Malet-Isaac, en 7 volumes, 1923-1930
  • Jésus et Israël, 1948.
  • Genèse de l'antisémitisme, essai historique, Paris : Callmann-Lévy, 1956 ; réédité en 1985, coll. Agora, et en 1998, coll. 10-18..
  • L'antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ?, Paris : Fasquelle, 1960.
  • Expérience de ma vie, Péguy,1960
  • L'Enseignement du mépris, 1962

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Soixante-dix-neuf lettres de Jules Isaac à Fadiey Lovsky, Revue Sens, no 240, 1999 7/8/9.
  • Correspondance de Jules Isaac avec Jacques Martin[12]Justes des Nations”, Revue Sens, no 260, 2001 7/8.
  • Quarante-cinq lettres de Jules Isaac à Claire Huchet-Bishop, Revue Sens, no 270, 2002 7/8.
  • Vingt-quatre lettres de Jules Isaac à Paul Démann, Revue Sens, no 280, 2003 7/8.
  • Autour de Jésus et Israël : Jules Isaac, Henri Irénée Marrou, Jacques Madaule, Revue Sens, no 303, 2005 12.
  • André Kaspi, Jules Isaac ou la passion de la vérité, Plon, 2002.
  • Olivier Rota, Jules Isaac, Paul Démann, Charles de Provenchères. Le redressement de l’enseignement catéchétique concernant Israël dans les années cinquante, Sens, décembre 2008, p. 673-682.
  • Olivier Rota, Huit Jours à Rome. Jules Isaac et le redressement de l’enseignement chrétien concernant le judaïsme et les juifs, Tsafon, no 49, été 2005, p. 135-153.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il est déclaré sous le double prénom de Jules Marx à l'état-civil de la ville de Rennes. Son acte de naissance est consultable en ligne sur le site des archives municipales de la commune.
  2. Site Leonore : acte de naissance de Marx Isaac.
  3. Site Leonore : dossier de Légion d'honneur de Marx Isaac.
  4. Site Leonore : dossier de Légion d'honneur de Victor-Marx Isaac.
  5. Cité par Michel Winock, La France et les Juifs, Seuil, Collection « Histoire », p. 221.
  6. Lazare Landau, 1963
  7. André Kaspi, Jules Isaac ou la Passion de la Vérité, Plon, 2002
  8. Introduction de « L'Antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ? », publié en annexe à L'Enseignement du mépris, Grasset, 2004 ; première publication : éditions Fasquelle, 1960.
  9. a et b Francine Kaufmann, « Les enjeux de la polémique autour du premier best-seller français de la littérature de la Shoah », Revue d'Histoire de la Shoah no 176, septembre-décembre 2002, p. 68-96 [lire en ligne] [PDF]
  10. René Laurentin, L'Église et les juifs, p. 12, cité par Menahem Macina, Les frères retrouvés, p. 176
  11. André Kaspi, op. cit., p. 239-241
  12. « Jacques Martin », sur le site yadvashem-france.org