Réalisme (littérature)

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Le réalisme est un mouvement artistique et littéraire apparu en France vers 1830, né du besoin de réagir contre le sentimentalisme romantique. Il est caractérisé par une attitude de l’artiste face au réel, qui vise à représenter le plus fidèlement possible la réalité telle qu’elle est, sans artifice et sans idéalisation, avec des sujets et des personnages choisis dans les classes moyennes ou populaires. Le roman entre ainsi dans l'âge moderne et peut dorénavant aborder des thèmes comme le travail salarié, les relations conjugales, ou les affrontements sociaux. Ce mouvement s’étendra à l’ensemble de l’Europe et à l’Amérique.

On attribue à tort l'invention de ce genre à Champfleury, auteur d'un ouvrage critique intitulé Le Réalisme (1857). Ce dernier se défiait du terme: « Le nom me fait horreur par sa terminaison pédantesque ; je crains les écoles comme le choléra, et ma plus grande joie est de rencontrer des individualités nettement tranchées[1]. »

Le réalisme en France[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

Le 23 février 1848, la Révolution fait disparaître la monarchie de Louis-Philippe, et en février, la Deuxième République est accueillie avec enthousiasme comme la proclamation de la liberté de la presse et du suffrage universel mais, dès juin 1848, des manifestations ouvrières tournent au drame, la libéralisation politique n’a pas duré. L’échec de la révolution de 1848 met fin aux illusions romantiques. Plus tard, le coup d’État de Napoléon III du 2 décembre 1851 transforme la république en Empire, qui autorise la confiscation de la liberté. Commence alors une période autoritaire où le régime oppresse et surveille attentivement la presse et la morale publique. Les autorités politiques se méfient du réalisme car ils y voient un mouvement qui conduit à nier la religion et à propager le désordre social.

 Conditions de production des écrivains [modifier | modifier le code]

L'esthétique réaliste s’inscrit dans une période de bouleversement de la production éditoriale et d’évolution du lectorat. Avec l’amélioration des techniques, l’édition entre dans son âge industriel. La presse qui se développe à cette époque utilise la littérature comme moyen d’appel pour vendre. En 1836, nait le roman-feuilleton qui permet aux romanciers de toucher un nombre de lecteurs bien plus important que le livre. Travail journalistique et écriture sont étroitement liés. La Révolution industrielle, la naissance d’un véritable prolétariat, les mouvements ouvriers donnent de nouvelles sources d’inspiration aux artistes très influencés par le fait divers.

Histoire[modifier | modifier le code]

Honoré de Balzac est parfois désigné comme un écrivain réaliste, car dans La Comédie humaine il s'attache à observer le réel avec une extrême acuité et prend pour thèmes des réalités jusque là ignorées par le roman, parce que vulgaires, laides ou banales. Ses romans mettent en scène l’ensemble des classes sociales, sauf la classe ouvrière, et insistent sur l'importance de l’argent dans toute la société du XIXe siècle. Toutefois, la plupart des critiques refusent d'enfermer Balzac sous l'étiquette réaliste, car l'observation y est souvent déformée, transformée, par un jeu d'hyperboles et d'analogies, comme le souligne notamment Albert Béguin. En outre, certains romans de Balzac sont d'inspiration fantastique, ésotérique ou romantique. Les historiens de la littérature voient donc plutôt chez Balzac, Stendhal, Sand et Mérimée la naissance du roman moderne[2].

En effet, quand Champfleury parlait de réalisme, il désignait simplement la littérature du vrai, la volonté de reproduire le réel. Un écrivain tel que Flaubert est très tôt conscient que le réalisme est une utopie : l’écriture ne peut produire que du texte pas du réel. Il n’y a d'ailleurs jamais eu d'école réaliste, regroupant des écrivains sous la bannière d’une communauté esthétique revendiquée, comme Victor Hugo l’a été pour le romantisme. En revanche, le naturalisme, qui est issu des principes du réalisme, constitue davantage une « école » à proprement parler. C’est Émile Zola qui le premier utilise ce terme, en 1880, dans son célèbre essai Le Roman expérimental. Émile Zola donne alors une nouvelle dimension au réalisme, il y ajoute une facette qui se prétend scientifique, censée permettre une analyse objective de phénomènes tels que l’hérédité et l’alcoolisme.

Les procédés[modifier | modifier le code]

Les sujets[modifier | modifier le code]

Le roman historique des années 1830 a introduit le souci du contexte social. Sous l’influence de Balzac et Stendhal, les romanciers découvrent une véritable poésie du quotidien qui puise ses thèmes dans l’observation du monde contemporain. Il veut être un art innovant. L’un des buts des réalistes est de dénoncer les défauts de la société, notamment la bourgeoisie qui est réputée pour son étroitesse d’esprit, son hypocrisie, ou encore pour son amour de l’argent et du profit qui efface toutes les valeurs morales. Le roman explore la façon dont le milieu social influence le comportement des individus. Le héros, qui était un personnage exceptionnel, fait place au personnage principal qui est un individu ordinaire, représentatif du milieu dans lequel il vit. L’intrigue privilégie la vie quotidienne, comme dans Eugénie Grandet, qui décrit la vie terne d’une provinciale dont la seule aventure est la passion qu’elle éprouve pour son cousin parisien. Dans César Birotteau, Balzac dénonce la spéculation.

Désireux de rendre compte du réel, les écrivains réunissent une véritable documentation sur le sujet qu’ils ont choisi. (Gustave Flaubert se documente sur les symptômes de l’empoisonnement à l’arsenic avant d’écrire la fin de Madame Bovary).

Les techniques[modifier | modifier le code]

Les interventions directes du narrateur, porte-parole de l’auteur dans le récit, disparaissent. Le narrateur s’efface ainsi derrière son personnage, dont le point de vue devient prédominant. Cette substitution se traduit par la fréquence du style indirect libre, où la parole du narrateur fait place à celle du personnage sans qu'il y ait de marques du discours direct. Le réel étant vu à travers le regard du personnage, il se limite à ce que celui-ci en perçoit d’où la multiplication des scènes destinées à amener de façon vraisemblable de nombreuses descriptions. Celles-ci sont particulièrement précises : les lieux, les personnages et les objets sont minutieusement décrits. Le romancier utilisera un vocabulaire spécifique du milieu décrit : Flaubert lit des traités d’archéologie pour écrire Salammbo, Zola présente en détail la diversité des petits métiers de la mine dans Germinal… De plus, les auteurs réalistes utilisent souvent des indicateurs spatiaux-temporels ainsi que des toponymes (=nom de lieu réel) afin de situer le texte. Les réalistes utilisent des verbes présentatifs conjugués à l'imparfait afin de créer une "pause" dans le texte. Ils écrivent de longues descriptions où l'on retrouve énormément d'adjectifs qualificatifs. Le lexique de la perception (vue, ouïe, odorat, goût et toucher) est aussi très présent tout le long de la description.

Le réalisme en Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Le Réalisme anglais trouve ses racines au XVIIIe siècle, par exemple dans les romans d’Henry Fielding, qui décrivent la racaille de Londres, ou encore chez Tobias Smollett. Le mouvement prend de l’ampleur au milieu du XIXe siècle, et de grands auteurs comme Thomas Hardy, D.H. Lawrence, George Eliot ou l’Irlandais George Moore s’inscrivent pleinement dans le mouvement réaliste, en s’attardant aux milieux ouvriers, aux relations adultères et à la classe des domestiques, alors que leurs prédécesseurs posaient leurs intrigues parmi les familles aisées de la campagne ou les professionnels ou les gens d’Église. Le scandale sera aussi de la partie : le dernier roman de Hardy, Jude l’obscur, publié en 1895, est très mal reçu en raison de son traitement de la sexualité et de ses critiques acerbes du mariage, de l’université et de l’église. Déçu, Hardy abandonne alors la prose et consacre ses dernières années à la poésie.

Le réalisme à travers le monde[modifier | modifier le code]

La traduction de Zola créa des émules à travers le monde. En Italie, se développa un courant réaliste national appelé le vérisme et illustré par les écrivains siciliens Giovanni Verga et Luigi Capuana. Ces auteurs dépeignent les classes populaires de la société, dans les régions périphériques du pays, dans un style dépouillé et avec des dialogues reflétant la langue parlée. Le courant se poursuit dans les premières années du XXe siècle avec des romanciers régionalistes, comme Matilde Serao à Naples, Renato Fucini en Toscane, et Grazia Deledda en Sardaigne. En Espagne, Benito Pérez Galdós, à côté de ses très nombreux romans historiques, écrit plusieurs romans sociaux d’inspiration balzacienne, tout comme Camilo Castelo Branco et Eça de Queiroz au Portugal, dans les mêmes années.

En Scandinavie et en Russie, le mouvement est repris par des auteurs dramatiques, qui s’inspirent de faits quotidiens pour leurs pièces et représentent des gestes et des paroles tirés de la vie de tous les jours. Le Norvégien Henrik Ibsen, le Suédois August Strindberg, et les Russes Anton Tchekhov et Maxime Gorki écrivent des pièces qui restent encore aujourd’hui parmi les plus jouées du répertoire en suivant les enseignements du Réalisme.

Le Réalisme traverse ensuite l’Atlantique avec quelques décennies de retard, le temps que les œuvres des auteurs français et anglais cités fassent leur chemin. Aux États-Unis, le courant réaliste est associé au mouvement progressiste, qui cherche à réformer les conditions de vie, d’hygiène et de travail des classes laborieuses en dénonçant les abus du « capitalisme sauvage » qui atteint son apogée dans les années 1890. Upton Sinclair expose les conditions infâmes des abattoirs de Chicago dans The Jungle, publié en 1906, tandis que Theodore Dreiser décrit la vie difficile d’une femme de la classe ouvrière dans Jennie Gerhardt (1911), et la chute d’une femme issue d’une petite ville et happée par les tentations et les dangers de New York dans Sister Carrie (publié en 1900, mais diffusé seulement après 1912). Sinclair se tourne rapidement vers la politique, mais Dreiser poursuit sa carrière d’écrivain, et est rejoint par Sinclair Lewis qui dans Main Street dépeint une Madame Bovary américaine. Le mouvement se poursuit au Canada anglais dans les années 1920 et 1930 avec Frederick Philip Grove et Morley Callaghan, et en Amérique latine avec entre autres l’Argentin Manuel Gálvez.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lettre à George Sand
  2. Picon 1958, p. 1041

Références[modifier | modifier le code]

  • Albert Béguin, Balzac visionnaire, Genève, Albert Skira,‎ 1946, 205 p. (lire en ligne)
  • Gaëtan Picon, « Le roman et la prose lyrique au XIXe siècle », dans Histoire des littératures, t. 3, Paris, Gallimard, coll. « Encyclopédie de la Pléiade »,‎ 1958
  • Le Nouveau Petit Robert de la langue française (2007)
  • Dictionnaire de la littérature de la langue française
  • Dictionnaire universel des littératures
  • Les Mouvements littéraires du XIVe siècle et du XIXe siècle
  • Encyclopédie Universalis

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

 Liens externes [modifier | modifier le code]

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