Jean-Pierre Faye

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Jean-Pierre Faye

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Jean-Pierre Faye lors d'une conférence à
l'Université Toulouse 1 Capitole, novembre 2010

Activités Écrivain
Poète
Philosophe
Naissance
Paris
Distinctions Prix Renaudot 1964 pour L'Écluse

Jean-Pierre Faye, né le à Paris, est un écrivain, poète et philosophe français.

Repères biographiques[modifier | modifier le code]

Né à Paris, Jean-Pierre Faye (prix Renaudot en 1964 pour L'Écluse) passe, pour cause d'exode, son adolescence près d'Hendaye où il est marqué à la fois par l'afflux des réfugiés républicains espagnols et par les récits (journaux, radio) des premiers bombardements nazis en Pologne, événements vus, lus ou entendus qui lui « racontent l'histoire en train de se faire »[1] et sont les éléments déclencheurs de ses premiers poèmes dont certains seront publiés en 1945 par Les Cahiers de la Table ronde[2]. Licencié en droit et sciences économiques (1947), Diplôme d'études supérieures (1948 avec Gaston Bachelard), Jean-Pierre Faye obtient, en 1950, son agrégation de philosophie, puis son Doctorat d'État en 1972. Il a également été l'élève de Claude Lévi-Strauss et André Leroi-Gourhan au Musée de l'Homme.

Jean-Pierre Faye enseigne ensuite à Reims (1951), Chicago (1954-1955), Lille (1955) et Paris-Sorbonne (1956-1960). En 1964 il rejoint le CNRS dont il sera Directeur de recherche en 1983[3].

De 1963 à 1967, il est membre du comité de rédaction de la revue Tel Quel et fait partie de « l'avant-garde littéraire en rupture avec Sartre »[4], auquel il reproche, entre autres, « de ne pas connaître Saussure »[5]. En désaccord personnel avec Philippe Sollers[6] et avec ce qu'il nomme « la dictature structuraliste »[7] de cette publication, il la quitte pour créer, en 1967, la revue Change[8] avec Maurice Roche et Jacques Roubaud. La dispute Sollers-Faye se poursuivra de longs mois, notamment dans les colonnes de L'Humanité en septembre 1969, chacun accusant l'autre d'inspiration « fasciste » et revendiquant « la légitimité d’une référence à Derrida et, à travers lui, à Heidegger »[9].

Á Change, Faye est rejoint par Philippe Boyer, Jean-Claude Montel, Jean Paris, Léon Robel, Mitsou Ronat, Saul Yurkiévich, Geneviève Clancy et Félix Guattari, il en est le directeur jusqu'en 1985. En se réclamant des formalistes russes et des linguistes tchèques; en ouvrant ses pages à la grammaire générative de Noam Chomsky, il y développe le « Mouvement du change des formes », base de regroupements transversaux et de variations théoriques dont le but se comprend autour de cette formule : « La langue, en se changeant, change les choses. »

Jean-Pierre Faye, octobre 2010

Le 21 mai 1968, Jean-Pierre Faye fonde l'Union des écrivains aux côtés notamment d'Alain Jouffroy, Bernard Pingaud, Nathalie Sarraute et Michel Butor. Ce regroupement de quelque 200 écrivains est conçu à la fois comme un mouvement solidaire des écrivains tchèques à Prague, soumis à une censure totale, et comme un lieu de réflexion sur le sens de la littérature dans un monde en crise[10].

En 1977, il analyse encore le Printemps de Prague de 1968 essentiellement sous l'angle des conseils ouvriers[11].

En septembre 1981, il conçoit avec Félix Guattari les bases d’une Université philosophique, qui sera fondée en 1983 comme Collège international de philosophie avec François Châtelet, Jacques Derrida et Dominique Lecourt[12].

En 1985 le Collège international de philosophie est refondé comme Université européenne de la recherche dont il est, depuis lors, le Président.

En 2013, lors des 30 ans du Collège international de philosophie, Jean-Pierre Faye suscite un esclandre en affirmant dans une Lettre sur Derrida (éd. Germina) que dès ses commencements « le nazi Heidegger devient le maître à penser du Collège international de philosophie » [13]. Un collectif de philosophes condamne ce qu'il nomme un « brûlot » et « une démonstration... aussi inconsistante que rapide ». Selon ces philosophes, « une rancune macérée depuis trente ans [à l'égard de Derrida] balaye la plus élémentaire précaution d’analyse »[14].

Spécialiste de la philosophie allemande, Jean-Pierre Faye est, aussi auteur d'essais sur les fonctions sociales et politiques du langage tels que Langages totalitaires—étude de la formation du système de discours propre aux idéologies fascistes; La raison narrative—réflexion sur les entrelacs entre énoncé philosophique et logique de la narrativité ou, encore, Migrations du récit sur le peuple juif—analyse des invariants sur le judaïsme, de la chrétienté médiévale aux temps modernes. Son œuvre se répartit également entre fictions éclatées sous l'appellation Hexagramme (Entre les rues, La Cassure, Battement) qui explorent la transformation des lieux[15], théâtre (Les grandes journées du Père Duchesne) et poésie (Fleuve renversé, Couleurs pliées, Verres, Syeeda).

Son fils, Emmanuel Faye, est professeur de philosophie à l'Université de Paris, Nanterre.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Fiction[modifier | modifier le code]

  • L'Hexagramme
    • Entre les rues, Paris, Le Seuil, 1958.
    • La Cassure, Paris, Le Seuil, 1961.
    • Battement, Paris, Le Seuil, 1962.
    • Analogues, Paris, Le Seuil, 1964.
    • L'Écluse, Paris, Le Seuil, 1964 (réédition, Paris, Hermann, 2009).
    • Les Troyens, Paris, Le Seuil, 1970.
Article détaillé : L'Hexagramme.
  • Autres
  • Inferno, versions, Paris, Seghers /Laffont, 1973.
  • L’Ovale (détail), Paris, Robert Laffont, 1973.
  • Les Portes des villes du monde, Paris, Belfond, 1977.
  • Yumi, visage caméra, Paris, Lieu commun, 1983, réédition Notes de Nuit, 2012 (accompagné d'un DVD de lecture intégrale par Aurore Clément
  • La Grande Nap, Paris, Balland, 1992.
  • Didjla, le Tigre, Paris, Balland, 1994, réédition Notes de Nuit/L'Harmattan (accompagné d'un DVD de lecture intégrale par Bérangère Bonvoisin
  • La bataille de Léda, Paris, Hermann, 2008.

Essais[modifier | modifier le code]

  • Introduction à Epicure, Paris, Hermann, 1965.
  • Le récit hunique, Paris, Le Seuil, 1967.
  • Langages totalitaires, Hermann, 1972; réédition augmentée, Paris, Hermann, 2004.
  • Introduction aux langages totalitaires, Paris, Hermann, 1972, Poche, 2009.
  • La critique du langage et son économie, Paris, Galilée, 1973.
  • Migrations du récit sur le peuple juif, Paris, Belfond, 1974.
  • Prague, la révolution des conseils ouvriers 1968-1969, avec Vladimir Claude Fišera, Seghers/Laffont, Paris, 1977, 287 p.
  • Dictionnaire politique portatif, Paris, Gallimard, collection "Idées", 1982.
  • La raison narrative, Paris, Balland, Metaphora, 1990;
  • L’Europe une. Les philosophes et l’Europe, Paris, Gallimard, collection "Arcades", 1992.
  • La déraison antisémite et son langage (avec Anne-Marie de Vilaine), Arles, Actes Sud, collection "Babel", 1993.
  • Le piège. La philosophie heideggerienne et le nazisme, Paris, Balland, 1994.
  • La frontière. Sarajevo dans l’archipel, Arles, Actes Sud, 1995.
  • Le langage meurtrier, Paris, Hermann, 1996.
  • Le siècle des idéologies, Paris, Armand Colin 1996, Pocket, 2002.
  • Qu’est-ce que la philosophie ? Paris, Armand Colin, 1997.
  • Le vrai Nietzsche : guerre à la guerre, Paris, Hermann, 1998.
  • Dialogue et court traité sur le transformat (avec Henri Maccheroni), Al Dante 2000.
  • Nietzsche et Salomé. La philosophie dangereuse, Paris, Grasset, 2000.
  • Journal du voyage absolu, Paris, Hermann, 2003.
  • La philosophie désormais, Paris, Armand Colin, 2003.
  • Voies nouvelles de la philosophie. Philosophie du transformat, Paris, Hermann, 2008.
  • L’histoire cachée du nihilisme (avec Michèle Cohen-Halimi), La Fabrique 2008
  • La crise, la bulle et l’avenir, suivi de La plus grande tragédie philosophique et la crise, Paris, Hermann, 2010.
  • L'expérience narrative et ses transformations, Paris, Hermann, 2010.

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Fleuve renversé, GLM 1959
  • Couleurs pliées, Gallimard 1965
  • Verres, Seghers/Laffont 1977
  • Sacripant furieux, Change errant 1980
  • Syeeda, Shakespeare & Company 1980. Reliefs 1984
  • Le livre de Lioube, Fourbis 1992, dessins de Gérard Titus-Carmel
  • Guerre trouvée, Al Dante 1995
  • Ode Europe, Imprimerie nationale 1992
  • Le livre du vrai . événement violence, L’Harmattan 1999
  • Herbe hors d’elle, Rémy Maure 2006, lithographies d’Anne Slacik
  • désert fleuve respirés, L’Ariane 2005, estampes et dessins d’Arman
  • Éclat rançon, La Différence 2007
  • Diwan Sertão, Notes de Nuit 2011, peintures d'Anne Slacik

Anthologie[modifier | modifier le code]

  • Comme en remontant un fleuve (anthologie poétique), L'Act Mem, 2010

Livre audio[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Hölderlin, Douze poèmes, G L M 1965, L’Amourier 2000
  • Jack Spicer, Langage, Seghers/ Laffont, Change 28. 1975
  • Jaroslav Seifert, Sonnets de Prague, Change errant 1979, Seghers 1985
  • Jerome Rothenberg, Poèmes pour le jeu du silence, Christian Bourgois 1978
  • Vasko Popa, La tour des crânes, Migrations littéraires, 1989
  • Eva Diamanstein, Matière de miroir, L’Harmattan 2000

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Théâtre [Hommes et pierres, Latvia, Vitrine, Centre], Seuil 1964
  • Iskra, suivi de Cirque, Seghers/Laffont 1973
  • Les Grandes Journées du Père Duchesne, Seghers/Laffont 1981
  • La Fête de l’Ane de Zarathustra, L’Harmattan 2009, dessins de Vladimir Velickovic

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Hypothèses, Seghers/Laffont 1972, (avec Roman Jakobson, Noam Chomsky, Jacques Roubaud, Mitsou Ronat)
  • Les morts, les mots, les appareils d’Etat, Galilée 1973
  • Portugal : la révolution dans le labyrinthe, Lattès 1976
  • La Révolution des conseils ouvriers, Seghers/Laffont, Change 1977
  • Langue, théorie générative étendue, Hermann 1977, avec Mitsou Ronat
  • Commencement d’une figure en mouvement, Stock 1980, avec Philipe Boyer
  • Les chambres à gaz, secret d’Etat, Minuit 1984, E. Kogon, H. Langbein, A. Rückerl (avec Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle)
  • Paroles à la bouche du présent, Al Dante 1997, avec Natacha Michel, Alain Badiou
  • Le transformat, le littoral, éd. Sils Maria : Concepts, 2003
  • Change, première suite, 10/18, 1974
  • Change de forme, I, 10/18, 1975
  • Change matériel, II, 10/18, 1975
  • Change, Seuil, et Seghers/Laffont, 1968/1985, 45 volumes
  • La Sorte, Pleine Page (collection L'un dans l'autre), 2007, avec Henri Maccheroni

Divers[modifier | modifier le code]

  • « Ce que Change a fait », revue Faire Part no 16/17, 2005, 178 p.
  • « Jean-Pierre Faye et la philosophie », revue Concepts no 7, Éditions Sils Maria, 2004, 206 p. (contient 2 inédits de Jean-Pierre Faye : Goering et Carl Schmitt dans le IIIe Reich et un texte d'une soixantaine de pages, Le transformat, le littoral)

Scénarios[modifier | modifier le code]

  • Grandes narrations de Bourgogne, Publisud 1983, avec Hugo Santiago
  • Amants et autre animaux, avec Stephen Hamel
  • Mita’a, le danger d’or

Études[modifier | modifier le code]

  • Maurice Partouche, Jean-Pierre Faye, Seghers, 1980
  • Mitsou Ronat, Faye, L'Âge d'homme, 1980.
  • Marie-Christine Balcon, Lire Jean-Pierre Faye, L'œuvre narrative, entre poésie et philosophie : un terrain d'aventure. (Fragments recueillis), coll. Espaces Littéraires, L'Harmattan, 2008, (ISBN 2-7475-9882-9), 302 p.
  • Patrick Combes, Mai 68, les écrivains, la littérature, L'Harmattan, 2008, 350 p., (chapitres II et VI sur Jean-Pierre Faye et l'Union des écrivains en 1968), (ISBN 978-2-296-06340-2)
  • Serge Venturini a écrit un poème Dans l'étant, dédié à Jean-Pierre Faye[16].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Écoutons-nous parler, par Jean-Pierre Faye, L'Unité, n° 595 du 15 mars 1985
  2. Article de l'Encyclopédie Larousse
  3. Fiche du Who's Who
  4. Article de l'Encyclopédie LarousseLe Masque et la plume du 05/02/1967 : Sartre en questionSartre et le langage, par Dominique Baudiou, Pacific Ancient and Modern Language Association, 1972
  5. Imagine-t-on Bergson en boîte avec Mistinguett et Cocteau ? par Dominique Noguez, Libération, le 11 mars 2005
  6. Poemes delirants, sujets disloques: Deviance, negativite et reflexivite dans la poésie contemporaine française, Nathalie Dupont, Romance Studies Duke University, 2007
  7. Selon les propos de Jean Paris, entretien non daté accordé à Clés, Fonds Jean-Pierre Faye, cote B05-02, Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)
  8. Les archives de la revue Change sont conservées à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Notice historique sur le site de l'IMEC
  9. Philippe Olivera & Thierry Discepolo, « Les intellectuels, la critique et le pouvoir », Agone, 41/42, 2009
  10. Site du Centre permanent des écrivains
  11. Culture tchèque des années 60, Jean-Gaspard Palenicek, L'Harmattan, 2007
  12. Historique du CIPh dont on peut trouver le projet dans "Le Rapport bleu", éditions PUF, 1988
  13. (Lettre sur Derrida, éd. Germina, p. 38)
  14. Un brûlot pour les 30 ans du Collège international de philosophie, Barbara Cassin philosophe et membre du Collège international de philosophie, Michel Deguy philosophe et membre du Collège international de philosophie, Jean-Luc Nancy philosophe et membre du Collège international de philosophie, Mathieu Potte-Bonneville philosophe et membre du Collège international de philosophie, Avital Ronell philosophe et membre du Collège international de philosophie, Geoffrey Bennington philosophe et membre du Collège international de philosophie, Alexander García Düttmann philosophe et membre du Collège international de philosophie, Liberation.fr, 7 mai 2013
  15. Fiche de la Maison des écrivains
  16. « Nous sommes là, — dans l'étant, dans tout ce qui arrive, dans tout ce qui advient. Le berger de l'être s'est dissipé en fumée. Que d'illusions fracassées pour le retour de la parole première. Un son mat vibre, deux syllabes, une troisième, le début d'une cadence, un air qui monte aux lèvres, — le début d'un chant. Nous savons ce qu'est, ce quelque chose qui est, — la liberté. Elle devient cette puissance d'avènement dans le pas-encore où l'inespéré fulgure, — dans la décomposition avancée. (...)» Éclats d'une poétique de l'approche de l'inconnaissable, Livre VI, (2010-2013), coll. « Poètes des cinq continents », éd. L'Harmattan, Paris, mars 2013, (ISBN 9782343005225), p. 56.
  17. Fiche du Who's Who

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]