Gérard Lebovici

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Gérard Lebovici

Naissance 25 août 1932
Neuilly-sur-Seine, France
Décès 5 mars 1984 (à 51 ans)
Paris, France
Nationalité Français
Profession Éditeur et producteur de cinéma

Gérard Lebovici né le 25 août 1932 à Neuilly et assassiné le 5 mars 1984 à Paris est un producteur de cinéma, impresario, mécène et éditeur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers pas dans le cinéma[modifier | modifier le code]

Descendant d’une famille de juifs roumains (son père est courtier en matières premières), Gérard Lebovici s'apprête à se lancer dans une carrière d'acteur de théâtre à l'âge de vingt ans. Comme son cousin Serge Lebovici, il suit des cours de théâtre au conservatoire de Saint-Germain quand son père meurt, quelques années seulement après sa mère déportée en camp de concentration. Obligé d'assurer sa subsistance, il reprend la petite affaire de poils et brosses de son père. Mais sa passion pour le show business le rattrape et en 1960, sur les conseils de ses amis Serge Rousseau et Claude Berri, il fonde sa première agence d'impresario dans une simple chambre de bonne avec Michèle Meritz et défend les intérêts de Jean-Pierre Cassel. Très vite, au cours des années soixante, Gérard Lebovici va connaître une réussite fulgurante dans le milieu du cinéma grâce à son sens inné des affaires, son flair et sa capacité à anticiper et innover. Il produira par la suite les films d'Alain Resnais, François Truffaut et Éric Rohmer ainsi que des films plus commerciaux.

En 1965, il reprend l'agence d'André Bernheim puis absorbe l'agence Cimura qui a sous contrat Jean-Paul Belmondo. « Lebo », comme on l'appelle alors, crée un empire dans le milieu du cinéma qui aboutira en 1970 à la création d'Artmedia, première agence d'Europe ayant sous contrat un portefeuille de scénaristes, réalisateurs et acteurs de grand renom, ainsi que la société de production A.A.A. (Acteurs Auteurs Associés) dix ans plus tard.

Pour faire perdurer et grandir ses activités, il s'entoure de collaborateurs comme Bertrand de Labbey, Jean-Louis Livi et Serge Rousseau qui découvriront une nouvelle génération d'acteurs au début des années 1970 : Patrick Dewaere, Coluche, Miou-Miou, Jacques Villeret, etc.

Les éditions Champ libre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Champ libre.

Parallèlement à son métier de producteur, Lebovici va acquérir une réputation sulfureuse à travers son activité d'éditeur. Peu politisé dans sa jeunesse, il est alors proche de gens de gauche bon teint, « mendésiste » comme Georges Kiejman. La rencontre avec une Italienne engagée à gauche du nom de Floriana Valentin ainsi que les événements de mai 1968 vont contribuer à sa prise de conscience politique. Alors que ses amis de gauche sont hostiles envers ce mouvement, Lebovici, fasciné, semble entrevoir la naissance d'une véritable révolution. C'est lors de la nuit d'émeute du 24 mai 1968, en invitant son ami Gérard Guégan et son groupe surnommé « prisunic » à se ravitailler chez lui, qu'il lance pour la première fois l'idée d'une maison d'édition atypique dont il veut qu'elle soit le « Gallimard de la révolution » et qui naîtra un an plus tard (10 octobre 1969) sous le nom de Champ libre.

En 1971, Lebovici va faire une rencontre déterminante en la personne de Guy Debord. Lebovici propose à Debord de republier son livre, La Société du spectacle. Entre les deux hommes, le courant passe rapidement : Lebovici perçoit en Debord un penseur original qui le différencie de la vulgate gauchiste en vigueur et Debord va contribuer à aiguiser les opinions politiques de Lebovici et à le radicaliser encore plus.

En 1974, Lebovici se sépare des premiers collaborateurs de Champ Libre et donne davantage de poids à Debord, qui s'investit dans la sélection de certains titres sans pour autant participer directement à l'activité quotidienne de la maison d'édition.

Debord, en ces années 1970, acquiert une réputation terrible dans le petit milieu intellectuel et certains voient en Champ Libre le lieu que celui-ci a choisi pour poursuivre l'œuvre des situationnistes. En effet, parallèlement à sa maison d'édition, Lebovici finance trois films de Debord dont La Société du spectacle en 1973.

La visée stratégique de Gérard Lebovici et Guy Debord à travers Champ Libre est de mettre en lumière l'apparence des choses afin de mieux en dévoiler la réalité. Il s'agit d'un travail de déprogrammation, de contre-information et de démystification dont Champ Libre est le vecteur essentiel. Le but est de réagir à l'aliénation générale mortifère, au conditionnement médiatique de l'individu, à l'inculture générale obligatoire, à la tentation d'écarter de l'histoire des moments passionnants de l'art et de la vie, et plus généralement à la dégradation de la qualité de l'existence. Le catalogue de Champ Libre inaugure un concept neuf et crucial, noble contrepoint à l'industrialisation en cours dans le monde de l'édition.

Années 1980[modifier | modifier le code]

En octobre 1983, Gérard Lebovici achète le Studio Cujas, une salle de cinéma située rue Cujas dans le Quartier latin de Paris, pour y faire projeter exclusivement les films de Guy Debord en programme continu. Pour Lebovici, le Studio Cujas est comme un musée qui n'exposerait qu'une œuvre ou une bibliothèque qui ne contiendrait qu'un seul livre. François Truffaut traitera Debord de « nouveau Tartuffe ». La publication des échanges épistolaires de Champ Libre en 1978 et en 1981, où un Lebovici sans concessions envoie des lettres d'insulte à la manière des surréalistes, provoque un scandale.

Fréquentant à l'époque Gérard Lebovici, l'éditeur Bernard Wallet admire son art de "désintégrer le système de l'intérieur". Bernard Wallet décrit Gérard Lebovici comme un homme très attentif à l'autre, sans notion de barrières sociales, et bien que provenant de la bourgeoisie, très anticonventionnel et même aristocrate dans le bon sens du terme : impitoyable envers les bourgeois et très attentif aux prolétaires[1].

Fin connaisseur de musique classique[2], Gérard Lebovici publie En Évoquant Wagner du musicologue Francis Pagnon en 1981[3]. Il avait auparavant publié les Écrits d'Erik Satie.

En 1984, Gérard Lebovici, fasciné par le caractère libertaire de Jacques Mesrine, décide de rééditer L'Instinct de mort, l'autobiographie de l'« ennemi public n° 1 » tué en 1979 lors d'une intervention de la police. Il propose à Michel Audiard et Patrick Modiano d'écrire une adaptation du livre que Philippe Labro réaliserait[4]. Parallèlement, il prend sous son aile sa fille, Sabrina Mesrine (fille de Jacques Mesrine), et lui offre sa protection. Le livre sort doté d'une préface de Gérard Lebovici dans laquelle il fustige la nouvelle loi qui confisque à jamais les droits d'auteur des personnes ayant publié un récit des crimes pour lesquels elles sont détenues, ainsi que l'attitude du précédent éditeur de Mesrine, Jean-Claude Lattès. Lebovici rappelle dans sa préface que Mesrine était devenu un symbole de liberté et affirme le « redoutable honneur » que représente pour Champ Libre le fait d'être l'éditeur de Mesrine.

Au début des années 1980, Gérard Lebovici prévoit de se retirer du monde du cinéma, dont il pense avoir fait le tour, et veut s'impliquer davantage dans l'édition. Les circonstances l'en empêcheront : le 5 mars 1984, il est assassiné de quatre balles de 22 dans la nuque dans un sous-sol du parking de l'avenue Foch. Détails troublants : 3 douilles de calibre .22 Long Rifle sont trouvées sur le tapis de la voiture alors que la 4e est disposée verticalement sur la lunette arrière du véhicule ; ses papiers d'identité manquent[réf. nécessaire]. Le ou les assassins n'ont jamais été identifiés. Gérard Lebovici est enterré au cimetière du Montparnasse, (25e division).

À la suite de ce drame, la presse, toutes tendances confondues, se complaît pendant plusieurs semaines à broder de multiples fictions et allégations sans fondements autour de la « vie mystérieuse » de la victime. Certains journaux vont jusqu'à accuser Debord d'être l'instigateur du crime. L'entourage de Gérard Lebovici répond à ce fatras médiatique en publiant Tout sur le personnage, le livre que Gérard Lebovici était en train de préparer. Guy Debord publie ensuite, en février 1985, ses Considérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici où il révèle la conversation, primordiale selon lui, entre Francis Ryck et Marie-Christine de Montbrial, sur le rôle de Paul Barril en charge de la cellule anti-terroriste sous la présidence de François Mitterrand[5]. Le 28 janvier 1986, il décide ne plus la voir du fait de son témoignage auprès de la police et des contacts qu'elle a conservé avec Ryck[6].

Floriana Lebovici poursuit les activités éditoriales de son défunt mari et, sur conseil de Debord, rebaptise les éditions Champ Libre en Éditions Gérard Lebovici. Elle meurt d'un cancer le 19 février 1990. En avril[note 1] de cette même année, Gérard Voitey reprend les Éditions Gérard Lebovici qui se transforment deux ans après en Éditions Ivrea. Les enfants de la veuve Lebovici[note 2] Lorenzo Valentin et Nicolas Lebovici auront également des contacts directs puis (à cause de Guy Debord) indirects avec le notaire et homme d'affaire Gérard Voitey puis se brouilleront avec lui ; il se suicidera[note 3] deux ans et huis mois plus tard le 3 décembre 1994[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. voir : Correspondance Guy Debord
  2. voir aussi : La vie du livre contemporain 2009
  3. Debord le 30 novembre

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Luc Douin, Les jours obscurs de Gérard Lebovici, page 331.
  2. Guy Debord, Correspondance, volume 6, page 59
  3. Guy Debord, Correspondance, volume 6, page 59.
  4. Si Mesrine m'était conté, L'Express
  5. Lettre à Floriana Lebovici du 15 octobre 1984, Correspondance: Volume 6 - janvier 1979 - décembre 1987, Guy Debord
  6. Lettre à Marie-Christine de Montbrial, du 28 janvier 1986, Correspondance: Volume 6 - janvier 1979 - décembre 1987, Guy Debord
  7. Les jours obscurs de Gérard Lebovici chapitre 10 : premières pages