François Darlan

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François Darlan
Darlan en 1942.
Darlan en 1942.
Fonctions
Vice-président du conseil (Vichy)
9 février 194118 avril 1942
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Gouvernement François Darlan
Prédécesseur Pierre-Étienne Flandin
Successeur Pierre Laval (chef du gouvernement)
Biographie
Nom de naissance Jean Louis Xavier François Darlan
Date de naissance 7 août 1881
Lieu de naissance Nérac (Lot-et-Garonne)
Date de décès 24 décembre 1942 (à 61 ans)
Lieu de décès Alger
Nationalité française
Parti politique Sans étiquette
Présidents du Conseil des ministres français
François Darlan
Naissance 7 août 1881
Nérac
Décès 24 décembre 1942 (à 61 ans)
Alger
Origine Français
Allégeance Flag of France.svg République française
Flag of France.svg État français (Vichy)
Arme Flag of France.svg Marine nationale
Grade Vice-amiral
Années de service 19011942
Conflits Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Opération Torch
Autres fonctions Vice-président du Conseil (1941-1942)
Famille Alain Darlan, fils, Eric Darlan, petit-fils

Jean Louis Xavier François Darlan (7 août 1881 - 24 décembre 1942) était un amiral et homme politique français.

Chef de la Marine française au début de la Seconde Guerre mondiale, il est ministre de la Marine du premier gouvernement du maréchal Pétain puis, en février 1941, chef du gouvernement de Vichy où il s'implique dans la politique de collaboration du régime avec l'Allemagne nazie. Remplacé par Pierre Laval en avril 1942, il reste commandant en chef des forces de Vichy. Présent à Alger lors du débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, il se rallie avec réticences et hésitations aux Alliés. Il est assassiné le 24 décembre 1942.

La carrière initiale de Darlan[modifier | modifier le code]

Né à Nérac dans le Lot-et-Garonne, il est le fils de Jean-Baptiste Darlan (1848-1912), un député républicain progressiste qui avait été garde des Sceaux dans le gouvernement de Jules Méline. François Darlan (1881-1942) a grandi en milieu républicain et franc-maçon. Son père, ministre de la justice tenta d'intervenir en faveur de Dreyfus. Orphelin de mère (comme Philippe Pétain) dès son plus jeune âge, il est placé en pension à l'âge de dix ans[1].

Entré à l'École navale en 1899, il en sort en 1901 et part servir en 1902 en Extrême-Orient. Officier canonnier, il commande une batterie d'artillerie de marine pendant la Première Guerre mondiale. Il bénéficie de la protection d'un ami de son père, Georges Leygues, longtemps ministre de la Marine sous la Troisième République, dont il est chef adjoint puis chef du cabinet militaire presque sans interruption de 1926 à 1934[2].

L'écrivain Simon Epstein remarque que François Darlan était apprécié de Léon Blum[Note 1] et fut pendant la guerre d'Espagne favorable aux républicains espagnols[3].

De sensibilité centre gauche par héritage familial et par ses passages dans les cabinets de Georges Leygues et d'Albert Sarraut, il connaît un avancement rapide : contre-amiral en 1929, vice-amiral en 1932. De 1934 à 1936, il commande à Brest l'escadre de l'Atlantique, puis est nommé commandant en chef de la marine nationale en 1937. Au lendemain de l'avènement du Front populaire, ses attaches avec le centre-gauche le désignent comme candidat aux fonctions de Chef d'état-major de la marine. Cet avancement dû essentiellement à une carrière dans les bureaux et cabinets ministériels lui vaudra cette remarque de la part de ses adversaires « La France a trois amiraux : Esteva, qui n'a jamais connu l'amour ; Darlan, qui n'a jamais connu la mer, et le vrai loup de mer qui a bourlingué toute sa vie et qui, lui, n'a jamais connu Darlan »[4]. Le 6 juin 1939, il est fait « Amiral de la flotte », un titre créé pour lui de manière à donner au chef de la 4e marine du monde, le poids qui lui revient dans les conférences et le protocole international.

Agnostique et plutôt radical socialiste, Darlan est attaché aux valeurs de laïcité (mais n'est pas hostile à l'Église), de petite propriété, de patriotisme et de morale[2].

Dans les conférences internationales de l'entre-deux-guerres, Darlan défend vigoureusement le droit pour la France de disposer d'une marine puissante face aux prétentions des Britanniques[5].

Au cours de sa carrière, Darlan fait construire de nouvelles unités navales et en profite, à l'occasion des nominations qui en découlent, pour tisser un réseau de relations, composé d'officiers de Marine dont il favorise l'avancement (les proches sont appelés « ADD », c'est-à-dire « Amis de Darlan », ceux du sérail « ADF », « Amis de François »). En 1939, grâce à Darlan, la France possède l'une des plus puissantes marines de son Histoire (même si elle manque de moyens aéronavals). En tonnage, la Marine nationale française occupe le 4e rang mondial derrière la Royal Navy britannique, l'US Navy des États-Unis et la Marine impériale japonaise et devant la Regia Marina italienne. Visitant le QG de Darlan durant la drôle de guerre (le 5 mai 1940), le maréchal Pétain, reçu avec égard, se serait écrié : « Enfin quelque chose qui marche ! »[6].

L'Armistice et le régime de Vichy[modifier | modifier le code]

Le 18 juin 1940, Darlan refuse dans un premier temps l'appel à cesser le combat diffusé la veille par Pétain. La marine poursuit la guerre, ce qui permettra notamment à trois navires de quitter Brest avec 1100 tonnes d'or de la Banque de France, qui seront mis en sécurité au Sénégal[7]. Il se ravise, puis soutient la demande d'armistice. Par la suite, très choqué par l'agression britannique de Mers el-Kébir, il s'estime trahi par ses anciens compagnons d'armes anglais, et voudrait que la France déclare la guerre à la Grande-Bretagne. Pétain le calme en lui déclarant "Une défaite suffit", et Darlan n'obtient que des représailles françaises purement symboliques, le Conseil des ministres, Albert Lebrun en tête, se prononçant pour une rupture des relations diplomatiques. Darlan devient ministre des Marines marchande et militaire du premier gouvernement Pétain, puis du gouvernement de Vichy. Le 10 février 1941, il succède à Pierre-Étienne Flandin comme chef du Gouvernement. Sa nomination marque aussi la présence importante des amiraux à Vichy avec les amiraux Platon, Auphan, et Esteva.

Il devient le successeur désigné du maréchal Pétain par l’acte constitutionnel 4 quater du même jour. Darlan dirige le gouvernement jusqu’en avril 1942, jour où il doit démissionner au profit de Pierre Laval. Contrairement à ce qui est souvent dit, Hitler ne pousse pas Pétain à remplacer Darlan. C'est l'échec de sa politique de collaboration qui coûte sa place à Darlan. Il cède beaucoup aux Allemands mais obtient peu en contrepartie. Il reste tout de même, successeur désigné du chef de l’État et devient commandant en chef des forces françaises. (sources à préciser)

La Collaboration[modifier | modifier le code]

La nouvelle Marine française va se trouver à la base de la politique de collaboration menée en grande partie à l’initiative de Darlan, à la suite de sa nomination comme vice-président du Conseil. Cette politique constitue l'application militaire de la politique de collaboration fixée publiquement par Pétain, le 30 octobre 1940, au lendemain de l'entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler.

Darlan, en échange de la collaboration économique et militaire avec l'Allemagne, espère obtenir une refonte de l’Armistice. Pour lui, la guerre devrait à la longue être épuisante pour le Royaume-Uni, et celui-ci devrait finalement abandonner l'Europe continentale aux Allemands. La France pourrait alors jouer le rôle de médiatrice. La France serait, selon lui, appelée à vivre longtemps encore sous la domination allemande. Aussi ne devrait-elle pas s'en tenir aux clauses de l'armistice qui la ferait perdre sur tous les tableaux. La collaboration avec l'Allemagne est, pour lui, la moins mauvaise solution. Il espère en outre jouer un rôle important à la tête de la Marine européenne, dans l'Europe de l'Ordre nouveau, où la France deviendrait la seconde grande puissance navale après l'Allemagne. Il sous-estime cependant la méfiance d'Hitler vis-à-vis de la France.

Lors du coup d’État anti-britannique de Rachid Ali en Irak, le 3 avril 1941, alors que l'Angleterre semble affaiblie, Darlan escompte pouvoir obtenir la réduction des contraintes résultant de l’Armistice, en échange de la livraison à l'Allemagne d'une base aérienne en Syrie-Liban et de stocks d'armes des forces françaises du Levant à ses alliés irakiens anti-britanniques. À cet effet, il rend visite à Hitler à Berchtesgaden au début de mai 1941. Après quoi, le 14 mai, il plaide devant le Conseil des ministres pour une collaboration élargie.

Les Protocoles de Paris sont signés le 28 mai 1941 par Darlan et Abetz. Par anticipation sur ces accords, et avec l'approbation active de Pétain, qui en adresse directement l'ordre au général Dentz, une base a été livrée à la Luftwaffe à Alep en Syrie, tandis que des véhicules, de l'artillerie et des munitions sont cédés aux Allemands, en Afrique du Nord, ainsi qu'en Syrie, aux Irakiens en lutte contre le Royaume-Uni.

Les autres protocoles signés à Paris par Darlan prévoient aussi la livraison aux Allemands de bases navales à Bizerte et Dakar. Ces textes prévoient même qu'en cas de riposte des Britanniques, ou des Américains (à ce moment ces derniers sont pourtant encore neutres) contre les bases ainsi transférées aux Allemands, les forces de Vichy devront les défendre.

En fait de « contrepartie » de ses concessions, Darlan n'obtient que l'autorisation de transférer en Afrique française 10 000 hommes pour la défendre contre les Alliés, et dans le même but, la libération de 961 officiers, dont le général Juin expressément désigné. Mais aucune libération massive des prisonniers français. Ainsi ce marché de dupes n'aboutit-il qu'à aider l'Allemagne, et à engager davantage les forces de Vichy dans la collaboration, avec le risque de riposte britannique et américaine. Leur application prématurée au seul Levant a d'ailleurs eu pour conséquence la campagne de Syrie.

Le risque grave de cobelligérance avec l'Allemagne impliqué par ces textes, en l'absence de toute contrepartie sérieuse, est dénoncé par Weygand. Quant au gouvernement de Vichy, il s'abstint de ratifier ce texte, en invoquant la nécessité de concessions plus importantes.

Les accords Darlan-Kato, signés le 29 juillet 1941, régissent les relations entre l’Empire du Japon et le gouvernement de Vichy sur le territoire de l’Indochine française à la suite de l’invasion japonaise de 1940.

Bien que marqué par la perte du Levant et l’échec des Protocoles de Paris, Darlan se ressaisit, convaincu de la justesse de sa politique. Il lui fallait rester allié à l'Allemagne pour ne pas perdre l'Afrique, ni sa place dans le gouvernement de Vichy. Il renforce son pouvoir et devient ministre de la Défense nationale. Il peut ainsi déterminer l’emploi des forces armées et leur organisation générale, ainsi que les conditions de leur emploi. Les relations entre Marine et Armée de Terre sont peu cordiales, les militaires supportant mal d’être commandés par un marin. Darlan entre en conflit ouvert avec Weygand et Huntziger. Le hasard sert Darlan avec la mort dans un accident d'avion du général Huntziger. Quant à Weygand, les manœuvres de l'amiral auprès des Allemands aboutissent à son rappel, à la suite d'un ultimatum allemand. Juin, libéré en application des Protocoles de Paris, est aussitôt nommé au commandement supérieur en Afrique du Nord.

Le 1er décembre 1941, les difficultés de Rommel en Afrique relancent les négociations : une rencontre a lieu à Saint-Florentin, dans l'Yonne, entre Darlan, Pétain et Goering. Pétain remet alors au maréchal du Reich un mémorandum en sept points reprenant le contentieux ancien pour obtenir une collaboration politique sincère sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté française sur l’ensemble du territoire, de la fin de l’Ostland, de la disparition de la ligne de démarcation, d'assouplissements économiques et de la libération des prisonniers. Ce mémorandum est refusé par Goering.

Négative sur le plan des concessions politiques, la concertation débouche sur des conversations militaires concernant la défense de l'Empire. N'excluant plus le repli de Rommel en Tunisie, des négociations sont menées avec le général Juin, le 20 décembre à Berlin, pour une éventuelle participation française à la guerre en Afrique. Au cas où Rommel serait rejeté en Tunisie, les troupes françaises devraient intervenir pour combattre aux côtés des Allemands contre les troupes britanniques. C'est d'ailleurs ce qui se produit le 8 novembre 1942, où les généraux de Vichy combattent le débarquement allié au Maroc tandis qu'ils livrent, sans résistance, la Tunisie aux troupes germano-italiennes.

Article détaillé : Opération Torch.

Il s’agit là, pour la France, comme lors des Protocoles de Paris, d’un accord de co-belligérance avec les Allemands, alors que les concessions politiques demandées à l'Allemagne en contrepartie sont rejetées. Darlan négocie alors des compensations d’ordre uniquement militaire, mais qui, en dépassant largement le cadre du deuxième protocole de Paris, rendent inévitable une guerre avec les États-Unis et le Royaume-Uni.

La méfiance d'Hitler à l'égard de la France exclut toute possibilité d'une France alliée de l'Allemagne et les propositions de Darlan vont, une fois de plus, rester lettre morte.

En ce début de 1942, Hitler ne croit plus avoir besoin des Français, du fait de l'affaiblissement des Britanniques.

À la fin de février 1942, la politique de Darlan est un échec complet. Les Allemands ont rompu le contact, ils ne le reprendront plus. La situation de la marine ne cesse de se dégrader. Les bâtiments de Toulon ne disposent que de deux pleins de mazout alors que les stocks du Maroc sont déjà épuisés [réf. nécessaire]. La flotte française, en cas de reprise des hostilités, serait dans la même situation que la flotte italienne : en dépendance totale à l’égard de l’Allemagne pour le carburant et pour la couverture aérienne.

Par ailleurs Darlan, par ses demandes de concessions, irrite les Allemands qui exigent le retour de Laval au pouvoir. Darlan n'est pas pour autant mieux vu des Britanniques qui lui reprochent les accords de Paris et la livraison de matériel aux Irakiens puis aux Germano-Italiens. Il est en butte à l'hostilité d’une partie de l'Armée et de l'entourage du maréchal. Il souffre de surcroît d'une certaine impopularité, du fait de la détérioration des conditions de vie des Français. Le 18 avril 1942 Pétain remplace Darlan par Laval.

Le changement de cap[modifier | modifier le code]

Darlan a négocié son départ, et a gardé le rôle de commandant en chef des forces militaires. Non seulement il est chargé de l'organisation et de l'emploi des forces armées, mais de plus des promotions. Darlan s'efforce de lutter contre la bureaucratie et de rajeunir les cadres de l’Armée en abaissant les limites d'âge. Il limite les défilés et les prises d’armes et veut réduire le nombre des états-majors. Il tient à créer un esprit interarmées. Il accorde une grande importance à la préparation d'opérations combinées mais il n’en reste pas moins le subordonné de Laval.

La tentation d'un retournement[modifier | modifier le code]

Darlan se livre à des spéculations sur l'avenir en un temps où la France risque de se retrouver plongée dans le conflit. Ainsi, dès la fin de 1941 Darlan aurait-il multiplié, à en croire son entourage, les propos désagréables à l’égard de l’Allemagne. En 1942, il laisse son fils Alain et l’amiral Raymond Fénard[8] prendre officieusement contact avec le consul américain Robert Murphy. L’un et l’autre se seraient efforcés de convaincre le président Roosevelt, par l'intermédiaire de son consul à Alger, que Darlan croyait en la victoire alliée. Alain Darlan soutient, par la même occasion, que Vichy n'aurait fait que des concessions mineures. Mais ce travail d'intermédiaires se heurte à un certain scepticisme.

Le 4 novembre 1942, dans la soirée, Darlan reçoit un coup de téléphone de Fénard depuis Alger : Alain Darlan, atteint de poliomyélite, est hospitalisé depuis le 15 octobre à Alger ; son état est désespéré. Le 5 novembre, Darlan quitte à la hâte Vichy pour Alger. Escorté par son adjoint marine et son directeur de cabinet, il emporte ses codes de communication avec Auphan (tout en laissant ceux des autres amiraux tels que Jean de Laborde), comme il le fait dans tous ses déplacements, même personnels, depuis qu'il est devenu ministre, puis commandant en chef.

Le débarquement allié en Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Torch.

Dans la nuit du 7 au 8, ne tenant pas compte de l'absence de Giraud à Alger, un groupe de résistants algérois animé par Henri d'Astier de la Vigerie, pensant aider les Alliés dans leur débarquement, prend l'initiative d'appliquer malgré tout les accords de Cherchell : il fait occuper les points stratégiques d'Alger par 400 volontaires civils dirigés par des officiers de réserve, et arrêter les principaux généraux. Ainsi, Darlan (venu à l'improviste au chevet de son fils Alain, gravement malade) est-il arrêté par un groupe de lycéens, avec Juin, le futur commandant en chef du corps expéditionnaire français en Italie. Ne pouvant savoir qui sont ces lycéens ni pour qui ils agissent, le 14e corps d'armée concentre tous ses efforts à la libération de ses officiers généraux si bien que les Alliés qui avaient déjà débarqué sans opposition, encerclent Alger et en obtiennent la capitulation le soir même.
Cette initiative maladroite, puisque l'absence de Giraud ne permettait pas d'avoir un chef prestigieux, fait que c'est en tant que prisonnier et non en tant qu'initié au secret militaire (ce qui était prévu par les Alliés) que Darlan se voir remettre par le consul américain Murphy, contact américain de longue date des généraux Weygand et Giraud, le message du président Roosevelt lui demandant d'accueillir en amies les troupes débarquées. Darlan, mal informé par ses services, ne croyait pas que les Américains pourraient disposer des moyens maritimes suffisants pour intervenir du côté de l'Europe avant au moins un an. Mis devant le fait accompli, il considère le débarquement comme une agression ; prisonnier, il voit la demande de Roosevelt comme un chantage. Il pense à un coup d'État et s'arrange alors pour adresser à l'amirauté d'Alger, non contrôlée par le groupe d'Henri d'Astier, deux messages, dont l'un au moins, rédigé de sa main (et conservé), donne l'ordre à l'amirauté de résister aux Alliés (ce message sera intercepté par les résistants). Enfin, après avoir été libéré au matin avec Juin par la garde mobile, il adresse dès 8 heures à Vichy un télégramme demandant l'intervention de la Luftwaffe, l'aviation allemande, contre les convois alliés, et organise la reconquête de la ville contre le groupe de d'Astier.

Au pouvoir à Alger[modifier | modifier le code]

En raison du refus du général Giraud de quitter Gibraltar, le 8 novembre 1942, pour Alger où les résistants comptaient sur lui, Darlan, après avoir capitulé et s'être rendu aux Alliés, va se retrouver seul propulsé sur le devant de la scène. Pour les Américains, Murphy, Clark[8] ou Ryder, il devient le seul interlocuteur susceptible, dans les jours suivant le débarquement, de mettre fin aux combats à Oran et au Maroc, où ses subordonnés ont accueilli les Alliés à coups de canon. Or, si l'amiral de la Flotte, pris au piège, a accepté dès le 8 un cessez-le-feu pour la région d’Alger, il se refuse pendant les deux jours suivants, malgré les pressions et les menaces du général Clark, adjoint d'Eisenhower, à ordonner la suspension d’armes au Maroc et à l’ensemble de l’Algérie. Il ne se décidera que sous la menace, le 10 novembre, à mettre fin au combat.

Giraud, arrivé à Alger le 9 novembre, après la bataille, en escomptant prendre le commandement des forces alliées, se rend compte que le jeu américain s'est recentré autour de Darlan. Dès le 10 novembre, un télégramme de Vichy désavoue Darlan et fait de Charles Noguès le représentant du maréchal Pétain en Afrique. Sous la pression des Américains, une nouvelle organisation de commandement se met en place en Afrique : Darlan prend le titre de Haut-commissaire pour la France en Afrique, au nom du « Maréchal empêché », tandis que Giraud devient chef des forces armées françaises[9]. Aussi Darlan, après avoir ordonné le cessez-le-feu à Oran et au Maroc, fait-il enfin rentrer l’Afrique française du Nord dans la lutte contre l’Axe. Grâce au soutien de Pierre Boisson, il obtiendra en outre le ralliement de l’Afrique-Occidentale française[10].

Le ralliement de Darlan soulage les chefs militaires vichystes, conscients d’aller à la défaite en cas de résistance prolongée. Pour les Alliés, si le ralliement de Darlan est plutôt mal vu par leurs opinions publiques, et considéré avec suspicion par leurs généraux, il permet de gagner du temps et d'épargner des vies. Au surplus Darlan vaincu a-t-il accordé aux Alliés des concessions encore plus larges que celles consenties par les résistants lors des accords secrets de Cherchell, deux semaines plus tôt. Reste dès lors le problème de la flotte de Toulon. Les Alliés espèrent son ralliement, avant tout pour obtenir sa neutralisation. Aussi les Alliés pressent-ils Darlan de lui ordonner d’appareiller, alors que Darlan ne veut la faire partir qu'en cas d'invasion de la zone Sud, l'affirmant à plusieurs reprises le 10 novembre. Il sait qu'il doit déjà parvenir à faire confirmer sa légitimité sur les autorités militaires vichystes en Afrique. Au demeurant, il a peu de chance d'obtenir le ralliement de l'amiral collaborationniste de Laborde, avec lequel il a un conflit personnel et qui n'écoutera que le maréchal Pétain. C'est donc le 11 novembre seulement que Darlan se décide, sous la pression des Alliés, à adresser un message à l’amiral de Laborde. Invoquant la rupture de l’armistice et l’absence de liberté du maréchal, il invite le commandant en chef à diriger les navires vers l’Afrique-Occidentale française, et non vers l'Afrique du Nord. Le lendemain, Darlan renouvelle son appel dans les mêmes termes. Il se voit opposer une fin de non recevoir.

Obéissant aux consignes de sabordage de 1940 (ordonnées par Darlan lui-même) prévoyant le cas où une puissance étrangère essayerait de s'emparer des bâtiments français, la Flotte se saborde le 27 novembre 1942 à Toulon lorsque les Allemands envahissent la zone libre.

Le Haut-commissariat de France en Afrique du Nord se met en place en tant qu'organe exécutif et installe son siège dans l'ancien Palais d’Été du dey. Henri d'Astier de la Vigerie assume le secrétariat à l'intérieur et Jacques Lemaigre Dubreuil celui de délégué aux États-Unis. Bien que fermement désavoué par Vichy, Darlan prétend toujours gouverner au nom de Pétain, déclarant « Nous avons tous admis que le Maréchal était toujours notre chef, mais que ce chef était moralement prisonnier »[11].

Darlan ne se soucie cependant pas d'abroger les lois et mesures les plus vexatoires du régime de Vichy, les détenus politiques restant notamment maintenus dans les camps de concentration du sud. Se justifiant du fait du contexte militaire en Tunisie, il refuse de revenir sur l'abrogation du décret Crémieux, et oppose le même attentisme aux demandes de Ferhat Abbas concernant l'émancipation des musulmans[12].

Le changement de camp de Darlan en novembre 1942 n'en a pas moins facilité la rentrée en guerre des forces françaises d'Afrique du Nord aux côtés des Alliés. Ainsi Roosevelt, mal informé et préoccupé par les ambitions dictatoriales supposées de de Gaulle, préfère prolonger la continuité étatique. Cependant, la position de Darlan est précaire, du fait d'un manque de véritable reconnaissance internationale. Les gouvernements anglo-saxons doivent également tenir compte de la réaction de leurs opinions publiques, alertées par les correspondants de guerre. L'absence de toute démocratisation en Afrique du Nord, la position de Darlan et son passé collaborationniste à Vichy rendent en outre impossible toute union de l'armée d'Afrique avec les Forces françaises libres. Les gaullistes du groupe Combat, menés par René Capitant, protestent contre la politique de Darlan, distribuant des tracts hostiles ornés de slogans comme « Darlan au poteau » ou « l'amiral à la flotte ! »[13].

L'assassinat de Darlan[modifier | modifier le code]

Le 24 décembre 1942, Darlan est assassiné par un jeune étudiant, Fernand Bonnier de La Chapelle, qui avait tiré à la courte paille avec trois de ses compagnons d'armes (Othon Gross, Robert Tournier et Philippe Ragueneau)[14]. Arrêté, celui-ci est jugé de manière expéditive, condamné à mort et exécuté. Le commanditaire de l'assassinat était le monarchiste Henri d'Astier de la Vigerie[15] qui imaginait donner le pouvoir au « comte de Paris », et le commandement militaire à de Gaulle pour unir les autorités de Londres et d'Alger dans un effort de guerre commun. Le prétendant au trône était en effet présent à Alger le 10 décembre, multipliant les contacts avec les notables locaux[16]. Si l'appartenance royaliste de Bonnier de La Chapelle est incertaine, le groupe de résistants dont il faisait partie était d'obédience gaulliste au sein du Corps franc d'Afrique (dont trois membres sur quatre avaient participé au putsch du 8 novembre 1942 et ont depuis largement témoigné), qui avait décidé l'élimination d'un personnage qui ne pouvait que gêner et retarder la venue du seul pouvoir légitime à leurs yeux. Bonnier de La Chapelle fut réhabilité le 21 décembre 1945 par un arrêt de la Chambre des révisions de la Cour d’appel d’Alger, qui jugea qu'il avait agi « dans l’intérêt de la libération de la France ».

Darlan a été inhumé le 29 avril 1964 au cimetière militaire de Mers el-Kébir, près d'Oran, en Algérie, où sont enterrés les marins qui ont péri en 1940 dans l'attaque de la flotte française. En avril 2005, il a été constaté que sa tombe ainsi que de nombreuses tombes de marins français et l'ossuaire du cimetière militaire avaient été profanés[17].

Décorations[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Reportage[modifier | modifier le code]

  • René Pierre Gosset, Expédients provisoires, Fasquelle, Paris, 1945.

Ouvrages historiques[modifier | modifier le code]

  • José Aboulker et Christine Levisse-Touzet, « 8 novembre 1942 : Les armées américaine et anglaise prennent Alger en quinze heures », Espoir, no 133, Paris, 2002
  • Arnaud de Chantérac, L'assassinat de Darlan, éd. Perrin, Paris, 1995
  • Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan, Darlan, Fayard, Paris, 1989
  • Yves Maxime Danan, La vie politique à Alger de 1940 à 1944, L.G.D.J., Paris, 1963
  • Hubert Delpont, Darlan, L'ambition perdue, éditions des AVN, Nérac, 1998, 318 p.
  • Jean-Baptiste Duroselle, Politique étrangère de la France. L'abîme : 1939-1944, Imprimerie nationale, 1982,1986.
  • M. Faivre, Nous avons tué Darlan, La table ronde, 1975, (ISBN 978-2710315049)
  • Albert Kammerer, Du débarquement africain au meurtre de Darlan, Flammarion, Paris, 1949
  • Marcel-Henri (Mario) Faivre, Nous avons tué Darlan – Alger 1942, La Table Ronde, Paris, 1975, 193 p.
  • Max Lagarrigue, « Quelle est la contribution de l’amiral Darlan au pétainisme ? », dans 99 questions… La France sous l'Occupation, CNDP, 2008 (ISBN 978-2-86626-280-8)
  • Christine Levisse-Touzet, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Albin Michel, Paris, 1998
  • Philippe Masson, La Marine française et la guerre 1939-1945, , éd. Tallandier, Paris, 2000, 547 p.
  • Georges E. Melton, Darlan, Pygmalion, 2002, (ISBN 978-2857047919)
  • Henri Michel, Vichy, année 1940, Robert Laffont, Paris, 1967
  • Henri Michel, Pétain, Laval, Darlan, trois politiques ?, 1972
  • Henri Michel, Darlan, Hachette, Paris, 1993
  • Jules Moch, Conversations avec Darlan, Paris, Plon, 1948
  • Jules Mohc, Rencontres avec Darlan et Eisenhower, tome 1, Paris, Plon, 1968
  • Alfred Salinas, Les Américains en Algérie 1942-1945, L'Harmattan, 2013
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Perrin, Paris, 2007, 916 p.
  • Jean-Philippe Zanco (dir.), Dictionnaire des ministres de la marine, SPM 2011.
  • Albert-Jean Voituriez, L'assassinat de l'amiral Darlan : 24 décembre 1942, le témoignage du juge d'instruction, L'esprit du temps, Paris, 1992, ISBN 2908206137.

Rapports officiels d’époque des acteurs du putsch du 8 novembre 1942, à Alger[modifier | modifier le code]

  • Les Cahiers Français, La part de la Résistance Française dans les évènements d’Afrique du Nord (Rapports des chefs des groupes de volontaires qui se sont emparés d’Alger le 8 novembre 1942), Commissariat à l’Information du Comité National Français, Londres, août 1943.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans son ouvrage Les Dreyfusards sous l'Occupation, Simon Epstein remarque en page 169 qu'en juin 1940, il se préoccupa de la sécurité personnelle de Léon Blum et que devenu chef du gouvernement du maréchal Pétain, il déclara à ses préfets être un "homme de gauche".

Références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 164.
  2. a et b Michèle Cointet, « La mort de l'Amiral Darlan », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 14 janvier 2013
  3. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 165.
  4. François Darlan sur universalis.fr
  5. Martin Laberge, "Les objectifs français à la conférence navale de Londres (21 janvier-22 avril 1930)", Guerres mondiales et conflits contemporains, no. 213, janvier 2004, p. 11-24
  6. Interview de Darlan le 30 mai 1941 dans le journal Gringoire - s'agissant d'une interview du chef de Gouvernement dans un journal aux ordres, la phrase doit être prise avec précaution : elle a peut-être été inventée par Darlan pour sa notoriété personnelle ou pour conforter ses relations avec Pétain.
  7. Documentaire "1940, l'or de la France a disparu", écrit par Alain-Gilles Minella et Jean-Philippe Immarigeon. http://www.france5.fr/emission/1940-lor-de-la-france-disparu/diffusion-du-02-02-2014-17h00
  8. a et b Alexandre Sheldon-Duplaix, « La Mission Navale française à Washington et la renaissance de la Marine, 3 janvier 1943–1er janvier 1946 », dans Relations Internationales, no 108, hiver 2001, p. 503-523 [lire en ligne sur le site du ministère de la Défense, servicehistorique.sga.defense.gouv.fr (page consultée le 2 mai 2009)]
  9. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, p. 368-369.
  10. Pierre Montagnon, La France coloniale, tome II, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, p. 60-63.
  11. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, op. cit., p. 368-369, 373.
  12. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, op. cit., p. 372.
  13. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, op. cit., p. 372-374.
  14. FAIVRE (Marie) Nous avons tué Darlan, La Table Ronde, 1975
  15. http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/38.html
  16. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, op. cit., p. 374-375.
  17. Alfred Salinas, Les Américains en Algérie 1942-1945, L'Harmattan, 2013, p. 81