Antoinette Feuerwerker

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Antoinette Feuerwerker

Nom de naissance Antoinette Gluck
Naissance 24 novembre 1912
Anvers (Borgerhout)
Décès 10 février 2003 (à 90 ans)
Jérusalem
Nationalité Drapeau : France Française
Pays de résidence France, Canada
Diplôme
Licence en droit, diplôme de HEC
Activité principale
Autres activités
Formation
Distinctions
Conjoint
Descendants
6 enfants

Antoinette Antonia Toni Toibe Rochel Gluck dite Antoinette Feuerwerker, née le 24 novembre 1912 à Anvers (Borgerhout), Belgique, et décédée le 10 février 2003 à Jérusalem, Israël, est une juriste, une résistante et éducatrice française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses ancêtres[modifier | modifier le code]

Antoinette Feuerwerker est l'une des filles de Paul dit Pinchas Gluck-Friedman (1886-1964) et de Henia Shipper (1887-1968), nés respectivement à Tarnów et à Przemyśl, Galicie, Autriche-Hongrie.

Son père est un descendant direct de maîtres hassidiques remontant au Magid Dov Baer de Mezeritch (1704-1772), le disciple et successeur du Baal Shem Tov (1698-1760), le fondateur du hassidisme.

De Belgique en France[modifier | modifier le code]

Ses parents s'installent de Pologne en Belgique. De là, ils partent vivre à Zurich en Suisse (durant la Première Guerre mondiale), où ses deux sœurs Rose Warfman (née en 1916) et Hedwig [Heidi] Naftalis et son frère Salomon Gluck (1914-1944) sont nés. Ils habitent ensuite en Allemagne, et finalement à Strasbourg en France, où ils deviennent citoyens français.

Strasbourg: du Lycée a la Faculté de Droit[modifier | modifier le code]

Antoinette étudie au fameux lycée des Pontonniers (aujourd'hui appelé Lycée International des Pontonniers) à Strasbourg, où elle termine ses études secondaires. Après son baccalauréat, elle devient étudiante à la Faculté de Droit, ce qui était rare à cette époque pour une jeune femme, et licenciée en droit. Un de ses professeurs, René Capitant (1901-1970), devient plus tard ministre français de l'éducation nationale (1944-1945) dans le gouvernement provisoire de la République française (1944-1946) et garde des sceaux et ministre de la justice (1968-1969) de Charles de Gaulle. Elle travaille dans l'étude de René Capitant.

Elle termine également HEC. Pour ses études universitaires en droit et en économie, elle est boursière de l'État. Avec sa famille, elle quitte Strasbourg pour s'établir à Paris.

À Paris[modifier | modifier le code]

Elle fait connaissance de David Feuerwerker, un jeune rabbin, qui venait juste de terminer ses études rabbiniques (au Séminaire israélite de France (SIF) à Paris). Ils se marient au début de la Seconde Guerre mondiale, (le 28 novembre 1939). Pour pouvoir se marier, David Feuerwerker doit recevoir une permission spéciale pour quitter le front, la ligne Maginot qu'il rejoint quelques jours plus tard.

Brive-la-Gaillarde et Edmond Michelet[modifier | modifier le code]

Apres juin 1940, avec son époux, elle quitte la capitale et va s'établir à Brive-la-Gaillarde. David Feuerwerker est le rabbin de trois départements français: la Corrèze, la Creuse et le Lot. Ils s'engagent dans le mouvement de la Résistance "Combat" (l'organisation principale de la Résistance) avec Edmond Michelet( 1899-1970), le futur ministre de Charles de Gaulle: ministre des armées (1946), garde des sceaux et ministre de la justice (1959-1961). Elle est la seule femme de rabbin (Rebbetzin) en France à faire partie officiellement de la Résistance.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Combattante Volontaire de la Résistante, elle reçoit la Médaille de la France libérée (1944) pour sa participation à la libération de la France

Elle reçoit d'autres médailles du gouvernement français : les Palmes académiques et la médaille de la santé publique, pour ses contributions à l'éducation publique et à la santé publique.

Dans la Résistance, avec le Mouvement "Combat"[modifier | modifier le code]

Voici comment le mouvement "Combat" décrit officiellement sa participation à la Résistance :

"Madame Antoinette Feuerwerker née Gluck a participé étroitement et activement à toutes les activités résistantes de son mari, le Rabbin Feuerwerker, en particulier pour la recherche et l'hebergement d'agents de liaison et la diffusion des journaux clandestins. Elle a pris en charge avec Germaine Ribière l'évacuation de jeunes gens recherchés par l'autorité occupante. En résumé le Mouvement "Combat" l'a considérée comme l'un de ses plus actifs agents. (Date d'entrée dans la Résistance : début combat janvier 1942 et jusqu'à la Libération)." Germaine Ribière (1917-1999), une héroïne de la Seconde Guerre mondiale, a été reconnue comme une Juste parmi les nations (18 juillet 1967, Yad Vashem (Mémorial de Yad Vashem), Jérusalem, Israël).

Sa famille[modifier | modifier le code]

David et Antoinette Feuerwerker ont six enfants (Atara, Natania, Elie, Hillel, Emmanuel et Benjamine). Seule l'aînée, Atara Marmor (1943-2003), est née durant la guerre, à Clairvivre, Salagnac, Dordogne. Les autres enfants naîtront à Paris XVIe (7, rue Narcisse-Diaz).

Lyon[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Antoinette Feuerwerker vit à Lyon, où son époux est le Grand-Rabbin (1944-1946).

Neuilly-sur-Seine[modifier | modifier le code]

Ils s'établissent ensuite à Neuilly-sur-Seine, où son époux est le rabbin (1946-1948).

Au 14, Place des Vosges[modifier | modifier le code]

Ils demeurent ensuite, au cœur de Paris, au 14, Place des Vosges, dans le quartier du Marais (1948-1966), où son époux devient le rabbin de la fameuse Synagogue de la rue des Tournelles.

Collaboratrice de son époux[modifier | modifier le code]

Elle est la proche collaboratrice de son époux, dans le cadre de ses activités multiples, en particulier pour la recherche et la publication de son ouvrage classique sur l'Émancipation des Juifs en France de l'Ancien Régime À La Fin du Second Empire (1976).

A Montréal[modifier | modifier le code]

Ils s'établissent ensuite à Montréal, Québec, Canada, en 1966, avec leurs enfants.

Elle enseigne le droit et l'économie au Collège Français de Montréal.

David Feuerwerker décède le 20 juin 1980. Elle continue à maintenir son lieu de prières ("Chachmei Tzorfat", "Les Sages de France"), pendant plus de vingt ans.

A Jérusalem[modifier | modifier le code]

Elle passe les trois dernières années de sa vie en Israël. Elle décède le 10 février 2003 et est enterrée dans le cimetière de Sanhédriah[1]Jérusalem, Israël, aux côtés de son époux.

Dans la clandestinité[modifier | modifier le code]

Pour échapper aux nazis, dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, elle doit se cacher, avec son bébé, Atara, dans un couvent catholique, survivant avec un régime de pommes de terre et d'eau[2]. Elle est plus tard cachée à Lyon par Germaine Goblot[3], enseignante au Lycée des Pontonniers (aujourd'hui appelé Lycée International des Pontonniers à Strasbourg, spécialiste de l'Allemagne, et biographe de l'écrivain autrichien Karl Kraus (1874-1936). Germaine Goblot était la fille d'Edmond Goblot (1858-1935)[4], le célèbre philosophe des sciences, et dreyfusard (Affaire Dreyfus). Elle risqua, pour elle, sa vie et celle de sa mère et de son fils, le professeur de philosophie François Goblot (1904-1974)[5].

Elle sauve de nombreuses vies[modifier | modifier le code]

Antoinette sauve la vie de sa sœur, Rose Gluck-Warfman (née en 1916), déportée à Auschwitz. Seulement au retour de Rose, elle réalise que ses actions avaient permis à sa sœur de survivre. Elle sauve encore de nombreuses autres vies, mais ne se consola jamais de ne pas avoir pu sauver la vie de son frère, un jeune médecin, le Dr. Salomon Gluck, âgé de 29 ans. Il est déporté de France par le convoi 73[6], qui se termina à Kaunas en Lituanie et Revel (aujourd'hui appelée Tallinn) en Estonie, pour ne jamais revenir.

Elle participe à l'aventure du bateau "Exodus" (1947)[modifier | modifier le code]

Elle contribue à l'aventure du fameux bateau l'"Exodus". L'argent destiné à l'"Exodus" lui est confié à Neuilly-sur-Seine. Les pièces d'or, illégales en France à cette époque pour des privés, sont cachées par elle sous le lit de son mari, sans qu'il ne le sache. Elle avait pensé avec justesse que personne ne le soupçonnerait[7]

Son influence[modifier | modifier le code]

Elle a une influence profonde et durable sur ceux qu'elle rencontre.

Sa philosophie[modifier | modifier le code]

Sa philosophie est : "ne jamais abandonner, jamais". Et elle n'abandonna jamais.

Références[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir, Annette Malka. Les cimetières de Jérusalem: Personnes célèbres ou très connues enterrés dans des cimetières beaucoup moins connus pour ne pas dire inconnus. 12 mars 2011.
  2. Voir, Elie Feuerwerker. Potatoes. Letter to the Editor. The Jewish Press, New York, Friday, July 14, 2006, p. 5.
  3. [1] [2] [3]
  4. Goblot Edmond biography
  5. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950 », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation (consulté le 19 juin 2014).
  6. Le Convoi 73
  7. Voir, Elie Feuerwerker. Uris and 'Exodus' made an impact. The Jewish State (New Jersey), July 11, 2003/11 Tammuz 5763, p. 4.

Liens externes[modifier | modifier le code]