Isaac Babel

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Isaac Babel

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Nom de naissance Isaac Emmanuilovitch Babel
Activités écrivain
Naissance 12 juillet 1894
Flag of Russia.svg Odessa, Empire russe
Décès 27 janvier 1940 (45 ans)
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Moscou, URSS
Langue d'écriture russe
Genres récits, théâtre

Œuvres principales

Cavalerie rouge

Isaac Babel (en russe : Исаа́к Эммануи́лович Ба́бель[1]) est un écrivain soviétique, né à Odessa, dans l'Empire russe, le 12 juillet (30 juin) 1894, fusillé le 27 janvier 1940 à Moscou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Isaac Babel est né dans une famille de commerçants juifs d’Odessa. En 1897, la famille s'installa à Nicolaïev, un petite ville à côté d'Odessa. En 1903 et 1905, Odessa connaît deux pogroms. Le pogrom de 1905, vu à travers les yeux d'un enfant, fera d'ailleurs l'objet de la nouvelle Histoire de mon pigeonnier[2]... Il fréquente l’École de Commerce d’Odessa, tout en étudiant parallèlement la religion juive. Il apprend ainsi à lire le yiddish et acquiert aussi une bonne maîtrise des langues étrangères, en particulier de la langue et de la littérature françaises[3]. Flaubert et Maupassant sont les auteurs qui le marqueront le plus et ils auront une influence très forte sur son style littéraire[4]. Pendant deux ans, il se lance dans l'écriture, en français, avant de renoncer.

Ses études achevées, il se rend à Kiev puis à Pétrograd en 1915. Il y connaît une vie difficile et ses tentatives de se lancer dans la littérature sont autant d'échecs. À la fin 1916, il est remarqué par Maxime Gorki, qui publie ses premiers récits, mais qui lui conseille aussi d’abandonner quelque temps la littérature et « de courir le monde » pour engranger des impressions de la vie. Il soutient la révolution de Février 1917, puis la révolution d'Octobre, et s’engage dans l’Armée rouge en 1920.

« Et, sept années durant, de 1917 à 1924, je suis entré dans le monde. Pendant ce temps, j’ai été soldat sur le front roumain, puis j’ai travaillé à la Tchéka, au Commissariat du Peuple à l’Éducation, j’ai pris part aux expéditions de réquisition de nourriture en 1918, aux combats de l’armée du Nord contre Youdénitch, à ceux de la Ie armée de cavalerie, j’ai participé au comité de province d’Odessa, j’ai été responsable de publication de la 7e typographie soviétique d’Odessa, j’ai travaillé comme reporter à Pétersbourg et à Tiflisetc. Je n’ai appris qu’en 1923 à exprimer mes idées de façon claire et pas trop longue. C’est alors que je me suis remis à écrire. »

— Isaac Babel, Autobiographie, novembre 1924[5],[6].

Dans son Autobiographie, Babel fait remonter son activité littéraire au début 1924, avec la publication de plusieurs de ses récits dans la revue LEF[7].

À partir de juillet 1927, il passe une quinzaine de mois en Europe occidentale : Berlin, où il fait la connaissance d'Evguénia Khaïoutina-Gladun, qui devient sa maîtresse, puis en Belgique et en France[8]. En 1928, son recueil de nouvelles Cavalerie rouge paraît en français.

Dans les années 1930, il est pris à parti à plusieurs reprises. Dans le contexte de l'instauration du « réalisme socialiste », l'écrivain se défend avec habileté[9]. En 1931, il renoue avec Evguenia, entretemps devenue la femme de Nikolaï Iejov. En 1932 et 1935, il peut retourner en France. En septembre 1936, Iejov devient le chef du NKVD. C'est le début des Grandes Purges. Beaucoup des connaissances de Babel sont arrêtées, exécutées ou disparaissent au Goulag. En octobre 1938, Evguenia, la femme de Iejov se suicide.

En avril 1939, Nikolaï Iejov, chef déchu du NKVD, le dénonce pour avoir dénigré Staline en privé. Arrêté le 15 mai 1939[10], probablement torturé lors des huit mois de sa détention, il avouera « les crimes » retenus contre lui : trotskisme, espionnage au profit de la France et de l’Autriche — on l’accusera d’avoir été l’informateur d’André Malraux sur l’aviation soviétique[11] — et pour ses liens avec la femme de « l’ennemi du peuple » Iejov. Babel est condamné à mort et secrètement fusillé le 27 janvier 1940. On informe faussement ses proches qu'il est mort en détention le 17 mars 1941[12].

Ses cendres reposent au monastère de Donskoï de Moscou, dans la même fosse commune que celles de son dénonciateur Iejov, fusillé peu de temps après lui.

Son œuvre est interdite jusqu’à la réhabilitation de l’écrivain en 1954, au moment de la déstalinisation. Les manuscrits saisis lors de son arrestation n’ont jamais été retrouvés.

Analyse des œuvres[modifier | modifier le code]

Isaac Babel est l’auteur d’une série de nouvelles regroupées dans Cavalerie rouge (Конармия), publié en 1926, récit sur sa participation comme correspondant de guerre, à la campagne de Pologne dans la Première Armée de cavalerie de Boudienny en 1920, en pleine guerre civile. Il décrit des soldats courageux mais brutaux et incultes, dont le comportement rappelle celui des cosaques de l’ancien temps (ceux, par exemple, évoqués par Nicolas Gogol dans Tarass Boulba) et dont les convictions politiques sont assez floues. Les cavaliers de Babel sont capables de tuer pour la Révolution, mais ils n’ont que des notions assez vagues de ce que peut être le communisme. Ce portrait sans concession ne fut pas du goût de Boudienny qui ne cessa d’accuser Babel de salir ses hommes. L'oeuvre de Babel est alors ici ambivalente puisqu'il met au service de la cause révolutionnaire bolchévique un art de l'écriture concis, brillant, poétique et imagé, tout en semblant justifier les crimes et les massacres commis par les bolcheviks (dans la nouvelle « L'église de Novograd », il justifie l'assassinat du prêtre Romuald par le fait qu'il aurait été « déloyal » à l'égard du bolchévisme).

Le narrateur, qui n’est pas sûr de son identité, rencontre dans la nouvelle intitulée Guedali le juif du shtetl qui lui propose de participer à une « Internationale des gens de cœur ». « La révolution, nous lui dirons oui, mais faut-il que nous disions non au shabbat ? » lui-demande-t-il.

Babel est également l’auteur des Récits d’Odessa, écrits en 1927 et publiés en 1931, recueil de nouvelles décrivant avec ironie les petites gens, les bas-fonds et la pègre juive d’Odessa.

Selon Maurice Friedberg, il essaya toute sa vie de « concilier en lui le Juif mi-sentimental mi-cynique, émancipé depuis peu des commandements du judaïsme orthodoxe, et le communiste orthodoxe et rigoriste qu’il était devenu ». Olivier Todd rapporte qu'André Malraux « appréci[ait] l'outrance de Babel, son exaltation allant jusqu'à la cruauté et même ses descriptions d'exécutions sommaires[13] ».

Citations[modifier | modifier le code]

« Je suis un écrivain russe. Si je ne vivais pas dans le peuple russe, je cesserais d'être un écrivain, je serais comme un poisson hors de l'eau[14]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le recensement précis des œuvres de Babel est difficile, en raison de leur forme d'abord (beaucoup de nouvelles, souvent publiées en revue, avant d'être réunies en recueil), de l'époque troublée (Révolution russe) et de la fin tragique de l'écrivain. Bon nombre de ses œuvres sont posthumes[15]. La production s'étale de 1913 avec la nouvelle Le Vieux Schloïmé et 1938. La publication de ses œuvres reprend en URSS à partir de 1962.

Recueil de nouvelles
  • Histoire de mon pigeonnier
  • Journal pétersbourgeois
  • Odessa
  • Contes d'Odessa
  • Récits odessites
  • Cavalerie rouge
  • Chroniques de l’an 18
  • Journal de 1920
  • Récits divers 1913-1927
Théâtre
  • Le Crépuscule
  • Maria
Scénarios
  • Benia Krik
  • Les Étoiles vagabondes
  • Le Moulin
  • Et l'acier fut trempé
  • Vieille place
Reportages
  • Reportages sur la Géorgie
  • Reportages sur la France
  • Portraits

Il faut encore ajouter quelques discours et entretiens, une brève autobiographie (écrite en 1924 et publiée en 1926)[16], une correspondance, ainsi que quelques brouillons.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À l'origine, son nom de famille s'écrivait «Бобель».
  2. Isaac Babel 2011, p. 39.
  3. Isaac Babel 2011, p. 1025.
  4. Benech 2011, p. 19.
  5. Les Écrivains, autobiographies et portraits des prosateurs russes contemporains, 1924, sous la direction de Vladimir Lioine, publié à Moscou en 1926 (cité dans Chroniques de l’an 18, coll. Babel, Actes Sud, p. 11).
  6. Isaac Babel 2011, p. 1026.
  7. Isaac Babel 2011, p. 1027.
  8. Benech 2011, p. 29.
  9. Benech 2011, p. 1031.
  10. Benech 2011, p. 5 et 32.
  11. « La vie brisée d’Isaac Babel », Le Point, 31 mai 2007.
  12. Benech 2011, p. 32.
  13. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 215.
  14. Rapporté par Boris Souvarine dans ses souvenirs. Cf. Benech 2011, p. 9.
  15. Sophie Benech en donne la liste exhaustive dans les Œuvres complètes, p. 1289-1297, y compris les nombreuses traductions en français p. 1298.
  16. Benech 2011, p. 1025.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Édition française[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Isaac Babel, l’homme et l’œuvre de Judith Stora-Sandor, Paris, Klincksiek, 1968
  • Sténo sauvage - La vie et la mort d’Isaac Babel, de Jerome Charyn, éd. Mercure de France 2007
  • Carnet d’URSS (1934), d’André Malraux, éd. Gallimard
  • La parole ressuscitée : archives littéraires du KGB de Vitali Chentalinski, éd. Hachette 1994
  • Efim Etkind, Georges Nivat, Ilya Serman et Vittorio Strada, Histoire de la littérature russe, t. 5 : Le XXe siècle. La Révolution et les années vingt, Paris, Fayard,‎ 1988, 999 p. (ISBN 978-2-213-01960-4)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]