Isaac Babel

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Isaac Babel

Description de l'image  Isaac_Babel.jpg.
Nom de naissance Isaac Emmanuilovitch Babel
Activités écrivain
Naissance
Flag of Russia.svg Odessa, Empire russe
Décès (45 ans)
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Moscou, URSS
Langue d'écriture russe
Genres récits

Isaac Babel (en russe : Исаа́к Эммануи́лович Ба́бель) est un écrivain russe, né à Odessa le 30 juin/, fusillé le à Moscou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Isaac Babel est né dans une famille juive aisée d’Odessa. La ville connaît alors deux pogroms, en 1903 et 1905. Il y échappe et fréquente l’école de commerce d’Odessa, tout en étudiant parallèlement la religion juive. Il apprend ainsi à lire le yiddish et acquiert aussi une bonne maîtrise de la langue et de la littérature française. Flaubert et Maupassant sont les auteurs qui le marqueront le plus et ils auront une influence très forte sur son style littéraire. Pendant la Première Guerre mondiale, il se rend à Petrograd. En 1916, il y est remarqué par Maxime Gorki qui lui conseille d’abandonner quelque temps la littérature et « de courir le monde » pour engranger des impressions de la vie. Il soutient la Révolution russe de février 1917, puis le coup d'Etat bolchevique d'octobre, et s’engage dans l’Armée rouge en 1920.

Babel résume ainsi son activité pendant les premières années du régime soviétique : « Et, sept années durant, de 1917 à 1924, je suis entré dans le monde. Pendant ce temps, j’ai été soldat sur le front roumain, puis j’ai travaillé à la Tchéka (chargée de la répression politique et de l'anéantissement des opposants), au Commissariat du peuple à l’éducation, j’ai pris part aux expéditions de réquisition de nourriture en 1918, aux combats de l’armée du Nord contre Youdénitch, à ceux de la Ie armée de cavalerie, j’ai participé au comité de province d’Odessa, j’ai été responsable de publication de la 7e typographie soviétique d’Odessa, j’ai travaillé comme reporter à Pétersbourg et à Tiflis, etc. Je n’ai appris qu’en 1923 à exprimer mes idées de façon claire et pas trop longue. C’est alors que je me suis remis à écrire »[1].

Il est dénoncé en 1939 par Nikolaï Iejov, chef déchu du NKVD (et dont la femme était l’ancienne maîtresse de Babel), pour avoir dénigré Staline en privé et arrêté. Arrêté le [2], probablement torturé lors des huit mois de sa détention, il avouera « les crimes » retenus contre lui : trotskisme, espionnage au profit de la France et de l’Autriche — on l’accusera d’avoir été l’informateur d’André Malraux sur l’aviation soviétique[3] — et pour ses liens avec la femme de « l’ennemi du peuple » Iejov. Babel est secrètement fusillé le . Ses cendres reposent au monastère Donskoï de Moscou, dans la même fosse commune que celles de son dénonciateur Iéjov, fusillé peu de temps après lui.

Son œuvre est interdite jusqu’à la réhabilitation de l’écrivain en 1954, au moment de la déstalinisation. Les manuscrits saisis lors de son arrestation n’ont jamais été retrouvés.

Analyse des œuvres[modifier | modifier le code]

Isaac Babel est l’auteur d’une série de nouvelles regroupées dans Cavalerie Rouge (Konarmiya), publié en 1926, récit sur sa participation, comme correspondant de guerre (sous le nom romancé de Lyoutov), à la campagne de Pologne dans la Première Armée de cavalerie de Boudienny en 1920, en pleine guerre civile. Il décrit des soldats courageux mais brutaux et incultes, dont le comportement rappelle celui des cosaques de l’ancien temps (ceux, par exemple, évoqués par Nicolas Gogol dans Tarass Boulba) et dont les convictions politiques sont assez floues. Les cavaliers de Babel sont capables de tuer pour la Révolution, mais ils n’ont que des notions assez vagues de ce que peut être le communisme. Ce portrait sans concession ne fut pas du goût de Boudienny qui ne cessa d’accuser Babel de salir ses hommes. L'oeuvre de Babel est alors ici ambivalente puisqu'il met au service de la cause révolutionnaire bolchévique un art de l'écriture concis, brillant, poétique et imagé, tout en semblant justifier les crimes et les massacres commis par les bolchéviques (dans la nouvelle "L'église de Novograd" il justifie l'assassinat du prêtre Romuald par le fait qu'il aurait été "déloyal" à l'égard du bolchévisme).

Le narrateur, qui n’est pas sûr de son identité, rencontre, dans la nouvelle intitulée Ghedali le juif du shtetl éponyme qui lui propose de participer à une « Internationale des gens de cœur ». « La révolution, nous lui dirons oui, mais faut-il que nous disions non au shabbat ? » lui-demande-t-il.

Babel est également l’auteur des Récits d’Odessa, écrits en 1927 et publiés en 1931, recueil de nouvelles décrivant avec ironie les petites gens, les bas-fonds et la pègre juive d’Odessa.

Selon Maurice Friedberg, il essaya toute sa vie de « concilier en lui le Juif mi-sentimental mi-cynique, émancipé depuis peu des commandements du judaïsme orthodoxe, et le communiste orthodoxe et rigoriste qu’il était devenu ». Olivier Todd rapporte qu'André Malraux « appréci[ait] l'outrance de Babel, son exaltation allant jusqu'à la cruauté et même ses descriptions d'exécutions sommaires[4] ».

Citations[modifier | modifier le code]

« Je suis un écrivain russe. Si je ne vivais pas dans le peuple russe, je cesserais d'être un écrivain, je serais comme un poisson hors de l'eau. »[5]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Cavalerie rouge (traduit du russe avec une introduction par Maurice Parijanine), Gallimard, 1959.
  • Cavalerie rouge, suivi des récits du cycle « Cavalerie rouge », des fragments du journal de 1920, des plans et esquisses (traduction, notes et étude de Jacques Catteau), Lausanne, L’Âge d’Homme, 1972. Disponible également au Seuil, collection Points, 1986.
  • Cavalerie rouge (traduction Irène Markowicz et Cécile Térouanne) suivi de Journal de 1920 (traduction Wladimir Bérélovitch), Arles, Actes Sud, 1997.
  • Contes d’Odessa (traduit par A.Bloch et M.Minoustchine), Gallimard, 1967.
  • Récits d’Odessa et autres récits (traduits du russe par Irène Markowicz et Cécile Térouanne, sous la direction d’André Markowicz), Arles, Actes Sud, 1996.
  • Chroniques de l’an 18 (traduit du russe sous la direction d’André Markowicz), Actes Sud, 1996.
  • Entre chien et loup adapté par Koukou Chanska et François Marié, "Marie" traduit par A. Bloch, théâtre NRF Théâtre du Monde entier 1970
  • Œuvres complètes (traduit du russe par Sophie Benech), Paris, Le Bruit du temps, 2011, 1310 p. (ISBN 2358730343)[6].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isaac Babel, l’homme et l’œuvre de Judith Stora-Sandor, Paris, Klincksiek, 1968
  • Sténo sauvage - La vie et la mort d’Isaac Babel, de Jerome Charyn, éd. Mercure de France 2007
  • Carnet d’URSS (1934), d’André Malraux, éd. Gallimard
  • La parole ressuscitée : archives littéraires du KGB de Vitali Chentalinski, éd. Hachette 1994
  • Cavalerie rouge d’Isaac Babel : invitation à la lecture de Laurent Fabien, éd. Publibook 2005

Film[modifier | modifier le code]

Le film de Chris Marker, Le Tombeau d'Alexandre (1993), évoque largement la mémoire d’Isaac Babel et donne la parole à ses proches.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Écrivains, autobiographies et portraits des prosateurs russes contemporains, 1924, sous la direction de Vladimir Lioine, publié à Moscou en 1926 (cité dans Chroniques de l’an 18, coll. Babel, Actes Sud, p. 11).
  2. Sophie Benech, Isaac Babel, Œuvres complètes, p. 5
  3. La vie brisée d’Isaac Babel, Le Point, 31 mai 2007
  4. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 215.
  5. Rapporté par Boris Souvarine dans ses souvenirs, Œuvres complètes, Paris, Le Bruit du temps, 2011.
  6. Emmanuel Hecht, L'Express, n°3149, 9/10/2011. Babel cavalier seul, « Isaac Babel sort du purgatoire », sur http://www.lexpress.fr/culture/livre,‎ 11/10/2011 (consulté en 16/11/2011)