Pierre Masse

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Pierre Masse
Fonctions
Sous-secrétaire d'État chargé du contentieux de la justice militaire et des pensions
1917 – 1917
Député
1914 – 1919
Sénateur
1938 – 1942
Biographie
Date de naissance 13 décembre 1879
Lieu de naissance Ribérac
Date de décès Octobre 1942
Nationalité Française
Profession Avocat

Pierre Masse, né le 13 décembre 1879 à Ribérac (Dordogne), est un avocat français, sénateur et secrétaire d'État, déporté par le convoi 39 du 30 septembre 1942[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Docteur en droit et premier secrétaire de la Conférence des avocats en 1906, Pierre Masse est élu député de l'Hérault en 1914. Quelques mois plus tard, il part pour le front où sa conduite valeureuse est récompensée par la croix de guerre et la Légion d'honneur. En 1917, Paul Painlevé l'appelle dans son nouveau gouvernement. Il est sous-secrétaire d'État à la Guerre chargé de la justice militaire du 12 septembre 1917 au 15 novembre 1917 dans le gouvernement Paul Painlevé (1).

En 1919, il abandonne la vie parlementaire pour se consacrer à sa carrière professionnelle. Devenu l'un des plus grands civilistes de sa génération et un éminent avocat d'assises, il siège au conseil de l'Ordre de 1928 à 1934.

L'année 1939 voit son retour en politique : il est élu sénateur de l'Hérault et adhère au groupe de la gauche démocratique. Le 10 juillet 1940 à Vichy, il tente vainement, avec Jean Boivin-Champeaux, d'obtenir de Pierre Laval l'inscription dans la nouvelle Constitution de la garantie des libertés individuelles et vote finalement en faveur des pouvoirs constituants pour le maréchal Pétain.

En octobre 1940, lors de la parution du décret chassant de l'armée les officiers d'origine israélite, Pierre Masse envoie au maréchal Pétain une lettre de protestation lui demandant s'il doit aller enlever leurs galons à son frère (officier, tué à Douaumont en 1916), à son gendre et son neveu (officiers, tués en mai 1940), s'il peut laisser la médaille militaire à son frère (mort à Neuville-Saint-Vaast), si son fils (officier, blessé en juin 1940) peut garder son galon et si « on ne retirera pas rétrospectivement la médaille de Sainte-Hélène à son arrière-grand-père »[2]. Peu de temps après, il accepte d'être l'avocat de l'auteur dramatique, Henry Bernstein, grossièrement diffamé pour ses origines juives par un journaliste devenu, depuis peu et grâce aux Allemands, le directeur du journal Je suis partout. Sa brillante plaidoirie lui fait une publicité redoutable[3].

En février 1941, Pierre Masse reçoit une circulaire adressée à tous les parlementaires leur demandant de préciser s'ils sont d'ascendance juive. Dans une seconde lettre adressée au maréchal Pétain, il exprime avec vigueur son refus d'être traité en « Français de la deuxième catégorie »[3].

Il est arrêté à son domicile par la police française, sur ordre des Allemands, le 21 août 1941[3] en compagnie de six confrères, tous Juifs et parmi les plus célèbres du barreau de Paris, Jean Weill, Théodore Valensi, Maurice Azoulay, Albert Ulmo, Gaston Crémieux et Édouard Bloch[4]. Il est ensuite séquestré au camp de Drancy, puis à Compiègne. Dans l'un et l'autre camp, sa préoccupation première est d'aider ses camarades de captivité, consolant les uns, partageant avec les autres les quelques colis qui lui parviennent. Pour essayer de le soustraire à cette antichambre de la déportation, des amis ingénieux imaginent de toutes pièces un prétendu abus de blanc-seing dont se serait rendu coupable Pierre Masse. Leur but, gagner du temps en suscitant une enquête approfondie, est partiellement atteint : il est ramené à la prison de la Santé et incarcéré comme détenu administratif. Mais le non-lieu prononcé par le procureur de l'État Maurice Gabolde le renvoie à Drancy, puis à Compiègne[3]. Le maréchal Pétain adresse, tardivement, une demande de libération aux autorités d'occupation. Celles-ci donnent une fin de non recevoir en s'étonnant que le cabinet civil du maréchal s'inquiète du sort d'un « Juif particulièrement dangereux… ». Le 30 septembre 1942, il est déporté à Auschwitz par le convoi no 39[5] où il disparaît au cours du mois d'octobre.

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mnasha Tenenbaum, père de Jean Ferrat, a été déporté par le même convoi.
  2. Robert Aron (avec Georgette Elgey), Histoire de Vichy – 1940-1944, éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », Paris, 1954, 766 p., p. 232-232.
  3. a, b, c et d Robert Badinter, Barreau de Paris : Hommage à Pierre Masse (19 mai 2009).
  4. Hélène Berr, Journal, Tallandier, 2008, p. 142.
  5. a et b Pierre Masse, sur le site du mémorial de la Shoah.
  6. 1960 - Quatrième série des Héros de la Résistance, phil-ouest.com

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. Nouvel Observateur. 2097 – « Auschwitz l'histoire vraie du crime absolu », mediatheque.territoires-memoire.be, consulté le 2 décembre 2014.

Lien externe[modifier | modifier le code]