Ivar Kreuger

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Ivar Kreuger vers 1920.

Ivar Kreuger (2 mars 1880 à Kalmar, Comté de Kalmar, Suède - 12 mars 1932 à Paris) était un homme d'affaires suédois. Il fut l'un des industriels européens les plus influents de l'entre-deux-guerres, grâce à ses activités de production d'allumettes. Il fut connu comme le « roi des allumettes », ayant réussi à obtenir un monopole sur ce produit.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Kreuger et sa femme en 1914

Fils aîné du banquier, industriel et consul de Russie Ernst August Kreuger et de son épouse Jenny, Ivar est un excellent élève qui saute deux classes avant de poursuivre ses études à l'institut royal de technologie à Stockholm, où il obtient à 20 ans deux diplômes d'ingénieur civil et de mécanique.

Il passe alors sept années à voyager, exerçant le métier d'ingénieur dans plusieurs pays, dont le Mexique, l'Afrique du Sud et les États-Unis, où il découvre l'emploi du béton armé dans la construction. De retour en Suède, il fonde en 1908 l'entreprise de BTP Kreuger & Toll avec son camarade d'études Paul Toll. Ils rencontrent un grand succès avec des contrats prestigieux pour la construction notamment du stade olympique de Stockholm ou du grand magasin Nordiska Kompaniet.

L'empire Kreuger[modifier | modifier le code]

En 1917, Kreuger fonde Svenska Tändsticks AB (maintenant Swedish Match) qui, par l'acquisition de monopoles nationaux, devient le plus important producteur d'allumettes au monde, avec près des deux tiers du marché. À l'époque où l'Europe souffre des conséquences de la Grande Dépression, les entreprises de Kreuger accordent des prêts à différents gouvernements européens en échange d'un monopole sur les allumettes dans tout le pays. Un prêt de 28 millions de dollars à la Roumanie ne fut pas remboursé avant 2002.

Outre la production d'allumettes, Kreuger étend son influence sur une grande part de l'industrie forestière du nord de la Suède et cherche à prendre les rênes d'un cartel de la cellulose.

Après avoir fondé la compagnie de pâte à papier SCA en 1929, Kreuger acquiert une participation majoritaire dans la compagnie de téléphone Ericsson et l'exploitant minier Boliden, ainsi qu'une participation minoritaire importante dans le fabricant de roulements mécaniques SKF, la banque Skandinaviska Kreditaktiebolaget et bien d'autres compagnies.

Dans les années 1920, il rapatrie en Suisse les capitaux qu'il a levés aux États-Unis puis au Liechtenstein sur les conseils de son frère qui connaît bien le ministre des Finances de la principauté, contribuant ainsi au développement de ce nouveau paradis fiscal[1].

Il prend également le contrôle d'entreprises étrangères, dont Deutsche Unionsbank en Allemagne et Union de Banques à Paris en France. En 1931, il contrôle environ 200 entreprises. Toutefois, le krach boursier de 1929 est un facteur majeur dans la crise de liquidité qui sera fatale à Kreuger et à son empire.

À son apogée, la fortune de Kreuger fut estimée à 30 milliards de couronnes suédoises, soit environ 100 milliards de dollars en 2000.

Le krach[modifier | modifier le code]

À partir de 1931, des rumeurs sur la mauvaise santé financière de Kreuger & Toll et d'autres compagnies de l'empire de Kreuger commencent à courir. Kreuger & Toll, dont l'action était très demandée à Wall Street, est mise en faillite en 1932, et des liquidités déclarées de l'ordre de 250 millions de dollars se révèlent inexistantes.

Le 12 mars 1932, Ivar Kreuger est trouvé mort sur son lit dans son appartement à Paris. Les indices laissent penser qu'il s'est suicidé à l'aide d'une arme à feu, mais des rumeurs ou théories du complot suggéreront plus tard que Kreuger a été assassiné. Néanmoins, sa mort a précipité la chute de son empire, qui toucha durement ses entreprises et les investisseurs.

Peu avant le krach, Kreuger avait émis des milliers d'obligations qui furent très populaires en Suède. De nombreux ménages y avaient investi leurs économies et perdirent toute une vie d'économies lors du krach de l'empire Kreuger.

Ivar Kreuger repose au cimetière de Norra begravningsplatsen à Stockholm.

Fictions[modifier | modifier le code]

Ivar Kreuger a inspiré différentes œuvres de fictions, dont la pièce de Ayn Rand Night of January 16th (La Nuit du 16 janvier) qui eut un grand succès à Broadway en 1935, ainsi que le film The Match King mis en scène en 1933 par William Keighley, et interprété par Warren William et Lili Damita. Le roman de 1930 de l'écrivain soviétique Ilya Ehrenbourg, Front unique, présente également un personnage central, Sven Olson, "le roi des allumettes", qui est inspiré d'Ivar Kreuger. En 1967, Jan Bergquist et Hans Bendrik ont écrit une pièce Les Affaires mirobolantes d'Ivar Kreuger (Ivar Kreugers svindlande affärer, éditée en 1970 par Askild & Kärnekull) créée au théâtre de la Ville de Stockholm en 1969 dans une mise en scène des auteurs. Une traduction en français, de Jacques Robnard, a été créée en mai 2011 au théâtre Saint-Gervais, à Genève, dans une mise en scène d'Eric Salama.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Vers 1920, Ivar Kreuger a inventé une superstition censée exister parmi les soldats de la Première Guerre mondiale. Elle affirmait que partager la même allumette entre trois soldats conduisait à la mort de l'un des trois, en laissant le temps à un soldat ennemi de remarquer la lueur lorsque le premier allumait sa cigarette, de viser lorsque le second allumait la sienne et enfin de tirer lorsque le troisième tenait l'allumette. Partant de cette prétendue superstition, le fait de partager une allumette entre trois personnes est devenu synonyme de malchance. Kreuger inventa cette superstition afin d'inciter les consommateurs à utiliser plus d'allumettes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Chavagneux, « Secret bancaire : une légende helvétique », Alternatives Economiques, no 188,‎ janvier 2001, p. 28