Camp de Rivesaltes

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Camp de Rivesaltes
Présentation
Propriétaire État
Protection  Inscrit MH (2000)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Languedoc-Roussillon
Département Pyrénées-Orientales
Commune Salses-le-Château
Localisation
Coordonnées 42° 48′ 17″ N 2° 52′ 45″ E / 42.8047, 2.8792 ()42° 48′ 17″ Nord 2° 52′ 45″ Est / 42.8047, 2.8792 ()  

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Camp de Rivesaltes

Le camp Joffre, dit « camp de Rivesaltes », a été fondé en 1938. De 1939 à 2007, ce camp militaire a accueilli diverses structures de regroupement de civils ou de militaires vaincus.

Camp de Rivesaltes en 2007.

L'îlot F du camp de Rivesaltes, avec l'ensemble de ses baraquements, fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [1].

Création du camp (1875-1939)[modifier | modifier le code]

Stèle commémorative pour les rescapées de la Retirada.

Des premiers projets à la construction[modifier | modifier le code]

L’officier d’artillerie Joffre propose en 1875 la création d’un camp pour le 9e régiment d’artillerie. Il dispose de nombreux atouts : proximité de la route nationale, d’une voie ferrée, de la mer, des Corbières. Mais le terrain, peu cher, manque d’eau. En 1935, quand le projet est repris, un aérodrome s’est en plus installé à côté[2].

Un centre militaire d’instruction est donc créé, sur 600 hectares à cheval et aux quatre cinquièmes sur la commune de Rivesaltes et au cinquième sur celle de Salses. Il est doté de bâtiments en fibrociment[2].

Les républicains Espagnols[modifier | modifier le code]

Suite à la Retirada, il est envisagé de placer au camp Joffre plus de 15 000 réfugiés catalans. Cela reste à l’état de projet, même si de plus faibles flux ont lieu (1939).

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le camp militaire[modifier | modifier le code]

En 1939, dès la mobilisation, le camp est utilisé en transit pour les militaires en attente d’affectation[2].

Le , la Défense met à disposition 600 hectares au sud du camp militaire, afin de regrouper les personnes expulsés d’Allemagne. La partie militaire du camp fonctionne ensuite parallèlement aux camps civils.

Le centre d’hébergement pour prisonniers Espagnols et Juifs étrangers (1941–1942)[modifier | modifier le code]

Alors même qu’arrivent les premiers internés le , le statut du camp et des hommes qui y sont adressés n’est pas encore fixé. Il est décidé qu’il s’agit d’un « centre d’hébergement » pour familles. D’abord envisagé pour un maximum de 17 000 « hébergés », il aligne 150 grandes baraques d’habitation soit une contenance de 10 000 personnes. La particularité du lieu est d’interner des familles sans les regrouper, mais plutôt en les séparant : il y a des baraques pour les hommes, d’autres pour les femmes et les enfants (les garçons passent d’un camp à l’autre à 14 ans)[2].

Au 31 mai 1941, le camp compte 6 475 internés de 16 principales ; plus de la moitié sont Espagnols, les Juifs étrangers représentent plus du tiers.

Le camp spécial dit « Drancy de la zone libre »[modifier | modifier le code]

Stèle commémorative des Fils et filles de déportés juifs de France pour les victimes du camp de Rivesaltes.

Le à cinq heures du matin commencent les opérations de ramassage des Juifs étrangers de la zone Sud et leur regroupement au Centre national de rassemblement des Israélites de Rivesaltes. Ce dernier est installé aux îlots J (femmes et enfants), F (hommes ; antérieurement dédié aux travailleurs) et K (réception, criblage et triage). Il est prévu pour un effectif de 10 000 internés composé de familles et une durée de 15 jours. Y sont d’abord regroupés les 1 176 Juifs déjà au centre.

Selon les Archives départementales des Pyrénées-Orientales (chiffres partiels, probablement supérieurs), au moins huit convois partent pour Drancy, en 1942 : le 11 août (394 personnes), le 23 août (entre 175 et 182 personnes), le 1er septembre (173 personnes), le 4 septembre (187 personnes), le 14 septembre (594 personnes dont 76 enfants), le 21 septembre (72 personnes), le 28 septembre (70 personnes) et le 5 octobre (106 personnes), soit un total de 1 771 à 1 778 personnes déportées, dont 78 enfants[3]. Une autre source indique un total de 2 250 déportés[4].

Serge Klarsfeld note que du 4 septembre au 22 octobre, le camp de Rivesaltes a joué le rôle de « Drancy de la zone libre ». Il a été le camp de rassemblement de tous les Juifs arrêtés dans la zone libre et le camp de transit vers Drancy, pour beaucoup de ces Juifs (environ 1 700)[5].

En , après l’invasion de la zone libre, les troupes allemandes s’installent au camp Joffre. En conséquence, le centre d’hébergement est liquidé au 25 novembre. À cette date, il comptait 277 membres du personnel. Durant deux années, le camp de Rivesaltes a interné environ 21 000 personnes[6], dont environ 5 714 au camp spécial, 2 313 ont rejoint Drancy, 2 251 ont été exclues par la commission de criblage. Sur le site sont décédés 215 internés, dont 51 enfants d'un an et moins.

Le camp sert à l’instruction des recrues de la Wehrmacht jusqu’en août 1944, date de son abandon et de son sabotage par l’armée allemande[4].

Le centre de séjour surveillé (1944-1946)[modifier | modifier le code]

L’armée allemande quitte Rivesaltes le .

Tandis que la partie militaire du camp de Rivesaltes reprend sa vocation initiale, est instauré le centre de séjour surveillé de Rivesaltes (12 septembre 1944)[4]. Concentrant sur l’îlot Q les personnes internées dans le cadre de l’épuration, ce nouveau camp dispose d’une capacité maximum de 1 080 internés.

Le centre continue de recevoir des ressortissants d’autres pays européens : les Espagnols, internés pour passage clandestin de la frontière, assurent ainsi les travaux nécessaires à la sécurisation du centre ; en janvier et mars 1945 viennent plusieurs centaines de réfugiés soviétiquesetc.

La dissolution du centre intervient le , et sa liquidation est achevée aux premiers jours d’octobre 1946.

Le dépôt de prisonniers de guerre (1944-1948)[modifier | modifier le code]

L’armée française installe le dépôt no 162 des prisonniers de guerre. Regroupant des militaires allemands et italiens, ce camp compte moins de 10 000 prisonniers en octobre 1944, entre 6 000 et 7 000 hommes en , et est fermé le premier mai 1948. Les prisonniers ont amplement travaillé à la reconstruction des Pyrénées-Orientales. Mais, entre mai 1945 et 1946, 412 prisonniers de guerre allemands décèdent.

Les prisonniers allemands sont employés dans des travaux agricoles dans tout le département[4]

La guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la guerre d’Algérie, l’État envisage, en 1957, de créer un « camp d’internement » à cet endroit. Le préfet fait tout pour l’en dissuader car les lieux contiennent le centre de formation majoritairement peuplé de Nord-Africains, un centre de formation professionnelle militaire destiné aux Nord-Africains et un centre de passage des jeunes soldats mobilisés pour la guerre.

Le projet ne va pas jusqu’au bout mais s’installe, en parfaite discrétion, un centre pénitentiaire destiné aux condamnés partisans de l’indépendance de l’Algérie. 527 prisonniers intègrent le centre entre le 9 mars et le [réf. nécessaire].

Parallèlement, le camp sert de camp de transit pour le contingent avant son embarquement pour l’Algérie[4].

Le camp de transit et de reclassement (1962-1977)[modifier | modifier le code]

Les Harkis[modifier | modifier le code]

Courant juin, le 1er régiment de tirailleurs algériens est rapatrié au camp Joffre. Il a emporté avec lui plusieurs centaines de civils, femmes et enfants.

En octobre 1962, environ 8 000 Harkis séjournent au camp de transit et de reclassement de Rivesaltes (dont ceux en provenance du camp du Larzac et de Bourg-Lastic). En tout, selon les calculs de l’historien Abderahmen Moumen[7], à peu près 20 000 personnes passent dans le camp entre 1962 et 1964. Le séjour varie selon les familles : entre quelques jours pour certaines, voire des années pour d'autres. Les familles considérées comme « irrécupérables » — termes administratifs employés à l'époque — sont envoyés à la fin de l'année 1964 au camp/cité d'accueil de Saint-Maurice-l'Ardoise dans le Gard (jusqu'en 1975). Un « village civil » accueille encore plusieurs centaines de familles — ayant un emploi mais pas de logements — au camp de Rivesaltes durant les années 1960. En 1963, un hameau forestier a aussi été créé à Rivesaltes pour environ 25 familles d'anciens supplétifs (soit une centaine de personnes). La décennie suivante voit l'essentiel de cette population s'installer à la cité du Réart, construite sur la commune de Rivesaltes pour mettre fin à la situation de ces familles. Les dernières à quitter le site du camp le font en février 1977.

Les Coloniaux[modifier | modifier le code]

D’autres supplétifs coloniaux sont venus, accompagnés de civils : de 1964 à 1966 parviennent au camp environ 600 Guinéens, anciens militaires français, rapatriés et leurs familles, ainsi qu’un petit camp de familles d’anciens militaires rapatriées d'Indochine française.

Le camp militaire[modifier | modifier le code]

Le camp est rendu à sa première vocation, l’entraînement des militaires, pour quelques années. C’est le 24e régiment d'infanterie de marine (24e RIMa) qui l’utilise[4].

Le centre de rétention administrative (1986-2007)[modifier | modifier le code]

Créé en 1986, le centre de rétention administrative a d’abord eu pour objet de regrouper les ressortissants Espagnols en situation irrégulière sur le territoire français.

Ayant dépassé les mille entrées annuelles depuis 1994, il est, sur le territoire français, l’un de plus importants centres de rétention des immigrés clandestins. Il déménage en 2007[4].

Le musée mémorial[modifier | modifier le code]

En 1993, Serge Klarsfeld publie Les transferts de juifs du camp de Rivesaltes et de la région de Montpellier vers le centre de Drancy en vue de leur déportation, . Avec lui, le , l'association « Fils et filles de déportés juifs de France », érige une stèle à la mémoire des 2 313 Juifs déportés du camp de Rivesaltes vers Auschwitz.

Le , on érige une stèle à la mémoire des Harkis.

En 1997, pétition du collectif « Pour la mémoire vivante du camp de Rivesaltes » signée par Simone Veil, Claude Simon, Edgar Morin et de nombreux citoyens suite à l'émotion provoquée par la révélation par le journaliste Joël Mettay du dépôt à la déchèterie d'une partie des archives du camp.

En 1998, Christian Bourquin, nouveau président du conseil général des Pyrénées-Orientales, s'oppose à la destruction du site et commence la concertation autour du projet. Le , la stèle à la mémoire des républicains Espagnols est élevée.

En 2000, le site est inscrit comme monument historique par le ministère de la Culture[1].

L'architecte Rudy Ricciotti dépose le permis de construire le 21 janvier 2009. La première pierre a été posée le 15 novembre 2012, par Christian Bourquin et Rudy Ricciotti, le Mémorial devrait être ouvert au public en 2015[10].

Parc éolien et entreprises[modifier | modifier le code]

Un parc éolien, composé de huit éoliennes (quatre de 43 m de haut et quatre de 70 m) est installé en bordure du camp. La puissance totale installée est de 7 600 kW, correspondant à l'alimentation en électricité d'environ 3 500 personnes[11].

Des entreprises sont installées sur une partie du camp[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA66000009 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a, b, c et d Coralie Pailhes, « Les multiples vies du camp de Rivesaltes », Revue française de généalogie, no 196, octobre-novembre 2011, p. 24.
  3. Gérard Gobitz, Les Déportations de réfugiés de zone libre en 1942, Paris,  éd. L'Harmattan, 1997, 286 p. (ISBN 2296330207 et 9782296330207), chap.  « Département des Pyrénées-Orientales – Le camp de Rivesaltes », p. 233-235 et 237 [lire en ligne sur books.google.fr (page consultée le 20 décembre 2012)].
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Coralie Pailhes, op. cit., p. 25.
  5. Serge Klarsfeld, « L'acheminement des Juifs de province vers Drancy et les déportations », sur www.ahicf.com/ww2/actes/9klarsf.rtf, AHICF.
  6. « Mémorial du camp de Rivesaltes », sur enseigner-histoire-shoah.org, Mémorial de la Shoah (consulté le 19 décembre 2012).
  7. « Domaines des Sciences Humaines et Sociales, IDM Institut des Méditerranées – Abderahmen Moumen », sur univ-perp.fr, université de Perpignan,‎ 4 mars 2009 (consulté le 19 décembre 2012).
  8. « L'architecte Rudy Ricciotti construira le mémorial du camp de Rivesaltes », sur .batiweb.com,‎ 3 janvier 2006.
  9. « Construction du Musée Mémorial du Camp de Rivesaltes », sur roussillonamenagement.fr (consulté le 19 décembre 2012).
  10. « Histoire-infrastructure-collectivités-région – La Région Languedoc-Roussillon lance la construction du Mémorial du camp de Rivesaltes », sur harki.net, AFP,‎ 16 novembre 2012 (consulté le 19 décembre 2012) [PDF].
  11. « Ferme éolienne de Rivesaltes » (consulté le 19 décembre 2012).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Anne Boitel, « La Cimade en action auprès des « indésirables » : essai de synthèse à travers le cas d'école du camp de Rivesaltes (de Vichy à nos jours) », dans Déplacements forcés et exils en Europe au XXe siècle – Le corps et l'esprit, 2e Actes du séminaire transfrontalier (dir. Roger Barrié, Martine Camiade, Jordi Font), Paris, Talaia, 2013, p. 67-103.
  • Nicolas Lebourg, « Le Camp de Rivesaltes : 70 ans de répression et d’indifférence 1938-2008 »,
  • Abderahmen Moumen « Le Camp de Rivesaltes et la guerre d’Algérie », Journées du Patrimoine, Camp de Rivesaltes, 15 et 16 septembre 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Anne Boitel, Le Camp de Rivesaltes 1941-1942, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan/Mare Nostrum, mars 2001.Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Anne Boitel (dir. D. Kévonian, G. Dreyfus-Armand, M.-C. Blanc-Chaléard et M. Amar), « Agir, témoigner, résister au sein d'un camp d'internement français : l'action de la Cimade à Rivesaltes entre 1941 et 1942 », dans La Cimade et l'accueil des réfugiés , coll. « Sources et travaux de la BDIC », Presses Universitaires de Paris Ouest, 2013, p. 83-99.
  • Anne Boitel, « Les enfants juifs internés au camp de Rivesaltes entre 1941 et 1942 », dans 1941, l'année décisive, Revue d'histoire de la Shoah, le monde juif, no 179, septembre-décembre 2009, p. 225-268.
  • Anne Boitel, « Enseigner, apprendre. Les enfants juifs au camp de Rivesaltes (1941-1942) », dans Juifs en France (1940-1944) : apprendre, enseigner, Tsafon, revue d'études juives du Nord, no 53, printemps-été 2007, p. 19-46.
  • Anne Boitel, « Les internés juifs du camp de Rivesaltes entre 1941 et 1942 : de l'internement à la déportation », dans Perpignan, L'Histoire des Juifs dans la ville XIIe ‑ XXe siècles, coll. « Perpignan-Archives-Histoire », Perpignan, 2003, p. 171-191.
  • Joël Mettay, L’Archipel du mépris, Trabucaire, Perpignan, 2001.
  • Abderahmen Moumen, Entre histoire et mémoire. Les rapatriés d'Algérie. Dictionnaire bibliographique, Gandini, Nice, 2003.
  • Denis Peschanski, La France des camps, Gallimard, Paris, 2002.
  • Friedel Bohny-Reiter, Journal de Rivesaltes 1941-1942, traduit de l'allemand par Michèle Fleury-Seegmüller, Éditions Zoé, Carouge-Genève, 1993 (ISBN 2-88182-189-8).
  • Violette et Juanito Marcos, Les Camps de Rivesaltes, Loubatières, 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]