Jacques Doriot

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Jacques Doriot
Jacques Doriot, député de la Seine (1929).
Jacques Doriot, député de la Seine (1929).
Fonctions
Député de la Seine
19281937
Gouvernement IIIe république
Groupe politique PCF (1928-1934)
NI (1934-1937)
PPF (1937-1944)
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Résidence Seine

Jacques Doriot (Bresles dans l'Oise 1898 - Mengen, dans le Wurtemberg, en Allemagne, 1945) est un homme politique et journaliste français, communiste puis fasciste. Il fut pendant la Seconde Guerre mondiale l'une des figures de proue du collaborationnisme. Après son départ du Parti communiste français, il fonda le Parti populaire français, qui fut durant l'Occupation allemande l'un des deux principaux partis français de la Collaboration.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Le communiste[modifier | modifier le code]

Ouvrier métallurgiste, il devient secrétaire général de la Jeunesse communiste. Il sera l'un des représentants de l'Internationale communiste au congrès clandestin de la formation du Parti communiste chinois en 1921. Condamné et interné pour ses positions contre la guerre du Rif, il sort de prison en 1924 grâce à son élection au poste de député de Saint-Denis, ville dont il devient le maire en 1930. Il est exclu du Parti communiste en 1934 après avoir créé un Comité de Défense Antifasciste avec des membres de la SFIO et du Parti radical et radical-socialiste, alors que le Parti communiste et Moscou prônaient le principe de « classe contre classe ». Il s'oppose à la politique de Maurice Thorez et du Komintern qui refusent tout front unique avec les socialistes, puis il évolue vers une certaine forme de fascisme.

Le collaborateur[modifier | modifier le code]

En 1936, Doriot fonde le Parti populaire français (PPF) et reprend le journal La Liberté, lequel prend position contre le Front populaire. Durant la guerre, Doriot est un partisan radical de la collaboration. Il contribue, ainsi, à la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et combat personnellement sous l'uniforme allemand sur le front russe, avec le grade de lieutenant.

Il se réfugie en Allemagne en 1944, et tente de mettre en place un Comité de libération française; il meurt lors du mitraillage de sa voiture par deux avions en maraude. Selon certaines thèses, il aurait été victime de divergences entre les nazis.

Les années communistes[modifier | modifier le code]

L'essor de sa carrière politique[modifier | modifier le code]

Jacques Doriot est né le 26 septembre 1898 à Bresles dans l'Oise. Il appartient à une famille ouvrière : son père est forgeron et sa mère couturière. Il commence à travailler dès l'âge de quinze ans dans une usine puis trouve un emploi dans une laiterie voisine. En 1915, à l'âge de 17 ans, il s'installe à Saint-Denis et travaille dans plusieurs usines comme ouvrier métallurgiste. En 1916, il s'inscrit à la section locale des Jeunesses socialistes lesquelles partagent les idées pacifistes de la minorité de la SFIO. Il vit dans un milieu ouvrier las de la guerre.

En avril 1917, il est mobilisé, et en 1918 son unité est décimée au Chemin des Dames. Il est décoré de la croix de guerre pour avoir ramené des lignes ennemies un camarade blessé, mais il a été, également, condamné à un mois de prison pour indiscipline, ce qui illustre déjà son attitude à la fois rebelle et solidaire. Son unité part ensuite à l'Armée d'Orient ce qui explique sa démobilisation tardive en 1920.

Il revient alors à Saint-Denis et rejoint le camp des partisans de la Troisième Internationale au sein de la SFIO. En automne, les Jeunesses socialistes se rattachent à l'Internationale communiste des jeunes, et Doriot est élu au Comité National. Marqué par la guerre, sans attaches familiales, Doriot va devenir un révolutionnaire professionnel. De 1921 à 1923, il représente les Jeunesses communistes françaises à Moscou, auprès de l'Internationale Communiste des Jeunes. Durant son séjour en Union soviétique, il fait l'apprentissage de l'agitation et rédige des textes de propagande. Il voyage beaucoup, prend la parole à de nombreuses réunions politiques, et fait la connaissance de Lénine à qui il voue une grande admiration. À son retour en France en 1922, il est placé à la tête des Jeunesses communistes. Sous sa direction, elles deviennent un instrument de bolchevisation du Parti communiste français (PCF) qui était, jusqu'à cette époque, toujours fortement marqué par le modèle socialiste. En 1923, Doriot qui a alors vingt-cinq ans est condamné à un an de prison pour avoir rédigé une série d'articles contre la guerre du Rif et appelant les soldats à désobéir. En 1925, les effectifs des Jeunesses Communistes atteignent le point le plus haut des années 1920.

Doriot jouit alors d'une grande popularité dans le Parti : il apparaît comme un élément prometteur. Sa carrière politique prend son essor à cette époque et il devient membre du Bureau politique en 1924. Doriot est ambitieux, visant notamment à atteindre des postes de direction, mais l'Internationale ne lui attribue pas la position qu'il recherche. Il se replie alors sur le parti français dans lequel il est très influent et très apprécié, et où il commence à se détacher de la direction de l'Internationale. Du militant bolchevik dévoué qu'il était, il se transforme progressivement en un politicien habile et calculateur. Ses relations avec le groupe dirigeant sont tendues, et il doit faire face à un rival, Maurice Thorez. En 1931, Doriot est élu maire à Saint-Denis qui devient un bastion du PCF mais également son fief personnel. Des dirigeants communistes français, il est l'un des plus avertis sur les questions internationales : porte-parole du parti, il dénonce le traité de Versailles et l'impérialisme français, il proclame le droit des peuples à l'autodétermination, y compris pour l'Alsace-Lorraine.

Au début des années 1930, il entretient d’excellentes relations avec Bernard Lecache et la LICA, alors qu'elles ne le sont pas avec le reste du parti[1]. Ainsi, en 1931, pour illustrer les appuis dont elle dispose dans le monde politique, la LICA cite le cas de Jacques Doriot[2].

À partir des années 1930, le nazisme et le communisme montent en puissance. Doriot a l'occasion d'aller en Allemagne pour apporter au Parti communiste d'Allemagne le soutien du PCF, et observe outre-Rhin le succès foudroyant du parti nazi. Dans les années 1932-1934, le parti communiste décline en puissance et en influence. Cependant, aux élections législatives de 1932, alors que le parti subit un recul important, Doriot obtient une victoire franche, et est le seul candidat communiste élu au premier tour. Il profite de ce succès pour se rendre à Moscou et dresser un bilan sévère de l'état du Parti. Il met alors en valeur sa réussite personnelle afin d'obtenir la direction de toute la région parisienne, qui représente le tiers des effectifs du PCF, mais le Komintern ne lui donne pas satisfaction. En effet, les ambitions de Doriot, sa recherche d'intérêts personnels transparaissent dans ses discours, ce qui le rend peu fiable aux yeux des dirigeants soviétiques. Doriot veut rester dans le mouvement communiste, il veut aussi gagner la direction du parti français, mais pour cela il dépend de l'Internationale. Il fait marque d'allégeance envers celle-ci, cherche à gagner ses faveurs, mais il ne peut refréner les marques d'affirmation de son indépendance. Comme il refuse de n'être qu'un pion de l'Internationale et qu'il cherche plutôt le statut de partenaire, la situation est tendue. À cela s'ajoute l'établissement de la dictature hitlérienne, et l'écrasement du parti communiste d’Allemagne qui représente pour l'Internationale la plus grosse défaite de son histoire.

Au sein du parti communiste, Doriot subit donc des échecs provoqués par ses ambitions frustrées. Il se sent à l'étroit et, voulant donner au parti une orientation nouvelle, il alimente des tensions avec les dirigeants.

Divergences avec le Komintern[modifier | modifier le code]

En 1933, des pourparlers s'engagent entre socialistes de la SFIO et communistes en vue de l'organisation de controverses publiques sur le thème de l'unité ouvrière, mais ces pourparlers sont rompus, ce que désapprouve Doriot qui voudrait créer un front commun. En fait, Doriot veut exploiter l'affaiblissement de la SFIO qui vient d'exclure son aile droite néo-socialiste et son aile d'extrême gauche, l'Action socialiste. Son but est de rapprocher les deux partis, pour que le communisme retrouve de l'influence. L'Internationale rejette sa proposition, qu'elle juge opportuniste. Dans cette proposition, Doriot insiste pour changer de tactique en démontrant les avantages qui pourraient en découler : les propositions de front unique qu'il s'agit d'envoyer à la direction socialiste permettraient d'élargir la scission de la droite et de rallier au parti communiste le groupe de l'Action socialiste. Et surtout, le rapprochement avec la SFIO permettrait au parti communiste de prendre la tête d'un mouvement de masse anti-fasciste. Mais l'Internationale continue de rejeter cette proposition et Thorez rappelle que le parti socialiste est un ennemi. En effet les socialistes étaient perçus comme affaiblissant la lutte des classes en collaborant avec la bourgeoisie.

Doriot est exaspéré par la rigidité du Komintern. En 1934, il dénonce la menace fasciste qui se manifeste lors des émeutes du 6 février. Il remet à nouveau en question la direction du parti et demande la formation d'une coalition avec les socialistes pour combattre cette menace. En fait il perçoit, comme de nombreux hommes de gauche, que la division entre les socialistes et les communistes en Allemagne a joué en faveur de Hitler et il veut éviter de voir la même erreur se reproduire en France. Mais cet appel visant à changer de ligne de conduite est considéré par Thorez et par le Komintern comme un manquement à la discipline du parti. Thorez utilise alors l'Humanité pour ternir la réputation de Doriot et déformer sa position. Doriot réagit : le 8 février 1934, il profite de la réaction de la gauche vis-à-vis des émeutes du 6 février pour négocier avec les responsables de la SFIO à Saint-Denis, sans tenir compte des ordres du PCF. Il prend part à la création du Comité de vigilance antifasciste de Saint-Denis composé de communistes et de représentants locaux de la SFIO et de la CGT.

En réaction, Thorez organise une réunion des responsables communistes de Paris pour faire rentrer Doriot dans le rang. C'est l'occasion d'un vote sur la remise en cause de la politique du parti, où une majorité de délégués se prononcent en faveur de la ligne de conduite officielle. En réaction à ce désaveu, Doriot démissionne de sa fonction de député-maire de Saint-Denis. Le 11 avril, il rédige une lettre au Komintern pour exposer à nouveau sa volonté d'unir socialistes et communistes contre le fascisme. Il va même plus loin en présentant un projet alternatif cohérent, qui laisse de côté la révolution du prolétariat et vise à atteindre le pouvoir grâce à une politique fondée sur la collaboration des classes. L'Internationale convoque alors Doriot à Moscou, mais ce dernier refuse de s'y rendre. Le 27 juillet 1934, sous la pression des événements, l'Internationale adoptera la politique d'alliance avec la gauche, qui était pourtant considérée auparavant comme hérétique. Mais le refus de Doriot d'aller à Moscou, ses désobéissances et ses ambitions personnelles de direction du PCF ne sont plus tolérées. Au congrès annuel de juin 1934, Thorez propose d'exclure Doriot du parti et la motion est adoptée à l'unanimité.

Cette exclusion provoque un déchirement chez Doriot, mais surtout une grande colère et une soif de vengeance contre la direction du parti. Il reste dans le jeu politique, mais craint de se faire évincer par l'union qui est en train de se former entre les deux grands partis ouvriers. En réaction, Doriot décide de surenchérir dans l'unité ouvrière ; le 5 juillet 1934 il lance le mot d'ordre « une seule classe, une seule CGT, un seul parti ». Pour diffuser son point de vue, il utilise L'Émancipation nationale, journal qu'il dirige. Il cherche à constituer un parti de synthèse, refusant toute fusion dans un parti existant. Pour lui, la division des mouvements ouvriers est la cause majeure de la défaite face au fascisme, et il cherche la solution dans une structure neuve dont lui-même prendrait la tête. Mais Doriot ne réussit pas à concrétiser la percée qu'il espérait, et demeure un élément isolé au sein de l'extrême gauche française. Sa politique de lutte contre le communisme devient de plus en plus nette et s'accompagne d'une promotion de la paix, thème qui passe alors au premier plan de sa propagande. Dans la foulée, il affirme une volonté d'entente avec l'Allemagne nazie.

Cette campagne pacifiste marque un tournant dans la vie politique de Doriot. Par là, il abandonne la lutte au profit de la conciliation et annonce un combat ouvert contre le parti communiste. Cette politique marque aussi l'échec de l'unité ouvrière qu'il recherchait. Doriot est donc dans une position fragile, avec pour seule véritable motivation la revanche personnelle. En 1935 il est toujours un homme politique de gauche. Les élections de 1936 confirment sa situation précaire et sa perte d'influence. Peu après ces élections, Gabriel Le Roy Ladurie, président de la banque Worms, prend contact avec lui. Il représente les grandes entreprises qui voudraient détruire l'assise du Front populaire, et demande à Doriot de former un parti politique pour l'aider dans cette manœuvre.

Le Parti populaire français[modifier | modifier le code]

La création du parti et sa montée en puissance[modifier | modifier le code]

Jacques Doriot à la tribune lors de la première réunion du Parti populaire français au théâtre municipal de Saint-Denis en 1936

La plupart des historiens sont d'accord pour considérer que le Parti populaire français représente la forme la plus proche du type fasciste qui ait existé en France, d'autres historiens, allant plus loin, estiment qu'on peut qualifier le PPF de véritable parti fasciste.

À l'origine, ni dans la conception de son fondateur, ni dans la réalité, le Parti populaire français (PPF) n'a été un parti fasciste. Au contraire, il apparaît initialement comme un parti d'extrême gauche rival du parti communiste. Sa fondation a lieu en juin 1936, juste après la vague de grèves du mouvement ouvrier : c'est les 27 et 28 juin que Doriot présente le PPF à quelques centaines de personnes. Ce parti se définit comme un mouvement de rassemblement national visant à regrouper tous les Français, sauf les dirigeants communistes, pour assurer au pays la paix et l'indépendance. Dans cette logique, Doriot ne s'affirme pas opposé au Front populaire.

Le programme du nouveau parti est très vague, notamment sur le plan des institutions. Le mouvement social de juin 1936 provoque une peur de la gauche bourgeoise traditionnelle, ce qui est bénéfique pour le PPF qui reçoit également l'appui de certains journaux de droite, le ralliement d'hommes d'extrême droite et le soutien matériel d'une partie du patronat.

Doriot, pour continuer à bénéficier de ces appuis, met en avant la lutte contre le communisme dans son programme politique et fait passer au second plan la lutte contre le conservatisme et le grand capitalisme. Cependant, visant avant tout à un rassemblement national, il ne laisse pas encore son parti glisser indéfiniment à droite.

Ainsi, durant la première année d'existence du PPF, il garde une ligne assez souple et modérée qui privilégie l'isolement du parti communiste et le rapprochement du pouvoir. La volonté de revanche de Doriot sur le parti qui l'a exclu se ressent donc toujours fortement sur sa ligne de conduite.

Quant aux relations avec les socialistes, elles restent mesurées. En juillet 1936, Doriot affirme clairement son objectif : il désire accéder au pouvoir pour procéder à une révolution nationale. Le parti est présenté comme d'un type nouveau, à la fois populaire, national et social.

On peut légitimement se poser la question des éléments de nature fasciste présents dans l'organisation du PPF. Il faut d'abord noter que si le parti refuse de se doter d'une organisation paramilitaire, c'est uniquement pour ne pas braquer l'opinion publique en imitant les ligues ou les partis fascistes. Il y entre pourtant des rituels fortement inspirés des mouvements fascistes : le salut quasi similaire au salut romain (repris par les fascistes et les nazis), le cri « en avant, Jacques Doriot », l'existence d'un insigne, d'un drapeau, d'un hymne et surtout d'un serment de fidélité.

Le premier congrès du PPF se déroule en novembre 1936 et illustre ce que le parti prétend être : un parti de rassemblement national et un parti populaire. Le comité central est partagé également entre des hommes venus de gauche, majoritairement des transfuges communistes, et des hommes de droite, des Volontaires nationaux mais aussi des Jeunesses patriotes et des hommes de l'Action française. Concernant la politique extérieure, le pacifisme est resté dès le début un des points principaux de la politique du PPF : dans ses discours, Doriot rappelle son passé d'ancien combattant et les horreurs de la guerre de 14-18. Le parti appuie les désirs de paix des Français et désigne le Parti communiste comme un parti de la guerre. Doriot soutient dans sa propagande que la paix est la seule chose qui puisse faire retrouver à la France « son dynamisme, sa force, son prestige ». Il met également en avant la réussite du PPF comme la seule solution de paix qui reste à la France.

La dérive fasciste[modifier | modifier le code]

Au tournant de 1937, Doriot aborde une nouvelle tactique, qui fait nettement glisser le parti vers la droite. Se posant en défenseur des libertés menacées par les communistes, prétendument aidés par les socialistes, il les accuse d'empêcher l'exercice des droits d'expression et de réunion et lance la formule du Front de la liberté, pour appeler à un rassemblement de tous les groupements et partis politiques se situant entre l'extrême-droite et les socialistes.

Peu répondent à ces diatribes, mais la position nouvelle du PPF place celui-ci à la charnière de la droite modérée et de l'extrême-droite. Le Front de la liberté obtient donc une faible adhésion, tandis que le PPF montre un essoufflement.

À cette perte d'influence s'ajoute, en mai 1937, l'invalidation de la gestion de Doriot à la mairie de Saint-Denis. Une enquête administrative, diligentée par le ministre de l'intérieur Marx Dormoy, met au jour des irrégularités conduisant à cette invalidation. Doriot démissionne alors du conseil municipal, parvient à organiser de nouvelles élections, mais il subit une défaite face aux communistes, ce qui marque un tournant dans l'histoire du parti.

Le retour de Saint-Denis aux mains des communistes est symbolique en ce qu'il montre clairement l'échec de Doriot à rassembler autour de lui la classe ouvrière.

Doriot réagit alors en abandonnant son mandat de député, qui était le dernier lien le rattachant aux institutions. À compter de ces deux péripéties, la fascisation du parti s'accentue encore plus nettement. Les responsables du PPF, tels que Pierre Drieu La Rochelle, Victor Arrighi ou Bertrand de Jouvenel, attendent du parti qu'il devienne l'équivalent français du parti national-socialiste en Allemagne. Les doriotistes voient la nécessité de créer en France une nouvelle élite, à l'image de ce que représentent en Allemagne le parti nazi et en Union soviétique le parti communiste.

Devant l'échec du rassemblement national, le PPF se transforme : il s'aligne sur les modèles fascistes et accentue ses attitudes extrémistes. Le parti se rapproche résolument de l'extrême-droite, allant même jusqu'à l’Action française : Doriot déclarera notamment, à propos de la monarchie, qu'il n'est pas opposé à cette solution mais qu'elle n'est pas encore assez « mûre ».

Un projet de totalitarisme fasciste s'affirme de plus en plus, comme le montre le discours de Doriot au deuxième congrès du PPF en mars 1938 : Doriot veut voir renaître une paysannerie forte, déplore la prolétarisation de la France, et présente la famille comme la cellule fondamentale de la nation. Il promeut aussi le nationalisme comme la doctrine primordiale du parti et ambitionne même de façonner un homme nouveau, qui doit avoir « le goût du risque, la confiance en soi, le sens du groupe, le goût des élans collectifs ». Doriot élabore enfin une charte du travail qui reprend le modèle mussolinien.

Les thématiques et les méthodes fascistes se sont donc clairement installées dans le parti, et d'autres indices témoignent de cette évolution : quand Doriot survole en avion le stade le jour anniversaire de la création du PPF en juin 1938, c'est une réédition de la descente de Hitler sur Nuremberg telle que Leni Riefenstahl l'avait présentée dans son film de propagande Le Triomphe de la volonté.

C'est aussi sur le plan de la xénophobie, du racisme et de l'antisémitisme que des changements surviennent, après la mort de son ami juif Alexandre Abremski. Ainsi au congrès de mars 1938, on discute de la « question juive » en Afrique du Nord. La presse doriotiste exprime enfin de manière ouverte son admiration pour les régimes fascistes, les voyages en Allemagne et en Italie des doriotistes se multiplient, et la propagande devient plus dure.

En politique extérieure, le PPF comptait jouer sur un pied d'égalité avec les régimes fascistes italien et allemand, mais devant leur montée en puissance, cette politique a pris l'allure d'une coopération passive, puis celle d'une soumission.

En effet, il ne faut pas oublier que dès sa création, le parti met en avant son pacifisme, et au printemps de 1938, Doriot organise une série de manifestations contre la guerre, en prônant une union pour le maintien de la paix.

Mais en cette même année 1938, la perte de confiance dans le PPF est généralisée : le parti, qui ne propose pas de politique conquérante, manque de dynamisme. Pour redonner de l'attraction au parti, Doriot évoque le thème nouveau d'une mission extérieure, l'exhortation à gagner quelque chose dans le monde.

Mais cette proposition, qui correspond en fait à la dimension fondamentale du fascisme, apparaît inconsistante et saugrenue, elle arrive beaucoup trop tard. L'année 1938 met en lumière la crise de plus en plus prononcée du PPF, avec notamment la démission de plusieurs de ses dirigeants, dont Arrighi et Marion.

En 1939, le parti prend une dimension de tradition nationaliste. Doriot, dans ses discours, déplore la dénatalité, causée selon lui par le capitalisme libéral et le marxisme. Il déplore aussi dans la jeunesse une perte du respect de la foi, de l'autorité, de la famille, de la nation et de la patrie.

Ce repli vers une ligne traditionaliste peut s'expliquer par l'opportunisme et la déception de Doriot devant la régression de son mouvement. Le , la France entre en guerre au côté de la Grande-Bretagne, et Doriot est mobilisé. Il affirme que le but des Alliés doit être de supprimer la puissance allemande, mais il ajoute que Staline est tout autant l'ennemi que Hitler. Il espère que l'après-guerre verra s'installer l'ordre nouveau dont il rêve, avec une carte de l'Europe redessinée au détriment de l'Allemagne et de l'URSS.

Après la défaite de la France et la signature de l'armistice en juin 1940, Doriot – dans un nouvel élan d'opportunisme – cherche à obtenir une place dans le gouvernement de Vichy, mais il en est tenu à l'écart. Il est cependant nommé membre du Conseil national instauré par Vichy. Il se rapproche alors de Marcel Déat (1894-1955), avec qui il envisage un projet de parti unique, lequel n'aboutira pas.

Il regagne Paris en 1940, et s'attache à remettre sur pied le PPF désorganisé par la défaite. À la mi-octobre, il lance Le Cri du peuple, un journal qui doit servir à attirer la classe ouvrière en profitant de l'absence de L'Humanité. Ses efforts de regroupement sont inefficaces, le PPF ne se développe pas, et à cela s'ajoute une grande méfiance de la population à l'égard des autorités d'occupation.

Progressivement, Doriot entre en relation avec les Allemands, qui lui apportent l'appui et les ressources matérielles nécessaires pour rester dans la course. Le PPF accentue ainsi sa position de collaboration, et affiche sa confiance dans la victoire de l'Allemagne. Doriot devient de plus en plus raciste, sans doute pour plaire à ses contacts de la SS, et l'attaque de l'Allemagne contre l'URSS le 22 juin 1941 le fait définitivement passer dans le camp allemand. Le 8 juillet 1941, Doriot appuie la création de la LVF, la Légion des volontaires français qui combattent sous l'uniforme allemand. Il s'engage lui-même, et effectue de longs séjours (18 mois au total) sur le front de l'Est, durant la période 1943-1944. Il est décoré de la Croix de fer[3].

Exil et mort[modifier | modifier le code]

Après le débarquement allié, Doriot s'exile en Allemagne à Neustadt an der Weinstrasse puis dans l'Île de Mainau, sur le lac de Constance. Jacques Doriot était alors optimiste, son départ pour l'Allemagne revêtant pour lui un aspect tactique. En effet, selon lui, les « forces françaises » s'étaient exilées en Allemagne afin de se ressourcer devant l'imminence du mauvais coup des communistes qui venaient, toujours selon Doriot, de commencer leur prise de pouvoir en France. Le but de Doriot, dès son exil en Allemagne, fut l'avènement d'un « État populaire français », exempt des vices de Vichy, où il aurait bien évidemment joué un rôle majeur. Pour Doriot, du résultat de cette entreprise dépendait le retour de la France au rang de puissance européenne à même de discuter d'égale à égale avec l'Allemagne hitlérienne. Doriot, Déat, et Brinon rencontrèrent le Führer en personne au mois de septembre 1944 afin de mener à bien ce projet.

Cependant, toutes ces manœuvres manquaient d'énergie aux yeux d'un Doriot plus activiste que jamais en dépit de la fuite des dirigeants collaborationnistes. Aussi annonça-t-il la création, le , d'un « Comité de libération française », réplique collaborationniste de l'entreprise gaulliste en Angleterre[4]. Ce Comité devait rassembler le petit groupe des exilés de Sigmaringen et assurer le pouvoir au chef du PPF.

Cependant, plusieurs autres dirigeants collaborateurs se montraient encore réticents : Déat, l'éternel rival, Darnand, le chef de la Milice française. Aussi, rendez-vous fut pris avec Déat le . Nul ne sait sur quoi aurait débouché cette rencontre, si elle avait eu lieu.

Ce jour-là, Doriot, un chauffeur allemand et une secrétaire du Comité prirent place dans la voiture du conseiller d'ambassade Struve, le véhicule personnel de Doriot étant en panne. À une quinzaine de kilomètres de Mengen, sur la commune de Menningen, la voiture fut mitraillée par un avion[5]. Doriot, blessé, tenta de quitter le véhicule, mais une rafale le frappa mortellement lors d'un second passage du chasseur. Prévenus par la secrétaire demeurée miraculeusement indemne, Déat et le fidèle lieutenant de Doriot, Marcel Marshall, arrivèrent sur les lieux et ne purent que constater le décès.

Doriot fut inhumé au cimetière de Mengen où il repose toujours. En 1961, des soldats d'occupation, découvrant sa tombe, la piétinèrent et la souillèrent. Peu après, une ordonnance de l'armée française interdit de l'entretenir, puis elle finit par tomber dans l'oubli.

Cependant, jusqu'à une date récente, Victor Barthélemy et Marcel Marshall organisaient tous les 22 février une cérémonie à la mémoire de celui qui fut leur chef.

Le mystère Doriot[modifier | modifier le code]

Selon divers témoignages, Doriot, en 1945, aurait été en contact en Allemagne avec des agents alliés. On sait que les Alliés souhaitaient entrer le plus loin possible en Allemagne afin de devancer les Soviétiques et avaient infiltré de nombreux agents parmi les Européens d'Allemagne (collaborateurs, STO, etc.), retournant beaucoup d'entre eux pour implanter des réseaux en territoire ennemi. Une théorie suggère que Doriot aurait été lui-même retourné et serait devenu un agent anglo-saxon, voire français, avant d'être assassiné par les Allemands. On parle également d'un accord : les PPF de France se seraient ralliés à la Résistance anticommuniste. On sait qu'à Sigmaringen, siège de la commission gouvernementale en exil (successeur « légal » de Vichy, sans pouvoir réel, pas même sur les Français d'Allemagne) se déroulèrent de multiples intrigues et conflits, facteurs de division auxquels s'ajoutèrent les luttes entre services allemands et les menées du PPF. Le Comité de libération française dirigé par Doriot la supplantait en partie auprès des Allemands.

On a supposé que Fernand de Brinon aurait pris contact avec Giraud pour le pousser à mener un mouvement contre de Gaulle et le parti communiste. De nombreuses rumeurs ont entretenu le mythe d'un assassinat de Doriot. Le chauffeur aurait dit : « ce sont des avions allemands » - Doriot, qui connaissait les différents avions, ne s'est pas inquiété. On a parlé de rancœurs, de rivalités entre services, groupes et chefs allemands ; ces intrigues se seraient mêlées à celles des Français en Allemagne. On se serait ainsi vengé sur Doriot de ses protecteurs allemands. Il s'agit là de pures spéculations reposant sur des témoignages non validés[6].

Publications[modifier | modifier le code]

  • L'Armée et la défense du capitalisme, Courbevoie, La Cootypographie/Paris, Librairie de l’Humanité, « Bibliothèque des jeunes communistes », 1924.
  • (et Marcel Cachin), Contre le plan Dawes et la trahison socialiste, pour la reconnaissance des Soviets. Discours prononcés à la Chambre des députés, les 22 et 23 août 1924, préface de Paul Marion, Paris, Parti communiste français (S.F.I.C.), « Les Cahiers du militant », 1924.
  • Le Militarisme français à l'œuvre au Maroc. Un document sensationnel, Paris, Librairie de l’Humanité, 1925.
  • (et Marcel Cachin), Pour la défense de l'Union soviétique. Discours de Marcel Cachin à la Chambre des députés, séance du 6 novembre 1930. Contre le plan Young et les traités d'esclavage. Discours de J. Doriot à la Chambre des députés, séance du 13 novembre 1930, Paris, Bureaux d’éditions, « Le Parti communiste et la politique étrangère », 1930.
  • La Syrie aux Syriens ! Discours prononcé par Doriot, à la Chambre des députés, le 20 décembre 1925, Paris, Georges Daugon-Librairie de l’Humanité, 1926.
  • Les Colonies et le Communisme, Paris, Montaigne-Aubier, 1929.
  • Les Communistes et le Chômage, Paris, Bureau d’éditions, 1932.
  • Tu veux la paix, ouvrier socialiste, Paris, Bureau d’éditions, 1932.
  • Journée de sept heures avec salaire de huit heures, Paris, Bureau d’éditions, 1932.
  • Les Soviets veulent la paix. Discours prononcé à la Chambre des députés le 17 mai 1933, préface de Marcel Cachin, Paris, Les Publications révolutionnaires, 1933.
  • La France ne sera pas un pays d'esclaves, Paris, Les Œuvres françaises, 1936.
  • Toutes les preuves. C'est Moscou qui paie, Paris, Flammarion, 1937.
  • Le ″Front de la Liberté″ face au communisme, Paris, Flammarion, 1937.
  • « Préface », Paul Guitard, La France retrouvée, Paris, Les Œuvres françaises, 1937.
  • « Préface », Simon Sabiani, Colère du peuple, Paris, Les Œuvres françaises, 1937.
  • La France avec nous!, Paris, Flammarion, 1937.
  • Refaire la France, Paris, Grasset, 1938.
  • L'Agonie du communisme. Discours prononcé à Lyon le 22 juin 1941 [au Congrès du Parti populaire français], Paris, Imprimerie Curial-Archereau, 1941.
  • Je suis un homme du Maréchal, Paris, Grasset, 1941.
  • La Légion des volontaires français contre le bolchevisme au combat. Discours prononcé le 1er février 1942 au Palais des sports, Paris, Imprimerie du P.P.F., 1942.
  • La France est Gaulliste ? Non ! Regardez..., Paris, Bureau central de Presse du P.P.F., 1942.
  • Le Mouvement et les hommes, Paris, Éditions de France, « Les Temps nouveaux », 1942.
  • Réalités, Paris, Éditions de France, « Les Temps nouveaux », 1942.
  • Le Destin français, Paris, Imprimerie du P.P.F., 1944.
  • « Préface », Le Code du travail et la Défense des jeunes ouvriers, Paris, sans date.
  • « Préface », Les Communistes de Saint-Denis et les événements du 6 au 12 février, Paris, sans date.

Périodiques

Le Cri du peuple (1940-1944). Quotidien de Paris. Directeur : Jacques Doriot ; rédacteur en chef : Henri Lèbre.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Drieu La Rochelle, Doriot ou la vie d'un ouvrier français, éditions du PPF, 1936 ;
  • Raymond Millet, Doriot et ses compagnons, Plon, 1937 ;
  • Dieter Wolf, Doriot. Du communisme à la collaboration, Paris, Fayard, 1969 ;
  • Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot. Du communisme au fascisme, Paris, Balland, 1986 ;
  • Philippe Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery 1933-1944, Paris, Éditions du Seuil, 530p, 1986 (édition de poche avec une préface inédite, 2003) ;
  • Michel Winock (dir. ), Histoire de l'extrême droite en France, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points «-histoire, 1994 ;
  • Robert Paxton, La France de Vichy, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points «-histoire, 1999 ; Le Fascisme en action, Paris, Éditions du Seuil, 2004 ;
  • Robert Soucy, Fascismes français ?, Paris, Éditions Autrements, 2004 ;
  • Laurent Kestel, La conversion politique. Doriot, le PPF et la question du fascisme français, Paris, Raisons d'Agir, 2012.
  • Jean-Claude Valla, Doriot, Pardès (coll. « Qui suis-je ? »), 2008;
  • Marie Chaix, Les lauriers du lac de Constance. Chronique d'une collaboration, Éditions du Seuil février 1974;
  • Bernard-Henri Lejeune, Jacques Doriot et le PPF, 1977, réédité en octobre 2012 par Les Bouquins de Synthèse nationale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 222.
  2. « Rapport du comité central sur la position de la LICA devant les élections de 1932 », Bulletin de la LICA, novembre 1931.
  3. Dictionnaire de la seconde guerre mondiale et de ses origines - Jean Dumont
  4. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, Éditions Complexe, 1999, p.279
  5. Olivier Pigoreau, Revue Batailles no 34 mai-juin 2009, Rendez-vous tragique à Mengen
  6. Ibid.