Grande Dépression en France

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Évolution du revenu par tête (int. $ PPP) de quelques pays entre 1925 et 1940
Évolution du PIB de quelques pays entre 1929 et 1939

La Grande Dépression est la période de marasme économique qui suivit le Krach de 1929 aux États-Unis. Il s'agit de la plus importante dépression économique du XXe siècle. Elle affecta la France tardivement, à partir de 1931, et dura jusqu'à la fin des années 1930. Comme dans de nombreux autres pays, elle provoqua chômage, pauvreté et troubles politiques. La spécificité de la France dans cette crise fut que si elle démarra plus tard et avec moins d'ampleur qu'ailleurs, elle dura également plus longtemps et s'accompagna d'une confusion persistante dans les réponses politiques qui y furent apportées[1].

La situation avant la crise[modifier | modifier le code]

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Carte d'ensemble des zones détruites pendant la Première Guerre mondiale dans le nord et l'est de la France.
Article détaillé : Première Guerre mondiale.

La France est le pays le plus touché par la Grande Guerre avec 1,4 million de morts et de disparus[2], soit 10 % de la population active masculine. Ajouté à une démographie déjà plus faible que celle de ses voisins avant 1914 et à la Grippe Espagnole, le pays fait face à un déficit de population que seule l'immigration peut combler. À cela s'ajoute une destruction de l'industrie (réduite à 55 % en 1919 des capacités de 1913) et de l'agriculture (40 %)[3].

Les destructions matérielles sont importantes et affectent durement les habitations, les usines, les exploitations agricoles et autres infrastructures de communication comme les ponts, les routes ou les voies ferrées[4]. Une vaste zone ravagée de 120 000 hectares prend le nom de « zone rouge ». Dans le nord et l'est de la France, onze départements seront classés en zone rouge. L’agriculture y sera en maints endroits interdite avant le désobusage et déminage. Trois millions d’hectares de terres sont ravagées par les combats[2]. Certains villages de la Meuse, de la Marne ou du Nord sont rayés de la carte et ne peuvent pas être reconstruits à leur emplacement. Des villes sont bombardées comme Reims qui voit sa cathédrale sévèrement touchée[5].

Situation économique des années 1920[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Années 1920 et Années folles en France.

Les années 1920 ont été marquées par les querelles sur les dettes interalliées et les dommages de guerres réclamés à l’Allemagne. Le plan Dawes, amendé par le plan Young, mettra théoriquement fin à la question des réparations mais ne sera jamais mis en application[6]. La France, qui a été le lieu du champ de bataille et a connu d’immenses destructions, voit sa dette atteindre 180 % du PIB à la fin de la Première Guerre mondiale[3].

Si la décennie commence dans la crise, elle s'accompagne aussi d'un boom culturel, notamment à Paris avec la génération perdue, l'Art déco[7],[8], le surréalisme, le jazz, etc. Ce dynamisme parisien et l'apport des colonies aidera le pays à se relever.

La dévaluation de Raymond Poincaré en 1928 restaure la confiance et stabilise l'économie sur une trajectoire favorable. La production est à l’indice 127 pour une base 100 en 1913. Le rythme de la croissance annuelle a été de 5 % entre 1924 et 1929, ce qui est supérieur aux résultats du Royaume-Uni et des États-Unis. On compte moins de 1000 chômeurs en France en 1929.[réf. nécessaire] L'absence d'hyperinflation (comme ce qui existait en Allemagne à la même époque) et les taux d'intérêt à long terme sur la dette indiquent que le "miracle Poincaré" est en fait un mythe[9],[3].

Le Franc-or est rétabli, même si les accords de Gênes de 1922 ont créé un système de Gold Exchange Standard où les rôles principaux sont tenus par la livre, maîtresse du commerce international depuis le XIXe siècle, et le dollar des États-Unis qui commence à la supplanter.

Krach de 1929 =[modifier | modifier le code]

Graphe du Dow Jones, octobre 1928 –octobre 1930
Article détaillé : Krach de 1929.

Le krach de 1929, consécutif à une bulle spéculative, est une crise boursière qui se déroula à la Bourse de New York entre le jeudi 24 octobre et le mardi 29 octobre 1929. Cet événement marque le début de la plus grande crise économique du XXe siècle.

Du Vendredi noir à la dévaluation de la Livre[modifier | modifier le code]

Les Français accueillent la crise boursière qui frappe les États-Unis, coutumière de l’aventurisme en matière monétaire et financière, avec la plus grande hauteur[réf. souhaitée]. Et il est vrai que rien ne vient ralentir l’expansion française jusqu’à un évènement crucial qui va tout faire basculer : la dévaluation anglaise.

À la fin de l’été 1931, la crise « anglo saxonne » parait terminée et devoir suivre le scénario de 1921 : une reprise n’est pas encore perceptible mais partout les indices d’une stabilisation s’affichent : les prix de détail ne baissent plus aux États-Unis et les cours des matières premières ont cessé leur chute libre.

Mais après la nuit du 19 au 20 septembre 1931, la Livre est décrochée de l’or avec les trois conséquences relevées par Alfred Sauvy[10] :

« Les conséquences de cette dévaluation ont une immense portée :

  • Avec la répudiation des dettes interalliées et des réparations
  • Elle enfonce l’économie mondiale dans une crise sans précédent d’où sortira la seconde guerre
  • Elle place en porte à faux la France dont les dirigeants et l’opinion sont loin de comprendre la marche des évènements.

Tout se passe comme si la livre était restée la même et que les autres monnaies aient entrepris la folle gageure de se revaloriser d’un quart ou d’un tiers. »

Or le Royaume-Uni étant le pivot de toute l’économie mondiale, Londres est la place financière qui gouverne toute la finance et tout le commerce international, libellé en livres. À l’automne 1931 la production industrielle a baissé de 17 %, les prix de gros de 28 %, les prix de détail de 8,5 %, la bourse de 51 % (moins 60 % si on prend le plus haut). « En France comme dans le monde 1931 est vraiment l’année noire ». Le chômage apparait, avec 190 000 demandeurs d’emploi. Le gouvernement du moment réagit par un plan de dépenses alimenté par des « crédits spéciaux » : la loi du 28 décembre 1931 prévoit 3.476 millions de dépenses nouvelles financées par la même somme en obligations du trésor.

Seule bonne nouvelle, le coût de la vie a baissé de 10 % et le niveau de vie n’est pas affecté. L’or rentre (fuyant Londres). La France reste en bonne position par rapport au reste du monde. Fin 1931, la baisse de la production industrielle sur la moyenne de 1929 est de :

  • 42 % en Allemagne
  • 37 % aux États-Unis
  • 33 % en Belgique
  • 27 % en Italie
  • 23 % en France.

En revanche la dévaluation permet à l’Angleterre de repartir d’un bon pied. La production industrielle est en hausse de 10 % et le chômage baisse de 300 000 unités.

La perspective des élections générales de 1932 congèle la vie politique en France et le budget de 1932 est largement déficitaire, ce qui n’est pas admissible pour l’opinion publique de l’époque.[réf. souhaitée] Le 6 février 1932, le gouvernement Laval tombe, premier acte d’une accélération de l’instabilité gouvernementale qui va marquer toute la période jusqu’à la guerre de 1940. Les élections envoient à la chambre une majorité pour l’ancien « cartel des gauches » qui est même plus forte que celle de 1924. Le nouveau gouvernement ne prend aucune mesure significative. Mais l’activité se redresse au milieu de 1932 sans que personne ne s’en aperçoive vraiment. Il aura fallu un an pour digérer les conséquences de la dévaluation de la livre. En juin 1933, la production industrielle est à 91 contre 77 en juin 1932. La production d’acier est passée pendant la même période de 466 000 tonnes à 586 000. L’indice du chômage qui avait culminé à 132 en août 1932 revient à 124.[réf. souhaitée]

Chômage[modifier | modifier le code]

Le chômage explose en France en 1931 et 1932, passant en moins de deux ans dans le secteur industriel de 2 % à plus de 15 %[11]. Néanmoins, le taux de chômage reste moins élevé que dans les pays les plus touchés, les États-Unis (36 % en 1932) et l'Allemagne (44 %). Les chiffres officiels du chômage sur l'ensemble de la population active au milieu des années 1930 donnent un taux de 7,5 %[11].

1933-1936[modifier | modifier le code]

La dévaluation du dollar et la rechute dans la dépression[modifier | modifier le code]

Le 19 avril 1933, le dollar se détache à son tour de l’or. Le cours du dollar en francs tombe de 25.50 à cette date à 18.25 en juillet.

La dévaluation a un effet bénéfique pour les États-Unis dont la production industrielle passe de l’indice 54 en mars à 91 en juillet. Mais pour la France et ses partenaires du « bloc-or », le coup est très dur. Leurs prix sont désormais 25 à 30 % plus haut sur le marché mondial. Le retournement de conjoncture est général dès l’été 1933 et les déficits publics commencent à nouveau à enfler en même temps que tous les indices fléchissent. Les gouvernements chutent les uns après les autres et on fait appel à un revenant « l’ermite de Tournefeuille », Gaston Doumergue, chargé de remettre de l’ordre dans la république en danger à un moment où la rue commence à bouger à la suite de l'affaire Stavisky. Il engage le pays dans une forme de déflation par une suite de décrets lois (4 avril et 14 avril 34) et une réforme fiscale en mai. Ils prévoient une réduction des effectifs de fonctionnaires et la baisse des salaires nets par l’instauration d’un prélèvement de 5 %. Les pensions des anciens combattants sont diminuées.

Paul Reynaud se singularise en opposant déflation et dévaluation. Notant que toute l’affaire est liée au différentiel des prix entre la France et les marchés internationaux, il propose une dévaluation adaptée pour rétablir les équilibres sans passer par les souffrances de la déflation. En attendant, tous les indices sont à la baisse. Le 8 novembre 1934 le gouvernement Doumergue tombe et le nouveau gouvernement Flandin est opposé pour des raisons idéologiques à toute dévaluation. Ce n’est pas le cas ailleurs. Le gouvernement belge se résout à dévaluer de 28 % le 2 avril 1935. Une fois encore l’opération est favorable au pays qui dévalue et défavorable aux autres.

La France se trouve dans une situation de plus en plus intenable. Le 31 mai le cabinet Flandin est mis en minorité.

La grande déflation après les décrets-lois Laval et la reprise paradoxale de 1935 et 1936[modifier | modifier le code]

La frénésie de décrets-lois[modifier | modifier le code]

Le gouvernement Laval (le quatrième, qui s’installe en juin 1935) est contraint de légiférer par décrets-lois, droit qu’il obtient dès son investiture. L’objectif est clair : résister par tous moyens à une dévaluation et sortir de « la crise de spéculation » par une déflation effective, rigoureuse et annoncée. « Les pouvoirs exceptionnels que le gouvernement a obtenus vont lui permettre de mettre fin définitivement à une crise qui n’a que trop durée, s’il réussit à mettre en œuvre une véritable politique de déflation » indique Jean Tannery, le gouverneur de la Banque de France[12].

29 décrets lois sont promulgués le 16 juillet 1935. Ils ont pour but de réduire les dépenses publiques drastiquement (-10 %) en baissant autoritairement le coût de la dette, les salaires des fonctionnaires, les diverses subventions tout en augmentant massivement les impôts : la tranche haute est majorée de 50 %. Simultanément les prix de nombreux produits et le prix services (loyers, énergie électrique) sont baissés de 10 %. Le prix au kilogramme du pain passe de 1.65 F à 1.51 F en août. Les intérêts d'emprunts publics et privés pourront être convertis. Le plan n’est pas sans courage ni sans cohérence[non neutre] et un économiste de gauche comme Alfred Sauvy admet qu’il avait une chance de réussir. Mais il note que la perspective des élections générales prévues dans neuf mois ne lui donne pas les chances politiques du succès.

Un second train de mesures (61 décrets) est pris par décret le 8 août. Elles étendent le dispositif et dans certain cas en atténue les effets. Le troisième train sort des cartons le 30 octobre (317) et contient des mesures tous azimuts portant aussi bien sur la formation des chômeurs, l’organisation de la recherche scientifique, la réforme des assurances sociales, la suppression des heures supplémentaires etc.

Les 400 décrets sont évidemment très mal accueillis par les intéressés qui voient la perte de revenu nominal et pas les baisses de prix et la hausse possible de leur pouvoir d’achat. Ils se nomment « les amputés » en référence aux grands blessés de la guerre de 1914.

La reprise ambiguë de 1935-1936[modifier | modifier le code]

À l’été 1935, il apparait rétrospectivement que certains indicateurs passent au vert. Le mouvement a commencé avant même les décrets loi qui ne peuvent donc être à l’origine de ces résultats. La production industrielle dans les douze mois suivant hausse de 11,5 %, la production d’acier dépasse 600 000 tonnes, la première fois depuis 1931, la durée du travail s’accroît en même temps que l’emploi salarié. Mais les prix sont à la hausse, alors qu’on visait la baisse. La cause principale est dans le gonflement du bilan de la Banque de France qui passe de 7 051 millions en juillet 1935 à 17 333 en mai 1936. Alors que les décrets lois sont déflationnistes, la politique de la Banque centrale est inflationniste et crée de la liquidité à tout va. La contradiction entre les deux politiques n’est pas réellement comprise. Elle porte en elle des pressions de plus en plus grandes sur la monnaie.

Dans le même temps, les exportations continuent à baisser[13] et le chômage stagne à son plus haut niveau[14].

Agitation politique[modifier | modifier le code]

Des ligues d'extrême droite (Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes, etc.) apparaissent dès la fin des années 1920 mais n'atteignent leur pleine puissance que sous le second cartel des gauches. Avec l'Affaire Stavisky, elles déclenchent des émeutes antiparlementaires. Face à ce danger se crée le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et se dessine une unité des partis de gauche qui donnera le Front populaire.

En mai 1936 commence un mouvement de grève qui s'amplifiera et bloquera le pays au début de juin[15].

Le Front populaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Front populaire (France).

Les élections législatives françaises de 1936 sont remportées par le Front populaire mené par Léon Blum. La poussée du parti communiste n'empêche pas le parti radical de jouer un rôle pivot tandis que les communistes adoptent la stratégie de soutien sans participation au gouvernement.

Les accords de Matignon[16] permettent la fin des grèves et le déblocage des usines (Maurice Thorez, secrétaire général du PCF ayant déclaré « qu’il faut savoir terminer une grève », l’activité repart). Les salaires sont augmentés de 7 à 15 % ((politique de la demande)), les ouvriers obtiennent des délégués pour les défendre, on ne peut pas les licencier sans autorisation de l'inspecteur du travail. C'est la fin des « syndicats jaunes ». Les salariés obtiennent la liberté d'exercice du droit syndical, la création de conventions collectives, le passage de la durée du travail hebdomadaire de 48 à 40 heures et 15 jours de congés payés (13 jours de vacances + 2 du week-end). Les 40 heures et les congés payés sont postérieurs aux accords de Matignon.

Des mesures structurelles sont prises en grand nombre : réforme de la Banque de France où les quarante mille propriétaires remplacent les 200 familles à l’assemblée générale, création de l'office du blé, nationalisation des industries de guerre, scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, remise en cause des décrets lois sur les salaires des fonctionnaires, etc.

Les prix à la consommation s’envolent sur un rythme annuel de 17,5 %, deux fois plus vite que les prix de gros. La loi du 19 août instaure un contrôle des prix. L'inflation combinée à une économie qui ne repartira qu'en 1938 affaiblissent le Front populaire. Le régime de Vichy et des économistes comme Alfred Sauvy accuseront plus tard les 40 heures et les congés payés d'avoir affaibli la France mais cette opinion est aujourd'hui très minoritaire[1],[17]. Des historiens comme Jean-Charles Asselain ou Jean Bouvier expliquent que les quarante heures n'ont pas bloqué la reprise, soulignant l'amélioration de la production industrielle et la montée des cours de bourse, et pointent vers le vieillissement des structures de l’industrie française pour expliquer le plafonnement de la reprise en 1937[18]. L'essayiste libéral Nicolas Baverez évoque cependant le mythe de la reprise libérale de 1939 quand furent assouplis les quarante heures pour libérer les énergies économiques[19].

La dévaluation de septembre 1936[modifier | modifier le code]

La déclaration d'investiture de Léon Blum aborde la question de la dévaluation : « Le pays n’a pas à attendre de nous ni à redouter de nous que nous couvrions un beau matin les murs des affiches blanches de la dévaluation ». Mais le 26 septembre, le Franc Poincaré a vécu : la dévaluation est annoncée, comprise entre 25 et 35 %. Le bloc or suit. Le franc suisse est dévalué de 30 % ; la Hollande dévalue de 22 %.

Comme partout, la dévaluation provoque une reprise rapide. La production industrielle remonte à 91 en décembre (+12 % en trois mois). Le trafic dans les ports passe de 130 à 139. Le chômage passe de 756 000 à 588 000.[réf. nécessaire]

L’ennui c’est que ces chiffres, fruit d’un calcul rétrospectif, ne sont pas connus des contemporains. Ce qu'il voient, en revanche, c'est que le cours des rentes se redresse passant de 68,70 à 75 entre septembre et décembre. Les prix sont en forte hausse. L’indice des prix à la consommation base 100 en mai 36 passe à 117,8. Selon Alfred Sauvy (opus cité) : « de brillantes perspectives s’ouvrent pour l’industrie française maintenant qu’a sauté la chaîne d’or qui l’amarrait ».

La montée vers la guerre[modifier | modifier le code]

De Chautemps à Blum 2[modifier | modifier le code]

La dévaluation qui suit le départ de Léon Blum redonne momentanément des couleurs à l’activité qui en décembre 1937 est revenue à 91,7 contre 89 en juin.

La conjoncture internationale est repartie à la baisse : l’indice de la production industrielle aux États-Unis passe de 103 en juin 1937 à 76 en décembre, une chute équivalente à celle de 29-30. Mais la France n’est pas encore touchée

La SNCF est nationalisée en août 1937. 1938 commence très mal et poursuit en les aggravant les tendances récessives de l’économie. La production industrielle passe à l’indice 83. Le trafic ferroviaire baisse. Le chômage grimpe en particulier le chômage partiel qui explose (en mai 35 % des travailleurs sont au chômage partiel). Le programme d’un second gouvernement Blum est repoussé en mars 1938. Tué par une gestion déficiente de l'économie, Le Front populaire a vécu.

Daladier[modifier | modifier le code]

Le 10 avril 1938, Édouard Daladier forme son gouvernement. Cette fois la menace allemande est prise au sérieux, l'objectif est de relever la production par tous les moyens. Dès le 4 mai la monnaie est dévaluée. La semaine des quarante heures est assouplie voire abolie (retour aux 48 heures pour les fonctionnaires), de très nombreuses réformes orientées vers l’accroissement de la production sont lancées, la dépense budgétaire est portée à 23,7 % du PIB, financée par les bons de la défense nationale qui refont leur apparition.

Paul Reynaud, aux finances, donne une accélération à des réformes d’esprit libéral qui desserrent le carcan du contrôle des prix et des quarante heures. Les décrets lois qu’il prépare sont mal accueillis au sein même du cabinet mais sont promulgués par Daladier en novembre. Ils provoquent une tentative de grève générale qui est brisée par la réquisition.

La reprise de 1938-1939[modifier | modifier le code]

La reprise de l’activité est forte et générale, mais passe inaperçue. La durée de travail passe de 39,2 heures en octobre 1938 à 41,9 en juillet 1939. Mais la guerre éclate et bouleverse la situation. Un chapitre économique marquée par une régression de 10 ans se ferme.

Les orientations politiques et économiques de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

À la Libération, l'urgence de la reconstruction du pays dans l'immédiat après-guerre impose à la France des orientations primordiales en matière économique et sociale mais certaines des mesures qu'elle prend alors sont directement issues des leçons tirées de la crise économique de dix ans qu'elle a traversée avant la guerre.

Correction du manque d’information et de formation économique[modifier | modifier le code]

Dès avant la fin de la période, des voix s’élèvent un peu partout pour constater le manque d’information économique. La plupart des évolutions ne sont pas constatées clairement. Elles sont encore moins comprises. Ce mouvement mène à la Libération à la refonte de l’ensemble du système statistique national avec la création de l’Insee. L'importance maintenant reconnue aux questions économiques conduit à les introduire dans les cursus menant aux carrières administratives et politiques, tels que l’Institut d’Études Politiques. À cette occasion, le keynésianisme s'impose.

La crise vaudra à la France son seul Nobel de l'économie, Maurice Allais, qui explique lors de son allocution le 19 octobre 1993, quand il reçoit l'épée d'académicien, sa passion, ses centres d'intérêts en économie en ces termes : « Ma passion pour l'économie, je la dois aux circonstances, aux questions posées par la Grande Dépression dans le monde et par les troubles sociaux de 1936 en France ».

Correction de l’instabilité parlementaire[modifier | modifier le code]

29 gouvernements se succéderont en dix ans, avec une durée moyenne de 5 mois entre 29 et l’occupation :

  • Gouvernement Aristide Briand (1) du 29 juillet 1929 au 22 octobre 1929
  • Gouvernement André Tardieu (1) du 3 novembre 1929 au 17 février 1930
  • Gouvernement Camille Chautemps (1) du 21 février 1930 au 25 février 1930
  • Gouvernement André Tardieu (2) du 2 mars 1930 au 4 décembre 1930
  • Gouvernement Théodore Steeg du 13 décembre 1930 au 22 janvier 1931
  • Gouvernement Pierre Laval (1) du 27 janvier 1931 au 13 juin 1931
  • Gouvernement Pierre Laval (2) du 13 juin 1931 au 12 janvier 1932.
  • Gouvernement Pierre Laval (3) du 14 janvier 1932 au 6 février 1932.
  • Gouvernement André Tardieu (3) du 20 février 1932 au 10 mai 1932.
  • Gouvernement Édouard Herriot (3) du 3 juin 1932 au 14 décembre 1932
  • Gouvernement Joseph Paul-Boncour du 18 décembre 1932 au 28 janvier 1933
  • Gouvernement Édouard Daladier (1) du 31 janvier 1933 au 24 octobre 1933
  • Gouvernement Albert Sarraut (1) du 26 octobre 1933 au 24 novembre 1933
  • Gouvernement Camille Chautemps (2) du 26 novembre 1933 au 27 janvier 1934
  • Gouvernement Édouard Daladier (2) du 30 janvier 1934 au 7 février 1934
  • Gouvernement Gaston Doumergue (2) du 9 février 1934 au 8 novembre 1934
  • Gouvernement Pierre-Étienne Flandin (1) du 8 novembre 1934 au 31 mai 1935
  • Gouvernement Fernand Bouisson du 1er juin 1935 au 4 juin 1935
  • Gouvernement Pierre Laval (4) du 7 juin 1935 au 22 janvier 1936
  • Gouvernement Albert Sarraut (2) du 24 janvier 1936 au 4 juin 1936.
  • Gouvernement Léon Blum (1) du 4 juin 1936 au 21 juin 1937
  • Gouvernement Camille Chautemps (3) du 29 juin 1937 au 14 janvier 1938
  • Gouvernement Camille Chautemps (4) du 18 janvier 1938 au 10 mars 1938
  • Gouvernement Léon Blum (2) du 13 mars 1938 au 8 avril 1938
  • Gouvernement Édouard Daladier (3) du 12 avril 1938 au 11 mai 1939
  • Gouvernement Édouard Daladier (4) du 11 mai 1939 au 14 septembre 1939
  • Gouvernement Édouard Daladier (5) du 14 septembre 1939 au 20 mars 1940
  • Gouvernement Paul Reynaud du 22 mars 1940 au 16 juin 1940
  • Gouvernement Philippe Pétain du 16 juin 1940 au 11 juillet 1940

Même si la volatilité des chefs a été partiellement compensée par une certaine stabilité aux postes clefs, la réflexion sur la nécessité d’un changement des règles de fonctionnement du régime parlementaire finit par s’imposer en 1958.

Marginalisation de la banque centrale[modifier | modifier le code]

La crédibilité de la Banque de France sort au plus bas de la période. Des réorganisations profondes auront lieu à la Libération et le Trésor prendra désormais la main sur tout le secteur bancaire et financier. Il faudra de longues années avant que la réputation de la Banque centrale ne soit restaurée, à partir de la présidence de M. Baumgartner.

Craintes des dévaluations compétitives[modifier | modifier le code]

Les dévaluations font un temps du bien aux uns mais en déstabilisant les autres. Au total tout le monde est perdant. La leçon sera retenue à Bretton Woods où les changes seront définis comme fixes avec des variations concertées, et, lorsque les changes deviendront flottant, la mise en place au sein de l'Europe du « serpent monétaire » et de la concertation générale avant dévaluation d'une monnaie.

Promotion de la « technostructure »[modifier | modifier le code]

Dans la foulée de mouvements comme « X-crise », la haute fonction publique, effarée par l’incurie parlementaire d’avant guerre entend prendre une place plus grande dans la politique elle-même. Le mouvement prendra son essor avec la promotion politique d’Inspecteurs des Finances comme Félix Gaillard et Bourgès Maunoury sous la Quatrième République et trouvera son débouché sous la Cinquième République avec la promotion politique de générations d’énarques qui s’empareront progressivement des leviers de commandes.

Interventionnisme économique systématique[modifier | modifier le code]

La passivité gouvernementale de l’avant guerre et les résultats épouvantables de la période, même s’ils n’ont pas nécessairement été bien compris, justifieront après guerre une montée systématique de la dépense publique et de l’interventionnisme gouvernemental dans tous les recoins de la vie économique. Les dépenses publiques française passeront de 20 % du PIB en 1924 à 56 % en 2007.

La prise de conscience des nécessités de la démographie[modifier | modifier le code]

Il ne sera plus possible d'oublier la démographie. La France mettra en place une politique nataliste, embryonnaire dès 1938, renforcée par le régime de Vichy et continuée par la suite ; la loi 46-1835 du 22 août 1946 lançant les allocations familiales en est emblématique. La natalité pour 1000 habitants passant de 14 pour 1000 en 1938 à 18 pour mille en 1956[20], même si en attribuer le mérite à la loi est contestable, puisque le mouvement commence dès 1936, il est bien visible dès 1942[21], et que le baby boom est généralisé en occident.

Une optique productiviste[modifier | modifier le code]

En réaction à la situation d'avant-guerre, l'après-guerre sera entièrement orientée vers la production. Le langage volontariste et productiviste sera dominant pendant longtemps, symbolisé par la « mystique du Plan »[22] ou son « ardente obligation » (Général de Gaulle). Préparé en 45 et appliqué en 46 le plan Monnet crée un Conseil du plan et un Commissaire Général au Plan (voir commissariat général du plan). Les objectifs sont sans ambiguïtés : accroître la production ; améliorer les rendements. Il sera suivi pour des périodes successives de quatre ans par le Plan Hirsch (54-57), le troisième plan (58-61), le quatrième plan (62-65) et le cinquième plan (66-70). Le revenu disponible par habitant évalué en dollars 1938 était de 216 en France en 1938 et de 437 en 1956, soit un doublement. Par comparaison les mêmes chiffres pour le Royaume-Uni indiquaient un recul de 465 en 38 à 422 en 56. Pour les États-Unis on passe pour la même période de 521 à 955. Le changement de mentalité en France a donc conduit à un rattrapage par rapport aux États-Unis et le dépassement du Royaume-Uni[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours, Presses universitaires de France, 576 p. (ISBN 9782130538431, ISSN 0291-0489), chap. IV (« La crise des années 1930 »), p. 106
  2. a et b Pierre Miquel, La Grande Guerre, Fayard, 1983, p.606.
  3. a, b et c (en) Jean-François Jamet, « De la Grande guerre à la Grande dépression : les politiques de stabilisation face à l’endettement et l’inflation »,‎ 2005
  4. Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, La Grande Guerre, p.121.
  5. (en) Spencer Tucker, World War I : Student Encyclopedia, Santa Barbara, 2005, p.709.
  6. (en) « Young Plan » in Encyclopædia Britannica, 2006. Consulté le 14 juillet 2006 dans Encyclopædia Britannica Premium Service
  7. (en) Bevis Hillier, Art Deco: of the 20s and 30s, Londres, Studio Vista,‎ 1968 (ISBN 978-0-289-27788-1), p. 12
  8. (en) « Art Deco », Kanne and Kruike (consulté le 7 November 2008)
  9. Pierre Cyrille Hautcoeur et Pierre Sicsic, « Threat of a capital levy, expected devaluation and interest rates in France during the interwar period », European review of economic history,‎ 1999 (lire en ligne)
  10. Alfred Sauvy, Histoire économique de la France entre les deux guerres, Fayard
  11. a et b (en) Barry J. Eichengreen, Interwar unemployment in international perspective, Dordrecht, Springer Science & Business, North Atlantic Treaty Organization. Scientific Affairs Division, Centre for Economic Policy Research (Great Britain),‎ 1988 (ISBN 978-90-247-3696-6, lire en ligne), p. 6-11
  12. Exposé du 16 juin à Bâle à la Banque des règlements internationaux
  13. (en) François Bernard, « La France Des Années 1930 »,‎ 2009
  14. (en) « France 1929-1939 : the Economy »,‎ 2007
  15. Serge Berstein, La France des années 30, p. 118
  16. Les accords de Matignon 7 juin 1936 sur le site du Ministère du travail, de l'emploi et de la santé
  17. Jean Vigreux, Que sais-je? Le Front Populaire, Presses universitaires de France, 128 p. (ISBN 9782130588481)
  18. Jean Bouvier et Jean-Charles Asselain, La France en mouvement, 1934-1938, Champ Vallon, 349 p. (ISBN 9782903528775), p. 186
  19. N. Baverez : Chômages et marchés du travail dans les années 1930 (1986)
  20. Documents Economiques - THEMIS - PUF 1958
  21. http://www.insee.fr/fr/ppp/bases-de-donnees/irweb/sd2006/dd/pdf/sd2006_pyra1946.pdf
  22. Philippe Bauchard - LA MYSTIQUE DU PLAN paru en 1963 aux éditions ARTHAUD
  23. J F Jeanneney -pour Documents économiques - Thémis - Puf

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Sauvy, « Histoire économique de la France entre les deux guerres» 3 tomes – Fayard - 1967
  • Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, tome II 1930–1945, chapitre I « La crise économique et sociale en France (1930–1935) » (ISBN 2870279957)
  • Barry Eichengreen, The Origins and Nature of the Great Slump Revisited, The Economic History Review p. 213-239, mai 1992.
  • René Rémond « Notre siècle 1918-1988».