Marcel Aymé

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Marcel Aymé était un écrivain, dramaturge et nouvelliste français, né à Joigny le 29 mars 1902 et mort à Paris le 14 octobre 1967. Écrivain prolifique, il a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes.

Il est resté très attaché à sa région d'origine, la Franche-Comté, à laquelle il a fait une place de choix dans ses romans : La Table aux crevés (1929) pour lequel il obtient le Prix Renaudot, La Vouivre (1941), Gustalin (1938). Mais il est néanmoins devenu un véritable « parigot » de Paris dont il a mis en scène les classes populaires : La Rue sans nom, la petite bourgeoisie : Le Bœuf clandestin (1939), les intellectuels et les snobs : Travelingue (1941).

En cela il fournit une « étude sociale », avec un vocabulaire précis pour chaque type humain. Son langage est d'ailleurs un des plus riches de la littérature contemporaine, mêlant argot, français châtié, patois régional franc-comtois, et anglais phonétiquement francisé[1],[2].

Très attaqué par la critique, y compris pour ses textes les plus inoffensifs comme Les Contes du chat perché[3], son succès a été assuré surtout par le public. Au théâtre, son plaidoyer contre la peine de mort La Tête des autres, 1952 a soulevé de vives réactions, mais aussi de l'enthousiasme tout comme ses comédies grinçantes Clérambard, 1950, Lucienne et le boucher, 1948.

Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). De nombreux films, téléfilms et dessins animés ont été tirés de ses œuvres. Mais, cultivant son statut d'écrivain politiquement incorrect, il est resté très à l'écart des milieux intellectuels, ce qui l'a fait classer dans les écrivains d'abord de gauche, puis de droite, puis anarchiste de droite[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

L’enfance[modifier | modifier le code]

Puîné d'une famille de six enfants, orphelin de mère à l'âge de deux ans, ce fils d'un maréchal-ferrant est élevé par ses grands-parents maternels qui exploitent une tuilerie à Villers-Robert, Jura[5]. Le village lui servira de décor pour La Jument verte et de nombreux autres romans tels que La Vouivre, Gustalin ou encore La Table aux crevés (1929). C'est de ce monde-là qu'il s'inspire pour décrire les très vives passions politiques, anticléricales ou religieuses du monde rural. Il expérimente d'ailleurs lui-même ces querelles à l'intérieur de sa propre famille puisqu'il faudra attendre la mort du grand-père (anticlérical) pour qu'il soit baptisé à l'âge de sept ans. En 1910, à la mort de sa grand-mère, il est pris en charge par une tante, employée de magasin, qui le place en pension au collège de Dole, mais il retourne passer ses vacances à la campagne où il se fait berger à l'occasion[6]. Bien qu'élève médiocre, il prépare le concours de Polytechnique ; toutefois l'épidémie de grippe espagnole qui sévit à l'automne 1919 met fin à ses études et le laissera longtemps d'une santé fragile[7].

L'écrivain débutant[modifier | modifier le code]

Après son service militaire de 1919 à 1923, il arrive à Paris où il exerce les métiers les plus divers : employé de banque, agent d'assurance, journaliste. Il ne se trouve aucun talent :

« Petit provincial cornichon, pas plus doué pour les lettres que ne l'étaient alors les dix mille garçons de mon âge, n'ayant seulement jamais été premier en composition française (…) je n'avais même pas ces fortes admirations qui auraient pu m'entraîner dans un sillage[8].  »

Il profite pourtant d'une convalescence pour écrire son premier roman, très remarqué, Brûlebois publié en 1926. Suivent Aller-retour (1927), La Table aux crevés (1929) qui obtient cette même année le prix Renaudot, La Rue sans nom (1930). Mais c'est avec La Jument verte (1933) que Marcel Aymé obtient la grande notoriété. À partir de là, il considère la littérature comme un métier, il se lance en même temps dans le cinéma et commence à s'intéresser au théâtre. C'est avant la Seconde Guerre mondiale qu'il a écrit Vogue la galère, pièce qui ne sera jouée qu'en 1947[9].

L’écrivain reconnu puis décrié[modifier | modifier le code]

« Marcel Aymé a passé une bonne partie de sa vie et de son œuvre à être et à faire ce que l'on n'attendait pas de lui, moyennant quoi il a fini par occuper un ministère parfaitement reconnu : celui de l'ironie politique et de l'inconfort intellectuel[10]. »

Son parcours est, en effet, déconcertant. Il est classé à gauche jusqu'à ce que, le 4 octobre 1935, il signe le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe, qui soutient Mussolini dans la seconde guerre italo-éthiopienne[11]. Tandis qu'en pleine Occupation il fait équipe au cinéma avec un réalisateur marxiste, Louis Daquin, il donne dans le même temps romans et nouvelles à des journaux collaborationnistes : Je suis partout, La Gerbe, mais comme il n'y a dans ses textes aucune trace d'engagement politique, il ne sera pas mis sur la liste noire des écrivains à la Libération[12]. Il a même férocement tourné en dérision le régime nazi avant 1939 (Voir : Travelingue, et La Carte ou Le Décret dans Le Passe-muraille) et n'a donné aucun gage de ralliement à l'occupant après 1940. Ironie du sort, c'est une collaboration cinématographique avec la Continental film[13] qui lui vaudra un « blâme sans affichage » en 1946, pour avoir « favorisé les desseins de l'ennemi »[14],[15] En conséquence, il refuse la Légion d'honneur qui lui est proposée trois ans plus tard en 1949. Il est alors invité à l'Élysée, invitation qu'il décline en s'estimant indigne pour le motif qui a entrainé son blâme et il écrit :

« Si c'était à refaire, je les mettrais en garde contre l'extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d'un mauvais français comme moi et pendant que j'y serais, une bonne fois, pour n'avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d'avoir à refuser d'aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu'il voulussent bien, leur Légion d'honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens[16] »

En réalité, ce ne sont pas ses écrits ni son scénario qui lui valent l'accusation de collaboration, c'est la défense de ses amis : Robert Brasillach (en 1945)[17], Maurice Bardèche (en 1949)[18] et Céline (en 1950)[19].

La controverse Marcel Aymé[modifier | modifier le code]

L'écrivain a été attaqué par tous ceux qui ne supportaient pas que ses romans décrivent assez crûment la France des années quarante et celle de l'épuration, mettant sur le même pied les collaborateurs monstrueux et les revanchards sinistres, décrivant avec une exactitude désinvolte le marché noir, les dénonciations, les règlements de comptes (Uranus, Le Chemin des écoliers). Mais il a surtout soutenu jusqu'au bout Robert Brasillach, tentant de faire signer à des intellectuels et des artistes de tout bord la pétition[20] contre la peine de mort dont Brasillach était frappé. Albert Camus, Jean Cocteau, François Mauriac et d'autres l'ont signée, sauf Picasso qui venait d'adhérer depuis peu au parti communiste, ainsi que l'explique Claude Roy « J'ai souffert que mon parti d'alors s'oppose à ce que je participe à une demande de grâce. Picasso a refusé aussi pour la même raison[21]. » Mais Brasillach a été fusillé quand même, de Gaulle ayant rejeté sa grâce, malgré la lettre que lui avait adressée l'ancien résistant Daniel Gallois qui avait appartenu à un mouvement de résistance : l'O.C.M[22],

Le succès populaire malgré tout[modifier | modifier le code]

Bien que très blessé par cet épisode, Marcel Aymé n'en continue pas moins à publier un grand nombre de romans, de contes, de nouvelles et de pièces de théâtre. Si ses œuvres lui valent un immense succès populaire, la critique le met en pièces ou l'ignore, et cela jusqu'à sa mort. Champion du contre-courant, on lui reproche l'anti-américanisme de La Mouche bleue en pleine période pro-américaine[23].

À propos de sa pièce Les Oiseaux de lune, mise en scène par André Barsacq au Théâtre de l'Atelier, Elsa Triolet écrit : « On rit énormément à ces oiseaux de lune. Mais hier comme aujourd'hui, qu'on pleure ou qu'on rie, il y a quelque chose de pourri dans ce royaume-là »[24].

Et pourtant, au théâtre, Marcel Aymé obtient de grands succès en particulier avec La Tête des autres, mise en scène par André Barsacq au Théâtre de l'Atelier, une satire dont la magistrature est seule à ne pas rire.

La Tête des autres est le premier grand plaidoyer contre la peine de mort qui fait scandale. Marcel Aymé y ridiculise les procureurs de la République.

Le style et l’homme[modifier | modifier le code]

Le style de Marcel Aymé est très élaboré. Il analyse avec esprit les travers de l'homme et de la société. Sa vision peut être noire. L’hypocrisie, l'avidité, la violence, l'injustice, le mépris, apparaissent dans ses ouvrages, aussi bien que la camaraderie, l'amitié, la bonté, l'indulgence et le dévouement. Il décrit les structures sociales de façon très réaliste, à la Balzac ou à la Zola, tout en accordant une place importante au fantastique. Son fantastique, loin d'être traditionnel, est teinté d'ironie et peut être qualifié de « fantastique ludique » (cf. le recueil Le Passe-muraille).

Le fantastique de Marcel Aymé[modifier | modifier le code]

Il ne propose aucune hésitation entre deux interprétations, l'une rationnelle, l'autre surnaturelle (le schéma de Todorov enseigné un peu dogmatiquement dans les classes, sur le modèle du fantastique de Maupassant) ; ce n'est pas non plus l'intrusion du mystère dans le cadre du quotidien selon la définition de P.-G. Castex, dans la mesure où il n'introduit pas souvent une atmosphère de cauchemar.

Les histoires fantastiques de Marcel Aymé sont souvent fondées sur l'irruption dans la vie d'un homme souvent peu enclin à chercher l'aventure, d'une entorse majeure aux lois physiques les plus inébranlables, qui transforme son existence, mais dont l'origine n'est presque pas envisagée, tandis que les conséquences, parfaitement logiques, obéissent aux lois naturelles : Dutilleul, le héros du Passe Muraille peut traverser les murs et la nouvelle est le récit humoristique des conséquences de cet événement sur sa vie de petit employé.

Raoul Cérusier, dans La Belle image (1941), découvre en fournissant des photos d'identité qu'il a changé de visage et qu'il est devenu beau : l'histoire est celles des conséquences logiques de ce changement sur sa vie professionnelle et affective. Le nain du cirque Barnaboum grandit en une nuit (Le nain, 1934) : le phénomène n'est ni expliqué ni décrit, mais l'histoire des conséquences de de cette perte d'identité obéit aux lois physiques et psychologiques.

Marcel Aymé ne se limite pourtant pas à une recette du fantastique : L'écrivain Martin (Derrière chez Martin, 1938), qui cède trop souvent à la nécessité de faire mourir ses personnages prématurément, après avoir été morigéné par son éditeur, reçoit la visite d'un d'entre eux, qui réclame contre le mauvais traitement que l'auteur lui fait subir. La suite de l'histoire se fonde sur les interactions entre le monde réel et celui du roman où Martin occupe la place de Dieu ; et le fantastique s'enrichit de cet échange entre le déterminisme du réel et l'omnipotence de l’écrivain. Dans « Le cocu nombreux », du même recueil, un vagabond découvre tout un village est peuplé d'êtres humains dotés de deux corps (sauf les fous !), et l'on mentionne d'autres villages « où une même per­sonne ha­bite quatre, dix, vingt corps et da­van­tage… »

Accueil par ses contemporains[modifier | modifier le code]

Quand il reçoit le Goncourt en 1945, Jean-Louis Bory déclare :

« Mes deux passions sont Aragon et Marcel Aymé. J'ai écrit Mon village à l'heure allemande en pensant à Marcel Aymé. »

Et Antoine Blondin :

« Il disposait de beaucoup d'indulgence pour l'humanité tout entière. Sa fréquentation vous améliorait. »

Toujours caché derrière des lunettes noires, parlant peu, Marcel Aymé ne s'est reconnu dans aucun courant politique.

« Son immense talent précurseur n'est pas encore suffisamment apprécié. Sa production est abondante. Marcel Aymé a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre et plus de cent soixante articles. L'ignorance dans laquelle la critique et les manuels de littérature ont tenu depuis trente ans l'œuvre de cet écrivain relève du scandale culturel[25]. »

Cette ignorance peut s'expliquer par le fait que Marcel Aymé n'a pris la précaution d'épargner personne, pourfendant la bêtise, le snobisme, la cupidité où qu'ils se trouvent : il n'a pas pris le soin choisir un camp pour de se ménager des amis. Il ridiculise les grands bourgeois, les patrons, les intellectuels, les modes et les snobismes en art (Travelingue, Le confort intellectuel). L'intelligentsia l'a jugé jugé « de droite », tandis que les tenants de l'ordre ne supportent pas sa causticité.

En 1950, il refuse un siège à l'Académie française.

Le langage de Marcel Aymé[modifier | modifier le code]

Marcel Aymé a l'art de mettre en scène toutes les classes sociales avec le langage qui leur est propre. Bourgeois, snobs, parisiens, voyous, intellectuels, (Travelingue), paysans (Marthe et Hyacinthe Jouquier dans Gustalin, Arsène Muselier dans La Vouivre), universitaires (l'oncle Jouquier dans Gustalin), politiques et militants (Gaigneux et Jourdan dans Uranus) tous sont restitués avec authenticité dans leur milieu selon leur parler. Évidemment, compte tenu de ses origines franc-comtoises, l'écrivain fait une place de choix au parler franc-comtois essentiellement dans La Table aux crevés, La Vouivre, Gustalin et Brulebois.

Le parler franc-comtois[modifier | modifier le code]

Dans Gustalin, lorsque Marthe est partie avec Sylvestre Harmelin (surnommé Gustalin), Hyacinthe rentre à la ferme et trouve la maison vide. Il doit donc faire lui-même le travail de sa femme. « Il ferma le poulailler et pensa tout à coup qu'il fallait traire les vaches et porter le lait à la fruitière[26].,[27] Marthe avait tout préparé à l'écurie. À côté du trépied de bois, il trouva la seillere[28], la bouille[29].,[30] » « Comme tante Sarah arrivait, Marthe ôta son devantier[31].,[32] » En revenant des bois où habite sa tante Talentine, Marthe se signe en voyant trois pies et récite une comptine pour conjurer le sort : « Trois aigasses[33]. Malaigasse. Passe, passe, passe[34]. » Arsène Muselier contemple les champs de turquis dans lesquels il n'y a plus trace des serpents de la Vouivre[35] ,[36] »

Il arrive même que Marcel Aymé assume dans le récit l'emploi certains vocables franc-comtois sans prendre la distance qui siérait à un auteur parisien distingué. Le mot « ticlet » apparaît dans « Je suis renvoyé » et « L'élève Martin », deux nouvelles de Derrière chez Martin qui ne sont pas régionalistes, pour désigner un loquet. Dans les deux cas, il s'agit de celui des "vécés" – puisque Marcel Aymé francise tous les anglicismes et acronymes de l'usage courant.

« On constate aussi qu'à ces termes francs-comtois se mêlent des expressions d'ancien français connu dans d'autres régions[37]. En effet, la langue du Comté comprend une foule de mots et d'expressions différentes d'une région à une autre, mais généralement compréhensibles dans les trois départements (25 Doubs, 39 Jura, 70 Haute-Saône). Leur origine est très diverse et on trouve pêle-mêle des mots d'ancien français ou d'argot aussi bien que des vocables tirés de l'allemand ou du latin[38]. Ainsi dans Gustalin, Marthe reproche au chien museau de faire des arias[39]. Et Hyacinthe déclare qu'il connaît bien la maison de la Frisée qui était située entre deux foyards[40] »

L'argot et les voyous[modifier | modifier le code]

Sa fréquentation de Céline et de Gen Paul a apporté à Marcel Aymé une riche moisson d'argot parisien qu'il a aussitôt placée dans la bouche de ses personnages. Le Bombé a « une crèche à 250 balles et une poule qui ne décarre pas du cercle deux jours sur trois »[41]. Milou raconte que « son père s'envoyait viande et légumes avec deux litres de picrate »[42]. Dans la nouvelle Avenue Junot Marcel Aymé cite directement son ami Gen Paul « Attention à la barbouille s'écria Gen Paul à ses visiteurs. Allez pas salir vos alpagues. C'est encore moi qui me ferai incendier par vos ménagaux! »

Le ton des beaux quartiers[modifier | modifier le code]

C'est une annonce compassée, presque professionnellement bourgeoise, qui consacre dans Le Bœuf clandestin, le mariage de la fille de M. Berthaud, qui habite le 17e arrondissement de Paris, rue Villaret-de-Joyeuse : « Jeudi 15 septembre, en l’église Saint-Ferdinand-des-Ternes a été célébré dans l’intimité le mariage de Mlle Roberte Berthaud, fille de M. Berthaud, directeur à la banque de Provence et de Normandie, et de Mme, née Tavelet, avec M. Philippe Lardu, ingénieur des mines, fils de M. Lardut et de Mme, née Bontemps. Étaient témoins pour la mariée M. le Général de Buzières d’Amandine et M. Clovis Challebères, vice-président de la ligue pour la protection des églises de Bourgogne et membre de la Société des Gens de Lettres, et M. René Moiran, ingénieur des tabacs. »[43]

Les snobs qui se retrouvent dans Travelingue, délirent sur le monde ouvrier avec ferveur. « Il me racontait que, dans un atelier, il a vu un ouvrier qui jouait de l’ocarina, et autour de lui, des ouvriers qui l’écoutaient dans des attitudes simples. Des visages compréhensifs, ils avaient le regard pur. Comme impression, c’était formidable. Il aurait fallu filmer ça. Il y avait une belle chose à faire en travelling. »[44]

Marcel Aymé, comme Boris Vian ou Raymond Queneau, ne se prive pas d’utiliser l’anglais de manière phonétique ce qui donne « travelingue », « coquetèle », « biftèque », « interviouve », « métingue ».

Militants et politiques[modifier | modifier le code]

La méfiance du monde ouvrier pour les intellectuels qui militent en sa faveur est illustrée par le personnage de Gaigneux dans Uranus. Gaigneux supporte assez mal les grandes envolées verbeuses de Jourdan, qui « s'animait en parlant des travailleurs dans un style fleurant la revue littéraire et le patronage. À l'entendre, la classe ouvrière devenait une divinité mille-pattes apparaissant à la fois comme une théorie de martyrs extatiques, une armée haillonneuse de paladins assoiffés d'héroïsme, et une procession d'archanges à culs roses[45]. »

Les ouvriers[modifier | modifier le code]

« Son frère Georges lui avait suggéré de s'intéresser aux milieux ouvriers, mais sa première réaction avait été négative en alléguant qu'il les connaissait mal. Cependant, à la réflexion, peut-être aidé par la lecture de faits divers, il décida de traiter le sujet en imaginant une rue peuplée d'Italiens qui allait prendre peu à peu un visage particulier[46]. ». Ce sera La Rue sans nom où le langage des protagonistes est moins marqué par leur condition d'immigrés que par leur condition désolante et le racisme que l'écrivain dénonce sans ménagement. « Les étrangers avaient élu le Modern Bar pour y boire leur paie à cause de l'hostilité qui se dégageait de ces lieux pour les indigènes. Dans un café où fréquentaient les Français, ils se seraient sentis exilés, au lieu que là, ils étaient dans une atmosphère qu'ils avaient créée et qu'ils aiment pour cela même[47] ». L'écrivain emploie d'ailleurs, en faisant parler les observateurs de ces immigrés, des mots qui sont toujours utilisés de nos jours. « Les autres habitants de la rue, les hommes surtout, regardaient avec une méfiance agressive ces étrangers qui engrossaient couramment leurs femmes. Ils affichaient un mépris arrogant des professions de terrassier ou de maçon (...) et déploraient l'envahissement de la rue par une racaille qui crevait de faim chez elle, dans un pays où les femmes, trop laides, n'arrivaient à nourrir les maquereaux qu'ils étaient tous[48]. »

Hommage[modifier | modifier le code]

Un monument et une plaque ont été élevés à sa mémoire place Marcel-Aymé, dans le quartier de Montmartre à Paris. La statue, réalisée par Jean Marais en 1989 évoque le « Passe-muraille », un de ses personnages les plus surréalistes, et une de ses plus belles œuvres écrites.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Dessin de C. Abin
Tombe de Marcel Aymé. Cimetière Saint-Vincent, Paris.

Romans et nouvelles de Marcel Aymé[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Articles de Marcel Aymé[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Articles de Marcel Aymé.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Scénarios, adaptation et dialogues[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Album Marcel Aymé, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2001.

Adaptations pour le cinéma, le théâtre et la télévision[modifier | modifier le code]

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

Il est difficile de trouver des ouvrages de référence sur Marcel Aymé. L'auteur a été si obstinément classé à droite et admiré par les cercles conservateurs, que très peu d'intellectuels ont osé entreprendre une étude approfondie et objective de son travail de peur d'être taxés de fascisme, d'antisémitisme ou de tendances réactionnaires. D'autre part, Aymé avait l'art de se mettre à dos les cercles politiquement corrects y compris l'Éducation nationale dans son ensemble puisqu'on n'étudie pas ses romans dans les écoles. Seuls les Contes du chat perché sont principalement étudiés à l'école primaire en cycle 3 (CE2, CM1, CM2)[49] et au collège[50]. En 1949, le ministère de l'Éducation nationale fait savoir à Marcel Aymé qu'il va être inscrit sur la liste de la prochaine promotion de la Légion d'honneur. Marcel Aymé se souvient du « blâme sans affichage » auquel il a été condamné en 1946 pour avoir vendu sous l'occupation un scénario à la Continental film.- Archives Gallimard -. L'année suivante, il décline la proposition faite publiquement par François Mauriac de présenter sa candidature à l'Académie française :« Combien d'écrivains auront refusé presque simultanément l'Académie française et la Légion d'honneur? s'interroge Gabrielle Rollin dans le magazine Lire[51] ».

  • Pol Vandromme : Marcel Aymé, Paris, Gallimard, 1994 réédition d'un ouvrage publié en 1960.
  • Michel Lécureur, Lettres d'une vie, Marcel Aymé, Paris, Les Belles Lettres.
  • Jean Cathelin, Marcel Aymé ou le paysan de Paris, Paris, Debresse, coll. "Au carrefour des lettres", 1958, 253 p.
  • Jean-Louis Dumont, Marcel Aymé et le merveilleux, Paris, Debresse, 1970, 223 p.
  • Michel Lécureur, La Comédie humaine de Marcel Aymé, Lyon, La Manufacture,‎ 1985, 371 p. (ISBN 2-904 638-24-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Lécureur, Marcel Aymé : un honnête homme, Paris, Les Belles Lettres-Archimbaud, 1997, 448 p. + 28 p. de planches {{ISBN|978-2-251-44107-8}.}
  • Album Marcel Aymé : iconographie choisie et commentée par Michel Lécureur, Paris, Gallimard, La Pléiade, coll. « Album », no 40, 2001, 316 p. (ISBN 978-2-07-011596-9). Inclut une table des 304 illustrations et un index des noms de personnes, de titres d'œuvres, de textes et de périodiques
  • Michel Lécureur, Les chemins et les rues de Marcel Aymé (préface de Benoît Duteurtre ; photos de Thierry Petit), Besançon, Tigibus, 2002, 139 p. + 1 livret de 16 p. encarté (ISBN 978-2-914638-02-9)
  • Roger Nimier, Journées de lecture (préface de Marcel Jouhandeau), Paris, Gallimard, 1965, 277 p.
  • Pol Vandromme, Marcel, Roger et Ferdinand, Bruxelles, La Revue célinienne no 7-8, 1984, 193 p. Concerne les relations entre Marcel Aymé, Roger Nimier et Louis-Ferdinand Céline.
  • Jean-Claude Véniel, Créateurs, créatures et création dans l'œuvre de Marcel Aymé, Thèse de doctorat en littérature moderne et contemporaine, présentée en 1988 devant l'université de Lille-3.
  • Jean-Claude Véniel, L'Œuvre de Marcel Aymé, de la quête du Père au triomphe de l'écrivain, Paris, Aux Amateurs du livre, 1990, 417 p. (ISBN 978-2-87841-035-8).
  • Sur l'affaire Brasillach, Anne Brassié, Robert Brasillach, Paris, Robert Laffont,‎ 1987, 420 p. (ISBN 2-221-04510-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Comédie humaine de Marcel Aymé, La Manufacture, Lyon, 1985, p. 259–265 (ISBN 978-2-03-508302-9).
  2. J. L. Bourget, Nouvelle revue franc-comtoise, no 38, p. 69.
  3. « Rien de bien nouveau dans ces contes qui sont par rapport à Perrault ce que Giraudoux est à la tragédie grecque (…). Rien en fait qui sorte du conventionnel. Une sagesse toute d'ironie à la fois désenchantée et tournée vers le passé, des clins d'œil par dessus l'épaule de l'enfant à l'adulte. Marc Soriano, « Les Lettres françaises », 9 septembre 1954 »
  4. Michel Lécureur, p. 280–287.
  5. Michel P. Schmitt dans : Dictionnaire des littératures de langue française, Bordas, vol. I, 1984, p. 109 (ISBN 978-2-04-015333-5).
  6. Jacques Brenner dans : Dictionnaire des auteurs, Laffont-Bompiani, vol. I, p. 175 (ISBN 978-2-221-50150-4).
  7. Dictionnaire historique, thématique et technique des littératures, vol. I, p. 135, Larousse, 1985 (ISBN 978-2-03-508301-2).
  8. Marcel Aymé par Paul Vandromme. Gallimard (1960)
  9. Jacques Brenner, Dictionnaire des auteursOpus Cité
  10. Larousse des littératures, opus cité.
  11. Bernard Morlino, Emmanuel Berl. Les tribulations d'un pacifiste, Paris, La Manufacture, 1990, p. 185.
  12. Jacques Brenner, Laffont Bompiani, Opus cité
  13. Titre du film : Le Club des soupirants, Michel Lécureur, La Comédie humaine de Marcel Aymé, éditions La Manufacture, Lyon, 1985, p. 306.
  14. Marcel Aymé, L’épuration et le délit d’opinion in Le Crapouillot, no 11, Les pieds dans le plat ou la guerre inconnue, avril 1950, pp. 77–79.
  15. Dans l'équipe de cette compagnie dirigée par Joseph Goebbels, on trouve de jeunes talents : Henri-Georges Clouzot, Jacques Becker, Robert Bresson, André Cayatte, Marcel Carné ou Maurice Tourneur dont certains seront inscrits sur la liste noire du Comité d'épuration du cinéma français ; voir le détail sur Continental film.
  16. Michel Lécureur 1985, p. 306
  17. Marcel Aymé, Confidences et propos littéraires, pp. 322–333.
  18. Marcel Aymé, Confidences et propos littéraires, pp. 286–297.
  19. Marcel Aymé, Confidences et propos littéraires, pp. 366–381.
  20. Pour le texte de la pétition et la liste des signataires Pierre Pellissier, Robert Brasillach… le maudit, Denoël, 1989, pp. 429–430.
  21. Anne Brassié 1987, p. 362
  22. Anne Brassié 1987, p. 361
  23. « Réalités », février 1958
  24. « Les Lettres Françaises », 1956
  25. Michel P. Schmitt, Bordas des littératures, page 109, lignes 24 à 30 (le texte ayant été écrit dans les années 1970, on peut rajouter encore trente ans)
  26. FRUITIERE : fromagerie, coopérative. « Les fruitières (ou associations pour la fabrication du fromage dit de Gruyère) sont à peu près spéciales aux montagnes du Jura, bien que la fabrication elle-même soit d’origine suisse.
  27. www.lexilogos.com dictionnaire du parler franc-comtois Lexilogos
  28. SEILLE : (n. f.) Seau, en bois en général. Voir l’expression : « Il pleut à seille »
  29. BOUILLE : (n. f.) « Bouille à lait », gros bidon de bois ou métal servant à porter le lait à la fromagerie, fait pour être porté par un âne ou sur le dos [Doubs 25, Jura 39], définition Lexilogos
  30. Gustalin, Le livre de poche Hachette 1971, p. 240.
  31. DEVANT (devantier) : (n. m.) Tablier, Lexilogos
  32. Gustalin, Hachette, 1971, p. 54.
  33. AGASSE : (n. f.) Pie. Provient sans doute de l’italien gazza. Variantes : adiasse, agace, aigasse
  34. Gustalin, Le livre de poche Hachette, 1971, p. 230.
  35. TURQUIE : (n. m.) Maïs (Lexilogos). Graphie dans la Vouivre : Turquis
  36. La Vouivre, Le Livre de poche Hachette, 1969, p. 35.
  37. Michel Lécureur, 1985, p. 263.
  38. La Nouvelle revue comtoise, no 38, p. 69.
  39. ARIA : (n. m.) Difficulté, embarras. Emprunté à l’italien. En ancien français, harier signifie « harceler »-Lexilogos
  40. FOYARD : (n. m.) Hêtre, fayard. Du latin fagus. Lexilogos
  41. Le Chemin des écoliers, chap. III, cité par Michel Lécureur, p. 245.
  42. Travelingue, chapitre XIV, Michel Lecureur, ibid
  43. Le Bœuf clandestin, Gallimard NRF, 1962, p. 235
  44. Travelingue, coll. « Folio », Gallimard, 1973, p. 134
  45. Uranus, Gallimard Folio, 1972, p. 97.
  46. Michel Lécureur, Album Marcel AyméAlbum Marcel Aymé : iconographie choisie et commentée par Michel Lécureur, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, coll. « Album », no 40, Paris, 2001, 316 p. (ISBN 978-2-07-011596-9), et La Comédie humaine de Marcel Aymé, p. 159–160.
  47. La Rue sans nom, Œuvres complètes illustrées par Roland Topor, Flammarion, 1977, t.1, p. 340.
  48. La Rue sans nom, Flammarion, 1977, p. 329.
  49. le cycle 3 comprend le CE2 CM1 CM2
  50. [1] Voir la liste ouvrages littéraires sur le site de l'Éducation nationale
  51. article de Gabrielle Rollin dans Lire

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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