Flashback

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Dans un film, le flashback, ou retour en arrière, est un procédé d'écriture de scénario qui, au sein de la continuité narrative, introduit une action (sous la forme d'un plan, d'une séquence, ou d'une scène) qui s'est déroulée chronologiquement avant l'action en cours.

Ce procédé est la plupart du temps utilisé pour apporter au spectateur des éléments nécessaires à la compréhension du comportement des personnages principaux. Mais il peut également être utilisé à des fins poétiques, humoristiques, etc.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le retour en arrière est un procédé vieux comme le monde. Ainsi, Homère dans Odyssée, fait exposer par Ulysse, aux Phéaciens qui l’ont recueilli après son naufrage, le périple qui l’a conduit jusqu’ici. Il se confie à eux, y compris sur des événements passés de sa vie privée, leur évoquant son épouse fidèle Pénélope et son fils Télémaque qui l’attendent à Ithaque.

En 1901, c’est un cinéaste français, Ferdinand Zecca, qui, le premier, utilise ce procédé littéraire pour un film, Histoire d’un crime. Il raconte comment un voleur se rend coupable d’un assassinat sur la personne d'un caissier et comment il est pris de remords, avouant son crime qui lui vaut d’être condamné à la guillotine. « La veille de son exécution, le condamné à mort est profondément endormi dans sa cellule. Sur le mur, au-dessus de son châlit, apparaissent successivement trois souvenirs[1]. » Ce sont d’abord deux réminiscences de son enfance qui semble plutôt heureuse en compagnie de ses parents. La troisième évocation est celle d’un passé tout récent puisqu’on le voit s’adonner au jeu et perdre, face à un tricheur, et repérer un homme bien habillé, exhibant une bourse bien remplie (les spectateurs peuvent reconnaître le caissier assassiné) ; il suit discrètement sa future victime. « Le dernier souvenir s’estompe et disparaît, le flashback a donné l’illusion de revenir dans le temps, mais l’histoire, elle, continue à aller de l’avant, la porte de la cellule s’ouvre, laissant passer un prêtre et cinq hommes en redingote, l’air sévère, qui réveillent le prisonnier et le conduisent à son dernier supplice[2]. »

« Ferdinand Zecca découvre intuitivement la règle fondamentale qui s’imposera pour construire un flashback au cinéma, il adosse le sien à deux moments extrêmement forts de son récit. Il choisit de ne pas montrer le procès et la condamnation à mort, mais il insiste sur la prise de conscience de l’assassin et ses remords quand celui-ci découvre à la morgue le cadavre de sa victime. Cette scène est le premier pilier. Le second pilier est l’entrée des fonctionnaires dans la cellule pour conduire le condamné à la guillotine. Le flashback, irruption du passé dans le présent, est ainsi un moyen trouvé par Zecca pour entrer dans la tête de son personnage... avant qu’elle ne tombe[2] ! »

Les flashbacks plaisent au public et sont souvent employés dans le cinéma des années 1910-1920, à tel point que les producteurs s’inquiètent. Un livre est édité aux États-Unis en 1911, écrit par un certain Epes Winthrop Sargent : Technique du “photoplay” [3],[4] , destiné à mettre en garde les cinéastes, scénaristes ou réalisateurs, contre l’usage abusif de ce qu’ils appellent alors les « visions ». On leur reproche d’interrompre « le flot narratif », « le spectateur passe tout son temps à tenter de mettre de l’ordre dans les faits rapportés ». L’auteur recommande de bien séparer les actions et les visions par des fondus ou des "cartons" (intertitres, leaders en anglais), les flashbacks doivent être encadrés, balisés, signalés, par un procédé ou par un autre.

En 1912, le film Le Passant, réalisé par Oscar Apfel, pour l'Edison Manufacturing Company, comporte un flashback qui est mis en place par un travelling avant sur le protagoniste, un pauvre vieillard, invité à participer au déjeuner d'un cercle de jeunes gens aisés, en tant que passant anonyme et amusante curiosité. Le mouvement de caméra est novateur, c'est le premier « travelling psychologique » comme sera appelé un tel travelling avant, qui ouvre la confidence d'un personnage. Le vieil homme commence le récit de sa vie, qui est le récit de sa déchéance. Fondu enchaîné. Flashback : l'homme a l'âge de ses invités, comme eux aujourd'hui il fête bruyamment sa jeunesse avec force boissons. C'est d'ailleurs l'alcool qui lui sera fatal plus tard, et fera qu'il perdra son emploi et sa fiancée. Le récit en flashback se termine par un travelling arrière où l'on retrouve le vieux passant et ses hôtes qu'il quitte après les avoir bien distraits. Il remarque en partant un tableau qu'il connaît, c'est le portrait de son ex-épouse : le jeune riche qui lui a ouvert sa porte n'est autre que le fils qu'il aurait pu avoir d'elle, et qui bien sûr ignore tout de lui. « L’homme déchu ne peut que rire amèrement devant ce nouveau coup du sort et retourner, sans plus d’explications, à l’anonymat de la rue[5]. »

Utilisations modernes[modifier | modifier le code]

Les flashbacks ne sont pas improvisés au cours du tournage ou, encore moins, durant le montage, mais figurent en tant que tels dès la rédaction du scénario. Aussi, la principale difficulté pour le scénariste, et par la suite pour le réalisateur, est-elle de faire comprendre au spectateur que la scène est située dans le passé. Ils disposent de plusieurs moyens pour y parvenir : les costumes caractéristiques d'une mode ancienne comme dans Le Parrain, 2e partie, les lieux (par exemple l'ébauche d'une construction, terminée dans le récit principal), les personnages (par exemple plus jeunes, ou présence d'un personnage décédé depuis), la voix-off du narrateur comme dans Le Jour se lève... L'effet peut également être souligné par une transition technique telle que le passage au flou entre les deux récits, comme dans Les Ensorcelés, réalisé par Vincente Minnelli, ou un traitement différent de la photographie, comme dans Le Grand Meaulnes, réalisé par Jean-Gabriel Albicocco. Le passage du noir à la couleur et vice versa peut être utilisé, comme l'a fait Otto Preminger dans Bonjour tristesse.

Le plus souvent, à l’image du film de Ferdinand Zecca, le flashback s'articule autour d'un élément fort du récit, qui fait le lien entre le temps principal et un temps antérieur ; puis, grâce à un deuxième élément fort, qui est souvent une variation du premier, le récit principal revient.

Mais il peut être aussi le corps principal du récit, le temps postérieur n'étant qu'un élément de mise en place du récit antérieur, une sorte d’introduction et de faire-valoir. Par exemple : Sur la route de Madison, où les enfants de Francesca découvrent, après sa mort, qu'elle a eu autrefois une histoire d'amour avec un inconnu de passage. Les douze premières minutes du film décrivent les enfants, devenus adultes, la lecture du notaire, la recherche des documents personnels, la découverte de la confession de Francesca... Le récit de cet amour, unique accroc à la robe de mariage de Francesca, est alors évoqué en un flashback qui dure près d'une heure cinquante, avant un retour au présent qui nous montre l'émotion de ses deux enfants à la lecture de cette révélation.

Dans la série Desperate Housewives, le flashback est constamment utilisé, aussi bien pour préciser des détails de l’histoire, et notamment profiter de ce que la narratrice omnisciente, Mary-Alice Young, sait tout de l’existence des vivants, que pour démonter une scène en plusieurs séquences qui ne sont pas présentées au montage dans leur ordre chronologique.

Quelques films[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Film à flash-back.

De nombreux films utilisent la technique du flashback : voir la catégorie dédiée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yannick Mouren, Le flash-back, analyse et histoire, Paris, Armand Colin, 2005, (ISBN 978-2-20026-910-4), 194 pages
  • (en) Maureen Turim, Flashback in film, New York, Routledge, 1989, 278 pages

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010, (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages, citation page 106
  2. a et b Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, op. cité, citation page 107
  3. (en) Epes Winthrop Sargent, The Technique of the photoplay, New York, The Moving Picture World, 1911, 184 pages
  4. (en) Epes Winthrop Sargent, The Technique of the photoplay, Charleston, Bibliobazaar, 2013, (ISBN 9780559402418)
  5. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, op. cité, citation pages 397-398

Voir aussi[modifier | modifier le code]