Emmanuel Berl

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Emmanuel Berl

Naissance 2 août 1892
Le Vésinet
Décès 21 septembre 1976

Emmanuel Berl, né le 2 août 1892 au Vésinet Seine-et-Oise aujourd'hui Yvelines et mort le 21 septembre 1976 à Paris 14e, était un journaliste, historien et essayiste français.

Il était l'époux de la chanteuse et compositrice Mireille (elle le surnommait « Théodore »), et le cousin de Lisette de Brinon, née Jeanne Louise Rachel Franck.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de la haute bourgeoisie juive apparentée aux Bergson et aux Proust ainsi qu'à l'écrivain Monique Lange, il suit des études de philosophie avant de s'engager comme volontaire en 1914.

Réformé en 1917 pour maladie respiratoire après avoir reçu la Croix de guerre, il fait la connaissance de Marcel Proust. Dans son roman Sylvia, Berl racontera plus tard sa querelle avec Proust au sujet du bonheur amoureux : lorsque Berl lui raconte qu'il vit une histoire d'amour heureuse, Proust lui répond que c'est impossible, que l'amour partagé n'existe pas, qu'il faudrait que Sylvia le fasse souffrir, ou soit morte, pour que Berl éprouve pleinement ce qu'est l'amour. Devant l'incompréhension de Berl, Proust finit par se fâcher, lance ses pantoufles à la figure de Berl et renvoie le jeune homme chez lui[1].

Berl fréquente les surréalistes, se lie avec Louis Aragon, Gaston Bergery et son ancien condisciple du lycée Carnot, Pierre Drieu La Rochelle.

En 1920, il épouse à Andrein Jacqueline Bordes, et, selon Dominique Desanti, ne cache pas qu'il s'est marié avec « une propriété catholique[2] ».

Il fréquente les « maisons de tolérance » et tombe amoureux d'une prostituée, Suzanne Muzard, qui devient sa maîtresse et le trompe passagèrement avec André Breton[3].

En 1926 il divorce d'avec Jacqueline Bordes[4]. En 1927, il publie avec Drieu La Rochelle un périodique éphémère : Les Derniers Jours. En 1928, il épouse Suzanne Muzard[5], ce qui lui aurait valu la rancune de Breton et des surréalistes[6]. Toujours en 1928, il participe, avec Édouard Berth, Marcel Déat, Bertrand de Jouvenel et Pierre Mendès France, à la rédaction des Cahiers bleus que vient de lancer Georges Valois.

La même année il rencontre André Malraux et lui dédie son ouvrage Mort de la pensée bourgeoise, pamphlet dans lequel il appelle à une culture et à une littérature plus engagées. Il s'irrite notamment du snobisme de l'homosexualité, qui, selon lui, prône une fausse libération : « Je voudrais que les invertis pratiquent sans être inquiétés la sodomie et renoncent à un sodomisme qui devient une sorte de nationalisme avec cérémonie et fanfares, haine de l'étranger, culte des grands hommes, panthéon des invertis célèbres et, sous l'arc de triomphe, la tombe du pédéraste inconnu. (...) Ce n'est pas de là que vient la liberté et il faut réellement regretter que tant de talents se crispent à la défense de l'inversion quand ils auraient par ailleurs à accomplir tant de tâches urgentes[7]. » (Dans une lettre, Proust aurait proposé à Berl, pour l'aider à entrer dans le milieu littéraire, un « faux certificat d'inversion [8]».)

Durant les années 1930 il entre en politique, aux côtés des radicaux. Après avoir travaillé à l'hebdomadaire Monde, il lance, en 1932, l'hebdomadaire Marianne, qui est, jusqu'à l'apparition de Vendredi en 1935, le principal hebdomadaire de gauche. Il y défend une ligne favorable au Front populaire mais son pacifisme intransigeant et son égal refus des totalitarismes fasciste et communiste l'incitent à adopter des positions hétérodoxes et à marquer sa curiosité, sinon toujours sa sympathie, pour le néo-socialisme.

Il heurte la Gauche car il est d'avis de doter la France d'une grande et forte armée. « Je suis pour la force et contre la violence », disait-il.

En 1937 (année où il divorce d'avec Suzanne Muzard et se marie avec la chanteuse Mireille Hartuch[9]), les éditions Gallimard vendent Marianne. Berl quitte alors le journal et fonde en 1938 un nouvel hebdomadaire : Pavés de Paris[10].

Il approuve les accords de Munich, estimant tout d'abord que la situation militaire de la France à ce moment rend une entrée en guerre trop hasardeuse[11] et qu'ensuite, les Allemands des Sudètes ont raison de se considérer comme opprimés, le gouvernement tchèque étant notoirement germanophobe[12].

En janvier 1939, dans un courrier à Jean Galtier-Boissière, Berl accuse Robert Bollack, patron de l'Agence économique et financière, de corrompre des journalistes français pour qu'ils incitent à la guerre contre l'Allemagne. Robert Bollack proteste, mais Berl maintient ses allégations et Charles Maurras les confirme en avril 1939, en révélant que des juifs américains ont remis trois millions de dollars à Raymond Philippe et à Robert Bollack pour financer une campagne belliciste[13]. Berl dirige Pavés de Paris jusqu'à l'exode de 1940.

Quand arrive celui-ci, il part dans le Sud-Ouest avant d'être appelé, le 17 juin, à Bordeaux, où Yves Bouthillier lui demande de travailler aux discours de Philippe Pétain, alors président du Conseil; il rédige ainsi les deux discours des 23 et 25 juin où figurent, entre autres formules : « Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal » et « La terre, elle, ne ment pas ».

Certains lui ont également attribué ce passage du discours radiodiffusé de Pétain, le 17 juin 1940, qui exprime l'acceptation officielle de la défaite :

« C'est Le coeur serré que je vous dis qu'il faut arrêter le combat. Emmanuel Berl, le nègre de Pétain : cette phrase est de lui. Nous l'avons entendue à la radio, vous et moi. Quelle belle phrase, la plus émouvante jamais écrite en français...La plus sinistre, aussi, la plus lugubre. » (François Thibault, Notre-Dame des Ombres, Le Cherche-Midi, 1997, p. 87).

Après ce bref passage à Vichy, il se détourne du nouveau régime, rejoint à Cannes sa nouvelle épouse depuis 1941 Mireille, puis s'installe, en juillet 1941, à Argentat, en Corrèze, où il rédige une Histoire de l'Europe et où le rejoignent Bertrand de Jouvenel, de mère juive, Jean Effel et André Malraux et sa compagne Josette Clotis.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il quitte la politique pour se consacrer à la littérature et à la rédaction d'ouvrages autobiographiques, parmi lesquels, notamment, Sylvia.

En 1967, l'Académie française décerne à Berl le Grand Prix de littérature.

Il est inhumé au cimetière du Montparnasse, au côté de Mireille (25e division).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Recherches sur la nature de l'amour - La réalité des sentiments (1923);
  • Méditation sur un amour défunt (1925);
  • La Route n°10 (1927) ;
  • Mort de la pensée bourgeoise (1929) ;
  • Mort de la morale bourgeoise (1930) ;
  • Le Bourgeois et l'Amour (1931);
  • La Politique et les Partis (1932);
  • Discours aux Français (1934)
  • Lignes de chance (1934);
  • Présence des morts (1936) ; réédition Gallimard, 1956;
  • Le Fameux Rouleau compresseur (1937);
  • Frère bourgeois mourez-vous? Ding ! Ding! Dong! (1938);
  • Histoire de l'Europe - I D'Attila à Tamerlan (1945) ;
  • Les Deux Sources de l'art occidental (1946) ;
  • À la couleur du temps - Prise de sang (1946) ;
  • Structure et destin de l'Europe (1946) ;
  • De l'innocence (1947) ;
  • Histoire de l'Europe - II L'Europe classique (1947) ;
  • La Culture en péril (1948) ;
  • Sylvia (1952);
  • La France irréelle (1957);
  • Les Impostures de l'Histoire (1959);
  • Cent ans d'histoire de France (1962) ;
  • La Céleste Loterie (1963) ;
  • Rachel et autres grâces (1965);
  • Rembrandt (avec Marcel Brion, Claude Roy et René Huyghe) (1965) ;
  • Le 9 Thermidor (1965) ;
  • Nasser tel qu'on le loue (1968) ;
  • Le 10 juillet 1940 - La fin de la troisième République (1968) ;
  • À contretemps (1969);
  • Europe et Asie (1969);
  • Trois faces du sacré - Vinci - Rembrandt - L'ère des fétiches (1971);
  • Le Virage (1972);
  • Regain au Pays d'Auge (1975), Le Livre de Poche n° 4243;
  • Interrogatoire par Patrick Modiano suivi de Il fait beau, allons au cimetière (1976);
  • Essais, textes recueillis, choisis et présentés par Bernard Morlino, préface de Bernard de Fallois (1985, réédition en 2007, éd. Bernard de Fallois);
  • Tant que vous penserez à moi (1992), en collaboration avec Jean d'Ormesson;
  • Un télé-spectateur engagé (chroniques 1954-1971) (1993), textes présentés par Bernard Morlino.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Morlino, Emmanuel Berl : Les tribulations d'un pacifiste, Paris, La Manufacture,‎ 1990
  • Bernard Morlino, Berl, Morand et moi, Le Castor astral,‎ 2002

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Morlino 1990, p. 53-55, qui renvoie à Candide-Lettres, 11-18 janvier 1962.
  2. Dominique Desanti, Drieu. Le séducteur mystifié, Flammarion, 1978, p. 146. Cité par Morlino 1990, p. 61.
  3. Morlino 1990, p. 73, 74 et 77
  4. Morlino 1990, p. 75
  5. Morlino 1990, p. 84
  6. Morlino 1990, p. 100
  7. Morlino 1990, p. 86-87
  8. Morlino 1990, p. 87
  9. Morlino 1990, p. 231, 233
  10. Morlino 1990, p. 236
  11. Morlino 1990, p. 238
  12. Morlino 1990, p. 243 et 256
  13. Morlino 1990, p. 278-292