Mikhaïl Bakhtine

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Mikhaïl Bakhtine dans les années 1920.

Mikhaïl Mikhaïlovitch Bakhtine (1895 à Orel, Empire russe - 1975 à Moscou, Union soviétique) est un historien et théoricien russe de la littérature. Bakhtine s'est également intéressé à la psychanalyse, à l'esthétique et à l'éthique, et a été un précurseur de la sociolinguistique.

C'est cependant pour ses travaux sur la littérature et plus spécifiquement sur le roman qu'il est le mieux connu aujourd'hui. Intéressé par les travaux des formalistes russes, il souligne les limites de leurs méthodes. Il a notamment développé les concepts de dialogisme et de polyphonie dans le champ littéraire.

Biographie[modifier | modifier le code]

On ne sait rien de solide sur les origines et la jeunesse de Mikhaïl Bakhtine. On sait toutefois qu'il a suivi les cours (sans doute en auditeur libre) de Boris Warneke à Odessa. Protégé par ses amis plus âgés Pavel Medvedev et Valentin Volochinov, il commence une carrière d'enseignant à Vitebsk en 1920-1921.

Il retourne ensuite à Léningrad et s'intéresse à l'Institut d'Histoire de l'Art, un haut lieu du formalisme russe. Il publie ses premières études littéraires. Ses amis Volochinov et Medvedev publient trois livres (Le Freudisme et Marxisme et philosophie du langage pour le premier, La Méthode formelle en littérature pour le second) dont on a pu penser que Bakhtine lui-même les avait écrits, mais cette hypothèse est aujourd'hui fortement controversée.

La période de relative liberté intellectuelle durant la NEP prend fin avec l'arrivée de Staline au pouvoir en 1922. En 1924, Bakhtine déménage à Léningrad, où il occupe un poste à l'Institut d'histoire. Il rédige une importante étude sur Le problème du contenu, du matériau et de la forme dans l'œuvre littéraire, mais la revue qui devait le publier cesse d'exister et cet ouvrage ne sera publié que 51 ans plus tard dans Esthétique et théorie du roman[1].

En 1929-1930, Bakhtine, qui fréquente assidûment des cercles mystiques orthodoxes, est accusé d'activités subversives anti-soviétiques et assigné à résidence comme comptable dans un kolkhoze de Kostanaï, au Kazakhstan. Il évite d'être déporté au Goulag grâce à l'intercession de Volochinov et de Medvedev auprès du commissaire du peuple à l'Instruction Anatoli Lounatcharski.

Plaque commémorative de Mikhaïl Bakhtine.

À l'issue de sa peine, en 1936, il lui est interdit, comme à tous les anciens condamnés, de résider à Moscou ou à moins de cent kilomètres de cette ville. Nommé professeur dans un collège, il continue à publier dans un relatif anonymat. Une ostéomyélite chronique l'oblige à subir une amputation de la jambe.

En 1940, et jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il vit à Moscou. Il dépose sa thèse sur François Rabelais à l'Institut Gorki de littérature mondiale en vue d'obtenir un diplôme d'études supérieures. Cette thèse divise les experts et le titre de docteur lui est finalement refusé. Invité à Saransk, Bakhtine devient directeur du département de Littérature à l'Institut pédagogique de Mordovie. En 1957, il devient directeur de la section de littérature russe et étrangère à l'université de Saransk. En 1961, la dégradation de sa santé l'oblige à prendre sa retraite et il finit par s'installer à Moscou en 1969, où il meurt en 1975. Il est inhumé au cimetière de la Présentation (Moscou).

En 1970, la traduction française de son livre sur Rabelais commence de le faire connaître en France. Elle est suivie de la traduction de nombreuses œuvres posthumes.

Principaux apports[modifier | modifier le code]

Prenant position par rapport au formalisme russe, Bakhtine publie en 1924 une réflexion sur le contenu, le matériau et la forme de l'œuvre littéraire. Cette réflexion vise à établir que le roman, microcosme de langages divers, est le seul genre littéraire qui soit en contact avec la réalité. Bakhtine annonce la sémiotique contemporaine et la poétique sociologique dans le cadre d'une science générale des idéologies. Outre le dialogisme, il fonde la polyphonie. En 1963, Problèmes de la poétique de Dostoïevski est réédité en russe, puis traduit en français en 1970. La paternité de ce livre se trouve aujourd'hui également remise en cause [2]. Les formalistes privilégiaient le contenu de l'œuvre, sa relation avec d'autres œuvres, ce que réfute Bakhtine qui ne veut pas que l'œuvre soit uniquement un matériau; pour lui, c'est une rencontre orchestrée par l'auteur entre langage, forme et contenu. La littérature est pour lui un mode d'expression singulier décidé par un sujet qui a une histoire, une idéologie, un imaginaire.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1929 : Problèmes de la poétique de Dostoïevski (publié après son arrestation)
  • 1965 : L'œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance

Publications posthumes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la préface à Esthétique et théorie du roman, par Michel Aucouturier, p. 10.
  2. Sandra Nossik, « Sur l'ouvrage de Jean-Paul Bronckart et Cristian Bota, 2011, Bakhtine démasqué. Histoire d’un menteur, d’une escroquerie et d’un délire collectif, Genève, Droz, 629 pages », Semen, no 33,‎ 2012 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tzvetan Todorov, Mikhaïl Bakhtine - Le principe dialogique suivi de Ecrits du Cercle de Bakhtine. Editions du Seuil, Paris, 1981. 318 p.
  • (en) Mykola Polyuha, Clive Thomson, Anthony Wall (eds), Dialogues with Bakhtinian Theory. Proceedings of the Thirteenth Mikhaïl Bakhtin International Conference, London (ON), Mestengo Press, 2012, 437 p. (ISBN 978-0-9699145-2-5)
  • (de) Peter von Möllendorff, Grundlagen einer Ästhetik der Alten Komödie. Untersuchungen zu Aristophanes und Michail Bachtin, Tübingen, 1995 Texte
  • Jean-Paul Bronckart, Cristian Bota, Bakhtine démasqué : Histoire d'un menteur, d'une escroquerie et d'un délire collectif, Éditeur : Droz, 2011 (ISBN 2600005455). À noter que cet ouvrage a fait l'objet de deux comptes rendus extrêmement critiques dans la revue de littérature @nalyses, vol. 7.2. et dans les Cahiers du monde russe.
  • Cristian Bota et Jean-Paul Bronckart, « Volochinov et Bakhtine : deux approches radicalement opposées des genres de textes et de leur statut », Linx, no 56 « Linguistique des genres : Le programme de Bakhtine et ses perspectives contemporaines »,‎ 2007, p. 73-89 (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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