David Feuerwerker

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David Feuerwerker

Nom de naissance David Feuerwerker
Naissance 2 octobre 1912
Genève
Décès 20 juin 1980 (à 68 ans)
Montréal
Nationalité Drapeau : France Française
Pays de résidence Drapeau : FranceFrance, Drapeau : CanadaCanada
Diplôme
Doctorat en histoire, Semikha
Activité principale Grand-rabbin
Autres activités
Historien, Aumônier Général de la Marine nationale
Formation
Distinctions
Conjoint
Descendants
6 enfants

David Feuerwerker est un rabbin et professeur d’histoire juive français (Genève, le 2 octobre 1912 - Montréal, le 20 juin 1980).

Membre distingué de l’armée française et de la résistance maintes fois décoré, il s’impose comme l’une des principales figures du judaïsme français d’après-guerre, officiant en divers lieux de culte (synagogue de Neuilly, de la rue des Tournelles, de la rue Chasseloup-Laubat…) et participant à la vie intellectuelle du pays par ses cercles d’études, conférences et publications.Il fonde l'Aumônerie israélite de la Marine nationale. Il introduit l'hébreu au Baccalauréat français.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

David Feuerwerker naît à Genève, 11 rue du Mont-Blanc, dans une famille juive nombreuse et orthodoxe. Son père, Jacob, est un émigré apatride originaire, comme Elie Wiesel, de Sighet, tandis que la famille de sa mère, Regina née Neufeld, s’est établie en Suisse au XVIe siècle, en provenance de Lackenbach, l’une des sept communautés de la région d'Eisenstadt[1],[2], près de Vienne, en Autriche.

Jacob Feuerwerker ayant été empêché dans ses fonctions d’abatteur rituel, la famille émigre en France (elle reviendra en Suisse dans les années 1930) et c’est au Talmud Torah de la rue Vauquelin que le jeune David entame ses études. À dix-huit ans, il obtient son baccalauréat de sciences, lettres et philosophie, et entre, en 1932, au Séminaire Israélite de France (SIF)[3],[4],[5]. Disciple du Grand-rabbin Maurice Liber qui lui transmet sa passion de l’histoire, il étudie parallèlement les langues sémitiques anciennes à la Sorbonne. Naturalisé français en 1936, il est nommé rabbin le 1er octobre 1937.

Les années de guerre[modifier | modifier le code]

Incorporé en Alsace pour son service militaire deux semaines après son ordination, David Feuerwerker n’est pas démobilisé à la fin de son service car la France a déclaré la guerre à l’Allemagne hitlérienne. Il reçoit toutefois une courte permission de l’armée pour épouser à Paris Antoinette, née Gluck, le 28 novembre 1939.
Chef des transmissions d’un groupe d’artillerie du 12e R.A.D. (Régiment d'Artillerie Divisionnaire) et Aumônier de la 87e D.I.A, il se distingue par sa bravoure et le soutien moral qu’il procure aux troupes, et qui lui valent deux citations pour la Croix de guerre.

Rendu à la vie civile, le rabbin Feuerwerker est nommé à la tête des communautés de Corrèze[6], de la Creuse et du Lot. Il s’établit à la Villa du Mont-Blanc, avenue Turgot, à Brive-la-Gaillarde, et y crée son premier cercle d’études.
Il se distingue par son engagement communautaire énergique : délégué de l’Union générale des israélites de France et de l’American Jewish Joint Distribution Committee, il redistribue les subsides alloués aux Juifs et en particulier aux maisons d'enfants dont celle de Beaulieu-sur-Dordogne (il est à ce titre en contact avec Jacob Gordin[7]) et travaille avec le groupe d'Éclaireurs israélites qui accueille de jeunes juifs rescapés des camps ou ayant fui la zone occupée[8] ; il exfiltre aussi, avec l'aide de la HIAS[9],[10] de nombreux Juifs vers Cuba et d’autres pays de refuge[11] et fait libérer nombre de détenus des camps de transit, dont celui de Gurs[12],[13]. Il aide Benoit Mandelbrot dans la poursuite de ses études[14].

D’août 1942 à juin 1943, David Feuerwerker seconde Bernard Schonberg, le grand-rabbin de Lyon. Il rejoint alors le réseau Combat dirigé par Edmond Michelet[15],[16],[17] et fournit, sous le nom de Jacques Portal, de nombreux faux-papiers aux résistants. Son rôle est découvert par la Gestapo six mois avant la fin de la guerre. Pris en charge par le réseau Témoignage chrétien, il est contraint de quitter Brive tandis que sa famille, réfugiée à Lyon, est confiée aux bons soins du Père Louis Cognet. Arrivé à Genève, David Feuerwerker est brièvement emprisonné par les autorités suisses. Libéré, il reprend ses activités communautaires, organisant des séminaires et assistant le pédiatre Gaston Lévy dans sa tâche à l’OSE[18].

Revenu clandestinement à Lyon, le rabbin participe à sa libération en tant que Capitaine-Aumônier des Forces françaises de l'intérieur. Ses faits de résistance lui vaudront d’être décoré en 1953 et 1958 de la Croix du combattant volontaire 1939-1945 et de la Médaille Commémorative de la Guerre 1939-45 avec barrette France, avant d’être fait chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire.

Pour l’heure, le rabbin s’attelle à revivifier le judaïsme de Lyon et de France. Nommé grand-rabbin de Lyon (en remplacement de Bernard Schonberg, déporté), il fait abolir l’usage de l’orgue le chabbat et les jours de fêtes et publie l’Unité, premier hebdomadaire juif depuis la guerre[19], cofondé avec son ami Aimé Pallière, « le Noahide par excellence » et ardent promoteur du dialogue judéo-chrétien[20].

Un rabbin et érudit à Paris[modifier | modifier le code]

Élu rabbin de la synagogue de Neuilly puis de la synagogue de la rue des Tournelles, David Feuerwerker s’impose comme l’une des figures éminentes du judaïsme français.

Orateur renommé, il s’impose comme le choix naturel pour les commémorations sur le site du camp de Drancy ou au Mémorial pour le Martyr Juif Inconnu et à de nombreux enterrements. Intellectuel renommé, il fonde et anime en 1948 le Cercle d’études du Marais, au 14 place des Vosges[21] comparé à « Hyde Park, avec plus d’esprit » et attirant de nombreux et prestigieux participants, dont Raymond Aron, Henri Baruk, le père Marie-Benoît, Georges Duhamel, Edmond Fleg, Vladimir Jankélévitch, Louis-Lazare Kahn, Joseph Kessel, Jacques Madaule, François Mauriac, André Maurois, André Spire et Jean Wahl.
Il est en outre directeur de l’instruction religieuse (Paris, 1952), vice-président du Conseil pour l’Éducation et la Culture Juive en France (CECJF) (1953), et examinateur au baccalauréat pour la ville de Paris (il y introduit par ailleurs l’hébreu comme langue étrangère)[22]. Jacob Kaplan lui sera préféré en 1955 au poste de Grand-rabbin de France mais la communauté lui rend également hommage à l’occasion de sa deux-cent-cinquantième conférence et de ses vingt ans de rabbinat.

Parallèlement à ces activités, il officie également comme aumônier dans divers établissements pénitentiaires (il y rencontre Ruth Ben-David[23]), lycées et hôpitaux. Il crée aussi la fonction d’aumônier général dans la Marine nationale française, effectuant à ce titre des missions en Algérie et en Tunisie, et représentant la Marine nationale à des Congrès internationaux à Amsterdam et à Milan. Il représente aussi la communauté juive de France à une cérémonie sous l’Arc de triomphe de l'Étoile lors de la visite de Moshe Dayan en France après la guerre du Sinaï et la crise du canal de Suez[24].

Nommé en 1963 officier de la Légion d'honneur par le général de Gaulle pour son travail au sein de la Marine nationale, il obtient une licence ès lettres et un doctorat d’histoire de la Sorbonne, et intègre la VIe section de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) de 1962 à 1965[25]. Il publie alors de nombreuses communications, à la Société de l’Histoire de Paris[26] ou à l’Institut Napoléon de Paris et des articles, dans la Revue des Annales, Évidences, le Bulletin de nos communautés etc.

À Montréal[modifier | modifier le code]

En 1966, il émigre avec sa femme et ses six enfants dont Atara Marmor, à Montréal.

Il devient professeur de sociologie à l’Université de Montréal, de 1966 à 1968, et crée dans cette université le département des études juives. Il siège par ailleurs à la cour rabbinique ainsi qu’au Vaad Haïr (« conseil municipal » ) de Montréal [27], aux côtés du grand-rabbin de Montréal Pinhas Hirschprung [28]. Éditant les pages françaises du Voice of the Vaad, organe de presse de la communauté, il introduit aussi Maran harav Moshe Feinstein, l’une des plus hautes autorités rabbiniques de son temps, au maire de Montréal, Jean Drapeau.

En 1976, son livre sur l’émancipation des Juifs en France paraît aux éditions Albin Michel, faisant la première page du Monde et reçoit le Prix Broquette-Gonin d’histoire[29] de l’Académie française.

Se partageant entre la France et le Canada, il participe à de nombreux programmes radiophoniques et télévisés, est consulté comme expert et donne de nombreuses conférences. Portant un intérêt particulier à la musique juive, il organise la venue du chantre Moshe Koussevitzky[30] à la Synagogue de la rue des Tournelles et participe à diverses reprises à l’émission la Musique des nations, animée par Alain Stanké à Radio-Canada.

Décès et hommages[modifier | modifier le code]

Le rabbin David Feuerwerker meurt à Montréal le vendredi 20 juin 1980 (6 Tamouz 5740) et est enterré à Sanhédriah[31],[32],[33], un quartier de Jérusalem. De nombreuses personnalités et anonymes lui rendent hommage dont René Lévesque, à titre personnel et au nom du gouvernement du Québec.

Le 29 mai 2011, l'Association Consistoriale Israélite de Paris, représentée par Moïse Cohen, président d’honneur du Consistoire de Paris, et les rabbins Olivier Kaufmann (Synagogue de la place des Vosges) et Yves Marciano (Synagogue des Tournelles), inaugure, en présence de deux de ses enfants, une plaque commémorative à la synagogue des Tournelles. Par cette plaque commémorative, fixée sur un pilier dans la Synagogue des Tournelles,

L’Association Consistoriale Israélite de Paris rappelle avec reconnaissance le souvenir du Grand Rabbin David Feuerwerker (1912-1980), Officier de la Légion d'Honneur, Héros de la Résistance, Officier d'Académie, Créateur de l'Aumônerie israélite de la Marine Nationale, Lauréat de l'Académie Française, Ancien Rabbin des Tournelles, Fondateur-Directeur du Cercle d'Études du Marais (14 place des Vosges).

Publications[modifier | modifier le code]

Outre de nombreux articles de presse, conférences et émissions radiophoniques ou télévisées, David Feuerwerker est l’auteur de deux livres :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir,(en) Lackenbach. Rabbis of Lackenbach. JewishGen Shtetlinks.
  2. Voir, Elie Feuerwerker, 2013, p. 16.
  3. Historique du Séminaire Israélite de France
  4. Voir,(en) Jewish rabbinical students in front of a building (Élèves du Séminaire israélite de France à Paris), 1936-1938. United States Holocaust Memorial Museum. Moïse Cassorla est assis, le 2ème à partir de la droite. David Feuerwerker est debout à l'extrême gauche. Joseph M. Brandriss est le premier assis à gauche. Ernest Gugenheim est le troisième debout à partir de la droite.
  5. Voir,(en) Groupe portrait of participants in a rabbinical assembly in Lyon (la photo est signée: Congrès rabbinique à Lyon, 3 septembre 1940). United States Holocaust Memorial Museum. La photo est prise devant la porte de la Grande synagogue de Lyon, 13. Moïse Cassorla est au 2ème rang et le deuxième à partir de la gauche. René Hirschler est dans la deuxième rangée, le deuxième à partir de la gauche avec un béret de chasseur alpin. Isaïe Schwartz est au centre, jambes croisées. Jacob Kaplan est à la droite de Isaïe Schwartz et donc à gauche en regardant la photo. David Feuerwerker est au deuxième rang, le quatrième à gauche de René Hirschler. Derrière David Feuerwerker se trouve Elie Cyper.
  6. Voir, Le Château du Doux. Il n'y avait pas de Juif en Corrèze.
  7. Voir, Gordin 1995. Dans cet ouvrage une photo est publiée du rabbin Feuerwerker, à Beaulieu, en 1941-1942, avec Léo Cohn, déporté en 1944, et Jacob Gordin.
  8. Voir, Nathalie Roussarie. L'internement des juifs étrangers au Château du Doux 1942-1944. Jewish Traces. Mémoire et histoire des réfugiés juifs pendant la Shoah. 18 février 2012. Lire la note 12 qui mentionne également que le rabbin Feuerwerker "intervient souvent pour faire libérer des Juifs des camps de Gurs ou de Rivesaltes et trouver des familles d'accueil".
  9. Voir,(en) Correspondence between UGIF and David Feuerwerker, Rabbi in Brive, France. Jan. 29, 1941-Jan. 11, 1944. In: Folder France II -17.5 82 Date 1941-1942. Guide to the Records of the HIAS-HICEM offices in Europe 1924-1953 Bulk 1935-1953 Processed by Zosa Szajkowski & by Gunar M. Berg.
  10. Voir, Bazarov, 2013, p. 9-11.
  11. Site de la HIAS
  12. Voir, l'envoi de médicaments in La lutte inégale contre la saleté et les maladies. Amicale du camp de Gurs.
  13. Voir, (en) Commission Des Camps. Union Générale Des Israélites De France. United States Holocaust Memorial Museum Archives.p. 5, Reel 11.
  14. Voir, Benoit Mandelbrot, 2013, p. 62-63.
  15. Voir, Commémoration et inauguration d'une allée des Justes à Strasbourg. 22 janvier 2012. Allocution de Richard Prasquier.
  16. Voir, Les années sombres en R5. Edmond Michelet.
  17. Voir, Exposition. Les Juifs de Corrèze dans la Shoah. Du 7 Avril au 31 Mai 2014. Centre d'études et musée Edmond-Michelet. Dossier pédagogique réalisé par Emma Chanteloube sous la direction de Gilbert Beaubatie et David Marmonier.
  18. Souvenirs d’un médecin d’enfants à l’OSE - page 8
  19. revue citée dans Margaret Teboul. Lectures juives de "Deux sources de la morale et de la religion" dans les années trente. Archives Juives 2003/2 Vol. 36, p. 101-120, voir note 48, au sujet d'un article d'Aimé Pallière dans l'Unité.
  20. abbaa Blog Archive « Le noachide Aime Palliere », (en)Aime Palliere. Wikinoah., (en)Elijah Benamozegh. Wikinoah., [1], [2], (en)Jewish Convert. Time, Monday, March 28, 1932., (en)Bnai Noach Educational Development Group. Yaakov Fogelman. Oct. 15, 1997., [3]
  21. Voir, Le judaïsme religieux au lendemain de la Libération. C. Nataf. Les Cahiers de la Shoah. 2001.
  22. Haïm Brezis, Interview
  23. Cf. Blau 1978, p. 41
  24. Arc de Triomphe de l’Étoile, Paris
  25. Inventaire des archives du SIF
  26. Société de l’Histoire de Paris et de l’Île-de-France
  27. Voir, Conseil de la Communauté Juive de Montréal., (en) Steven Lapidus. The Jewish Community Council. The Evolution of Sectarianism in a Montreal Organization. Concordia University.
  28. (en)Remembering Rabbi Meir Shapiro Founder of the Daf Yomi - Daily Talmud Cycle and Yeshivas Chachmei Lublin, Poland.,(en)Radomsk. History. Voir, Montréal. Hirshprung.
  29. Institut de France - Prix et fondations<
  30. (en)Moshe Koussevitzky 1899-1966. Rabbi Geoffrey Shisler. Chazzanut Online.,(en)Moshe Koussevitzky 1899-1966. Cantor Wollheim's Column. Cantorially Speaking. January-February 2007., (en)The Cantor then and now…, (en) Bios. Cantor Yitzchok Meir Helfgot. Cantors World. Voir Koussevitzky.
  31. (en) Burial in Jerusalem: The Har Menuchos Cemetery
  32. Voir, Annette Malka. Les cimetières de Jérusalem: Personnes célèbres ou très connues enterrés dans des cimetières beaucoup moins connus pour ne pas dire inconnus. 12 mars 2011.
  33. Le rabbin René Kapel représente le rabbinat français avec le rabbin Jean Schwarz, ancien rabbin de la Synagogue de la rue de Montevideo, Communauté orthodoxe non-consistoriale de la Rue de Montevideo dans le 16e arrondissement de Paris, aux funérailles du Grand-rabbin David Feuerwerker à Jérusalem.
  34. Voir, Daniel-Rops et le peuple de Dieu.
  35. Voir, Daniel-Rops et le peuple de Dieu. 16 pages.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]