Robert Brasillach

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Robert Brasillach

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Brasillach au sortir de l'ENS.

Activités Écrivain, journaliste, critique de cinéma
Naissance 31 mars 1909
Perpignan
Décès 6 février 1945 (à 35 ans)
fort de Montrouge, Arcueil
Langue d'écriture français
Genres Roman, essai, poésie

Œuvres principales

Robert Brasillach, né le 31 mars 1909 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, à Arcueil (Seine ; aujourd’hui Val-de-Marne), est un écrivain, journaliste, et critique de cinéma français.

Outre ses activités littéraires, il est surtout connu pour son engagement politique à l'extrême droite : formé à l'Action française, il évolue vers le fascisme dans les années 1930 (tout en continuant d'écrire dans L'Action française). Sous l'Occupation, il devient rédacteur en chef du journal collaborationniste et antisémite Je suis partout. Il est ensuite jugé pour ses écrits politiques[1], condamné et fusillé durant l'épuration.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien élève du lycée de Sens où il a pour professeur Gabriel Marcel, Robert Brasillach est, après trois ans de classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand — où il côtoie Maurice Bardèche, Thierry Maulnier, Paul Gadenne, José Lupin, Jean Martin et Paul Arrousseau —, admis à l'École normale supérieure en 1928, période qu'il décrira longuement dans les premiers chapitres de Notre avant-guerre, livre de mémoires écrit en 1939-1940.

Il assura une chronique littéraire dans le quotidien L'Action française jusqu'en 1939, et dans L'Étudiant français durant la première moitié des années 1930. En accord avec la germanophobie répandue au sein de l'Action française, il est à cette époque extrêmement sceptique vis-à-vis de l'hitlérisme. Après avoir lu Mein Kampf, il écrit en 1935 : « C'est très réellement le chef-d'œuvre du crétinisme excité... Cette lecture m'a affligé »[2].

Auteur de l'entre-deux guerres (en 1939, il manque de peu le prix Goncourt) et de la Seconde Guerre mondiale, il fut, de 1937 à 1943 (période entrecoupée d'une captivité en Allemagne de 1940 à 1941, à la suite de sa mobilisation et de la défaite française), rédacteur en chef de l'hebdomadaire Je suis partout, dans lequel il laissa transparaître sa haine des Juifs, du Front populaire, de la République[3] puis, sous l'Occupation, son admiration du IIIe Reich.

Cette reparution du journal marque sa rupture avec Charles Maurras qui refusera de le revoir après avoir affirmé : « Je ne reverrai jamais les gens qui admettent de faire des tractations avec les Allemands[4]. »

En 1943, il cède sa place à Pierre-Antoine Cousteau, collaborateur plus militant, à la tête de l'hebdomadaire. Persuadé de la justesse de ses idées comme au premier jour, Brasillach est paradoxalement évincé à cause de sa constance : fasciste convaincu, il réclame un fascisme à la française, qui soit allié au nazisme mais qui ne soit pas un simple calque ; partisan zélé de la victoire de l'Allemagne nazie, il la juge de moins en moins probable et refuse de mentir en l'annonçant comme certaine à un public qui n'y croit plus.

Procès et exécution[modifier | modifier le code]

En septembre 1944, sa mère et son beau-frère, Maurice Bardèche, ayant été arrêtés pour faire pression sur lui, il se constitue prisonnier auprès de la Préfecture de police de Paris. Il est emprisonné à la prison de Fresnes (actuel Val-de-Marne) et poursuivi pour intelligence avec l'ennemi. Son procès, qui s'ouvre le 19 janvier 1945 devant la cour d'assises de la Seine, dure 6 heures. Il est condamné à mort le jour même après une délibération de vingt minutes. Sa défense avait été assurée par Me Jacques Isorni, lequel fut également, quelques mois plus tard, avocat du maréchal Pétain.

Dans les jours qui suivirent, une pétition d'artistes et intellectuels renommés, parmi lesquels Paul Valéry, Paul Claudel, François Mauriac, Daniel-Rops, Albert Camus, Marcel Aymé, Jean Paulhan, Roland Dorgelès, Jean Cocteau, Colette, Arthur Honegger, Maurice de Vlaminck, Jean Anouilh, André Barsacq, Jean-Louis Barrault, Thierry Maulnieretc.[5], demanda au général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, la grâce du condamné. Le général choisit de ne pas commuer la peine prononcée, ce qui entraîna l'exécution de la sentence, le 6 février suivant, lorsque Brasillach fut fusillé au fort de Montrouge.

Bien des biographes s'interrogent sur les raisons ayant poussé le général de Gaulle à laisser exécuter Robert Brasillach. Selon les témoignages successifs de Louis Vallon et de Louis Jouvet, qui l'interrogèrent sur le sujet[6], de Gaulle aurait vu dans le dossier de Brasillach la couverture d'un magazine le montrant sous l'uniforme allemand. Il y aurait eu une confusion avec Jacques Doriot[7]. Lacouture, qui rapporte cette rumeur, ne croit pas à cette interprétation. Il penche pour l'hypothèse d'une concession faite aux communistes pour pouvoir être plus ferme sur d'autres points.

« [...] Le général de Gaulle a écouté Mauriac, et a refusé la grâce. Quoi qu’il en pensât, de Gaulle ne pouvait s’opposer à toutes les exigences des communistes qui constituaient un tiers du pouvoir, sinon davantage. Ils exigeaient la tête de Brasillach, qui avait conduit bien des leurs au poteau. Je pense que de Gaulle a fait la part du feu. [...][7] »

Tombe de Brasillach au cimetière de Charonne.

Toutefois, dans le fonds de Gaulle déposé aux Archives nationales, on a retrouvé une note relative à l'« affaire Brasillach » dressant une liste des charges pesant sur l'écrivain. Parmi elles, il est présenté comme « un des responsables de l'assassinat de Mandel », personnalité dont il demandait régulièrement la mise à mort dans son journal Je suis partout et pour laquelle de Gaulle éprouvait estime et respect[6]. Enfin, de Gaulle écrit dans ses « Mémoires » que « le talent est un titre de responsabilité », faisant de ce talent une circonstance aggravante, car il accroît l'influence de l'écrivain[8].

Robert Brasillach fut inhumé au cimetière de Charonne, dans le XXe arrondissement de Paris. Chaque année, le 6 février, le Cercle franco-hispanique organise un dépôt de gerbes sur la tombe de Robert Brasillach.

Le critique de cinéma[modifier | modifier le code]

Brasillach est très tôt fasciné par le cinéma : de 1922 à sa mort, il rend compte avec enthousiasme de l'actualité cinématographique. Le fruit de cette passion, outre de nombreuses chroniques dans les journaux, est son Histoire du cinéma, publiée pour la première fois en 1935 et qui fera l'objet d'une nouvelle édition en 1943 en collaboration avec son beau-frère Maurice Bardèche. Contrairement aux critiques de l'époque, Brasillach adopte sur le cinéma un point de vue politiquement neutre, si l'on excepte quelques rajouts antisémites en 1943. Sa soif de cinéma l'amène à fréquenter assidûment Henri Langlois au Cercle du cinéma. Bien qu'enthousiaste à propos des classiques (Charles Chaplin, Georg Wilhelm Pabst, René Clair, Jean Renoir...) et des films hollywoodiens (John Ford, Frank Borzage, King Vidor, etc.), il fait preuve de goûts originaux et montre une insatiable curiosité pour le cinéma étranger. Il est ainsi le premier à parler en France du cinéma japonais et notamment de Yasujiro Ozu, Kenji Mizoguchi et Heinosuke Gosho. En prison, il travaillait à la troisième édition de son Histoire du cinéma et préparait une adaptation de Falstaff, qu'il espérait tourner avec Raimu.

Œuvres de Robert Brasillach[modifier | modifier le code]

  • Présence de Virgile, 1931
  • Le Voleur d'étincelles, roman, 1932
  • Le Procès de Jeanne d'Arc, texte établi et préfacé par Robert Brasillach [sélection de textes], 1932, réédité en 1998 aux Éditions de Paris, collection « Classiques », avec une présentation de François Bluche
  • L'Enfant de la nuit, roman, 1934
  • Portraits. Barrès, Proust, Maurras, Colette, Giraudoux, Morand, Cocteau, Malraux, etc., 1935
  • Histoire du cinéma, 1935 (en collaboration avec son beau-frère Maurice Bardèche)
  • Le Marchand d'oiseaux, roman, 1936
  • Animateurs de théâtre, Corrêa, 1936
  • Les Cadets de l'Alcazar, Plon, 1936
  • Léon Degrelle et l'avenir de « Rex », Plon, 1936
  • Comme le temps passe..., Plon, roman, 1937
  • Pierre Corneille, Fayard, 1938
  • Les Sept couleurs, Plon, roman, 1939
  • Histoire de la guerre d’Espagne (avec Maurice Bardèche), Plon, 1939
  • Notre avant-guerre, Plon, 1941
  • La Conquérante, Plon, roman, 1943
  • Poèmes, Balzac, 1944
  • Les Quatre Jeudis, Balzac, 1944.
Publications posthumes 
  • Poèmes de Fresnes, Minuit et demi, 1945
  • Lettre à un soldat de la classe 60, Le Pavillon noir, 1946
  • Les Frères ennemis, Le Pavillon noir, 1946
  • Chénier, La Pensée française, 1947
  • Anthologie de la poésie grecque, Stock, 1950, réédité en 1995 au Livre de Poche. (ISBN 2-253-01517-2)
  • Lettres écrites en prison, Les Sept Couleurs, 1952
  • Six heures à perdre, Plon, roman, 1953
  • Bérénice, théâtre (drame), Les Sept Couleurs, 1954, joué pour la première fois en 1957
  • Journal d'un homme occupé, Les Sept Couleurs, 1955
  • Poètes oubliés, Emmanuel Vitte, 1961
  • Domrémy, Les Sept Couleurs, 1961
  • Commentaire sur La Varende, 1962
  • En marge de Daphnis et Chloé, 1963
  • Nouvelle prière sur l'Acropole, 1963
  • Écrit à Fresnes, Plon, 1967
  • Une génération dans l'orage, Plon, 1968
  • Vingt lettres de Robert Brasillach, Emmanuel Vitte, 1970
  • Abel Bonnard, 1971
  • Les Captifs, roman inachevé, Plon, 1974
  • Le Paris de Balzac, 1984
  • Hugo et le snobisme révolutionnaire, 1985
  • Montherlant entre les hommes et les femmes, 1985
  • Fulgur, roman collectif, 1992
  • La Question juive, articles de Brasillach et Cousteau, 1999
  • Relectures Robert Brasillach, 2002.

- liste non exhaustive -

Son beau-frère Maurice Bardèche assura la direction de publication, au Club de l'Honnête Homme, des Œuvres complètes (expurgées) en 12 tomes, de 1963 à 1966.

Robert Brasillach en littérature et en musique[modifier | modifier le code]

  • Robert Brasillach apparaît dans La Plage de Scheveningen, roman de son condisciple et ami d'un temps Paul Gadenne, sous le nom d'Hersent, en réalité l'un des personnages principaux du roman. Si l'action s'y déroule après l'arrestation de Brasillach et jusqu'à son exécution, des retours en arrière permettent par exemple la découverte d'un dialogue politique, sans doute véridique, entre les deux écrivains, ainsi que celle de nombreuses anecdotes sur le personnage de Robert Brasillach.
  • Les textes de l'écrivain ont été chantés par le Docteur Merlin, chanteur militant du Front national dans l'album Docteur Merlin chante Brasillach (1998). Le chanteur Jann Halexander chanta également une chanson intitulée Brasillach 1945, en 2004, qui aborde les compromissions de l'artiste avec le pouvoir, parue sur l'album du même nom, puis en 2008 sur l'album Le Marginal (label Apoplexia, distribution absilone). Enfin, la chanteuse Jil Caplan a récité des vers de Brasillach à la fin de sa chanson Tard dans la nuit (« La nuit était merveilleusement douce, toujours embaumée par les arbres en fleur... »).
  • Le 5 janvier 2011, le magistrat Philippe Bilger publie un livre "20 minutes pour la mort. Robert Brasillach : le procès expédié" aux Éditions du Rocher. Il y retrace le parcours de cet intellectuel sulfureux ainsi que son procès. Bilger rejuge Brasillach, explorant comment le rédacteur en chef de Je suis partout a pu épouser la cause nazie, clamer son antisémitisme, rappelant qu'il fut jugé sur ses écrits plus que sur des actes, et que survécurent les "profiteurs de l'Occupation, les trafiquants" ou les marchands de canons.[réf. nécessaire] Pour l'avocat général Philippe Bilger, que n'effleure pas un instant l'idée de réhabiliter Brasillach, ce procès fut indigne, un exemple déshonorant de justice expéditive.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Au lendemain de la déclaration de l'archevêque de Toulouse, Mgr Jules Saliège, condamnant les déportations, il écrivit : « L'archevêque de Toulouse proteste contre les mesures prises envers les Juifs apatrides en zone non occupée et accuse le gouvernement du Maréchal de suivre des inspirations étrangères ! Il parle de brutalités et de séparations que nous sommes tous prêts à ne pas approuver, car il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits, l'humanité est ici d'accord avec la sagesse : mais il oublie de dire que ces brutalités sont le fait de policiers PROVOCATEURS qui veulent apitoyer les pauvres idiots d'Aryens. Et puis, même si elles étaient exactes, pourquoi Monseigneur, contrairement à plusieurs évêques pleins de courage, n'a-t-il jamais protesté contre les massacres anglais ? » Je suis partout du 25 septembre 1942.
  2. Philippe d'Hugues, «  Brasillach et l'Allemagne », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 50, septembre-octobre 2010, p. 45-48
  3. ). Il écrit ainsi le 7 février 1942 dans Je suis partout :
    « On ne s'aperçoit pas qu'on encourage le mensonge, qu'on encourage le Juif. En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu'exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses michés et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l'abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu'à l'os. »
  4. François Huguenin, L'Action française, éd. Perrin, septembre 2011, p. 474.
  5. Pour le texte de la pétition et la liste des signataires cf. Pierre Pellissier, Robert Brasillach... le maudit, Denoël, 1989 p. 429-430. La liste comprend 55 noms :
  6. a et b Jean-Luc Barré, « Brasillach, Robert (1909-1945) », Dictionnaire de Gaulle, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins, 2006, p. 147, repris de Roger Peyrefitte, Réflexion sur de Gaulle, Paris, Société des Éditions Régionales, 1991, p.196
  7. a et b Jean Lacouture, La raison de l'autre, Montesquieu, Mauriac, Confluences, 2002.
  8. Gisèle Sapiro, La Responsabilité de l'écrivain. Littérature, droit et morale en France, XIXe-XXIe siècle, Seuil,‎ 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Bardèche, Souvenirs, Buchet-Chastel, Paris, 1993
  • Anne Brassié, Robert Brasillach ou Encore un instant de bonheur, Robert Laffont, Paris, 1987 - réédité en 2006 par l'Association des Amis de Robert Brasillach (A.R.B.)
  • Pierre Sipriot (dir.), Brasillach et la génération perdue, Éditions du Rocher, 1987 - Hommage collectif (dont Jean Anouilh, Maurice Bardèche, Jean Guitton, Fred Kupferman, Anne Brassié, Dominique Desanti, Thierry Maulnier et Jean-Marc Varaut)
  • Philippe d'Hugues, Brasillach, collection « Qui suis-je ? », Éditions Pardès, 2005
  • Jacques Isorni, le Procès de Robert Brasillach (19 janvier 1945), Flammarion, 1946
  • Alice Kaplan, Intelligence avec l’ennemi : Le procès Brasillach, Gallimard, 2001 (publication originale : The Collaborator: The Trial and Execution of Robert Brasillach, University of Chicago Press, 2000)
  • Michel Laval, Brasillach ou la trahison du clerc, Hachette, Paris, 1992
  • Pascal Louvrier, Brasillach, l'illusion fasciste, Perrin, Paris, 1989 (préface d'Alain Griotteray)
  • Jean Madiran, Brasillach, Nouvelles Éditions latines, 1959
  • Henri Massis, le Souvenir de Robert Brasillach, Éditions Dynamo, Liège, 1963
  • Pascal Ory, Les Collaborateurs 1940-1945, Le Seuil, coll. « Points »-histoire, 1980
  • Pierre Pellissier, Robert Brasillach... le maudit, Denoël, 1989
  • Robert Poulet, Robert Brasillach, critique complet, coll. « Brimborions », 186, Dynamo-Pierre Aelberts, Liège, 1971
  • Luc Rasson, Littérature et fascisme : Les romans de Robert Brasillach, Minard, Paris, 1991
  • Pol Vandromme, Robert Brasillach, l'homme et l'œuvre, Plon, 1956.
  • Pierre-Marie Dioudonnat, « Je suis partout » (1930-1944). Les maurrassiens devant la tentation fasciste, éd. La Table ronde, 1973, rééd. 1987 ; Les 700 rédacteurs de « Je suis partout », éd. Sedopols, 1993
  • Pascal Louvrier, Brasillach, la tentation du mal, éd. Le Rocher, 1992
  • Philippe Bilger, Vingt minutes pour la mort, Robert Brasillach : le procès expédié, Ed du Rocher, 2011

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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