Marcel Peyrouton
Marcel Peyrouton, de son nom complet Bernard Marcel Peyrouton, né le 2 juillet 1887 à Paris (17e arrondissement)[1] et mort le 6 novembre 1983 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)[1], est un homme politique français. De sensibilité centre gauche avant-guerre, « colonial paternaliste[2] », il participe au gouvernement de Vichy sous l'Occupation. Il se rallie au général Giraud après le débarquement allié en Afrique du Nord.
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Jeunesse et début de carrière [modifier]
Marcel Peyrouton est le fils d'Abel Peyrouton (avocat et homme de lettres) et d'Octavie Marie Léontine Milne[1]. À noter que le premier témoin ayant signé son acte de naissance est Alfred Louis de la Sauvignière, homme de lettres[1], auteur de romans de fiction (1844-1912).
Il fait ses études secondaires à la Martinique où son père est trésorier général. Après son baccalauréat obtenu en métropole, il effectue un service militaire de trois ans, suite à un engagement. Ses études universitaires, reprises ensuite, lui permettent d'obtenir un doctorat en droit[3]. Il est en 1910 au ministère des Colonies et reçoit une affectation à Tahiti, en tant que chef de cabinet du gouverneur. Lors de la Première Guerre mondiale, où il est rappelé, il est blessé au combat. Rétabli, il est affecté dans l'aviation et sert aux Dardanelles.
Il épouse Paulette Malvy (Anne Eugénie Paule Malvy)[1], fille de Louis Malvy[4], à Paris (16e)[1] le 15 mai 1929[5],[1].
Il est initié au Grand Orient de France[6], mais il quitte l'ordre en 1934[7].
L'entre-deux-guerres [modifier]
Pendant l'entre-deux-guerres il retrouve son activité de haut fonctionnaire et remplit diverses missions avant d'être nommé à Madagascar, puis au Cameroun, au Togo et en Afrique du Nord.
En Afrique du Nord [modifier]
Administrateur colonial[8], il occupe plusieurs postes de haut fonctionnaire en Afrique du Nord.
Il est secrétaire général de l'Algérie, de 1931 à 1933[9], dans le cabinet du gouverneur général Carde.
Puis il est nommé résident général de France en Tunisie, du 29 juillet 1933 au 21 mars 1936[10],[9]. Son passage par la Tunisie est marqué par l'augmentation sensible de la répression à l'égard des militants nationalistes du Néo-Destour[11]. Les mesures répressives de Peyrouton s'intensifient avec l'envoi en exil forcé dans les territoires militaires du Sud, le 3 septembre 1934, des leaders du mouvement national[12],[11], dont Habib Bourguiba[13]. Malgré d'importantes mesures prises en 1935 pour remédier aux effets les plus graves de la crise économique des années 1930, Peyrouton est remplacé en mars 1936 ; cette décision du gouvernement Sarraut est accueillie favorablement par l'opinion tunisienne[12].
Il devient alors résident général de France au Maroc, du 21 mars au 25 septembre 1936[10],[14],[15].
Ambassadeur de France [modifier]
Le 25 septembre 1936[10], Léon Blum le remplace par le général Noguès, mais le nomme ambassadeur de France en Argentine. Il est ensuite nommé ambassadeur en Roumanie, le 25 mai 1940[10].
Seconde Guerre mondiale [modifier]
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Marcel Peyrouton est de nouveau nommé résident général de Tunisie, par Paul Reynaud, le 3 juin 1940[10]. Il reste à ce poste jusqu'au 18 juillet 1940[10].
Dans le gouvernement de Vichy [modifier]
Il est appelé par Vichy le 18 juillet 1940[10] au secrétariat général du ministère de l'Intérieur dans le gouvernement Laval[16]. Il assume le portefeuille de ministre de l'Intérieur[16], le 6 septembre[10] de la même année en remplacement d'Adrien Marquet. C'est à ce titre qu'il procède à l'« épuration » du corps préfectoral, signe (aux côtés de Pétain, Laval, Alibert, Baudouin, Huntziger, Bouthillier, Darlan, Belin, et Caziot) et fait appliquer le texte discriminatoire du 3 octobre 1940[17] envers les Juifs. À la suite de cette loi, le 7 octobre[10], Peyrouton abolit le décret Crémieux, datant de 1870, relatif à la naturalisation des Juifs d'Algérie[18]. Après-guerre Peyrouton tente de justifier la législation de Vichy contre les Juifs, d'octobre 1940, par les menaces du Reich, ce qui est infirmé par les recherches effectuées dans les archives allemandes par l'historien Robert Paxton : « Je n'ai pu découvrir aucun document allemand ordonnant directement à Vichy de promulguer des lois antimaçonniques, antijuives ou autres, en 1940, au moment ou le gouvernement a élaboré l'essentiel de ses textes législatifs[19]. »
Il est l'auteur de la circulaire, dite « circulaire Peyrouton », du 16 novembre 1940[20] qui, avec la loi du 3 septembre 1940, autorise l'internement administratif par simple décision préfectorale[21] et « offre [aux préfets] la possibilité d'interner tous azimuts[20] », alors que le décret-loi d'Édouard Daladier du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste, prorogé par Vichy, laissait cette prérogative au seul ministre de l'Intérieur[20].
Il fait partie de ceux qui font pression sur Pétain, pour renvoyer Laval du gouvernement, le 13 décembre 1940[22], il fait occuper son appartement à l'hôtel du Parc par les forces spéciales de sécurité[23], les « Groupes de protection » (GP) — lesquels sont constitués d'éléments venant du CSAR, recrutés par lui en zone libre et en Algérie, tels Henri Martin et le colonel Groussard[24]. Il le fait arrêter[22] et placer en résidence surveillée[23], dans sa propriété de Châteldon, par l'inspecteur général de la Sûreté nationale, Antoine Mondanel, en donnant des ordres pour qu'il ne soit pas attenté à sa vie[25]. À la suie de quoi, parmi d'autres exigences, l'ambassadeur Abetz demande son départ du gouvernement et des autres ministres « conspirateurs », sans succès[26]. En réaction à l'éviction de Laval et encouragé par Abetz, le journal collaborationniste de Marcel Déat, L'Œuvre du 17 décembre fait paraître un article qui « dénonce la clique de Vichy, les Ménétrel, les du Moulin, les Alibert, les Peyrouton, « ces gangsters et ces maquereaux en rupture de ban[27] ».
Toujours selon Paxton, contrairement à ce qui a été prétendu après-guerre, par, entre autres, Bouthillier[23] et Peyrouton, l'éviction de Laval en décembre 1940 n'avait pas pour but de « renverser la vapeur après Montoire »[28] mais les raisons seraient plutôt à chercher dans la rivalité entre Pétain et Laval — affaire de l'installation du gouvernement français à Versailles que Pétain souhaitait, en opposition à Laval et aux Allemands, rôle devenant prépondérant de Laval, soutenu par Abetz, dans la « politique nouvelle » de collaboration —, ainsi qu'un certain nombre de conflits de personnes vis-à-vis des ambitions de Laval qui souhaitait s'emparer du ministère de l'Intérieur[29]. Par la suite, lors de l'entrevue avec Pétain, le 18 janvier 1941[30] à La Ferté-Hauterive[30],[31], Laval pour se justifier vis-à-vis de Pétain qui lui faisait, parmi d'autres, en explication des motifs de son éviction du Gouvernement, le reproche de ne pas être populaire, Laval lui répond « que Peyrouton systématiquement remettait au Maréchal des rapports de police disant qu'il était impopulaire »[31].
Peyrouton est maintenu à son poste de ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Flandin.
Laval obtient que les Allemands s'opposent au maintien de Peyrouton dans le gouvernement de l'amiral Darlan[32] en février 1941[33]. Il ne reste donc ministre de l'intérieur de Darlan que du 10 au 16 février 1941 (Darlan lui succède à ce poste en plus de ses autres responsabilités ministérielles).
Retour en Argentine [modifier]
Peyrouton redevient alors ambassadeur de France en Argentine[34],[35], jusqu'en avril 1942, où le retour de Laval au pouvoir le contraint à démissionner[36].
Lors des décisions de Vichy décrétant l'exclusion de la fonction publique des anciens dignitaires francs-maçons et la publication de leurs noms (loi du 11 août 1941), Peyrouton bénéficie d'une mesure spéciale qui lui permet de ne pas être inquiété[34]. La présence de son nom sur les listes qui paraissent à partir d'octobre 1941 (Documents maçonniques, publiés par Robert Vallery-Radot) confirme ce fait[34]. Il en est de même du Journal officiel du 4 février 1942, où son nom figure sur la liste des francs-maçons en même temps qu'un décret dérogatoire le concernant[7]. Peyrouton indiquera lui-même plus tard avoir obtenu de son ancien Vénérable une lettre confirmant son départ de la franc-maçonnerie depuis de nombreuses années[7].
Rallié au général Giraud [modifier]
Sur recommandation de l'amiral Darlan[37],[38] et proposition de Robert Murphy, représentant politique du président Roosevelt en Algérie, il est rappelé d'Argentine — où il avait été ambassadeur du gouvernement de Vichy —, par le gouvernement des USA, pour être ensuite nommé gouverneur général de l'Algérie française[39] par le général Giraud, commandant en chef civil et militaire en Afrique du Nord. Il reste à ce poste du 20 janvier au 3 juin 1943.
Si les lois de discrimination raciales de Vichy sont abrogées, en accord avec Giraud, il refuse de rétablir le décret Crémieux (qui est en fait lui aussi abrogé, par une ordonnance du 18 mars 1943) au motif que ce rétablissement aurait des conséquences négatives sur la population musulmane[40],[18]. En effet, Giraud et Peyrouton considèrent que le décret Crémieux, en accordant la nationalité française aux Juifs d'Algérie en 1870, « établissait une différence entre les indigènes musulmans et israélites »[41],[18]. Peyrouton a donc abolit par deux fois le décret Crémieux aux cours de la guerre[18] (voir : « Abolitions et rétablissement du décret Crémieux »). Néanmoins, il préside progressivement au démantèlement des autres réformes vichystes, qu'il avait lui-même contribué à mettre en œuvre en tant que ministre de l'Intérieur[42].
À la fin des hostilités en Tunisie, il participe à la déposition du souverain Moncef Bey, qui est réalisée sous prétexte de sa collaboration avec l'Axe, mais aussi à cause de ses positions complaisantes pour les nationalistes[43].
La liberté de la presse, rétablie en AFN, permet aux journaux issus de la Résistance, en particulier Combat, de dénoncer ouvertement ceux qui ont collaboré avec l'ennemi[44]. C'est alors que le CFLN décide de procéder à l'épuration des collaborateurs[44], et obtient, entre autres, le départ de Peyrouton le 3 juin 1943. Il est arrêté le 22 décembre 1943.
Après la Libération [modifier]
Après une longue période de prison préventive, libéré en juillet 1948[10], Peyrouton est acquitté par la Haute Cour le 23 décembre 1948. Il était inculpé d'« actes susceptibles de nuire à la défense nationale », faits pour lesquels la peine maximum prévue par le code pénal était de 5 ans de prison[10].
Il retourne alors au Maroc où il a des activités de journalisme et d'écriture. Il rédige ses mémoires : Du service public à la prison commune – Souvenirs – Tunis, Rabat, Buenos Aires, Vichy, Alger, Fresnes (1950), puis un ouvrage sur le Maghreb : Histoire générale du Maghreb – Maroc, Algérie, Tunisie – Des origines à nos jours (1966).
Ouvrages [modifier]
- Itinéraire de Casablanca à Tunis – 1922, Paris, Les Écrivains français, 1936.
- Le Char des dieux, Paris, Éditions de France, 1930 (préface du maréchal Lyautey).
- Paroles françaises d'Argentine, Lyon, librairie H. Lardanchet, 1941 (préface du maréchal Pétain).
- Du service public à la prison commune – Souvenirs – Tunis, Rabat, Buenos Aires, Vichy, Alger, Fresnes, Paris, Plon, 1950.
- Histoire générale du Maghreb – Maroc, Algérie, Tunisie – Des origines à nos jours, Paris, éditions Albin Michel, 1966.
Notes et références [modifier]
- Archives en ligne de la mairie de Paris, naissances, 17e arrondissement, acte no 2211, sur le site canadp-archivesenligne.paris.fr. Consulté le 14 janvier 2013.
- Paxton 1997, p. 325.
- Bernard-Marcel Peyrouton, Université de Paris – Faculté de droit – Étude sur les monopoles en Indo-Chine – Thèse pour le doctorat, Paris, E. Larose, 1913, 252 p. (notice BnF no FRBNF31097410g)
- Marcel Peyrouton, Du service public à la prison commune – Souvenirs – Tunis, Rabat, Buenos Aires, Vichy, Alger, Fresnes, Paris, Plon, 1950, p. 6.
- Paul Pavlowitch, Un autre monde, éd. Fayard, 2004, 484 p. (ISBN 978-2213657226) [lire en ligne (page consultée le 14 janvier 2012)].
- Le Maître Maçon dans la tourmente (1939–1945), sur stella-maris-gldf.com, 14 novembre 2005. Consulté le 14 janvier 2013.
- Pierre Chevallier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française – La Maçonnerie, Église de la République (1877-1944), Paris, Fayard, coll. « Études historiques », 1975, 480 p. (ISBN 978-2213650159) [lire en ligne (page consultée le 18 décembre 2013)].
- Paxton 1997, p. 318.
- Cointet et Cointet 2000, p. 565.
- Joseph-André Bass, « Les Maudits », Droit et Liberté, no 9 (77), 1er juillet 1948, p. 2 [texte intégral (page consultée le 8 mars 2013)] [PDF].
- Casemajor et Raouf Hamza 2009, p. 84-90.
- Paul Sebag, Tunis – Histoire d'une ville, Paris, L'Harmattan, coll. « Histoire et perspectives méditerranéennes », 1998, 685 p. (ISBN 978-2738466105) [lire en ligne], p. 402.
- Jean-François Martin, La Tunisie de Ferry à Bourguiba, éd. L’Harmattan, Paris, 1993, p. 131 [lire en ligne (page consultée le 14 janvier 2012)].
- Abdellah Ben Mlih, Structures politiques du Maroc colonial, Paris, L'Harmattan, coll. « Histoire et perspectives méditerranéennes », 1990, 396 p. (ISBN inconnu) [lire en ligne (page consultée le 15 janvier 2013)], p. 345.
- Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin, 2009 [détail des éditions], p. 461.
- Paxton 1997, p. 303.
- Journal officiel de l'État français du 18 octobre 1940.
- Benjamin Stora, « L’abolition, puis le rétablissement du décret Crémieux », Ligue des droits de l'Homme, section de Toulon, 18 octobre 2007. Consulté le 25 avril 2008.
- Paxton 1997, p. 192.
- Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, L'Affaire Guy Môquet – Enquête sur une mystification officielle, Paris, Larousse, 21 octobre 2009, 159 p. (ISBN 978-2-03-584598-6), p. 93.
- François Marcot, Guy Môquet, consulté le 24 octobre 2007 : « [...] Mais il n'est pas libéré, victime d'une mesure d'internement administratif qui permet au préfet, en s'affranchissant de toute décision judiciaire, d'ordonner l'internement des personnes suspectes de nuire à la sécurité nationale, très souvent des communistes. »
- Ferro 1987, p. 204-206.
- Paxton 1997, p. 138.
- Kupferman 2006, p. 311.
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- André Kaspi, La Mission de Jean Monnet à Alger, mars-octobre 1943, vol. 2 de Publications de la Sorbonne – Série internationale, Éditions Richelieu, 1971, p. 101.
- Cantier 2002, p. 378-379.
- Abdelaziz Barrouhi, « Moncef Bey, les Juifs, l’Axe et les Alliés », sur jeuneafrique.com, Jeune Afrique, 21 août 2006. Consulté le 16 janvier 2013.
- Ferro 1987, p. 559-560.
Bibliographie [modifier]
: ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article
- Robert O. Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), La France de Vichy – 1940-1944, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 1997 (réimpr. novembre 1999) (1re éd. 1973), 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5).

- Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, 1987 (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1).

- Jean-Paul Cointet et Michèle Cointet, Dictionnaire historique de la France sous l'Occupation, Paris, Tallandier, 2000, 732 p. (ISBN 978-2-235-02234-7).

- Roger Casemajor et Hassine Raouf Hamza, L'Action nationaliste en Tunisie – Du pacte fondamental de M'hamed Bey à la mort de Moncef Bey, 1857-1948, Tunis, Sud Éditions, 2009, 275 p. (ISBN 978-9-938-01006-0).

- Henri Michel, Les Courants de pensée de la Résistance, Presses Universitaires de France, 1962 (ISBN B0014S1TX4).

- Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, 417 p. (ISBN 978-2738110572).

- Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier, 2006, 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-284734-254-3).

Voir aussi [modifier]
Liens externes [modifier]
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