Philippe Henriot

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Philippe Henriot
Philippe Henriot en 1934.
Philippe Henriot en 1934.
Fonctions
Secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande (régime de Vichy)
6 janvier 194428 juin 1944
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval (6)
Parlementaire français
député
19321940
Gouvernement IIIe République
Groupe politique FR
Biographie
Date de naissance 7 janvier 1889
Date de décès 28 juin 1944
Résidence Gironde

Philippe Henriot, né à Reims (Marne) le 7 janvier 1889, exécuté[1] par un commando du COMAC (mouvement de Résistance) à Paris le 28 juin 1944, est un homme politique français d'extrême droite, figure de la collaboration en France avec l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sa mort provoque une vague d'exactions meurtrières dans tout le pays occupé, perpétrées par la Milice française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et origines[modifier | modifier le code]

Né à Reims le 7 janvier 1889, il a pour père un officier dans l'armée[2],[3], ancien condisciple de Philippe Pétain[2] sur les bancs de Saint-Cyr. Sa famille est religieusement catholique et politiquement de droite[4], antimaçonnique et antisémite[3].

Études et débuts politiques[modifier | modifier le code]

Après ses études à l'Institut catholique de Paris[2], il est nommé professeur de lettres dans l'enseignement privé, au collège catholique Charrier à Sainte-Foy-la-Grande, à la rentrée de 1909[2], aux confins de la Gironde et de la Dordogne. Il épouse en 1914 la sœur d'un de ses élèves, Héliot, et assure, parallèlement à ses activités d'enseignement, la gestion du domaine viticole de son beau-père, le domaine de Château-Picon à Eynesse. En raison d'une affection pulmonaire, il n'est pas mobilisé lors de la Première Guerre mondiale.

Le 20 octobre 1924, Philippe Henriot devient directeur du journal L'Action Catholique à Bordeaux et adhère à la Fédération nationale catholique (FNC), présidée par le général de Castelnau[2]. À partir de janvier 1925[2], il cesse d'enseigner pour se consacrer à la politique. Il révèle ses talents d'orateur en remplaçant au pied levé l'abbé Bergey, curé de Saint-Émilion et député conservateur de la Gironde, fondateur de l'Union populaire républicaine (UPR)[2].

Il participe de 1925 à 1932 avec le général de Castelnau et l'abbé Bergey à des conférences dans toute la France de la Fédération nationale catholique[3] et publie des articles dans La Liberté du Sud-Ouest. Il est proche des Croix de feu et des Jeunesses patriotes[3]. En 1928, il se présente aux élections législatives à Libourne[2],[3], mis en ballotage, il se désiste au second tour pour le colonel Picot, président des « Gueules cassées »[2].

Entrée dans la vie politique de 1928 à 1939[modifier | modifier le code]

En 1932, il succède à l'abbé Bergey comme député de la 4e circonscription de Bordeaux[2],[3]. Il devient ainsi le seul représentant de la Gironde au Parlement avec un député de centre-droit, Georges Mandel.

Le 11 janvier 1934, lors de l'affaire Stavisky, il s'oppose au président du Conseil, Camille Chautemps et participe à la chute de son gouvernement[2],[5]. En février 1934, il fait partie, avec Adrien Marquet, Georges Scapini, Xavier Vallat et le colonel de Lattre de Tassigny, d'un groupe qui complote contre la République[6].

En décembre 1935, il est vice-président du Parti national populaire qui devient, en juin 1936, le Parti national et social (PRNS) avec pour président Pierre Taittinger[2]. Élu vice-président de la Fédération républicaine (un mouvement conservateur qui se droitise dans les années 1930), il coordonne au plan national les Jeunesses de la Fédération (JFR), créées en 1935.

Réélu le 27 septembre 1936[3],[2], il est député jusqu'en 1940.

Face à la montée de l'hitlérisme 1938-1940[modifier | modifier le code]

Inscrit à la Fédération républicaine, il est anticommuniste, antisémite, antimaçon et antiparlementaire. Durant l'entre-deux-guerres, comme sa famille, il est anti-allemand. Mais, avec l'arrivée de Hitler au pouvoir, il devient partisan de l'entente avec l'Allemagne et défend vigoureusement, en 1938, le règlement de l'affaire des Sudètes par la négociation et approuve les accords de Munich[2].

En 1939, il est pacifiste comme Pierre Laval et il est favorable à un accord franco-germanique sur le modèle du Pacte germano-soviétique[2],[3]. Cependant, dès que les hostilités commencent, il se meut en propagandiste des armes de la France, par des articles de presse et des déclarations radiodiffusées[2].

En juin 1940, il est partisan de l'armistice et se rallie au maréchal Pétain, vote les pleins pouvoirs, le 10 juillet 1940 et soutient la politique de la Révolution nationale[2] dans des organes comme Gringoire et Je suis partout.

Par anticommunisme, il devient très pro-hitlérien à partir du 22 juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'URSS[3],[7].

Collaboration[modifier | modifier le code]

Il est très actif dans la collaboration, participe à la rédaction du manifeste des Service d'ordre légionnaire (SOL) au début de 1942[8] et s'engage dans la Milice dès mars 1943.

Son timbre de voix caractéristique (il sera surnommé l'« homme à la voix d'or »[9]) va rapidement être mis à profit par le régime de Vichy. Ainsi, le samedi 7 février 1942, Philippe Henriot prononce sa première allocution à la « Radio Nationale » (Radio-Vichy), puis y parle chaque dimanche jusqu'au 20 décembre 1943, date à laquelle, à la demande de Laval, il prend la parole deux fois par jour comme éditorialiste dans le Radio-Journal de France à l'antenne de Radio-Paris[10],[11],[12] pour défendre la collaboration, attaquer la Résistance[13], la France libre et les Français libres du général de Gaulle : « […] Sa voix chaude aux accents pathétiques retient l'attention de l'auditeur, qu'il partage ou non les arguments qu'il véhicule, habilement axés sur le thème de la France champ de bataille de l'Europe malgré elle, par la faute des Anglo-Saxons, des Juifs et des gaullistes, au grand bénéfice des Rouges[14] ». Orateur virulent, il participe à une guerre des ondes qui se déroule entre les radios de la France libre (Radio Londres) et les radios de la France occupée (Radio Paris)[2]. Il se bat particulièrement contre Pierre Dac (qui écrira en retour de nombreux textes contre Henriot) et Maurice Schumann. Il est surnommé le Goebbels français[15].

L'invasion de la zone libre, en novembre 1942, ne l'empêche pas de continuer sa propagande.

Il se rend en Haute-Savoie, fin mars 1944, pour enregistrer ses chroniques après la fin des combats contre le Maquis des Glières[16]. Du 5 au 13 juin, il effectue une dernière visite en Allemagne, d'où ses éditoriaux radio sont diffusés ; il prononce un discours devant des travailleurs français requis au STO et rencontre Ribbentrop et Goebbels[15].

Sous la pression de Hitler, relayée par Otto Abetz et Carl Oberg[17] et malgré l'avis contraire de Pétain[18], il devient, le 6 janvier 1944, secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande du gouvernement de Vichy[19],[20],[21], peu de temps après que Joseph Darnand est nommé secrétaire-général au maintien de l’ordre, ce qui marque une étape dans l'arrivée au gouvernement des collaborationnistes[22], de la Milice dans de très nombreux postes[23] et dans la dérive fasciste du régime[17],[24],[25]. Laval est seul à signer le décret de nomination de Henriot car Pétain a refusé de le faire, mais a accepté pour Darnand « parce que c'est un soldat »[26] et parce qu'il lui inspire confiance[27]. Cependant, Pétain apprécie le talent oratoire et l'action de propagande de Henriot[28].

Le 10 mai 1944, Philippe Henriot, sur Radio-Paris, s'en prend à Pierre Dac en notant ses origines juives et mettant en doute son intérêt pour la France par un : « La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ? » L'humoriste lui répond le lendemain sur Radio-Londres dans un discours lapidaire baptisé « Bagatelle sur un tombeau »[29], et dans lequel il déclare que son frère Marcel, décédé au front lors de la Première Guerre mondiale, a bien sur sa tombe l'inscription « Mort pour la France », alors que sur celle de Philippe Henriot on écrirait « Mort pour Hitler, fusillé par les Français », réponse prémonitoire car Henriot sera abattu par la Résistance 48 jours plus tard.

En effet, le COMAC reçoit l'ordre d'enlever ou à défaut d'exécuter cet orateur[30],[31] ultra-collaborationniste[32]. Charles Gonard, dit Morlot, futur Compagnon de la Libération, est chargé de la mission[30]. Le 28 juin 1944[1],[33] à 5 h 30, il pénètre au ministère de l'Information, au 10 de la rue de Solférino, accompagné d'un groupe de résistants[30]. Muni de faux papiers de milicien, il convainc Philippe Henriot de lui ouvrir la porte de sa chambre. Face aux hommes armés qui se présentent, Henriot tente de se défendre et est alors abattu[30].

Son épouse qui se trouvait dans la pièce, est épargnée[30] ; l'un de ses fils, membre du NSKK (formation militarisée rassemblant les chauffeurs nazis), était reparti la veille pour le front en Italie[30].

Après sa mort, se servant de son nom pour sa propagande, la Propaganda-Abteilung Frankreich couvre les murs d'affiches, avec sa photo, proclamant : « Il disait la vérité. Ils l'ont tué. »[14],[34].

L'assassinat de Georges Mandel de seize balles de mitraillette dans le dos par Mansuy, membre de la Milice, fut présenté comme une mesure de représailles[35],[36],[37],[38] ; d'autres exactions eurent lieu dans toute la France, notamment à Rillieux-la-Pape, près de Lyon, où le milicien Paul Touvier fit exécuter sept Juifs pour venger la mort de Henriot[39] ou à Rennestrois personnalités furent exécutées.

Malgré le peu de réaction de Pétain à l'annonce de sa mort[40],[41] (il adressa tout de même un message de condoléances à sa veuve[42] et assista, en civil, à un service funèbre à Vichy[43]), Henriot eut droit, le 2 juillet 1944, à des obsèques nationales, organisées par l'État français vichyste, en présence des autorités allemandes[44], de Laval et de membres du gouvernement et d'une cérémonie à la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence du cardinal Suhard[44],[45].

L'entomologiste[modifier | modifier le code]

Henriot s'intéressait aux lépidoptères dont il réalisa une collection.

Il prospectait principalement le département de la Gironde et, entre 1922 et 1944, il publia une vingtaine de travaux dans la revue L'Amateur de papillons, dont il devint membre du comité de lecture en 1938. Il décrivit en 1923 une variété nouvelle de Colostygia[46]. Les collections de Philippe Henriot et de son frère Robert sont au musée de Karlsruhe.

L'exécution de Henriot avait été initialement prévue au laboratoire d'entomologie du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, ce n'est qu'au dernier moment que le COMAC décida de transférer l'action au ministère de l'Information[47].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Méfaits de la Franc-maçonnerie (conférence à la salle Wagram), Ligue nationale anti-maçonnique, Paris 1934, 32 p.
  • Le 6 février, Flammarion, 1934, 247 p.
  • Comment mourut la paix — Le procès des responsables, Éditions de France, 1941, 53 p.
  • Philippe Henriot vous parle au radio-journal de France, parution hebdomadaire, 1944.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Paris, Éditions Perrin, 1997 ; rééd. Perrin, coll. « Tempus », 2000 et 2004, 374 p. (ISBN 978-2-262-02229-7), p. 298.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Brissaud 1965, p. 240-244.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Pierre Giolitto, Histoire de la Milice, Paris, Perrin, 1997, p. 304-305.
  4. Kupferman 2006, p. 379.
  5. Kupferman 2006, p. 129.
  6. Ferro 1987, p. 119.
  7. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 86.
  8. Ferro 1987, p. 408.
  9. Brissaud 1965, p. 423.
  10. Éditorial prononcé par Philippe Henriot le 9 avril 1944 à 12 h 40 sur Radio-Paris, sur Youtube.com.
  11. Philippe Henriot s'adresse aux Résistants en mai 1944 sur Radio-Paris, sur Youtube.com.
  12. Dernier éditorial de Philippe Henriot prononcé le 27 juin 1944 sur Radio-Paris, sur Dailymotion.com.
  13. Kupferman 2006, p. 509.
  14. a et b Jean-Paul Grémy, « L'impact des éditoriaux de Philippe Henriot », cahier no 4 (2 juin 1944), dans Les Sondages clandestins de la Résistance en France occupée au début de l'année 1944, halshs-00701976, version 1, 28 mai 2012, p. 7 [PDF]
    L'auteur cite l'historien Pascal Ory.
  15. a et b Jean-Paul Grémy, « L'impact des éditoriaux de Philippe Henriot », op. cit., p. 16-17.
  16. Jean-Paul Grémy, « L'impact des éditoriaux de Philippe Henriot », op. cit., p. 23-29.
  17. a et b Kupferman 2006, p. 503.
  18. Ferro 1987, p. 516-517 et 518.
  19. Ferro 1987, p. 523.
  20. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 110 et 143.
  21. Lottman 1984, p. 481.
  22. Lottman 1984, p. 485.
  23. Kupferman 2006, p. 508-509.
  24. Ferro 1987, p. 545.
  25. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 112.
  26. Jean-Paul Grémy, « L'impact des éditoriaux de Philippe Henriot », op. cit., p. 12-13.
  27. Ferro 1987, p. 534.
  28. Lottman 1984, p. 496 et 500.
  29. « Bagatelle sur un tombeau », sur judaisme.sdv.fr.
  30. a, b, c, d, e et f Brissaud 1965, p. 417-421.
  31. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 111.
  32. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 184 et 285-286.
  33. Ferro 1987, p. 565.
  34. Kupferman 2006, p. 526.
  35. Éric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, éd. Fayard, Paris, 1994 ; nouvelle édition Gallimard, coll. « Folio histoire », Paris, 1996, 513 p. (ISBN 2-07-032900-3 et 978-2070329007), p. 218-219, note 1.
  36. Kupferman 2006, p. 519
  37. Ferro 1987, p. 571, 574.
  38. Lottman 1984, p. 445.
  39. Éric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, op. cit., p. 174, 181, 201, 210, 225 et 229.
  40. Lottman 1984, p. 506 note 48, p. 705.
  41. Ferro 1987, p. 574 :
    « [...] Le maréchal refusa de parler à la radio et dit à Xavier Vallat [qui remplace Henriot à la radio de Vichy] [qu]'il n'avait pas approuvé sa nomination comme ministre. »
  42. Lottman 1984, p. 506.
  43. Lottman 1984, p. 508.
  44. a et b Kupferman 2006, p. 517
  45. Les funérailles nationales de Philippe Henriot, reportage des actualités de l'époque, disponible sur le site de l'Ina.
  46. Philippe Henriot, « Description de deux aberrations inédites », L'Amateur de papillons, 1 (15) : 244, septembre 1923.
  47. G. Chr. Luquet, Alexanor – Revue française de lépidoptérologie, cinquantième anniversaire, Alexanor, 2009, 24 (1), p. 44-45.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]