Charles Lederman

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Charles Lederman
Charles Lederman en 1963 à Berlin lors du procès contre Hans Globke.
Charles Lederman en 1963 à Berlin
lors du procès contre Hans Globke.
Fonctions
Sénateur du Val-de-Marne
25 septembre 19771er octobre 1995
Réélection 28 septembre 1986
Conseiller de Paris
19651971
Biographie
Date de naissance 27 janvier 1913
Lieu de naissance Varsovie, Pologne
Date de décès 26 septembre 1998 (à 85 ans)
Lieu de décès Paris, France
Nationalité Française
Parti politique PCF
Conjoint Raya Garfinkel (Garel) sœur de Georges Garel[1]
Enfant(s) Claudie Bassi-Lederman
Danièle Lederman
Diplômé de Université de Paris
Profession Avocat

Charles Lederman, né le 27 janvier 1913 à Varsovie en Pologne et mort le 26 septembre 1998 à Paris en France, est un avocat au barreau de Paris, un résistant au sein de l'Œuvre de secours aux enfants, cofondateur de l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide et du Mouvement national contre le racisme et un homme politique français. Il fut un élu du Parti communiste français, d'abord comme conseiller de Paris puis comme sénateur du Val-de-Marne de 1977 à 1995.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Charles Lederman est né dans le ghetto de Varsovie où son père travaillait comme vernisseur et sa mère comme ouvrière à l'usine[2],[3]. Ce dernier fuit l'armée tsariste et s'engage dans l'armée française durant la Première Guerre mondiale. La famille s'installe alors dans le quartier du faubourg du Temple à Paris[4]. Charles Lederman fait ses études au lycée Voltaire puis du droit à la faculté de Paris. Avocat au barreau de Paris à partir de 1934, il milite également au Parti communiste français depuis l'âge de treize ans[4] et devient en 1936 le défenseur de la CGT dans le département de la Seine.

La Résistance et l'action aux sein des réseaux juifs[modifier | modifier le code]

Incorporé pour son service militaire en 1938, Charles Lederman n'est pas démobilisé à l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Il est capturé en juin 1940 lors de la prise de la poche de Dunkerque, déporté en Allemagne au stalag de Dortmund d'où il s'évade le 27 octobre 1940 et réussit à rejoindre Lyon et les milieux FTP-MOI de la résistance communiste et juive locale[2],[4]. Il travaille comme délégué administratif au sein de l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) dans le camp de Rivesaltes d'avril à novembre 1941[5] — où il favorise le « rajeunissement des enfants de plus de 15 », permet leur placement familial en lieu de la déportation, et favorise l'évasion des adultes avant d'être « brulé et remplacé[1] » — puis ouvre et dirige un bureau de l'OSE à Lyon[1]. Il fonde ensuite l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide (UJRE) et ses groupes de résistance anti-nazie, avec lesquels il alerte dès 1942 sur les camps d'extermination, puis réussit le sauvetage de cent huit enfants juifs en cours de déportation au camp de Vénissieux[1], et convainc l'archevêque de Toulouse Jules Saliège de faire lire le 23 août 1942 dans tout son diocèse la lettre pastorale intitulée Et clamor Jerusalem ascendit[6], [7] déclarant « Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. » Recherché par la Gestapo, il entre dans la clandestinité en février 1943[1], doit quitter Lyon, et participe à la création du Mouvement national contre le racisme (MNCR) la même année.

Avocat du Parti communiste et militant pour la décolonisation[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Charles Lederman reprend ses fonctions d'avocat, dès lors auprès du Parti communiste[8], notamment en 1952 avec la défense de Jacques Duclos dans le « complot des pigeons »[9]. Proche des milieux anti-colonialistes, il devient l'avocat des Combattants de la Paix luttant contre la Guerre d'Indochine, puis des militants du Front de libération national lors de la Guerre d'Algérie[2]. Il s'implique également en tant que militant anti-fasciste, notamment en soutenant et tentant, sans réussite, d'intercéder en 1963 pour sauver Julián Grimau en Espagne mais reste incapable de dénoncer les crimes staliniens d'URSS[4],[10],[9].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Très influent au sein du PCF, Charles Lederman ne sera cependant jamais un membre de sa direction centrale[4]. Candidat battu à Paris aux élections législatives de 1962, il débute et obtient son premier mandat en 1965 en étant élu Conseiller de Paris des 2e et 3e arrondissements[11], siège qu'il conserve jusqu'en 1971. La même année en 1977, il est élu conseiller régional d'Île-de-France et sénateur du Val-de-Marne au sein du groupe communiste. Il est réélu sénateur en 1986 et ne se représente pas en 1995 à l'issue de son mandat[2]. Durant 18 ans, il est l'une des « figures les plus marquantes […] et écoutée parmi ses collègues de tous bords » du palais du Luxembourg[3] siégeant principalement dans les commissions des lois en tant que spécialiste des questions juridiques[2],[8] (défenseur de la réforme de la magistrature, des libertés individuelles et constitutionnelles des citoyens ; fervent partisan de l'abolition de la peine de mort[12] ; opposant à la loi Defferre de décentralisation).

C'est dans son appartement et cabinet d'avocat de la rue Saint-Louis-en-l'Île à Paris que s'organise en 1972 la rencontre entre Georges Marchais et François Mitterrand pour la finalisation et la signature du Programme commun de la gauche pour l'élection présidentielle de 1974[4],[9]. En 1983, il devient juge titulaire de la haute cour de justice et en 1986 le secrétaire de la « Commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d'administration générale »[2]. Il s'attache alors aux questions des libertés de la communication et du pluralisme à la radio et à la télévision. Après la réélection de François Mitterrand en 1988, il s'attache au Sénat au vote de la loi sur le Revenu minimum d'insertion, puis devient le vice-président du groupe communiste et continu d'être le secrétaire de la « Commission des lois constitutionnelles ». En parallèle avec le député communiste Jean-Claude Gayssot, Charles Lederman est au Sénat, en 1989, le coauteur de ce qui deviendra la « loi Gayssot » pénalisant la contestation ou la négation des crimes contre l'humanité[2]. En 1992, il s'oppose au traité de Maastricht[2]. Le 1er octobre 1995, il termine sa carrière politique en ne se représentant pas aux élections sénatoriales, remplacé par Claude Billard[13] qui conservera le siège, et se retire de la vie politique.

Mandats électifs[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative à la mémoire de Charles Lederman[14], à son domicile du 4, rue Saint-Louis-en-l'Île à Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Georges Garel, Le sauvetage des enfants juifs par l'OSE 1938-1944, Paris, Le Manuscrit Fondation pour la mémoire de la Shoah,‎ 2012 (ISBN 978-2-3040-4046-3, lire en ligne), p. 15, 74, 115-116 et 207-208.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Fiche de Charles Lederman sur le site du Sénat
  3. a et b Décès de Charles Lederman, avocat du PCF. dans Libération du 28 septembre 1998.
  4. a, b, c, d, e et f Charles Lederman nous a quittés dans L'Humanité du 28 septembre 1998.
  5. Jenny Masour-Ratner et Katy Hazan, Mes vingt ans à l'OSE : 1941-1961, Paris, Le Manuscrit, coll. « Témoignages de la Shoah »,‎ 2006 (ISBN 978-2-7481-7667-4, lire en ligne), p. 104-105.
  6. La rencontre Charles Lederman-Mgr Saliège dans L'Humanité du 3 août 1994.
  7. David Diamant, 250 combattants de la Résistance témoignent, éditions L'Harmattan,‎ 1991 (ISBN 978-2-2962-1228-2, lire en ligne), p. 364-365.
  8. a et b Claude Michel, Itinéraire d'un avocat engagé : 1953-2009, Paris, L'Harmattan,‎ 2010 (ISBN 978-2-2961-1924-6, lire en ligne), « Charles Lederman », p. 132-134.
  9. a, b et c (en) Éric Fottorino, Mon tour du « Monde », éditions Gallimard,‎ 2012 (ISBN 9782072445033, lire en ligne).
  10. Il déclarera dans les années 1990 : « Le stalinisme me glaçait, il aurait fallu que je m'emporte ». Cf. L'Humanité 1998.
  11. Philippe Nivet, Le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977, Paris, Publications de la Sorbonne,‎ 1994 (ISBN 978-2-8594-4244-6, lire en ligne), p. 200-201.
  12. Robert Badinter déclare à son propos : « je tiens à rendre hommage en particulier à ceux de nos collègues qui ont joué un rôle décisif dans le vote favorable à l'abolition ce jour-là […], Charles Lederman, toujours présent dans ce grand combat pendant tant d'années ». Cf. fiche Sénat.
  13. Droite amputée en Val-de-MarneLe CDS est absent de la liste d'union pour les sénatoriales dans Libération du 20 septembre 1995.
  14. Inaugurée le 5 novembre 2009. : Dévoilement de plaque en hommage à Charles Lederman sur le site de l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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