Xavier Vallat

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Xavier Vallat
Xavier Vallat, député de l'Ardèche (1929).
Xavier Vallat, député de l'Ardèche (1929).
Fonctions
Parlementaire français
Député de l'Ardèche (1919-1924) (1928-1940)
Gouvernement IIIe République
Biographie
Date de naissance 23 décembre 1891
Date de décès 6 janvier 1972

Xavier Joseph Vallat, né le 23 décembre 1891 à Villedieu (Vaucluse) et décédé le 6 janvier 1972 à Annonay (Ardèche), est un avocat, journaliste et homme politique français de droite, puis d'extrême droite. Vice-président du groupe parlementaire de la Fédération républicaine (droite) dans les années 1930, son nom reste attaché à l'antisémitisme d'État du gouvernement de Vichy.

L'ascension d'un orateur[modifier | modifier le code]

Xavier Vallat est le dixième des onze enfants de Jean Auguste Cyprien Vallat (1844-1920) et de Thérèse Victorine Morlat (?-1937). Outre trois enfants morts en bas âge, le couple a élevé : Victorine ; Marie ; Rose ; Adolphe, mort le jour de Pâques 1904 ; Adolphine, décédée 15 jours après ce dernier. Leur neuvième enfant, Alphonse Marius Alexandre (1890-1915), soldat du 173e régiment d'infanterie, est mort durant la Grande Guerre. Xavier, le dixième et enfin Gérarda, entrée en religion sous le nom de sœur Marie de Rosaire, complètent cette fratrie. Xavier Vallat a été élevé dans un milieu profondément catholique. Il milite à l'Association catholique de la jeunesse française avant de devenir un sympathisant du « nationalisme intégral » de l'Action française. Il épouse Marie-Louise Brossard.

Licencié ès lettres, il enseigne à partir d'octobre 1911 au Collège catholique d'Aix-en-Provence ; il est alors professeur en classe de 5e. Mais il n'y reste que deux ans, étant appelé à effectuer son service militaire en octobre 1913 au sein du 61e RI caserné à Aix. C'est avec cette unité du XVe corps qu'il part en guerre et sera blessé une première fois le 26 août 1914. Durant le conflit, il est affecté au 114e BCA (bataillon de chasseurs alpins) et sera gravement blessé lors d'un combat qui lui fera perdre sa jambe. Contrairement à ce qui a été souvent écrit, il n'a pas perdu son œil droit durant la Première Guerre mondiale, une maladie en étant plus exactement la cause.

En 1919, il est élu député de l'Ardèche et conseiller général du canton de Saint-Félicien. Battu en 1924, il rejoint l'année suivante la Fédération nationale catholique, puis, en 1928, les Croix-de-feu qu'il quitte à l'arrivée du colonel de la Rocque.

Antisémite non racial[réf. nécessaire], il estime qu'existe un refus d'assimilation des Juifs[pas clair]. Parallèlement, il réclame dès 1930 la dissolution des obédiences maçonniques[1], et défend l'enseignement catholique.

Réélu député en 1928, il est également élu maire de Pailharès en 1930. Il est réélu député en Ardèche au premier tour des élections de 1932 et en 1936.

Xavier Vallat s'illustre à la chambre comme excellent orateur ; son adversaire, Ludovic-Oscar Frossard, le qualifie ainsi, en 1937, d'« orateur le plus redoutable de la droite »[2]. C'est alors une personnalité importante de la droite, vice-président du groupe parlementaire de la Fédération républicaine[2] et obtenant 150 voix, le 4 juin 1936, en tant que candidat d'opposition à l'élection du président de la Chambre des députés, poste remporté par Herriot[2].

Le 6 juin 1936, après avoir évoqué les émeutes du 6 février 1934, propos qui suscitent une suspension de séance ordonnée par Herriot, il interpelle le nouveau président du Conseil Léon Blum en déclarant : « Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif »[2]. Ces propos soulèvent l'indignation de la gauche, mais Vallat est soutenu à droite[2]. Il affirme ensuite : « pour gouverner cette nation paysanne qu’est la France, il vaut mieux avoir quelqu’un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, qu’un talmudiste subtil »[2]. Du moins, ce sont les propos officiellement rapportés[2] : Vallat semble avoir été encore plus violent[2].

Vallat était habitué à ce genre de propos, ayant accusé en 1934 Blum d'incarner « la voix d'Israël »[2]. L'historien Laurent Joly note ainsi :

« Pour la première fois, un député d’envergure nationale, et non plus un marginal du style Baudry d’Asson, Denis ou Delahaye, défend ouvertement, en l’argumentant, une analyse de l'antisémitisme non racial. Pour la première fois, l’antisémitisme parlementaire vise directement un homme politique juif, non plus sous la forme de développements généraux ou d’insultes fusant de l’hémicycle, mais sous la forme d’une attaque préméditée et rédigée. Il est à noter que Vallat ne se contente pas d’agresser Léon Blum mais qu’il s’en prend aussi, en passant, à Georges Mandel, censé, pourtant, être l’un de ses amis politiques[2]. »

Sous Vichy[modifier | modifier le code]

D'abord associé au gouvernement de Vichy comme secrétaire général aux anciens combattants, il prend, fin mars 1941, la tête du Commissariat général aux questions juives, nouvellement créé. Hostile à toute politique antisémite brutale de Vichy en zone Sud, prenant notamment en charge le second statut des Juifs (un peu moins libéral que celui d'octobre 1940) et leur recensement (2 juin 1941) ainsi que la loi du 22 juillet 1941 qui organise l'appropriation et la liquidation des biens juifs par le régime de Vichy. L'occupant demande sa démission. Il est remplacé alors par Darquier de Pellepoix.

Partisan d'une exclusion des Juifs de toute responsabilité au sommet de l'État, il ne partage pas les préoccupations raciales et exterminatrices des nazis. Xavier Vallat avait ainsi toléré un discret maintien en activité des Eclaireurs Israélites de France. Les autorités allemandes, le jugeant trop modéré et collaborateur indocile, imposent en 1942 son remplacement par Louis Darquier de Pellepoix. Du 29 juin au 19 août 1944, il remplace Philippe Henriot au micro du Radio-Journal de Vichy.

Après guerre[modifier | modifier le code]

En 1947, Xavier Vallat est condamné à dix ans d'emprisonnement et à l'indignité nationale à vie. Divers témoins à son procès, dont certains représentaient la communauté juive de l'époque, ont attesté que, quand bien même il professait un antisémitisme d’État assez complexe à analyser, il n'avait pas pour autant collaboré à l'extermination des Juifs et qu'il avait agi au contraire en laissant organiser à leur profit en zone occupée un réseau de fabrication de faux papiers.

Il est libéré en décembre 1949 et amnistié en 1954. Après la guerre, il poursuit ses publications (il écrit notamment sur Charles Maurras) et devient chroniqueur au journal Aspects de la France, périodique issu de l'Action française. Il est enterré à Pailharès, en Ardèche.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dzonou. Menfouté. Contes vivarois en dialecte, avec bois dessinés et gravés par Jean Chièze, Au Pigeonnier, Maison du livre français, Paris, 1928, 40 p.
  • La Vérité sur la franc-maçonnerie, Conférence faite aux Grandes conférences des ambassadeurs à Paris, le 27 avril 1934, Éditions des Ambassadeurs, Paris, 1934, 32 p.
  • « L'Affaire Stavisky », dans La Revue universelle des faits et des idées, 1982, 22 p. (texte d'une conférence prononcée en 1935).
  • École nationale des cadres civiques. Le Problème juif. Conférence prononcée devant les stagiaires de la 3e session, Vichy, Secrétariat général à l'information et à la propagande, [1942], 22 feuillets.
  • « Préface » à Gabriel Malglaive, Juif ou Français. Aperçus sur la question juive, [?], Éditions C.P.R.N., 1942, 223 p.
  • Le procès de Xavier Vallat, présenté par ses amis, Paris, éditions du Conquistador, 1948, 507 p.
  • Charles Maurras : numéro d'écrou 8321, Plon, Paris, 1953, 290 p.
  • Le Nez de Cléopâtre, souvenirs d'un homme de droite, 1919-1944, préface de Charles Maurras, Éditions des Quatre fils Aymon, Paris, 1957, 311 p.
  • La Croix, les lys et la peine des hommes, Éditions des Quatre fils Aymon, Paris, 1960, 301 p. ; 2e éd., 1973, 298 p.
  • Lettres passe-murailles (correspondance échangée entre Charles Maurras et Xavier Vallat de mars 1950 à novembre 1952), La Table ronde, Paris, 1965, 251 p.
  • Feuilles de Fresnes, 1944-1948, Éd. de l'auteur, Annonay, 1971, 272 p.
  • Le grain de sable de Cromwell : souvenirs d'un homme de droite, Paris, 1972, 284 p.
  • « Le Soldat français de la Grande Guerre », dans L'Ordre français, no 244, octobre 1980, 20 p.

Documents sonores[modifier | modifier le code]

  • « La France bouge » (texte lu), dans L' Action française : voix et chants. Xavier Vallat, Charles Maurras, Léon Daudet, voix ; Marie de Roux, Pierre Juhel, chant, SERP, Paris, 1989 (cassette audio ; paru d'abord en 33 t).
  • Charles Maurras. Enregistrement sonore : « Maurras le martégal », « Maurras et le maréchal Pétain », Saint-Urbain, 33 t. Date et lieu non indiqués.

Sources biographiques[modifier | modifier le code]

Documents télévisés[modifier | modifier le code]

  • Dans le téléfilm Hôtel du Parc (1992), réalisé par Pierre Beuchot, Xavier Vallat est un des personnage centraux de cette fiction documentaire. Il est incarné par Marc Betton.
  • Le téléfilm Le Commissariat (2009), réalisé par Michel Andrieu d'après l’œuvre de Laurent Joly Vichy dans la solution finale, est une fiction centrée sur le personnage de Xavier Vallat, à partir de sa nomination au Commissariat général des questions juives, nouvellement créé, en mars 1941. Il est interprété par Jacques Bonnaffé.
  • Le documentaire Xavier Vallat, « un bon Français » (2010) réalisé par Sylvie Cozzolino, s'intéresse à son milieu familial et à ses origines sociales. Il retrace son rôle dans la politique anti-juive de l'État Français.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Notice « Xavier Vallat » sur le site : « Au temps. Dictionnaire Patrick Modiano » [1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, histoire, mythes et réalité, Librio, 2004, p. 40
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Laurent Joly (2007), « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 3/2007 (n° 54-3), p. 63-90.