Marie de Rabutin-Chantal (marquise de Sévigné)

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Marquise de Sévigné

Description de cette image, également commentée ci-après

La marquise de Sévigné, peinte par Claude Lefèbvre.

Nom de naissance Marie de Rabutin-Chantal
Activités Épistolière
Naissance
Paris, Pavillon royal de la France.svg Royaume de France
Décès
Grignan, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Langue d'écriture Français

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, dite la marquise de Sévigné, née le à Paris et morte le au château de Grignan, est une épistolière française.

Origines et famille

Déjà orpheline de père en 1627 à un an, son père, Celse-Bénigne de Rabutin (1596-1627), baron de Chantal, ayant été tué au siège de La Rochelle, elle perd en 1633 sa mère, Marie de Coulanges, née en 1603.

Marie de Rabutin-Chantal vit néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord chez son grand-père, Philippe de Coulanges, puis, après sa mort en 1636, chez le fils aîné de celui-ci, Philippe de Coulanges.

Un autre oncle, l'abbé Christophe de Coulanges, dit « le bien bon », sera son ami paternel et l'administrateur de ses biens. Une solide éducation, guidée en partie par l'oncle Christophe, lui vaut une connaissance parfaite de l’italien, assez bonne du latin.

En 1644 elle épouse le marquis Henri de Sévigné[1] (1623-1651) et devient veuve à vingt-cinq ans en 1651, quand son époux est tué lors d’un duel contre François Amanieu, seigneur d'Ambleville, chevalier d'Albret, pour les beaux yeux de Mme de Gondran, sa maîtresse.

Son époux est inhumé dans l'église du couvent des Filles de la Visitation Sainte-Marie, rue Saint-Antoine à Paris, de nos jours Temple du Marais. Elle en a un fils, Charles (12 mars 1648 au château des Rochers - 26 mars 1713 à Paris), baron de Sévigné, dit le marquis de Sévigné, et une fille, Françoise de Sévigné (10 octobre 1646 - 13 août 1705). Charles de Sévigné épousa Jeanne Marguerite de Mauron, mais le couple resta sans postérité,

Elle a pour cousin germain le chansonnier Philippe-Emmanuel Coulanges, époux de Marie-Angélique de Coulanges, également épistolière de renom.

Sa grand-mère paternelle Jeanne de Chantal est fondatrice de l’ordre de la Visitation.

Œuvres

La correspondance de Mme de Sévigné avec sa fille, Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, s’effectua à peu près pendant vingt cinq ans au rythme de deux ou trois lettres par semaine. Les lettres de Mme de Sévigné firent d’abord l’objet d’une première édition clandestine en 1725, comprenant 28 lettres ou extraits de lettres.

Cette première édition fut suivie de deux autres, en 1726. Pauline de Grignan, marquise de Simiane, petite-fille de l’intéressée, décida alors de proposer une publication de la correspondance de sa grand-mère. Elle confie ce soin à un éditeur d’Aix-en-Provence, Denis-Marius Perrin, qui publie 614 lettres en 1734-1737, puis 1772 en 1754. Les lettres ont été remaniées et sélectionnées suivant les instructions de Mme de Simiane : toutes celles touchant de trop près à la famille, ou celles dont le niveau littéraire paraissait médiocre, furent supprimées. Les lettres restantes ont souvent fait l’objet de réécritures pour suivre le goût du jour.

La question de l’authenticité se pose donc de manière cruciale pour ces lettres. Sur les 1 120 connues, seules 15 % proviennent des autographes, lesquels ont été presque totalement détruits après usage.

Néanmoins en 1873 un lot de copies manuscrites, d’après les autographes, a été retrouvé chez un antiquaire ; il couvre environ la moitié des lettres adressées à Mme de Grignan ; elles sont publiées par Charles Capmas en 1876.

La seconde moitié du XVIe siècle et la première moitié du XVIIe siècle marquèrent un bouleversement au sein de l’identité de la noblesse française. Privée d’une série de privilèges politiques et sociaux et subissant une crise financière, la noblesse a cherché une forme de défense en faisant valoir sa « supériorité de lignage » ; mais elle chercha aussi à garder son identité à l’égard de la Cour et échapper ainsi aux griffes des projets absolutistes de Richelieu et de Mazarin.

C’est de cette manière que les « bienséances » sont devenues des valeurs pour cette aristocratie en pleine crise d’identité : le badinage, le naturel (ou négligence) et le divertissement leur ont fourni avant tout une certaine forme de liberté.

Pendant la première moitié du XVIIe siècle, toute une littérature − en même temps que les romans-fleuves d’Honoré d'Urfé et de Mademoiselle de Scudéry − exalte ces traits propres à la noblesse et aux milieux mondains.

L’influence vint principalement de l’Italie : le Livre du courtisan de Baldassare Castiglione, le Galatée ou la manière de vivre dans le monde de Giovanni Della Casa et La Civil Conversazione de Stefano Guazzo vont inspirer les mondains français ; Vincent Voiture, dans ses poésies et ses lettres, a été le premier à mettre en pratique dans le salon de Mme de Rambouillet ses dons de badinage et de galanterie, puis Antoine Gombaud, chevalier de Méré, le père Bouhours, l’abbé Cotin ou encore Madeleine de Scudéry ont transcrit dans des ouvrages-manuels ce souci de plaire, instruire et divertir tout à la fois en rejetant « tout ce qui tient de l’étude car cela est presque toujours mal reçu »[2].

On retrouve volontiers toutes ces notions esthétiques dans les lettres de Mme de Sévigné, qui a le souci de rappeler fièrement ses origines nobiliaires. Elle ne voulut pas échapper à cette esthétique ambiante qui lui permettait de déployer toute l’arrogance de son lignage et son indiscutable talent de conteuse et d’écrivain. Tout comme les « mondains » et les lettrés qui fréquentaient le salon de Catherine de Rambouillet et qui cherchaient à conserver leur indépendance à l’égard d’une cour de plus en plus absolutiste, Mme de Sévigné adopta ces principes esthétiques comme une sorte de rempart qui l’ont protégée des difficultés de l’existence.

En « badinant » sur la mort des autres et sur la sienne elle prend de la distance par rapport à un sujet que tout son siècle craint : la damnation. En cherchant « toujours à ne [se] point ennuyer », elle s’oppose en tout point à ce que Blaise Pascal préconise dans ses Pensées ; à savoir que le divertissement détourne l’homme de sa propre condition misérable et l’empêche de regarder vers Dieu, ce dont Mme de Sévigné est incapable.

« A propos de lettres, les meilleurs modèles sur lesquels vous puissiez vous former sont Cicéron, le cardinal d'Ossat, Mme de Sévigné, et le comte de Bussy-Rabutin (...). Pour l'enjouement et le badinage, rien n'égale le comte de Bussy et Mme de Sévigné. » − Lettre de Lord Chesterfield à son fils Philippe Stanhope, Londres, 20 juillet 1747 [3]

Le cadre intellectuel des Lettres de Madame de Sévigné

Le statut de la lettre au XVIIe siècle est tout à fait particulier. Si notre classification moderne de « genre épistolaire » n’existait pas, il y avait en revanche toute une série de manuels qui cherchaient à codifier la lettre : le début, la longueur, les compliments, la formule finale, donnaient à la lettre finalement bien peu de liberté. Cela n’était pas du goût des lettrés aristocrates et mondains, qui vont au contraire détourner ces règles épistolaires et les accommoder à leurs ambitions littéraires dans le cadre des valeurs mondaines de la négligence et du divertissement.

Château de Grignan en Drôme provençale surnommé le Versailles du Midi.

Mme de Sévigné se pliait aux conventions de la lettre lorsqu’elle écrivait à des personnes qui lui étaient supérieures en rang ou lorsqu’elle rappelait – à sa fille notamment – de ne pas oublier d’écrire à des moments particuliers de la vie comme une naissance, un mariage ou un décès. Mais si Mme de Sévigné respecte ces règles de sociabilité, elle avoue que « c’est une chose plaisante à observer que le plaisir qu’on prend à parler, quoique de loin, à une personne que l’on aime, et l’étrange pesanteur qu’on trouve à écrire aux autres ». Car c’est surtout dans les lettres à sa fille, une fois libérée des carcans des règles, que Mme de Sévigné peut déployer tout le talent de « [sa] plume qui va comme une étourdie ». Mais si le but premier de la lettre était de communiquer avec un absent, elle remplaçait bien souvent la conversation et devenait un moyen d’apprécier des qualités littéraires.

La volonté de Mme de Sévigné de faire partager ses lettres à un cercle mondain, même restreint, demeure cependant fortement ambivalente. L'expérience de publicité de ses écrits est surtout associée pour elle à la situation délicate qu'elle a connue pendant le procès de Fouquet, un de ses amis, chez qui les autorités royales retrouvent un certain nombre de ses billets, créant chez elle une vive inquiétude. À de nombreuses reprises dans la Correspondance, on retrouve cette angoisse vis-à-vis d'une possible incompréhension ou des mauvaises interprétations qu'un tiers qui n'appartiendrait pas au dialogue épistolaire pourrait produire (notamment lorsque son cousin Bussy-Rabutin entend présenter au roi Louis XIV ses Mémoires dans lesquels figurent quelques lettres écrites par Mme de Sévigné). La diffusion mondaine de ses écrits est donc fortement sujette à caution, même si force est de constater que l'esprit des lettres se joint naturellement à cet univers. L’esthétique des lettres de Mme de Sévigné a une autre particularité chère aux mondains : la variété. Dans le but de ne pas ennuyer le lecteur, notre épistolière change rapidement de sujet. Ceci est surtout visible dans les lettres adressées à sa fille, car elle savait que dans une correspondance aussi importante que la leur, la manière de raconter et la variété des sujets traités étaient indispensables pour entretenir un échange dynamique et ainsi ne pas tomber dans la monotonie. Souvent ce changement se fait avec un avertissement de la marquise lorsque le sujet se prolonge : « Je ne veux pas pousser plus loin ce chapitre », « Je hais mortellement à vous parler de tout cela ; pourquoi m’en parlez-vous ? ma plume va comme une étourdie » ou encore un simple « ma basta » (« mais suffit » en italien).

Religion

Les lectures religieuses de la marquise ont nourri son badinage au même titre que sa spiritualité, car notre épistolière garde en général une attitude libre face à la religion. En effet, on remarque de sa part une désacralisation du langage religieux. Ainsi par exemple, elle exprime ses sentiments à sa fille dans une formule qui rappelle celle du canon de la messe : « Nous vous aimons en vous, et pour vous, et par vous ». Elle se sert du lexique augustinien pour des situations profanes : « Je suis épouvantée de la prédestination de ce M. Desbrosses », « prédestination » étant synonyme de destinée. La marquise utilise également le lexique qui opposait jansénistes et Jésuites sur la grâce donnée par Dieu pour réaliser un plaisant jeu de mots : « M. Nicole est tout divin. Vraiment, il faut bien qu’il s’aide de la grâce suffisante, qui ne suffit pas, mais pour moi, elle me suffit, car c’est la grâce efficace en paroles couvertes ».

Marquise de Sévigné à Grignan dans la Drôme.

Certaines de ses images mêlent des passages bibliques et des représentations romanesques. Par exemple elle taquine Mme de Grignan dans la perspective que l’enfant dont elle va bientôt accoucher soit une fille : « Je vous aiderai à l’exposer sur le Rhône dans un petit panier de jonc, et puis elle abordera dans quelque royaume où sa beauté sera le sujet d’un roman ». Elle emprunte des images de l’Évangile : « Mon royaume commence à n’être plus de ce monde » (Jean, XVIII, XXXVI), ou encore elle parodie l’imploration biblique « Ayez pitié de moi ». Elle écrit à sa fille : « M. de La Rochefoucauld vous mande qu’il y a un certain apôtre qui court après sa côte » en faisant allusion à la côte d’Ève. La marquise se moque de la dévotion des princesses de Conti et de Longueville en les appelant « les Mères de l’Église », ainsi que de l’impuissance passagère de son fils Charles : « J’étais ravie qu’il fût puni par où il avait péché ».

Des nombreuses tournures de la marquise à l’adresse de sa fille ont fait voir à certains exégètes une sorte « d’amour-passion » comme « La bise de Grignan […] me fait mal à votre poitrine » ; « Mon Dieu, ma bonne, que votre ventre me pèse » pendant la grossesse de sa fille, ou encore : « Il doit faire chaud à Aix, […] j’en étouffe ». On doit y voir plutôt une parodie du lexique des mystiques, lesquels assumaient la souffrance d’autrui.

Toujours dans les exemples, Mme de Sévigné emprunte souvent le vocabulaire de la morale chrétienne et le substitue à des propos tout à fait profanes : « J’ai acheté pour me faire une robe de chambre une étoffe comme votre dernière jupe. Elle est admirable. Il y a un peu de vert, mais le violet domine, en un mot, j’ai succombé. On voulait me la faire doubler de couleur de feu, mais j’ai trouvé que cela avait l’air d’une impénitence finale. Le dessus est la pure fragilité, mais le dessous eût été une volonté déterminée qui m’a paru contre les bonnes mœurs, je me suis jetée dans le taffetas blanc ».

L’art épistolaire de la marquise trouve un parfait exemple dans ces considérations frivoles, comme l’achat d’une étoffe, où elle fait intervenir un vocabulaire religieux qu’elle maîtrise à la perfection dans le but de provoquer par contraste un effet comique. Les exemples à citer seraient nombreux. Ils démontrent la désinvolture de la marquise sur le domaine de la religion.

Mme de Sévigné aimait tout particulièrement les auteurs et la pensée des jansénistes. On ne peut alors que savourer l'étonnant écart entre ses mots et sa foi religieuse. La liberté qu'elle prend dans l'écriture ne permet en rien de statuer sur la profondeur ou la nature de ses convictions. Tout au plus peut-on faire le relevé de ses lectures, Les Provinciales de Pascal notamment, qu'elle appelle « Les petites lettres », et considérer l'esprit de ceux qu'elle comptait parmi ses amis, comme La Rochefoucauld.

Dans la culture

Le musée Carnavalet conserve de nombreux objets en rapport avec Mme de Sévigné, sa famille et son époque : portraits, autographes, éléments de mobilier, la pièce la plus importante étant un secrétaire en laque de Chine lui ayant appartenu, provenant du château des Rochers, qui porte les armes dites « d'alliance » des familles de Sévigné et de Rabutin.

Une médaille à l'effigie de Mme de Sévigné a été réalisée par le graveur Raymond Joly en 1976 ; un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0942).

Une rose (obtenteur Moreau-Robert) porte son nom[4].

Représentations cinématographiques

Notes et références

  1. Voir les célèbres manuscrits de d’Hozier, preuves de noblesse des Sévigné.
  2. Anthologie, L’art de la conversation, éd. de Jacqueline Hellegouarc’h, Paris, Dunod, coll. cc1997, p. 65
  3. Paris, Jules Labitte, 1842 - archive personnelle
  4. Madame de Sévigné

Voir aussi

Bibliographie

  • Anne Bernet, Madame de Sévigné, mère passion, Paris, Perrin, 1996
  • Jean-Marie Bruson, L'ABCédaire de Madame de Sévigné et le Grand Siècle, Paris, Flammarion, 1997
  • Jean Choleau, Le Grand Cœur de Madame de Sévigné, Paris, Vitré, Unaviez Arvor, 1959
  • Roger Duchêne, Madame de Sévigné, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, coll. « Les écrivains devant Dieu », 1968
  • Roger Duchêne, Madame de Sévigné ou la chance d’être femme, Paris, Fayard, 1982, rééd. 2002
  • Roger Duchêne, Naissance d’un écrivain : Madame de Sévigné, Paris, Fayard, 1996
  • Roger Duchêne, Chère Madame de Sévigné, Paris, Découvertes Gallimard, 1995, rééd. 2004
  • Anne Forray-Carlier et Jean-Marie Bruson, Madame de Sévigné, Paris, Paris-Musées et Flammarion, 1996
  • Fritz Nies, Les lettres de Madame de Sévigné, Conventions du genre et sociologie des publics, Paris, Honoré Champion, 1992
  • Benedetta Craveri, L’Âge de la conversation, Paris, Gallimard, 2002
  • Nathalie Freidel, La Conquête de l'intime. Public et privé dans la Correspondance de Madame de Sévigné, Paris, Honoré Champion, 2009

Liens externes

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