Alois Brunner

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Alois Brunner
Surnom Georg Fischer
Ali Mohammed
Naissance 8 avril 1912
Nádkút (Vas, Flag of Austria-Hungary (1869-1918).svg Autriche-Hongrie)
Décès 2010 (probable) (à ~ 98 ans)
Damas (Syrie) ?
Origine Flag of the German Empire.svg Allemande
Arme Flag Schutzstaffel.svg Schutzstaffel
Grade Officier
Conflits Seconde Guerre mondiale
Autres fonctions Conseiller du gouvernement syrien, vendeur d'armes en Égypte
Famille Marié, une fille (Irena)

Alois Brunner (né le 8 avril 1912 à Nádkút, dans la partie hongroise de l'empire d'Autriche-Hongrie[1], situé aujourd'hui en Autriche et mort probablement[2], [3]en 2010 à Damas, en Syrie) est un membre du parti nazi et un officier SS, qui se rend célèbre par son action contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dans plusieurs pays d'Europe. Il est l'organisateur des actions du RSHA.

C'est l'un des criminels de guerre nazis le plus recherché, longtemps resté l'un des derniers criminels de guerre nazis vivants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un nazi parmi d'autres[modifier | modifier le code]

Aloïs Brunner est né en 1912 à Nádkút en Hongrie à 150 km au sud de Vienne. Son père, Joseph Brunner et sa mère, Anna Kruise, étaient de petits paysans du Burgenland, profondément catholiques et antisémites. À l'âge de 15 ans, il devint apprenti dans un grand magasin de Fürstenfeld, en Autriche.

En 1931, à l'âge de 19 ans, il adhéra au NSDAP. Il s'inscrivit en 1932 à l'école de police privée de Graz. Il intégra la Légion autrichienne, vivier des futurs responsables de la Shoah, en 1933. Il y côtoya : Adolf Eichmann, Odilo Globocnik, Rolf Günther, Ernst Kaltenbrunner, Franz Novak, Franz Stangl... Âgés, pour la plupart, de vingt à trente ans, ces hommes furent les cadres dirigeants du Bureau central pour l'émigration juive à Vienne, fondée en août 1938 par Adolf Eichmann. La même année, Brunner entra à la SS puis au SD en 1939[1].

Un acteur essentiel de l'extermination des Juifs[modifier | modifier le code]

Il devint par ses fonctions l'un des rouages importants de la Solution finale aux côtés d'Adolf Eichmann. Il fut notamment l'instigateur des faits suivants :

La déportation des Juifs d'Autriche[modifier | modifier le code]

À partir du 21 décembre 1939, Eichmann dirigeait depuis Berlin la section IV B4 de la Gestapo, chargée des affaires juives. Brunner lui succèda à la tête de la Centrale de Vienne qui devint le "laboratoire" pour l'internement et la déportation des Juifs du Reich et des pays occupés. Dès octobre 1939, Brunner fit déporter un millier de Juifs autrichiens à Nisko près de Lublin. Il fut promu Obersturmführer (lieutenant SS), l’année suivante. À Vienne, suivant le modèle du Judenrat mis en place dans les communautés juives de Pologne, il imposa aux Juifs d'Autriche la création d'une police juive ou Jupo qui fut chargée de coopérer à la constitution de 5 convois de déportés en direction de Lublin, du 15 février au 12 mars 1941. À partir d’août 1941, il interdit l’émigration des hommes juifs âgés de 18 à 45 ans. Du 15 octobre au 2 novembre, 5 nouveaux convois furent dirigés vers le ghetto de Lodz. En janvier 1942, 15 jours après la Conférence de Wannsee qui décida la mise en œuvre la Solution finale du "problème juif", Brunner fut promu Hauptsturmführer (capitaine SS) et, en juillet, inspecteur de la SIPO-SD. Du 9 avril au 14 juin 1942, 6 nouveaux convois de Juifs quittèrent l’Autriche pour Lublin. 5 000 Tziganes furent également déportés sur ordre de Brunner[1].

Nommé ensuite à Berlin, en octobre 1942, il y organisa en deux mois la déportation de 20 000 Juifs.

La déportation des Juifs de Salonique[modifier | modifier le code]

Le 6 février 1943, Alois Brunner et Dieter Wisliceny arrivèrent en Grèce. Pour organiser la déportation de la communauté juive de Salonique[4], ils imposèrent aux Juifs de Grèce les lois de Nuremberg. Les Juifs furent rassemblés fin février 1943 dans quatre ghettos : Kalamaria, Singrou, Vardar et Agia Paraskevi près d'Athènes. Ils furent ensuite transférés dans un camp de transit du quartier du baron Hirsch jouxtant la gare de Salonique, à l'ouest de la ville. De là, les trains de la mort les emmenèrent à Auschwitz-Birkenau. Pour accomplir leur mission, les SS imposèrent à la communauté juive la création d'une police juive à leur service.

De mars à août 1943, plus de 25 convois quittèrent Salonique pour Auschwitz-Birkenau par Belgrade et Vienne. Le premier convoi arriva à Auschwitz dans la nuit du 20 au 21 mars 1943. Fin mars, un convoi partit pour Treblinka. En tout, 46 000 Juifs furent déportés : 43 850 de Salonique même, 1 132 des villes environnantes et 1 002 de la zone est-Egée. Le voyage d'un convoi durait une dizaine de jours en moyenne. L'état d'affaiblissement des victimes était tel à l'arrivée que la plupart des survivants étaient immédiatement destinées à la chambre à gaz.

Dans le dernier convoi, qui partit le 7 août, se trouvaient 367 Juifs protégés par leur nationalité espagnole qui furent déportés à Bergen-Belsen puis de là purent être transférés à Barcelone puis au Maroc, certains purent atteindre la Palestine mandataire.

Commandant du camp de Drancy[modifier | modifier le code]

La réorganisation du camp et des déportations de Juifs[modifier | modifier le code]

Le 9 mai 1943, Brunner fut nommé à Paris afin d'intensifier le processus de déportation des Juifs de France. Dépendant directement de Berlin, Brunner court-circuita l’autorité du Judenreferent SS Heinz Röthke, dans la mise en œuvre de la déportation des Juifs de France.

Accompagné de son équipe mobile de SS autrichiens, Brunner dirigea le camp de Drancy à partir du 18 juin 1943. Il prit en main directement la gestion du camp à partir du 2 juillet 1943 et cantonna les gendarmes français à sa garde extérieure. Il réorganisa le fonctionnement interne du camp et y fit régner un système de terreur qui s’abattit sur les internés. Selon des techniques éprouvées à Vienne, à Berlin et à Salonique, Brunner créa également une police juive au sein même des internés dont il a réorganisé la hiérarchie.

Cependant, en contrepartie, la nourriture et les conditions d’hygiène s’améliorent, grâce aux colis collectifs de l’UGIF.

Le 4 août 1943, il fit fermer les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et fit regrouper les Juifs raflés à Drancy.

Il organisa le départ des déportations non plus de la gare du Bourget mais de la gare de Bobigny pour des raisons de discrétion et de logistique.

Les rafles de Juifs de la Côte d'Azur[modifier | modifier le code]

À partir du 10 septembre 1943, à la suite de l’armistice signé entre l’Italie et les Alliés, la Gestapo entra à Nice et y organisa la traque des Juifs selon un plan pré-établi par Rôtke et Brunner. Les rafles furent pratiquées dans toute l'ancienne région d'occupation italienne avec une méthode, une intensité et une cruauté jusque là inusitées en France :

  • pour la Gestapo, la circoncision valait appartenance à la « race » juive ;
  • des « physionomistes » installés sur des voiturettes étaient chargés de repérer les Juifs dans les rues et de les arrêter ;
  • des rafles furent systématiquement opérées dans les hôtels et les meublés ;
  • des bandes organisées de dénonciateurs faisaient la chasse aux Juifs riches pour les dépouiller et prévenir la Gestapo qui venait les arrêter ;
  • les trains étaient méticuleusement contrôlés.

Jusqu’au 14 décembre, 2 500 Juifs furent arrêtés et détenus à l’hôtel Excelsior près de la gare de Nice où le docteur Abraham Drucker[Note 1]-[Note 2], médecin juif du camp de Drancy, transféré à Nice pendant trois mois, était chargé d'examiner les Juifs arrêtés.

27 transferts furent organisés de Nice à Drancy de septembre à décembre 1943 pour un total de 1 819 personnes. On estime le nombre de Juifs vivant ou réfugiés sur la Côte d'Azur en 1943 à 25 000[5].

Des rafles de Juifs dans toute la France[modifier | modifier le code]

À partir de janvier 1944, Brunner fit procéder à des rafles en province et en région parisienne. En février 1944, son passage à Grenoble entraîna l'arrestation de juifs dans la ville[6].

Conjointement avec Helmut Knochen, chef de la police de sécurité en France, il signa, le 14 avril 1944, un ordre d'arrestation de tous les Juifs de nationalité française restant sur le territoire : orphelinats, prisons, camps de travail furent vidés de leurs occupants juifs, les campagnes furent ratissées... Cette dernière vague d'arrestation eut pour conséquence la déportation de 6 000 Juifs (parfois dénoncés pour toucher une prime réservée aux délateurs) envoyés de France dans les camps d'extermination en Pologne[7]. Seuls les conjoints de non Juifs étaient, depuis 1943, en principe, provisoirement épargnés au profit de l’Organisation Todt ou d'autres camps en région parisiennes.

Brunner reçut, dans la traque des Juifs, l'aide de la Milice de Joseph Darnand[réf. nécessaire]

Bilan de ses exactions en France[modifier | modifier le code]

Il fit évacuer le camp de Drancy, le 17 août 1944, accompagnant un dernier convoi de déportés dont faisaient partie les enfants juifs raflés dans les maisons de l’UGIF. Brunner fit déporter en un an, 22 427 hommes, femmes et enfants, soit près du tiers des déportés juifs de France.

La déportation des Juifs de Slovaquie[modifier | modifier le code]

En septembre 1944, à Bratislava, il assista Josef Witiska, chef de l'Einsatzgruppe H, dans le processus de déportation des Juifs slovaques[8]. Il organisa, dans la nuit du 25 au 26 septembre 1944, la rafle de 1 800 Juifs de la capitale slovaque qui furent internés avec les 5 000 du camp de Sered, antichambre d’Auschwitz. Plus de 13 500 Juifs furent déportés de Slovaquie sur ordre de Brunner.

Le dernier convoi qu'il organisa avant la fin de la guerre partit le 13 mars 1945 de Sered, en Slovaquie[9].

Après avoir démantelé le camp de Sered en 1945, Brunner réussit à gagner Vienne puis, en avril, Prague où se trouvait replié le QG d’Eichmann.

Condamné à mort par contumace[modifier | modifier le code]

Lors de l’entrée des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie, il prit une nouvelle identité, Aloïs Schmaldienst et réussit à se soustraire aux partisans tchèques, mais il fut finalement interné dans un camp américain près de Vienne. Il semble que son identité est été confondue avec celle d'Anton Brunner, qui sera exécuté, ce qui lui permettra d'échapper aux Alliés. Libéré, il mena une existence paisible à Essen, en Allemagne, bien que figurant sur la liste no 1 des criminels de guerre établie par le Tribunal militaire international de Nuremberg[10]. Craignant d’être découvert, il s’enfuit en 1954 et, en passant par l’Égypte, parvint à gagner Damas en Syrie.

Brunner a été condamné à mort par contumace par le Tribunal permanent des forces armées à Paris, le 3 mai 1954[11].

Le 2 mars 2001, il a été condamné à nouveau en France par contumace à la prison à perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité[12].

L'exil en Syrie[modifier | modifier le code]

En Syrie, il met ses compétences policières au service du parti Baas et de la famille El-Assad. Il devient, en 1971, conseiller des services secrets du président Hafez el-Assad. Il aide le gouvernement syrien à mettre en place des techniques de torture dans les prisons[13]. Cette même année, il est une première fois condamné à mort par contumace en France. Une photo, prise en 1961, le représente alors affublé d'une moustache, contrairement à son habitude[14].

Le 3 septembre de cette même année et en 1980, le Mossad (services secrets israéliens) l'ayant localisé, lui envoie un colis piégé : deux agents de la poste de Damas sont tués, Brunner (qui se fait alors appeler « Fisher ») n’est que blessé bien qu’il soit donné mort par la police. Brûlé au visage, il perd l’œil gauche et plusieurs doigts[13].

Il est traqué sans relâche par Simon Wiesenthal, mais trouve refuge à Damas où il serait connu sous le nom de « Dr Georg Fischer » ou bien « Ali Mohammed ». L'Allemagne et d'autres pays réclament sans succès son extradition.

Dans une interview accordée au Chicago Sun Times, Brunner déclare en 1987 à propos des Juifs exterminés : « Tous méritaient de mourir parce que c'étaient les envoyés du diable et des ordures humaines. Je n'ai aucun regret et je le referais »[15]. En août 1987, Interpol lance contre lui un mandat d'arrêt international.

Une rumeur fait état de la mort de Brunner, en 1992, en Syrie. Mais sa fille, Irena Ratheimer, mariée à un député autrichien, n'a jamais confirmé ce décès. L'enquête pour attester la présence d'Alois Brunner, alias Georg Fisher, au 7, rue Georges-Haddad, à Damas, s'est avérée impossible, tout comme celle pour vérifier si des obsèques chrétiennes ont bien été célébrées pour lui, ou l'existence d'un enterrement dans un cimetière de Damas[16].

En 1995, le procureur de l'Allemagne annonce une récompense de 333 000 dollars pour toute information qui permettrait son arrestation. En décembre 1999, des rumeurs font état de son décès en 1996. Mais des journalistes allemands qui avaient fait un séjour en Syrie affirment qu'il est toujours vivant et qu'il vit à l'hôtel Méridien de Damas.

En juillet 2007, le ministère de la justice autrichien annonce sur son site qu'une récompense de 50 000 euros est promise à toute personne qui fournirait des informations pouvant conduire à localiser ou capturer Alois Brunner et Aribert Heim.

En juillet 2011, le gouvernement allemand admet avoir détruit des documents concernant la localisation de Brunner, la Chute du mur de Berlin, en 1989, ayant bouleversé la procédure d'extradition en cours[17].

Fin novembre 2014, le centre Simon-Wiesenthal annonce son probable décès en 2010, à Damas, à l'âge de 98 ans, selon les informations recueillies par un ancien agent des services secrets allemands ayant servi au Moyen-Orient[18].

Annexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Père de Michel Drucker producteur et animateur d'émissions de télévision
  2. Témoignage en ligne

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent »,‎ 2009, 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 143
  2. l'express.fr novembre 2014
  3. Voir, (en) Jodi Rudoren. A Long-Sought Fugitive Died Four Years Ago in Syria, Nazi Hunter Says. The New York Times, Tuesday, December 2, 2014, p. A6.
  4. En tout il est responsable de la déportation de 42 830 juifs de Salonique
  5. Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, la "solution finale" de la question juive en France, Paris, Fayard, 1983
  6. Tal Bruttmann, La logique des bourreaux 1943-1944, Hachette Littératures, 2003.
  7. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, vol. 2, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire » (no 38-39),‎ 1991, 1098 p. (ISBN 978-2-0703-2709-6 et 978-2-0703-2710-2, OCLC 25609496), p. 566.
  8. Raul Hilberg, op.cit., p. 641.
  9. Trial.ch.org.
  10. Dictionnaire de la Shoah, p. 144
  11. [1]
  12. « Alois Brunner condamné par contumace » - article de la La Libre Belgique du 2 mars 2001
  13. a et b « Aloïs Brunner, nazi responsable de 147 000 déportations de Juifs. Mort ou vivant ? Petite biographie d’Aloïs Brunner » par Catherine Desplanque.
  14. Metrofrance.com
  15. GWU.edu
  16. Libération, 26 août 1999, L'ombre d'un nazi devant les assises. Alois Brunner devrait être jugé l'année prochaine à Paris. : liberation.fr
  17. Expatica.com
  18. « Le nazi Aloïs Brunner serait mort en Syrie », lefigaro.fr, 30 novembre 2014.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]