Crimée

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Crimée
Carte topographique de la Crimée.
Carte topographique de la Crimée.
Localisation
Pays Drapeau de la Russie Russie
Ukraine Ukraine
Russie :
République
Ville fédérale

Ukraine :
République autonome
Ville à statut spécial

Crimée
Sébastopol



Crimée
Sébastopol
Coordonnées 45° 19′ 30″ N 34° 03′ 27″ E / 45.3251, 34.0576 ()45° 19′ 30″ Nord 34° 03′ 27″ Est / 45.3251, 34.0576 ()  
Mer Noire
Géographie
Superficie 27 160 km2
Longueur 326 km
Largeur 205 km
Altitude 1 545 m

Géolocalisation sur la carte : mer Noire

(Voir situation sur carte : mer Noire)
Crimée

Géolocalisation sur la carte : Ukraine

(Voir situation sur carte : Ukraine)
Crimée

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Crimée

Géolocalisation sur la carte : Europe

(Voir situation sur carte : Europe)
Crimée

La Crimée (en tatar de Crimée : Qırım signifiant « ma colline » [qır « colline », ım « ma »], en russe : Крым, en ukrainien : Крим) est une péninsule située au sud de l'Ukraine et à l'ouest de la région du Kouban en Russie, qui s'avance dans la mer Noire.

Correspondant à l'antique Tauride, elle a fait partie, de l'Antiquité au XIIIe siècle, du monde grec devenu byzantin, tout en étant ouverte au nord aux peuples des steppes (Cimmériens, Scythes, Goths, turcophones, Mongols...) pour rejoindre au XVe siècle l'Empire ottoman, au XVIIIe siècle l'Empire russe et en 1922 l'Union des républiques socialistes soviétiques. Dans cette dernière, elle constitue une république socialiste soviétique autonome, puis un oblast qui fait d'abord partie de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, avant d'être cédée, en 1954, à la République socialiste soviétique d'Ukraine. En 1991, tout en étant de majorité russophone (notamment après la déportation des Tatars de Crimée à l'époque soviétique), la Crimée a finalement obtenu le statut de République autonome de Crimée au sein de l'Ukraine devenue indépendante. Sa capitale est Simféropol. La ville de Sébastopol, grand port de guerre sur la mer Noire au sud-ouest de la péninsule, ne fait pas partie de la République autonome de Crimée mais dispose d'un statut administratif spécial au sein de l'Ukraine, jusqu'en mars 2014 lorsque par les décisions du parlement (à majorité russe) la Crimée fait sécession en tant que République de Crimée puis proclame son rattachement à la Russie. La majorité des pays du monde ne reconnaissent pas ces proclamations et considèrent toujours la Crimée comme un territoire appartenant de jure à l'Ukraine.

La péninsule est réputée pour ses vignobles, ses vergers, ses lieux de villégiatures, ses sites archéologiques et ses zones touristiques, telle la station balnéaire de Yalta, où ont été signés en 1945 les accords historiques entre Staline, Roosevelt et Churchill.

Géographie

La République autonome de Crimée et Sébastopol au sein de la péninsule.

La péninsule de Crimée, qui couvre une superficie de 27 000 km2, est reliée au reste du territoire ukrainien par l'isthme de Perekop, une bande de terre large de cinq à sept kilomètres au nord de la Crimée, et au-delà de laquelle commence l'oblast de Kherson. La distance est, d'ouest en est (entre le Cap Kara Mrun et Lanterne) de 326 km, du nord au sud (de l'isthme de Perekop au Cap-Nicolas) de 205 km. La longueur totale des frontières terrestres et maritimes est de plus de 2 500 km. La Crimée montait autrefois la garde au confluent de deux espaces commerciaux stratégiques : l'accès aux royaumes du Nord, par la mer Noire et le Dniepr, et à ceux de l'Asie, par la mer d'Azov[1]. À l'est de la Crimée, la péninsule de Kertch fait face à la péninsule de Taman en territoire russe. Entre ces deux péninsules, le détroit de Kertch, large de trois à treize kilomètres, relie la mer Noire à la mer d'Azov[2].

Littoral

Falaises tombant dans la mer Noire

La Crimée est bordée, au sud et à l'ouest par la mer Noire, à l'est par la mer d'Azov et au nord-est, le Syvach (côte occidentale de la mer d'Azov). Le Syvach est aussi dénommé « mer Putride », en raison de son large ensemble de marais nauséabonds et de lagunes peu profondes.

Les côtes de Crimée sont irrégulières et forment un grand nombre de baies, dont certaines abritent des ports. Leur relief et leur climat les rattachent au monde méditerranéen, même si les hivers peuvent parfois être de type continental froid. Les ports se trouvent sur la côte occidentale de l'isthme de Perekop, dans la baie de Karkinit. Dans la baie de Kalamita, au sud-ouest, se trouvent les ports d'Eupatoria, de Sébastopol et de Balaklava. La baie d'Arabat se trouve au nord de la péninsule de Kertch. La baie de Caffa (ou de Théodosie), avec le port du même nom, se trouve dans le sud. Au XIXe siècle déjà, le littoral criméen était réputé pour les bienfaits de son climat méditerranéen. La côte sud-est est très montagneuse, avec une série de montagnes parallèles, les monts de Crimée, situés à une distance de huit à douze kilomètres de la mer.

Montagnes et plaines

Les montagnes abruptes du sud-ouest

Les monts de Crimée sont assez élevés (point culminant à 1 545 m au mont Roman-Koch). Ils descendent dans la mer Noire, en dessinant des plateaux intérieurs (500-600 m). Une grande partie de ces montagnes ont des sommets assez abrupts avec une forte dénivellation par rapport à la mer toute proche (650 à 750 mètres), commençant à la pointe sud de la péninsule, appelée cap Sarytch. Dans la mythologie grecque, cette pointe abritait le temple d'Artémis, où la prêtresse Iphigénie aurait officié.

Une importante partie du territoire de la Crimée est composée de prairies sèches ou semi-arides, et de steppes (dans le sud) qui longent par le nord-ouest les pieds des monts de Crimée. Les terres qui se trouvent au pied du Yayla-Dagh sont d'un caractère tout autre. Là, les bandes étroites de la côte et les pentes abruptes des montagnes sont couvertes de verdure. Cette « Riviera russe » s'étend tout le long des côtes sud-est, du cap Saritch, dans l'extrême sud, à Théodosie, et l'on y trouve de nombreuses plages, comme à Aloupka, Yalta, Gourzouf et Soudak.

Activités humaines

La Crimée est une région d'agriculture depuis six millénaires environ. Même si celle-ci est en régression, elle possède encore beaucoup de vignobles et de nombreux vergers implantés dès l'Antiquité grecque dans ses plus riches plaines. Une production d'huiles essentielles biologiques y est aussi en plein essor. Le long des côtes de la mer Noire et de la mer d'Azov, les Criméens pratiquent toujours une pêche de tradition. La Crimée possède aussi un grand potentiel minéral : 250 gisements de 27 minéraux différents. En intérieur de la péninsule, des mines subsistent et y sont encore exploitées. Les très anciennes carrières de Kertch font plus de 130 kilomètres de longueur.

La Crimée possède des sites archéologiques scythes, grecs antiques, romains, byzantins, génois, arméniens, tatars, turcs qui attirent de nombreux touristes. On peut y découvrir des villages tatars, des mosquées, des monastères et des palais médiévaux ou de l'époque impériale russe.

Grâce à ses plages, la Crimée est une région très touristique. La station balnéaire de Yalta était déjà réputée sous la Russie impériale comme lieu de villégiature prisé par l'aristocratie et la bourgeoisie. À l'époque soviétique, ce type de sites se multiplia pour accueillir les élites du parti et les « travailleurs émérites ». Ainsi, près d'Aloupka se trouve la plus prestigieuse des colonies de vacances pour pionniers de l'ex-URSS, l'Artek.

La capitale de la Crimée, Simféropol, est alimentée en eau par le plus grand barrage en terre d'Europe, et aussi en électricité solaire par la très grande Centrale photovoltaïque de Perovo (en banlieue sud-ouest) qui développe une puissance de plus de 100 mégawatts. Enfin Simferopol est notamment desservie par la ligne trolleybus de montagne la plus longue du continent européen (86 km) qui passe par Yalta et la côte sud de la péninsule.

Population

Selon le recensement ukrainien de 2001, la population de Crimée comptait 2 033 700 habitants[3].

Elle décroît de 0,3 pour cent par an, passant de 2 2 millions en 1993 à 2 1 millions en 2001. Le nombre annuel de naissances s'écroule de 32 000 en 1990, à 15 000 en 2000.

Structure démographique

Chiffres officiels de 2013 pour la structure par âge

0-14 ans : 14,9 % en augmentation (150 199 hommes et 141 649 femmes)
15-64 ans : 70,4 % en diminution (653 041 hommes et 724 235 femmes)
65 ans et plus : 14,7 % en augmentation (94 047 hommes et 193 251 femmes)

Chiffres officiels de 2013 pour l'âge médian

total : 39,9 ans en augmentation
homme : 36,2 ans en augmentation
femme : 43,5 ans en augmentation

Composition ethnique

En 2001, la composition ethnique de la Crimée se répartissait en :

russes : 58,32 % ; ukrainiens : 24,32 % ; tatars de Crimée : 12,1 % ; biélorusses : 1,44 % ; tatars : 0,54 % ; arméniens : 0,43 % ; juifs : 0,22 %, grecs : 0,15 % et autres[4].

Recensements

Recensements (* ) ou estimations de la population de la République autonome de Crimée[5],[6]
1959* 1989* 2001* 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
1 246 197 2 065 829 2 033 736 1 971 072 1 967 260 1 965 305 1 963 514 1 963 008 - -
Année Fécondité Naissances Natalité Année Fécondité Naissances Natalité Année Fécondité Naissances Natalité
1990 1,84 27 599 13,0 ‰ 2000 1,05 15 162 7,3 ‰ 2010 1,55 23 238 11,8 ‰
1991 1,71 26 291 12,1 ‰ 2001 1,04 15 136 7,4 ‰ 2011 1,56 23 394 11,9 ‰
1992 1,54 24 160 10,9 ‰ 2002 1,06 16 112 8,0 ‰ 2012 1,68 24 702 12,6 ‰
1993 1,39 22 094 9,9 ‰ 2003 1,15 17 419 8,7 ‰ 2013 - 24 054 12,2 ‰
1994 1,54 20 681 9,3 ‰ 2004 1,20 17 941 9,0 ‰ 2014 - - -
1995 1,25 18 984 8,6 ‰ 2005 1,21 17 983 9,0 ‰ 2015 - - -
1996 1,17 17 538 8,0 ‰ 2006 1,27 20 041 10,1 ‰ 2016 - - -
1997 1,13 16 683 7,7 ‰ 2007 1,38 21 667 11,0 ‰ 2017 - - -
1998 1,07 15 603 7,3 ‰ 2008 1,49 23 353 11,9 ‰ 2018 - - -
1999 1,03 15 023 7,2 ‰ 2009 1,55 23 524 12,0 ‰ 2019 - - -

Villes

La Crimée compte dix-sept « communes » qui ont le statut de ville : seize dans la république autonome, ainsi que Sébastopol, municipalité à statut particulier, ne faisant pas partie de la république autonome.

Les subdivisions de Crimée.
Répartition des villes en Crimée.
Pourcentage des Ukrainiens sur le sol de Crimée, selon le recensement de l'année 2001 (cliquer sur image).
Pourcentage des Russes sur le sol de Crimée, selon le recensement de l'année 2001 (cliquer sur image).
Population urbaine estimée (chaque 1er janvier) par l'Office des statistiques d'Ukraine[7],[8] : 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Alouchta 29 913 29 775 29 504 29 303 29 191 28 919 28 642
-
Aloupka 8 605 8 518 8 444 8 444 8 425 8 493 8 497
-
Armiansk 22 893 22 922 22 884 22 800 22 711 22 592 22 468
-
Bakhtchyssaraï 26 395 26 208 26 124 26 067 26 144 26 215 26 363
-
Bilohirsk 18 399 18 284 18 266 18 276 18 224 18 208 18 199
-
Chtcholkine 11 419 11 385 11 319 11 311 11 242 11 231 11 194
-
Djankoï 39 664 38 891 38 271 37 708 37 275 36 860 36 458
-
Eupatoria 106 456 106 719 107 105 107 177 106 846 106 698 106 840
-
Feodossia 71 725 71 535 71 214 70 730 70 392 70 043 69 786
-
Kertch 151 327 150 088 149 021 148 120 147 269 146 516 145 845
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Krasnoperekopsk 30 677 30 549 30 349 30 282 30 201 30 086 29 944
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Saky 26 389 25 840 25 260 24 765 24 580 24 323 24 038
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Sebastopol
-
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Simferopol 340 644 339 577 337 830 337 139 336 588 336 330 335 582
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Soudak 14 772 14 815 14 943 15 112 15 171 15 300 15 368
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Staryï Krym 9 642 9 609 9 522 9 501 9 492 9 446 9 485
-
Yalta 79 796 79 380 78 935 78 584 78 334 78 032 78 040
-

Cas particulier de Sébastopol

Municipalité de Sébastopol :
1. Raïon de Gagarine ;
2. Raïon de Lénine ;
3. Raïon de Nakhimov ;
4. Raïon de Balaklava dont : Inkerman (5).

La ville de Sébastopol est fondée en 1783, après l'annexion de la Crimée par la Russie. Elle devient alors une importante base navale et un port de commerce florissant. Durant la guerre de Crimée, Sébastopol est assiégée par les Français, les Britanniques et les Turcs. Elle tombe au bout de onze mois. En 1921, la ville est rattachée à la république socialiste soviétique autonome de Crimée. En 1948, la ville ne dépend plus de l'oblast de Crimée mais est directement rattachée à la RSFS de Russie.

À la chute de l'Union soviétique (1989), Sébastopol est rattachée aux subdivisions de l'Ukraine, mais avec un statut particulier différent de la république autonome de Crimée (voir subdivisions de l'Ukraine) qui en fait une enclave russe de facto mais sous couvert de la présidence ukrainienne de jure, où reste basée (depuis le XVIIIe siècle) la flotte russe de la mer Noire et où les citoyens n'élisaient pas le président du comité exécutif de la ville car son maire était, jusqu'en mars 2014, désigné directement par le président d’Ukraine. En 2010, après de longues négociations, l'Ukraine prolonge le bail de la Russie sur le port de Sébastopol, jusqu'en 2042.

À partir du 18 mars 2014, suite à l'annexion de la République de Crimée par la Russie, lui est attribué le statut de ville fédérale russe[9].

Histoire

La Crimée est anciennement un axe de passage et d'installation des populations humaines. Au cours de son histoire, cette région très maritime a vu passer sur son sol plus de 125 nationalités.

Débuts

Articles détaillés : Tauride, Royaume du Bosphore et Royaume du Pont.
La colonie grecque de Chersonèse, l'une des Sept merveilles d'Ukraine (près de Sébastopol).
Les colonies grecques du nord de la mer Noire.

Les premiers habitants de la future Crimée dont on connaisse le nom sont les Cimmériens. Il est possible que le nom de la péninsule vienne de ce peuple (Kimmerioi en grec, c'est-à-dire « habitants des marges », Kymè en grec). Au VIIe siècle av. J.-C., la plupart des Cimmériens migrent vers l'Anatolie et les Balkans, sous la poussée des premiers Indo-Européens : les Scythes (ou Saces). Quelques groupes de Cimmériens se réfugient néanmoins dans les montagnes, où ils subsistent sous le nom de « Tauriens » (« peuple du taureau », en grec).

Sur les côtes, les grecs (surtout Ioniens) fondent des colonies, dont Théodosie (au sud-est) et Chersonèse, une des « Merveilles d'Ukraine » (au sud-ouest, près de l'actuelle Sébastopol), créée par les marins d’Héraclée du Pont (VIe siècle av. J.-C.). La Tauriens d'origine cimmérienne/criméenne perdurent jusqu'à la fin du IVe siècle avec le roi Sauromatès VI du Bosphore. Peu à peu, la Crimée est intégrée au monde grec. Elle est désormais dénommée « Chersonèse Taurique » (c'est-à-dire « presqu'île des Tauriens ») et communément appelée « Tauride ».

La péninsule criméenne restera hellénistique durant dix-sept siècles. Elle passe successivement sous la suzeraineté du royaume gréco-scythique du Bosphore, puis à celle du royaume du Pont, ces deux royaumes étant centrés sur le détroit de Kertch (Est de la Crimée).

Antiquité et Moyen Âge

En orange, vers 100 av. J.-C., l'empire du Pont, royaume antique situé sur les côtes de la mer Noire. Il comprend le royaume du Bosphore gréco-scythique, et divers alliés. Sa langue officielle est le grec ancien.

Vers 110 av. J.-C., Mithridate VI roi du Pont s'empare de la Crimée, appelé par les Grecs de la région que menacent les Scythes. Mais en 66 av. J.-C., il est vaincu définitivement par Pompée, sur l'Euphrate. Et il doit se réfugier en Crimée, dans sa ville de Panticapée. Après sa mort, la région passe progressivement sous influence romaine tout en restant culturellement grecque.

La moitié Sud de la Crimée reste longtemps gréco-romaine. Le reste de la péninsule est occupé par les Goths et les Alains (250 ap. J.-C.). Theodoros, ancienne forteresse située au sud-ouest de la Crimée (à 21 km à l'est de Sébastopol), fut très probablement fondée par ces Goths et Alains. La population des Goths de Crimée subsiste plusieurs siècles, avec sa propre langue, le gotique de Crimée, mais Goths et Alains (ici dénommés Iasses, et proches des actuels Ossètes) sont progressivement hellénisés, et adoptent la langue grecque et la religion chrétienne orthodoxe. Au début du IXe siècle, l'Empire byzantin organise le Sud de la Crimée en un « thème » (province civile et militaire) : le thème de Cherson. En 1204, alors que Constantinople, capitale byzantine, tombe entre les mais des croisés occidentaux, les Vénitiens s'emparent des ports de Cembalo, Caulita, Lousta, Soldaïa et Caffa (Théodosie) tandis que le thème lui-même échoit à l'empire grec de Trébizonde.

Dans la moitié Nord de la péninsule, divers autres peuples se succèdent : les Huns (376, les Bulgares (Ve siècle), les Khazars (VIIIe siècle), les Russes kiéviens (Xe ‑ XIe siècles), les Pétchénègues (1016), les Kiptchaks (1050), les Coumans ou Polovtses (1171), les Tatars et aussi les Mongols (1237).

En 1235 l'empire grec de Trébizonde reprend les ports criméens aux Vénitiens, pour les concéder au XIIIe siècle aux Génois. En ce XIIIe siècle, il faut aussi mentionner une présence d'Arméniens tcherkessogaïs dans la péninsule[10]. En témoigne la présence de nombreuses églises et monastères arméniens comme le monastère de la Sainte-Croix de Sourkhat.

En 1362, l'Empire byzantin récupère le thème de Théodoros avec Doros pour capitale. Le basileus Jean V Paléologue le confie à l'un de ses parents, le thémarque Demetrios Paleologue Gavras. Les descendants de celui-ci en feront un État grec orthodoxe quasi-indépendant.

Cet état byzantin, appelé Principauté de Théodoros, disparaîtra vingt-deux ans après la chute de Constantinople (1453) et quatorze ans après celle de Trébizonde (1461), sous les coups des conquérants Turcs ottomans, alliés aux Tatars. Le thémarque Alexandre de Théodoros meurt au combat en décembre 1475 et l'ancien thème devient une province ottomane. Dans la nouvelle province turque, Arméniens et Grecs pontiques sont désormais une minorité de dhimmis. Il n'y aura plus d'autres chrétiens en Crimée jusqu'à l'arrivée des Russes en 1774. Le nord de la péninsule fait désormais partie du khanat de Crimée.

Khanat de Crimée

Articles détaillés : Horde d'or et Khanat de Crimée.
La Crimée représentée sur une carte de l'amiral turc Piri Reis, vers 1520.
Le khanat de Crimée vers 1600.

Le khanat des Tatars Nogaïs était initialement chamaniste et indépendant. Depuis des siècles, la Horde Nogaï vivait en partie d'expéditions de pillage en Pologne, en Moldavie et en Russie. Mais les princes chrétiens, les voïvodes et les tsars de ces pays devenaient de plus en plus puissants. Et en 1475, le khanat se plaça sous la protection de l'Empire ottoman, payant pour cela un tribut, devenant progressivement un État allié, vassal et musulman qui perdura jusqu'en 1783.

En 1498, les empire turco-mongols (Tatars de Crimée et Ottomans) affrontèrent militairement les Polonais et les Moldaves. En 1511, le khanat aida le futur sultan ottoman Sélim à obtenir le poste de gouverneur de la province d'Özi, à l'ouest de la mer Noire.

En 1569, le khanat attaqua Astrakhan, qui était passé sous le contrôle de la Russie. Deux ans plus tard, en 1571, les Tatars, sous les ordres du khan Devlet I Giray, lancèrent un raid contre Moscou, faisant environ 100 000 prisonniers.

En 1578, le khanat aida l'Empire ottoman dans une guerre contre les Perses. Durant le XVIIIe siècle, craignant une invasion russe soutenue par les Grecs pontiques de Crimée, le khanat expulsa quelques milliers de Russes vers la Dobrogée.

Empire russe

Article détaillé : Gouvernement de Tauride.
Sébastopol, fondée en 1783, est devenue le principal port de la Crimée (Photo vers 1905).

La Crimée a été conquise par la Russie au XVIIIe siècle sur les Tatars, vassaux de l'empire ottoman. À l'issue de la guerre russo-turque de 1768-1774 la Tauride et la Crimée devinrent russes. Le traité d'Iaşi mit fin à l'existence du khanat de Crimée. Il inaugura une politique de peuplement par des chrétiens (grands-russiens et petits-russiens — c'est-à-dire des Russes et des Ukrainiens —, mais aussi Allemands, Moldaves, Arméniens et Grecs nord-pontiques rappelés sur leurs terres d'origine), au sein d'une nouvelle entité territoriale qui vit aussi s'élever des villes à l'architecture et aux noms grecs antiques (Odessa, Tyraspol, Ovidiopol, Chersonèse, Simféropol, Sébastopol, Théodosie, Mélitopol…), entité appelée Nouvelle Russie. Le pays, jusque là consacré à l'élevage extensif des Tatars, devint terre de cultures. Et dès lors, les Tatars de Crimée, bientôt minoritaires, furent persécutés, chassés vers l'Empire ottoman, déportés vers la Russie centrale ou la Sibérie, ou aussi massacrés lors des révoltes.

La Russie impériale chargea les Cosaques de « pacifier » et d'assimiler définitivement les Tatars. La Crimée fut alors intégrée dans le gouvernement de Tauride. Des nouvelles villes slaves furent édifiées, ainsi que des voies ferrées construites et des marais assainis. La péninsule de Crimée devint la villégiature des rois à partir de 1850, lorsque les familles princières de Saint-Pétersbourg firent construire leurs résidences d'été près des villages côtiers qui jouxtent Yalta Foros, Aloupica, Livadia, Massandra… Ces pittoresques stations balnéaires ont conservé palais et datchas de l'époque. La Crimée devint une importante tête de pont pour la marine marchande russe, vers les mers chaudes.

En 1853, l'empire Ottoman en plein déclin décida, avec le soutien de la Grande-Bretagne et de la France, de mettre un coup d'arrêt à l'expansion économique russe. Les alliés de circonstances attaquèrent la péninsule. Le conflit de 1854–1856 fut extrêmement meurtrier : 750 000 hommes périssent en trois ans. La Crimée resta sous le contrôle de la Russie, malgré un siège de Sébastopol qui se solda par une défaite russe. Cette guerre ruina durablement l'économie et les structures sociales de la Crimée.

Article détaillé : Guerre de Crimée.
Feux d'artifices célébrant la visite de Catherine II de Russie en 1780.

Ce fut surtout après 1860 que la Crimée se releva et devint une véritable riviera russe. Les empereurs de Russie aimaient à séjourner dans leur palais de Livadia. Tandis que Yalta allait devenir une ville comparable à Nice ou à Cannes, et Sébastopol se transformer en un port militaire important. Ce fut le début du maillage des stations balnéaires en Crimée, et tout autour de la mer Noire.

Beaucoup de Tatars de Crimée, déjà réduits en nombre par l'émigration forcée vers l'Empire ottoman au XVIIIe et au début du XIXe siècle, durent quitter la région en raison des guerres russo-ottomanes, de persécutions et de confiscations de terres. Beaucoup émigrèrent vers diverses provinces de l'Empire ottoman, notamment la Dobrogée et l'Anatolie. Ils ne constituèrent bientôt plus qu'une minorité en Crimée. Finalement, le gouvernement russe décida de cesser le processus d'expulsion au XIXe siècle, car les élevages ovins en souffraient et les Tatars restant, peu nombreux, ne présentaient plus une menace à ses yeux. À la fin de la Première Guerre mondiale, Lénine et les bolchéviks doivent abandonner à l'Allemagne, par le traité de Brest-Litovsk, les pays baltes, la Biélorussie, l'Ukraine et la Crimée, que, de toute manière, il avait du mal à contrôler. Après le retrait des Allemands à l'issue de la guerre, les bolcheviks russes furent confrontés aux indépendantistes de la République populaire ukrainienne, reconnue par la France et la Grande-Bretagne en janvier 1918, et qui déclare son indépendance le , tandis que les forces anglaises et françaises s'installèrent à partir de novembre 1918 dans les principaux ports. En outre, les anarchistes et les Russes monarchistes (dits « Blancs ») contrôlent, eux aussi, des parties du pays : la Crimée, par exemple, fut un bastion de l'Armée blanche anti-bolchévique, commandée par le général Wrangel. La guerre civile russe éclata en 1919, mais les Mutineries de la mer Noire affaiblirent les adversaires des bolcheviks, et les Blancs furent finalement défaits par l'Armée rouge en 1920. Beaucoup de Russes et d'Ukrainiens non-communistes prirent alors la fuite avec la flotte de l'Armée Blanche via Constantinople vers l'Europe occidentale.

Article détaillé : Flotte de l'Armée blanche.

Union soviétique

Carte montrant les dernières divisions administratives des Républiques de l’URSS (1989) avant son effondrement (1991).
Les grandes alliances militaires

En 1918, après la révolution, la Russie devient la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR). Quatre années plus tard (1922), est créée l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Cet État fédéral organise alors la répartition territoriale des pays et régions qui adhèrent à l'union. La République socialiste soviétique d'Ukraine (RSSU) et la République socialiste soviétique autonome de Crimée (RSSA de Crimée) en font bientôt partie et participent aux plans de collectivisation. Territoires très agricoles, l'Ukraine et la Crimée souffrent de disette continue, voire de famine au début des années 1920. Entre 1931 et 1933, pour briser la paysannerie et le nationalisme ukrainien, Staline organise sciemment la famine, appelée « Holodomor » ou « extermination par la faim » par les Ukrainiens[12]. Ensuite les purges des années 1930 envoient de nombreux intellectuels, cadres et officiers au goulag ou au peloton d'exécution.

Pendant la Seconde Guerre mondiale la Crimée fut le théâtre de sanglantes batailles où la Wehrmacht subit de nombreuses pertes pendant sa progression vers l'est. Et notamment durant l'été 1941, dans l'isthme de Perekop qui relie la péninsule à l'Ukraine. Cette barrière naturelle conquise, les Allemands occupèrent aussitôt la plus grande partie de la Crimée, mais la ville de Sébastopol résista héroïquement au siège allemand d' jusqu'au , et recevra après la guerre, le titre de Ville héros.

Les troupes soviétiques libérèrent définitivement la ville de Sébastopol en . La fin de la Seconde Guerre mondiale ne fut pas une libération pour tous les soviétiques : en trois jours (18 au ), les Tatars de Crimée furent tous déportés, sans exception, sous l'accusation d'avoir aidé les Allemands : 46 % des 193 865 déportés moururent de faim ou de maladies[13]. Le , la République socialiste soviétique autonome de Crimée fut abolie et rétrogradée en oblast de Crimée. Cet oblast resta néanmoins au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. En 1948, Sébastopol fut détaché de l'oblast pour dépendre directement de la RSFSR[14].

Le , Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique et dont l'Ukraine était la patrie d'adoption, « offrit » l'oblast de Crimée à la République socialiste soviétique d'Ukraine (RSSU) à l'occasion du 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l'Ukraine. Treize années plus tard (en 1967), les Tatars de Crimée furent réhabilités, mais sans pour autant être autorisés à revenir dans la péninsule. Ils n’accédèrent à ce droit qu'après la chute de l'Union soviétique.

Ère post-soviétique

Évolution des territoires ukrainiens et criméens de 1918 à 1991
Situation de la Crimée entre Ukraine et mer Noire, dans le jeu stratégique entre Russie et OTAN, entre la CEI et l'UE.

À la suite de la dislocation de l'URSS de 1989, et après référendum, la Crimée se déclare le 20 janvier 1991 « République autonome » (dans l'intention affichée de devenir une « République unionale » (RSS) à part entière), mais sept mois plus tard, le , l'Ukraine proclame son indépendance (confirmée par référendum du 1er décembre 1991). Une semaine plus tard à Minsk, l’URSS cesse d’exister, à la suite de sa dissolution décidée par les dirigeants russe, ukrainien et biélorusse. La Crimée est à ce moment une République autonome de l'Ukraine.

Le 21 décembre 1991, à Alma-Ata, est fondée la Communauté des États indépendants (C.E.I). La nouvelle CEI regroupe onze des quinze anciennes « Républiques unionales » soviétiques : l'Azerbaïdjan, de l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Moldavie, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et l'Ukraine (les trois pays baltes visent l'Union européenne, et quant à la Géorgie, elle rejoindra la CEI le 3 décembre 1993).

En début 1992, l'Ukraine réaffirme sa pleine souveraineté sur la Crimée. Pour les populations d'origine russe ou russophones, ou même russophiles, la Crimée, simple cadeau de Khrouchtchev à l'Ukraine soviétique, ne saurait devenir un simple oblast de l'Ukraine. Pour la Russie non plus, en raison de la présence dans la péninsule du principal arsenal de l'ex-flotte soviétique de la mer Noire). La Crimée travailla alors à un projet de constitution.

Autre point de discorde, le retour et la réinstallation des Tatars de Crimée, déportés par Staline. Leurs logements, villages et terres avaient été occupés par des colons principalement Russes (venus de villes et villages détruits pendant la Seconde Guerre mondiale). Les Tatars n’obtiennent pas le total rétablissement de leurs droits (les litiges sont traités au cas par cas et les plaignants souvent déboutés faute de preuves de leur spoliation)[15]. Leur langue n’est pas reconnue officiellement (on estime à plus de 600 000 le nombre de locuteurs du tatar de Crimée, dont près de 450 000 se trouvent encore en Russie, et près de 100 000 en Dobrogée roumaine). Le peuple tatar est aujourd’hui toujours réparti en diaspora, en Asie centrale ou en Turquie (les descendants des Tatars de Crimée présents en Turquie sont estimés à quatre millions : ils ne parlent plus leur langue d’origine, mais le turc)[16].

Années 1990 : autonomie relative

Carte des pays où le russe est soit langue officielle, soit fréquemment parlé.

Le , la Crimée proclame sa première Constitution[17].

Les tensions étant momentanément apaisées sur l'ensemble de l'Ukraine, la Crimée reste au sein de ce pays en tant que région autonome pourvue de sa propre constitution selon laquelle les langues officielles de la Crimée sont le russe et l'ukrainien. La ville criméenne de Sébastopol accède à un statut spécial en Ukraine. Son arsenal portuaire de Sébastopol restera à la Russie, qui continuera à y entretenir sa flotte militaire stratégique du Sud[18].

Le , Leonid Koutchma (1994-2005 ; ex-communiste) est élu 1er président d'Ukraine, pour cinq ans. Il reste en place pendant deux mandats. Le , le parlement ukrainien abolit la constitution criméenne de 1992. De juin à septembre 1995, c'est le président Koutchma qui gouverne directement la Crimée par décrets. Il en résulte un nouveau bras de fer entre pro-russes et pro-ukrainiens, en Crimée mais aussi dans le reste de l'Ukraine. L'enjeu est en fait le statut de la ville de Sébastopol et l'éventuel retrait de la flotte russe de la mer Noire. Comme chaque fois que des tensions apparaissent entre un pays ex-soviétique et la Russie, de nombreuses inquiétudes apparaissent au niveau international quant à la stabilité du « glacis russe »[19] Le parlement de Crimée vote alors une nouvelle série de lois constitutionnelles (octobre 1995), qui seront longtemps contestées par les autorités ukrainiennes, car réaffirmant et précisant l'autonomie de la Crimée. La situation restera tendue, mais sans incidents, pendant plusieurs années, jusqu'aux défaites électorales des partis ukrainiens pro-européens nés à l'issue de la chute du bloc soviétique. La Russie retrouve alors son niveau d'influence antérieur dans les affaires intérieures de l'Ukraine, et surtout de la Crimée. La Russie facilite la distribution de passeports russes à la population russophone de Crimée, comme elle l'avait déjà fait en Transnistrie moldave et, dans les années 1990-2000 puis avant et après 2008, en Géorgie où la « passeportisation » des Abkhazes et des Ossètes du Sud, prélude à la reconnaissance diplomatique par la Russie de ces Républiques séparatistes, avait provoqué d'importants exodes, de ceux qui refusaient ces passeports, de ces régions en direction notamment de Tbilissi, Gori et Zougdidi.

En 1997, le rattachement de la Crimée à l'Ukraine (comme République autonome) est officiellement reconnue par la Russie. La nouvelle Constitution criméenne sera officiellement ratifiée par les deux parlements, russe et ukrainien, les 21 octobre et 23 décembre 1998. La Crimée devient une entité administrativement et territorialement autonome au sein de l’État unitaire d'Ukraine. La Crimée n'est pas un État souverain mais son intégrité territoriale, son autonomie y compris budgétaire et le statut de sa population russophone et ses droits patrimoniaux face à toute revendication, lui sont garantis. Et enfin, elle possède son propre organe représentatif, la Verkhovna Rada (Parlement), un Conseil des ministres (organe exécutif), et un chef d'État[20].

Années 2000 : nouvelle constitution

La pratique linguistique en Ukraine divise en deux parts ce pays : au nord-ouest, la langue ukrainienne domine ; au sud-est c'est la langue russe. Cette division linguistique est à rapprocher des sensibilités pro-occidentales ou pro-russes, en Ukraine et Crimée.

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La seconde constitution de la Crimée entre en vigueur à partir du [21].

Au début du troisième millénaire, la croissance de l'Ukraine (et de Crimée) reste à deux chiffres, mais la réaction économique russe à la révolution orange de 2004-2005 (cessation des fournitures énergétiques à bas prix) provoque son ralentissement à 2,1 %. Mais c'est surtout la crise économique de 2008-2009 qui lui porte un coup d'arrêt : elle chute tout à coup de 15 %. Kiev est alors obligé de s'endetter auprès du FMI (plan de sauvetage économique sous forme de prêt) pour plus de seize milliards d'euros[22]. Avec les nouveaux prix élevés des fournitures énergétiques russes, l'Ukraine a des difficultés à régler ses factures, d'où les conflits gaziers russo-ukrainiens de 2005 à 2009[23]. Ces événements alimentent en arguments les mouvements pro-occidentaux de l'opposition ukrainienne et font monter les mécontentements dans les régions de l'ouest qui, sur le plan économique, sont les moins riches de l'Ukraine[24].

Enfin, le débarquement de matériel militaire américain via l'OTAN, le , dans le port criméen de Théodosie (Feodossia, en Crimée), en prévision de l'exercice Sea Breeze 2006, ravive fortement les tensions avec la Russie, ainsi que les passions en Crimée. En effet, ni la Crimée, ni l'Ukraine ou la Russie ne sont membres de l'Alliance militaire atlantique occidentale. Et l'autorisation de débarquement avait été donnée par le troisième président d'Ukraine, le pro-occidental Viktor Iouchtchenko (2005-2010, parti Notre Ukraine), alors que constitutionnellement, la décision relevait du seul Parlement ukrainien[25].

Les élections législatives de 2007 donnent la victoire au Parti des régions de Viktor Ianoukovytch. Mais les « forces pro-occidentales » de Notre Ukraine et du Bloc Ioulia Tymochenko s'allient pour former un gouvernement de coalition : c'est la « cohabitation », une situation politique à laquelle des pays comme l'Allemagne, la France ou l'Italie sont habitués, mais qui dans les pays de l'Est se révèle très conflictuel. L'année suivante, sur proposition du président géorgien Mikheil Saakachvili, le parlement géorgien vote la sortie de la Géorgie de la Communauté des États indépendants (CEI). Une semaine plus tard, le , le député Iouri Kostenko du nouveau groupe pro-présidentiel Notre Ukraine-Autodéfense populaire (NUAP) et leader du Parti populaire ukrainien, déposent à la Rada suprême (parlement ukrainien), un projet de loi dénonçant l'accord de participation de l'Ukraine à la CEI. Le secrétariat du président ukrainien, soutenu par les occidentaux, affirme que Kiev n'a jamais signé les Statuts de la CEI. Mais finalement, l'Ukraine restera dans la CEI en tant que membre fondateur et État participant.

Années 2010 : autonomie renforcée et sécession

Dernières élections parlementaires de Crimée, en 2010.

Le , l'Ukraine renonce à une adhésion à l'OTAN[26]. Cette année-là, de nouvelles élections générales se déroulent dans l'ensemble de l'Ukraine. Le , la Crimée, région autonome d'Ukraine, vote pour élire ses parlementaires (à la majorité proportionnelle mixte). Le « Parti des régions » (créé le ), qui est russophone et dirigé par Volodymyr Rybak, remporte sans surprise les élections parlementaires criméennes, avec une majorité écrasante (80 des 100 sièges). La carte ethnique de la péninsule montre, en effet, environ 60 % de Russes, contre 25 % d'Ukrainiens et moins de 15 % de Tatars (les autres minorités anciennes comme les Allemands criméens, les Moldaves, les Pontiques ou les Tcherkessogaïs, ont quasiment disparu par déportation ou émigration). Aujourd'hui près de 98 % des habitants de Crimée parlent le russe.

Deux ans plus tard, à Kiev, lors de l'élection parlementaire ukrainienne de 2012, le Parti des régions remporte 185 sièges au Parlement ukrainien. Il forme alors un groupe parlementaire russophone majoritaire de 210 députés (sur un total de 444 sièges).

Courant 2013, l'Union européenne propose un accord d'association avec une Ukraine dont les caisses étatiques sont à nouveau vides[27]. Mais le parlement Ukrainien refuse l'accord d'association avec l'U.E[28].

En réaction, la population de l'ouest ukrainien et une partie des Kiévois se soulèvent en novembre 2013 : ce sont les manifestations dites « Euromaïdan » qui rappellent l'ancienne révolution orange (2004-2005). La radicalisation de la manifestation avec les violences qui s'ensuivent débouchent le sur la prise du palais présidentiel et de l'assemblée parlementaire de Kiev, ainsi qu'à la fuite du président de l'Ukraine, Viktor Ianoukovytch (2010-2014, Parti des régions)[29].

Ce changement de pouvoir à Kiev, « révolution » pour l'opposition pro-européenne, mais « coup d'État » pour les pro-russes et pour la Russie, attise en république de Crimée, région très majoritairement russophone les tendances séparatistes face à l'Ukraine. Fin , la Crimée annonce qu'elle ne reconnaît pas le nouveau président ukrainien () par intérim, Olexandre Tourtchinov et les nouvelles autorités provisoires d'Ukraine. Le , le Parlement de la Crimée vote la tenue d'un référendum sur la question d'une autonomie renforcée vis-à-vis de Kiev ; un référendum est prévu pour le . Kiev dénonce la légalité de ce référendum, qui est alors avancé au (puis une semaine plus tard, au ). Face à des menaces de sanctions, Vladimir A. Konstantinov, le président de la Crimée (Conseil suprême de Crimée), et Sergey Aksyonov (ou Serguiï Axionov selon la double translittération ukrainienne puis française), son nouveau premier ministre de Crimée et chef du parti « Unité russe », font alors appel officiel à la Russie[30],[31].

Composition linguistique de la population de Crimée par districts et villes (2001) :
1. En rouge : Langue russe (moy. : 59 %)
2. En jaune : Langue ukrainienne (moy. : 24 %)
3. En vert : Langue tatare (moy. : 12 %)
4. En violet : Autre langues (moy. : 5 %).
Dans la capitale Simferopol, un groupe d'auto-défense de la République autonome de Crimée, avec des boucliers peints aux couleurs du drapeau de la Flag of Crimea.svg Crimée ; Ukraine, 2 mars 2014
Elizabeth Arrott / Voice of America (VOA)

Le la tension monte d'un cran : des groupes armés d'autodéfense formés de russophones criméens, ainsi que des troupes et blindés russes basés dans le port de Sébastopol, se répartissent sur des points stratégiques de la péninsule[32], afin d'après des commentateurs de la presse étrangère, « de protéger la flotte de Sébastopol[33] », et aussi d'assurer la sécurité des habitants russophones de Crimée, selon le ministre des affaires étrangères de la fédération de Russie Sergueï Lavrov[34]. Aussi présentes, les troupes ukrainiennes moins nombreuses restent cantonnées dans leurs bases militaires criméennes[35].

Le , certaines troupes ukrainiennes n'ont pas rendu les armes. Mais des responsables américains annoncent qu'ils considèrent que les troupes pro-russes ont achevé le contrôle opérationnel de la Crimée. Les atlantistes se réunissent et évoquent des rétorsions et sanctions non militaires. Dans le même temps, Vladimir Poutine, actuel Président de la Fédération de Russie, accepte de dialoguer avec « un groupe de contact »; notamment avec la chancelière d'Allemagne Angela Merkel[36].

Le , le Parlement criméen proclame l'indépendance de la péninsule vis-à-vis de l'Ukraine. Le 18 mars 2014, le président russe Vladimir Poutine signe avec les dirigeants de Crimée un accord historique sur le rattachement de cette péninsule à la Russie. Cette signature intervient deux jours après le référendum en Crimée qui a plébiscité un rattachement à Moscou[37]. Ce rattachement n'est reconnu que par le Kirghizistan[38], l'Arménie[39] et la Biélorussie[40].

Article détaillé : République de Crimée.

Forces militaires présentes dans la péninsule

Le traité d'amitié du 31 mai 1997 signés par l'Ukraine et la Russie[41], avaient réparti les forces sur la péninsule de Crimée. En 2014, celles-ci étaient les suivantes :

Pour la Russie
  • plus de 15 000 soldats, essentiellement des marins de la flotte de la mer Noire, basée dans le port de Sébastopol[42],
  • vingt-cinq navires de combat et un armement terrestre d'importance (dont des chars).
Pour l'Ukraine
  • moins de 10 000 soldats sur l'ensemble de la Crimée[43] :
    • Armée de terre : 3 500 militaires équipés d'artillerie et d'armes légères (mais sans char),
    • Armée de l'air : sur l'unique véritable base militaire aérienne (Belbek, à proximité de Sébastopol) sont cantonnés un escadron de chasseurs Su-27 et une trentaine de chasseurs MiG-29,
    • Marine : elle est dotée d'une dizaine de navires basés à Sébastopol (dont plusieurs frégates, des dragueurs de mines, et un unique sous-marin de fabrication russe). Mais le , le commandant en chef de la marine ukrainienne, l'amiral Denis Berezovski, a annoncé qu'il prêtait allégeance aux autorités pro-russes[44].;
    • Des services des douanes ukrainiennes et des gardes-côtes sont répartis sur la base militaire de Perevalnoye (en) (à vingt kilomètres de Sébastopol) et sur quelques petites bases littorales de Crimée. Les garde-côtes possèdent quatre avions de patrouille maritime Beriev Be-12, seize hélicoptères Ka-29, six Antonov AN-26, huit Mi-8 de transport, cinq Mi-14, et vingt-et-un Ka-27 de lutte anti sous-marine.
    • les forces anti-émeutes Berkout en Crimée : Arsen Avakov les aurait dissoutes par décret ministériel du [45].

Économie

L’économie de la Crimée s’est formée au cours du XXe siècle, grâce à l’utilisation des ressources naturelles. Elle a subi, à l’instar de l’Ukraine pendant les années 1990, une grave récession, qui a conduit les pouvoirs publics à tenter de diversifier ses activités. Cette crise, brutale, bouleverse en effet l’ordre traditionnel de l’économie, qui repose sur l’exploitation des ressources de l’agriculture (céréales, vigne, etc.) et sur l’industrie lourde (chimie, métallurgie). De plus, la péninsule est largement dépendante du reste de l'Ukraine pour son approvisionnement en énergie (82 % de son électricité) et en eau (85 % de ses besoins) qui transite par l'Isthme de Perekop[46].

Le taux de chômage en Crimée est passé de 20 % en 1993, à 28 % aujourd’hui. La Crimée est une des régions les plus pauvres d’Ukraine, comme en témoigne le niveau de son revenu moyen (225 hrivna mensuel par habitant soit 2,5 % de moins que celui de l’Ukraine). Autre constat inquiétant, 83 % des ménages sont endettés, ce qui ne permet guère un investissement local.

Après la dislocation de l'URSS, les pays de l'est ont dû faire des choix de nouvelles alliances économiques, militaires et linguistiques. Le tableau suivant montre les places actuelles de l'Ukraine, de la Crimée, et de leurs pays limitrophes, dans les organisations liées à la Communauté des États Indépendants de l’Europe de l'Est (CEI, EURASEC, OTSC); dans les organisations proches des pays de l'ouest (OTAN, CECA et GUAM), et aussi dans l'Organisation internationale de la Francophonie :

Pays CEI (1991)
Communauté des États indépendants
- Adhésion -
Ratification  CEI  et
Charte
Statut actuel
dans la CEI
EURASEC (2000)
Communauté économique eurasiatique
OTSC (1992)
Traité de sécurité collective
  
   OTAN (1949)
Organisation du traité de l'Atlantique Nord
  
Communauté CECA (1994)
Communauté éco. centre-asiatique
Alliance GUAM (1996)
Organisation Démocratie et développement
OIF
Flag of La Francophonie.svg
(1970)
  
Ukraine Ukraine
dont au Sud, la
République de Crimée
8 décembre 1991 10 décembre 1991
Charte : Non ratifiée ?
Membre fondateur (1991-1993),
puis État participant (depuis 1993)
État observateur (depuis 2000) Non encore ratifié    Renonce à adhérer le
Simple partenariat pour la paix
État observateur
(depuis 2002)
Membre fondateur
(depuis 1997)
OUI
Drapeau de la Géorgie Géorgie
(Sud Ukraine et Russie)
3 décembre 1993 3 décembre 1993
Charte : 19 avril 1994
puis annulation en 2008
Membre à part entière (1993-2008),
puis ancien membre (depuis 2008)
- 9 décembre 1993, puis annulation en 1999    CANDIDAT
et
Partenaire pour la paix
État observateur
(depuis 2002)
Membre fondateur
(depuis 1997)
OUI
Drapeau de la Turquie Turquie
(Sud Ukraine et mer Noire)
- NON - - NON - - - -    MEMBRE État observateur
(depuis 2002)
- non
Drapeau de la Moldavie Moldavie
(Sud-Ouest Ukraine)
21 décembre 1991 8 avril 1994
Charte : 27 juin 1994
Membre État observateur (depuis 2002) Non encore ratifié    Simple partenariat pour la paix - Membre fondateur
(depuis 1997)
OUI
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie
(Nord Ukraine)
8 décembre 1991 10 décembre 1991
Charte : 18 janvier 1994
Membre fondateur Membre (depuis 2000) MEMBRE
31 décembre 1993
   Simple partenariat pour la paix - - non
Drapeau de la Pologne Pologne
(Nord-ouest Ukraine)
- NON - - NON - - - -    MEMBRE - - OUI
Roumanie Roumanie
(Ouest Ukraine)
- NON - - NON - - - -    MEMBRE - - OUI
Drapeau de la Russie Russie
(Est Ukraine)
8 décembre 1991 12 décembre 1991
Charte : 20 juillet 1993
Membre fondateur Membre fondateur (depuis 2000) MEMBRE
15 mai 1992
   Simple partenariat pour la paix Membre
(depuis 2004)
Projet d'union douanière
- non

Secteur primaire

Le secteur agricole est en déprise. Le nombre d’exploitations est passé de 652 en 1995 à 532 en 2000. L’agriculture criméenne connaît les mêmes déboires que l’agriculture ukrainienne. Faible productivité, grosse consommation d’engrais, mauvaise organisation, insuffisance des débouchés, ne permettent pas d’envisager un avenir florissant, du moins à court terme. L’agriculture marque donc de moins en moins le paysage. Les surfaces d’ensemencement sont passées de 1 198 000 hectares en 1990 à 933 000 hectares en 2000. Pour autant, le secteur participe pour plus de 35 % à la production viticole de l’Ukraine, 10 % de la production de fruit et 5 % de celle du blé. Cette récession cause de nombreux problèmes sociaux.

Secteur secondaire

Sur la rive sud de la mer d'Azov, Cap Kazantip est un promontoire sur la péninsule de Kertch (à l'est de la péninsule de Crimée). Résultat de la chute du bloc soviétique, la construction en cours d'une centrale nucléaire y a été abandonnée en 1989.

Les ressources minérales jouent un rôle primordial dans l’économie de la Crimée. On dénombre pas moins de 250 gisements de 27 minéraux différents, constituant la base de l’industrie minière et de l'industrie chimique ukrainienne. Ces gisements de matière première sont exploités majoritairement pour la construction (60 %) et la production d’hydrocarbure (15 %)

Le secteur industriel a connu une chute vertigineuse depuis 1985. Tous les secteurs ont vu leurs productions respectives diminuer de 10 à 70 % depuis cette date. L’industrie de la Crimée ne représente plus aujourd’hui que 2 % des revenus de l’industrie ukrainienne. Ce secteur emploie actuellement 60 000 personnes contre 100 000 en 1995 et compte 58 % d’entreprises déficitaires. La production connaît toutefois une hausse de la production dans la période la plus récente ; +10 % entre 1999 et 2000. La ville de Kertch reste l’un des principaux centres industriels, puisqu’elle représente près de 10 % de la valeur de la production industrielle de la Crimée.

Secteur tertiaire

La Crimée a profité un certain temps de l’amélioration globale de l’économie ukrainienne, et a vu son volume total de production croître de 20 % entre 2000 et 2004. Les privatisations se poursuivent, et à ce titre, le gouvernement table sur des recettes de l’ordre de 400 millions de hrivna en 2005 (le nombre d’entreprises privées est en 2003 de 55 %). Le gouvernement régional semble miser aujourd’hui[Quand ?] sur une réorientation de la structure productive, en promulguant de nombreuses mesures incitatives, propres à redonner du dynamisme à cette économie chancelante. L’objectif principal des pouvoirs publics est en effet de tertiariser l’économie criméenne, à l’exemple de ce que tente de réaliser le gouvernement de Kiev. Les nouvelles lois d’orientation de la République autonome de Crimée donnent de ce fait priorité au développement de la branche touristique.

Secteur touristique

Historique

Le tourisme en Crimée peut être considéré comme une activité traditionnelle. En effet, dès la fin du XIXe siècle, les tsars décident d’y installer leurs lieux de villégiature, comme à Livadia. Sébastopol devient, grâce à l'arrivée du chemin de fer la reliant à Yozovaïa, la première ville touristique de Crimée. Le tourisme thérapeutique d’alors est cependant réservé à une élite peu nombreuse. On pratique, comme le veut la mode, un tourisme « hygiéniste », basé sur la remise en forme, sur la pratique d’activités sportives, comme le prônaient les médecins de l’époque (création du « Crimean Mountain Club » en 1916). Faisant suite à la révolution russe, le pouvoir communiste décide de créer une administration touristique centralisée (Intourist), faisant de la Crimée le lieu de repos des travailleurs « méritants » et de l’oligarchie, ceci dans la démarche idéologique, culturelle et éducative propre à l’époque. Le secteur touristique était inséré dans la logique productive de l’économie planifiée : prix hors marché, service peu qualitatif, organisation centralisée. Les infrastructures principales, notamment hôtelières, sont construites à cette période et concentrées dans quelques villes littorales (Yalta, Sébastopol, etc.).

Loi Tourisme

Foros, station balnéaire dans le sud-ouest de la Crimée.

À la suite de l'indépendance ukrainienne et de l'autonomie de la Crimée, les pouvoirs publics décident rapidement de miser sur le secteur touristique, considérant que celui-ci, grâce à son caractère dynamique, peut permettre, à moyen terme, de diversifier l'économie régionale. Dès 1993, le gouvernement régional crée les administrations adéquates afin de structurer ce secteur. Un ministère propre lui est dédié, une filière de l’Université de Sébastopol se consacre à former des scientifiques, cadres compétents, et on instaure, en 1994, une conférence annuelle permettant aux différents acteurs d’établir des synergies.

Reste alors à créer un environnement économique facilitant les investissements. Cela sera chose faite en 1995 avec la promulgation de la « Loi Tourisme ». Cette loi encadre le développement touristique en lui donnant également les moyens de prospérer. Elle permet en effet d’assurer les intrants et les sortants des entreprises, d’améliorer la conformité avec les lois et normes internationales, de baisser les taxes sur les profits, d’assurer un contrôle du secteur, de développer la coopération internationale, de poursuivre les privatisations et de faciliter les investissements. Dans cette optique, le gouvernement central décide, en 2000, d’établir des zones franches dans le secteur touristique à Yalta, Alouchta, Soudak et Théodosie.

La Crimée possède de nombreuses infrastructures touristiques. Elle est l'une des régions de l'ancienne URSS qui compte le plus de stations balnéaires et thermales.

Offre touristique

Le secteur touristique représente dorénavant plus de 30 % du PIB de la Crimée (2002). Elle accueille en effet 30 % des touristes internationaux, majoritairement russes, de l'Ukraine, ce qui, avec les touristes nationaux, représente plus de 3 millions de touristes en 2003. En comparaison au chiffre de 1970 cela représente une augmentation de 100 %. Cette progression spectaculaire se poursuit, puisque la fréquentation a connu, en 2003, une hausse de 6 %. Ce développement rapide a été possible après la dislocation de l'Union soviétique, l'accès au territoire étant devenu largement plus aisé pour les étrangers. L’offre touristique s’est développée elle aussi, fondée sur l’exploitation des ressources naturelles. Le tourisme en Crimée s’est en effet spécialisé dans la vente de produits thérapeutiques et le tourisme de santé (stations thermales, etc.).

Grâce à sa situation, elle joue également un rôle important de point d’escale des croisières de la mer Noire. Les ports sont essentiellement à vocation internationale et permettent de rejoindre les principales villes portuaires de la mer Noire. Les moyens de transport sont donc assez bien développés, même si on peut largement les améliorer. La Crimée compte un aéroport international (Simferopol) et deux aéroports à vocation régionale et nationale (Kertch et Sébastopol). Ces aéroports sont gérés par l’État et sont utilisés par l’aviation civile ukrainienne ainsi que par une compagnie nationale (Air Crimée) qui entretient des liaisons régulières avec Lviv, Kiev et Moscou. Ils restent sous-utilisés, mais, dans le contexte de l’économie ukrainienne, ils ne semblent pas être des priorités en termes d’investissement.

La ville de Yalta est célèbre pour sa conférence de 1945 réunissant les dirigeants Churchill, Roosevelt et Staline (assis) ; dans le sud-ouest de la Crimée.

On distingue trois régions principales à vocation touristique :

  • la côte sud, qui avec Yalta et Alouchta, est la plus fréquentée. C’est une région touristique de longue date et c’est aussi la plus luxueuse. Yalta compte 92 stations de « traitement » (de remise en forme) pour 27 000 places, et Alouchta en compte 16 pour 11 000 places.
  • la côte occidentale (Eupatoria, 25 000 places et Saky), célèbre pour ses bains de boues.
  • la côte orientale qui s’étend d’Alouchta à Théodosie (ou Féodossia). Il s’agit d’une région bon marché.

Cette capacité est en effet en baisse puisque l’on dénombrait 150 000 places d’hébergement en 1995 contre 130 000 à l’heure actuelle. Cette baisse est due à la crise économique qui grève la capacité d’investissement. De plus, les structures réceptrices restent, à l’image de la situation ukrainienne, largement étatisées, souffrant d’un déficit en termes de services, de qualité et aussi de normes claires, facilement identifiables pour les touristes étrangers. Les futurs investissements doivent répondre à ce manque afin de permettre une meilleure relation qualité-prix.

Kertch, située à la pointe orientale de la péninsule, est une ville à l'écart des principaux flux touristiques de la région. Cela constituera un des axes de travail proposé dans la troisième partie. En 2011, la Crimée a accueilli 7 millions de personnes. La presqu'île aimante un certain nombre d'Européens encore limité, mais surtout des Russes et d'anciennes nationalités de l'ex-URSS. Les touristes, à 80 % russes, ukrainiens et biélorusses, colonisent les plages de la côte méridionale entre juin et septembre. À Yalta, la population est multipliée par six en été.

Préservation de l'environnement

La forêt subtropicale de Kastropol, en Crimée.

L'un des axes du développement touristique de la Crimée est la mise en valeur du patrimoine naturel. L'impact de Tchernobyl sur l'image du pays est évidemment très négatif, il convient donc d'établir un plan communication permettant de résorber ce déficit en termes d’image. Cela semble être une réelle préoccupation des différentes sphères du pouvoir, bien que les autorités compétentes en la matière rencontrent de nombreux problèmes dans la mise en place de politiques ambitieuses. On ne peut effectivement pas tout contrôler dans cette région pauvre et il apparaît que l'appât du gain immédiat est bien plus fort que toute préoccupation environnementale. Il faut pourtant agir vite car la Crimée traverse une crise sérieuse. Comme nous l'avons déjà remarqué, les sols sont souvent pollués du fait des besoins de l'agriculture et le manque de moyens financiers des collectivités locales limite l'ampleur des actions entreprises. Néanmoins, dans ce domaine, les choses avancent depuis une décennie. La Constitution ukrainienne, reprise par la criméenne, stipule dans son article 254K que « la richesse des paysages naturels est une propriété commune du peuple ukrainien, son héritage naturel et doit servir aux présentes générations ainsi qu’aux générations futures ». L’Ukraine adhère, depuis 1997, aux chartes internationales de protection de l’environnement et adopte ses propres lois-cadres permettant de définir, sur le terrain, les principales zones à sauvegarder (« Conception de la protection de la diversité biologique en Ukraine »). Cette sauvegarde est parfois liée à l'ouverture au tourisme de ces différents sites. Ainsi, les espaces jouissant d’une protection ont augmenté de plus de 78 % entre 1996 et 2002.

Il existe différents types de zones protégées : « réserve naturelle », « parc naturel national », « parc paysager régional », « réserve spéciale », « monument naturel ». À la suite du « programme d'État pour le développement du réseau écologique national de l'Ukraine ; 2000-2015 », les conditions d’applications de protection de ces différentes zones sont clairement définies. Il s’agit en priorité de zones touristiques souffrant de déprise agricole. Ce programme permet une gestion rationnelle des différents moyens mis en œuvre (délimitation, objet propre, statut, coopération scientifique…). La Crimée compte, dorénavant, 6 réserves d’État et 33 réserves spéciales qui totalisent plus de 5 % de la superficie de son territoire (soit 140 000 hectares). Les réserves criméennes ont donc différents statuts, objectifs et moyens qui dépendent notamment de la qualité des sites et de leurs tailles. Plusieurs niveaux de protections sont donc établis. Comme précédemment mentionné, grâce à sa situation péninsulaire, elle possède de nombreuses espèces endémiques. Ces espèces bénéficient d’une protection spéciale (inscription dans « le Livre Rouge ») qui leur permettrait d’être préservées.

KaZantip en 1998

Festivités

Boîte jaune - en vente au KaZantip

Depuis 2000, le festival KaZantip dans la surnommée " République Orange Autonome de KaZantip ", attire tous les étés sur la plage de Popivka (ouest de la péninsule de Crimée), les festivaliers venus de Russie, et aussi du monde entier. Des centaines de disc jockeys, une dizaine de dance-floors et 140 000 visiteurs pour l'édition 2011... Le projet Kazantip est surtout connu pour sa grande fête de plage (beach party) organisée sur l'une des plus belles plages de la mer Noire, et autour des restes d'une centrale nucléaire abandonnée lors de sa construction. Ce « festival » se veut dans la lignée des grands festivals que sont Burning Man aux États-Unis, la Love Parade ou la Street Parade[47].

Notes et références

  1. (fr) GEO no 400 de juin 2012 p. 56
  2. (fr) « Description de la Crimée - Par Johann Erich Thunmann (1786) », 2014 Books.google (consulté le 20 février 2014).
  3. (en) « Regions of Ukraine / Autonomous Republic of Crimea », 2001 Ukrainian Census (consulté le 16 décembre 2006).
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  5. (uk) World Gazetteer
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  7. Comité d'État de statistiques d'Ukraine, Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2008 року», Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2008 ».
  8. « Статистичний збірник "Чисельність наявного населення України на 1 січня 2010 року», Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2010 » ; Статистичний збірник « Чисельність наявного населення України на 1 січня 2012 року » [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au 1er janvier 2012 »] [1]
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  44. (fr) « Kiev, « au bord de la catastrophe », perd le contrôle de la Crimée (03-03-2014) », 2014 LeMonde (consulté le 3 mars 2014).
  45. (ru) RIA Novosti : Les forces Berkout dissoutes par décret ministériel
  46. Crimée: quelle viabilité économique sans l’Ukraine? - article de Libération du 14 mars 2014.
  47. (fr) GEO no 400 de juin 2012 p. 51

Voir aussi

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