Rafle de Marseille

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La Rafle de Marseille s’est déroulée dans le Vieux-Port les 22, 23 et 24 janvier 1943. Accompagnés de la police nationale, dirigée par René Bousquet, les Allemands organisent alors une rafle de 4 000 Juifs ainsi que l’expulsion globale d’un quartier, avant destruction. Le SS Karl Oberg, responsable de la police allemande en France, fait le voyage depuis Paris, et transmet à Bousquet les consignes venant de Heinrich Himmler.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Suite à l'invasion allemande de la zone libre (opération Anton), les troupes allemandes occupent Marseille depuis le 12 novembre 1942. Plusieurs attentats touchent les forces allemandes, dont deux attentats le 3 janvier 1943 tuant des officiers et soldats allemands[1]. Des opérations de représailles sont décidées par l'autorité allemande, et confirmées par la directive secrète de Heinrich Himmler du 18 janvier 1943[1] imposant :

  • L'arrestation des criminels de Marseille et leur déportation vers l'Allemagne, avec « un chiffre rond de 100 000 personnes environ ».
  • La destruction du « quartier criminel »
  • La participation de la police française et de la « garde mobile de réserve » à ces opérations.

La destruction du quartier nord du Vieux-Port[modifier | modifier le code]

Destruction du quartier du Vieux-Port janvier 1943
Destruction des immeubles
Avant le dynamitage vue depuis le pont transbordeur
« Suburre obscène, un des cloaques les plus impurs, où s'amasse l'écume de la Méditerranée (...) C'est l'empire du péché et de la mort. Ces quartiers patriciens abandonnés à la canaille, la misère et la honte, quel moyen de les vider de leur pus et les régénérer » — Louis Gillet, revue municipale du 21 octobre 1942[1]

L'aménagement du quartier s'étendant sur la rive nord du Vieux-Port est critiqué dès le XVIIIe. Plusieurs projets de rénovation ont été ébauchés au fil des siècles. Durant la guerre, un plan d’urbanisme est préparé par des architectes acquis à la cause de la « Révolution nationale » mise en œuvre par le régime de Vichy. Les premiers travaux ont débuté à l'automne 1942. Précédemment, déjà, un quartier entier avait été rasé au début du XXe siècle, le "terrain de derrière la Bourse", laissé à l'état de terrain vague pendant 50 ans. Dans le cas du quartier du Vieux Port, la reconstruction n'a été achevée qu'en 1956. Les motivations d'assainissement et d'urbanisme ont servi à masquer une gigantesque entreprise de spoliation et de spéculation.

L’opération allemande vise à remodeler le quartier du Vieux-Port, dont les ruelles sont considérées comme dangereuses par les autorités allemandes. En outre, selon les consignes d’Himmler, la population raflée doit être évacuée vers des camps de concentration de la zone Nord (particulièrement à Compiègne), tandis que le quartier doit être fouillé par la police allemande, aidée de leurs homologues français, puis les immeubles dynamités.

Déroulement de la rafle[modifier | modifier le code]

Évacuation du Vieux-Port

Mandaté par Laval, Bousquet demande le 14 janvier 1943 un répit d’une semaine afin de mieux organiser l’opération et de faire venir des renforts policiers. De plus, alors que les nazis se préparaient à se cantonner dans les limites du 1er arrondissement, Bousquet propose d’élargir l’opération à toute la ville. Selon l’historien Maurice Rajsfus, il demande ainsi la complète liberté d’agir pour la police française, qu’il obtient d’Oberg.

Selon l’historien Jacques Delarue, deux cents inspecteurs venus de Paris et ailleurs, quinze compagnies de GMR et des escadrons de gendarmerie et de gardes mobiles sont descendus sur Marseille. En tout, « douze mille policiers environ se trouvaient concentrés à Marseille » [2]. Le 22 janvier, le Vieux-Port est complètement bouclé. La ville est fouillée maison par maison, mis à part les quartiers résidentiels, durant 36 heures. « Au total, à la suite des dizaines de milliers de contrôle, près de 2 000 Marseillais (…) se retrouveront dans les trains de la mort. » écrit ainsi M. Rajsfus. 1 500 immeubles sont détruits.

Bilan humain de l'opération « Tiger » (estimations) : 1 642 transferts sur Compiègne le 24 janvier,782 Juifs déportés et exterminés à Sobibor, 600 « suspects » déportés à Sachsenhausen.(Source Cercle d'étude de la Shoah).

La préfecture des Bouches-du-Rhône publie un communiqué le 24 janvier 1943 :

« Pour des raisons d’ordre militaire et afin de garantir la sécurité de la population, les autorités militaires allemandes ont notifié à l’administration française l’ordre de procéder immédiatement à l’évacuation du quartier Nord du Vieux-Port. Pour des motifs de sécurité intérieure, l’administration française avait, de son côté, décidé d’effectuer une vaste opération de police afin de débarrasser Marseille de certains éléments dont l’activité faisait peser de grands risques sur la population. L’administration française s’est efforcée d’éviter que puissent être confondues ces deux opérations. De très importantes forces de police ont procédé dans la ville à de multiples perquisitions. Des quartiers entiers ont été cernés et des vérifications d’identité ont été faites. Plus de 6 000 individus ont été arrêtés et 40 000 identités ont été vérifiées. » [3]

Le Petit Marseillais du 30 janvier 1943 ajoute :

« Précisons que les opérations d’évacuation du quartier Nord du Vieux-Port ont été effectuées exclusivement par la police française et qu’elles n’ont donné lieu à aucun incident. » [4]

René Bousquet (en col de fourrure) entouré notamment de Bernhard Griese et du préfet Antoine Lemoine, à l'hôtel de ville[5].

Une photo, prise lors de cette opération et connue depuis le début des années 1970, montre Bousquet souriant, posant en compagnie du SS Bernhard Griese, chef de la police allemande dans la région, d’un officier supérieur de la SS, de Antoine Lemoine, préfet régional et de Pierre Barraud, préfet délégué à l’administration préfectorale de Marseille[6]

  • Le quartier de l'Opéra. Les 22 et 23 janvier 1943, la rafle s'est étendue au quartier de l'Opéra où vivaient de nombreuses familles juives, en raison de la proximité avec la grande synagogue de la rue Breteuil. 250 familles ont été raflées, tôt le matin, avec une brutalité inouïe, les gens emmenés dans la tenue dans laquelle ils étaient au moment où les policiers ont franchi la porte, sans bagage ni objet personnel; les familles ont été séparées dès le moment de l'arrestation, et ne se sont jamais retrouvées. Ce quartier était aussi celui de la pègre et du grand banditisme, dont les truands requis pour la Gestapo, ce qui peut expliquer la violence des sbires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Cité dans Follorou et Nouzille, Les Parrains corses, 2004, p.47-48 d'après
  2. Jacques Delarue, Trafics et Crimes sous l’Occupation (Livre de Poche, 1971), p.262
  3. Cité par Maurice Rajsfus, La Police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, Le Cherche midi éditeur, 1995, p.213.
  4. (ibid.)
  5. Donna F. Ryan, The Holocaust & the Jews of Marseille: The Enforcement of Anti-Semitic Policies in Vichy France, Urbana, University of Illinois Press, 1996, planche suivant la p.180 (ISBN 0252065301).
  6. Rajsfus, p.215

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Patriote résistant, n°578 et 579 (janvier 1988)
  • Jacques Delarue, Trafics et Crimes sous l’Occupation (Livre de poche, 1971)
  • Gérard Guicheteau, Marseille 1943, la fin du Vieux-Port (éditions Le Provençal, 1973)
  • Ahlrich Meyer, Marseille 1942-1944. Le regard de l’occupant, photographies de propagande de la Wehrmacht, édition bilingue. Éditions Temmen, Bremen, 1999
  • Robert Mencherini dir., Provence-Auschwitz. De l’internement des étrangers à la déportation des juifs 1939-1944, Aix-en-Provence, éd. PUP, 2007.
  • Christian Oppetit (direct.), Marseille, Vichy et les nazis, Marseille, Amicale des déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie, 1993
  • Maurice Rajsfus, La Police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, 1940/44 (Le Cherche midi éditeur, 1995)
  • Anne Sportiolo, « Le Vieux-Port de Marseille », in L'Histoire, n°16, octobre 1979
  • Jean Contrucci, Histoire de Marseille illustrée (Le Pérégrinateur éditeur, 2007)
  • Renée Dray-Bensousan, Les Juifs à Marseille 1939-1944, Éditions les Belles Lettres, 2004
  • Maurice Gouiran, Train Bleu, Train Noir, Éditions Jigal, mars 2007

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Marseille, janvier 1943, Opération Sultan, documentaire de Jean-Pierre Carlon, France 3 Méditerranée–Productions du Lagon, 2004, 52 min
  • Et le Vieux Port fut condamné, docufiction TV de Jean Dasque, ORTF, 1973, 48 min

Articles connexes[modifier | modifier le code]