André Trocmé

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André Trocmé (Saint-Quentin 7 avril 1901 - Genève 5 juin 1971) est un pasteur connu pour avoir organisé avec sa femme Magda (née Grilli, de Florence[1]) la protection d'un très grand nombre de juifs contre le nazisme par les habitants du Chambon-sur-Lignon, village d'Auvergne reconnu dans son ensemble « Juste parmi les nations » en 1990 par le mémorial de Yad Vashem[2]. André et Magda ont été nommés « Justes » par Yad Vashem le 5 janvier 1971[3]. André Trocmé est avec Edouard Theis un des dirigeants de la branche française du Mouvement international de la Réconciliation et l'un des fondateurs du Collège Cévenol.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et premiers engagements[modifier | modifier le code]

André Trocmé est le fils d'un industriel protestant du textile de Saint-Quentin, Paul Trocmé. Sa mère, Paula Schwerdtmann, était allemande. Les convictions non-violentes d'André Trocmé remontent à son expérience de la Première Guerre mondiale. Sa ville natale fut rapidement occupée par les Allemands et le petit André, parfaitement bilingue, fut profondément frappé par sa rencontre avec « l'ennemi », des soldats allemands avec lesquels il pouvait converser et au fond des êtres humains ordinaires.

Après ses études de théologie, ses convictions pacifistes lui valurent quelques difficultés avec les autorités de l'Église réformée de l'entre-deux-guerres, autorités qui étaient très opposées au pacifisme et ne voulurent pas lui confier de poste pastoral. Il dut accepter un poste de mission populaire dans la ville minière de Sin-le-Noble, un secteur particulièrement difficile où il fut en particulier confronté à la nécessité de la lutte anti-alcoolique, qu'il mena en ouvrant une section de la Croix-Bleue.

Le Chambon-sur-Lignon[modifier | modifier le code]

C'est cette même difficulté avec les autorités ecclésiastiques qui le conduisit à prendre le poste du Chambon-sur-Lignon, village protestant de montagne au cœur d'une petite région isolée à majorité protestante située dans un département à majorité catholique, la Haute-Loire. Il y a à la fin des années 1930 douze pasteurs protestants chargés de paroisses dans les localités du plateau du Chambon-sur-Lignon (dont Saint-Agrève et Tence) et à peu près autant chargés d’œuvres diverses, notamment de maisons de vacances pour enfants[4].

Ses contacts avec l'Église confessante allemande lui permirent de voir venir la vague de persécutions anti-juives. La fondation du Collège Cévenol au Chambon en 1938, pour aider les enfants des paroisses protestantes du Plateau à faire de bonnes études et permettre à des élèves et des enseignants de divers pays de se rencontrer, ne doit rien au hasard. Mais André Trocmé et son épouse Magda sont forts du soutien de la communauté protestante. Le soutien aux réfugiés peut s'organiser avec l'aide de la Société religieuse des Amis (quakers), de l'Armée du salut, d'Églises protestantes américaines, du Mouvement international de la Réconciliation, de groupes œcuméniques juifs et chrétiens, de la Cimade et du Cartel suisse de secours aux enfants victimes de la guerre[5]. Le 13 février 1943 André Trocmé est arrêté avec le pasteur Edouard Theis et Roger Darcissac, le directeur de l'école primaire. Internés au camp de Saint-Paul-d'Eyjeaux, ils sont libérés trois semaines plus tard[6]. André Trocmé prend finalement le maquis en août 1943[7].

Si le pasteur inspire l'action par ses sermons, d'ailleurs extrêmement audacieux même sous l'occupation, il se garde d'organiser les choses de manière trop centralisée. De multiples filières se mettent en place et la solidarité de la population essentiellement protestante du plateau, qui se souvient encore de la manière dont on cachait les pasteurs clandestins autrefois, permet de sauver de 2 500 à 3 000 personnes (dont près d'un millier de juifs) de manière solidaire sans qu'on puisse mettre le doigt sur les responsables[8].

Il est remarquable que le Yad Vashem ait distingué l'ensemble du village du Chambon-sur-Lignon en lui conférant le titre de Juste parmi les nations. Cela a été longtemps le seul cas où cette distinction a été accordée à une collectivité. André Trocmé et sa femme Magda ont aussi reçu le titre de Juste parmi les nations tout comme Edouard Theis et son épouse Milred.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, André Trocmé est nommé secrétaire itinérant du Mouvement international de la Réconciliation (MIR) pour l'Europe. André Trocmé est pasteur à la paroisse Saint-Gervais à Genève, de 1960 à sa mort en 1971.

Œuvres[modifier | modifier le code]

André Trocmé a résumé ses idées dans un ouvrage intitulé Jésus-Christ et la révolution non violente, paru chez Labor et Fides en 1961.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Philip P Hallie, Lest innocent blood be shed, New York, Harper & Row,‎ 1979.
  2. « Mémorial de la Shoah », Paris, FR, Pegasis.
  3. « Justes: France », Comité Français pour Yad Vashem.
  4. Musée Le lieu de mémoire, Le Chambon-sur-Lignon.
  5. Allemand Schweizerische Arbeitsgemeinschaft für kriegsgeschädigte Kinder (de), dès 1942 le secteur « Secours aux enfants » de la Croix-Rouge suisse.
  6. Sabine Zeitoun, Histoire de l'OSE : De la Russie tsariste à l'Occupation en France (1912-1944) - L'Œuvre de Secours aux Enfants du légalisme à la résistance, Éditions L'Harmattan,‎ 2012, p. 390.
  7. François Boulet, Histoire de la Montagne-refuge : aux limites de la Haute-Loire et de l'Ardèche, Éditions du Roure,‎ 2008, p. 258.
  8. Patrick Cabanel, Philippe Joutard, Jacques Semelin, Annette Wieviorka, La montagne refuge - Accueil et sauvetage des juifs autour du Chambon-sur-Lignon, Albin Michel,‎ 2013 (ISBN 978-2-226-24547-2), p. 393.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Téléfilm[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]