Guerre et Paix

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La Guerre et la Paix[1]
Image illustrative de l'article Guerre et Paix
Napoléon se retire de Moscou, peinture par Adolph Northen (XIXe siècle)

Auteur Léon Tolstoï
Genre Roman historique
Version originale
Titre original Война и мир

Voïna i mir

Langue originale Russe et français
Pays d'origine Russie
Version française
Date de parution 1865-1869
Nombre de pages 1572

La Guerre et la Paix ou Guerre et Paix (en russe : Война и мир) est un roman de Léon Tolstoï. Publié en feuilleton entre 1865 et 1869 dans Rousskii vestnik, le périodique le plus brillant de son époque, ce livre narre l’histoire de la Russie à l’époque de Napoléon (notamment la campagne de Russie en 1812). La richesse et le réalisme de ses détails ainsi que ses nombreuses descriptions psychologiques font qu’il est souvent considéré comme un roman majeur de l’histoire de la littérature.

Tolstoï y développe une théorie fataliste de l’histoire où le libre arbitre n’a qu’une importance mineure et où tous les événements n’obéissent qu’à un déterminisme historique inéluctable.

La Guerre et la Paix a engendré un nouveau genre de fiction. Bien qu’aujourd’hui considérée comme un roman, cette œuvre a cassé de si nombreux codes du roman de son époque que de nombreux critiques contemporains ne le considérèrent pas comme tel. Tolstoï considérait lui-même Anna Karénine (1878) comme sa première tentative de roman, au sens où les Européens l’entendaient.

La Guerre et la Paix fut à l’époque de sa publication un immense succès, bien que Tolstoï ne s’y attendît pas. Il confia à son ami Afanassi Fet qu’il s’attendait à ce que cette œuvre passât inaperçue[2]. Le roman est cité par William Somerset Maugham en 1954, dans son essai Ten Novels and Their Authors parmi les dix plus grands romans de tous les temps.

Titre[modifier | modifier le code]

Une interprétation fausse mais persistante affirme que le sens réel du titre serait La Guerre et le Monde. Les mots « paix » (avant 1918 : миръ) et « monde » (avant 1918 : міръ, en incluant le sens de la vie en société) sont effectivement des homophones en russe, devenus homonymes vrais (мир) depuis la réforme orthographique russe de 1918. Tolstoï traduisit lui-même le titre en français La Guerre et la Paix[réf. souhaitée]. Il trouva tardivement ce titre en s'inspirant d'un ouvrage du théoricien anarchiste socialiste français Pierre Joseph Proudhon (La Guerre et la Paix, 1861), qu'il rencontra à Bruxelles en 1861, mais dont il ne partageait pas les idées.[réf. souhaitée]

De plus, bien que le titre donné par Tolstoï soit La Guerre et la Paix, certains éditeurs donnent la traduction de Guerre et Paix. En russe, il n'existe pas d'article avant les noms : ainsi le mot « guerre » peut signifier guerre, la guerre ou une guerre.

Le phénomène est semblable en anglais, ou war signifie guerre ou la guerre, en général - the war désignant plutôt une guerre particulière. Il n'est pas impossible que la pression de la traduction anglaise War and Peace ait aussi influencé la traduction française courante, différente de celle proposée par l'auteur lui-même.

Trame[modifier | modifier le code]

Napoléon sur le trône impérial, Jean-Auguste Ingres.

L'immensité de l'œuvre la rend difficile à résumer de façon claire et concise. De plus, l'auteur parsème son récit de nombreuses réflexions personnelles qui cassent le rythme de la lecture. L'action s'étale de 1805 à 1820, bien qu'en réalité, l'essentiel du récit se concentre sur quelques moments clés : la guerre de la troisième coalition (1805), la paix de Tilsitt (1807) et enfin la campagne de Russie (1812). Cependant, La Guerre et la Paix ne traite pas que des relations franco-russes de l'époque. Outre les batailles de Schöngrabern, d'Austerlitz et de Borodino, Tolstoï décrit avec beaucoup de soin et de précision les milieux nobles de l'Empire russe, abordant de nombreux sujets alors en vogue : la question du servage, les sociétés secrètes, et la guerre. Les personnages de La Guerre et la Paix sont si nombreux et richement détaillés qu'il est difficile d'y trouver un « héros », néanmoins le plus récurrent est très certainement Pierre Bézoukhov.

Ce livre est devenu un classique incontesté ; ainsi, durant le siège de Léningrad, Staline en fit envoyer sur place 100 000 exemplaires pour inciter la population à résister.[réf. souhaitée]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Voir aussi la liste des personnages de Guerre et Paix.

Résumé[modifier | modifier le code]

Livre premier[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

En juin 1805 à Saint-Pétersbourg, lors d'une soirée donnée par Anna Pavlovna Schérer se croisent Pierre (peu au fait des convenances de la vie mondaine, revenu d'Europe et influencé par les idées révolutionnaires), le prince Basile Kouraguine et ses enfants, Hélène et Hippolyte, le prince André Bolkonsky et Lise, sa jeune épouse enceinte. Cette soirée est l'occasion pour Pierre et André de renouer leur amitié. Intelligent, rationnel et ambitieux, André dédaigne autant la futilité du monde que la vie maritale. Pierre participe à la vie dissolue des jeunes officiers, en particulier les noceurs Anatole Kouraguine et Dolokhov. La nuit qui suit donne lieu à une beuverie qui vaut à Pierre d'être banni de Saint-Pétersbourg.

À Moscou, les héritiers potentiels du comte Bézoukhov mourant, parmi lesquels le prince Basile, se pressent à son chevet. Le pays se prépare au côté des Autrichiens à la guerre contre Napoléon. Dans la famille Rostov, le jeune Nicolas abandonne ses études pour s'engager au côté de son ami Boris Droubetskoï, au grand dam de sa tendre cousine Sonia. La riche Julie Karaguine ne parvient pas à attirer son attention : Nicolas et Sonia sont secrètement amoureux. Quant à l'espiègle Natacha, qui n'a que treize ans, elle se « fiance » avec Boris. Grâce à l'intervention de la princesse Droubetskoï, Pierre, fils illégitime du comte Bézoukhov, assiste à sa mort et hérite de toute sa fortune. Il devient dès lors un « parti » en vue, se met à fréquenter le monde et les Rostov. Dans la demeure provinciale des Bolkonsky, le prince André est fermement décidé à rejoindre l'armée. Il remet sa femme Lise aux soins de son père, le sévère et coléreux Nicolas Andréïévitch, et de la douce et pieuse princesse Marie.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

À Braunau, en Autriche, le commandant en chef Koutouzov passe en revue un régiment où l'on retrouve Dolokhov dégradé. André Bolkonsky est aide de camp zélé et observateur. Aspirant hussard, Nicolas Rostov se lie avec son supérieur Denissov. On apprend la défaite du général autrichien Mack et la capitulation de son armée à Ulm. Koutouzov et l'armée russe se replient derrière Vienne, talonnés par la Grande Armée de Napoléon. Après une « victoire » à Krems, le prince André est chargé d'annoncer la nouvelle à la cour autrichienne en exil, qui, indifférente à cette victoire russe, le déçoit. Les Français emmenés par l'audace de Murat passent le pont de Thabor et menacent la jonction des deux armées. Afin d'emmener le plus gros de l'armée vers les Autrichiens, Koutouzov envoie le détachement du général Bagration en barrage. Mais, à cause d'une erreur d'appréciation de Murat, la bataille ne s'engage pas directement. Malgré de lourdes pertes, Bagration parvient à rejoindre Koutouzov. Nicolas Rostov est blessé, tandis que le prince André se désillusionne du pouvoir.

Troisième partie[modifier | modifier le code]

À Saint-Pétersbourg, le prince Basile fait habilement épouser sa fille, la sensuelle et superficielle Hélène, à Pierre Bézoukhov, pourtant réticent mais faible. Fier de ce succès, il désire faire de même avec son fils Anatole, jouisseur impénitent, et Marie Bolkonsky. Ils se rendent à Lyssia Gory, propriété des Bolkonsky. Alors que Lise, la femme d'André, est ravie, ils se heurtent à l'hostilité du vieux prince. D'abord subjuguée, Marie surprend le bel Anatole dans les bras de sa dame de compagnie, Mlle Bourienne, et refuse le mariage. Les Rostov reçoivent une lettre de Nicolas, qui est promu officier. À Olmütz, où campe l'armée, celui-ci revoit Boris et rencontre le prince André. Cette dernière rencontre manque de dégénérer en duel mais la froide prestance d'André a raison du caractère sanguin de Nicolas.

Les empereurs russe et autrichien passent les troupes en revue ; Nicolas Rostov voue à Alexandre Ier de Russie une admiration sans bornes. Malgré l'avis de Koutouzov, l'offensive contre Napoléon est décidée et on adopte le plan compliqué du général Weirother, en dépit de nombreuses oppositions. Dans le camp d'en face, les soldats acclament leur empereur. Le lendemain, 2 décembre 1805, commence la bataille d'Austerlitz, qui mène à l'écrasement des armées russe et autrichienne. Lors de la débâcle, Nicolas prend conscience de la faiblesse de caractère de l'empereur russe, sans renier pour autant son dévouement. Le prince André est grièvement blessé dans une charge. Couché sur le champ de bataille, il est ému par la beauté du ciel. Un peu plus tard, il aperçoit Napoléon et ses troupes, mais il est incapable de dire quoi que ce soit au chef de guerre, puis, laissé pour perdu, il est confié aux soins de la population.

Livre deuxième[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

En 1806, Nicolas rentre à Moscou en compagnie de Denissov. Les retrouvailles avec sa famille sont joyeuses, Sonia et Natacha ont embelli. Malgré son amour pour Sonia, Nicolas profite de sa jeunesse et ne s'engage pas. Une rumeur circule sur une supposée liaison d'Hélène Bézoukhov avec Dolokhov, que Pierre a accueilli chez lui. Au cours d'un dîner en l'honneur de Bagration, l'attitude de Dolokhov pousse Pierre au duel. Nicolas, devenu proche du premier, est son témoin. Au cours du duel, Pierre blesse Dolokhov. Toute une nuit, il le croit mort. Au matin, une dispute éclate avec Hélène, il propose la séparation, puis quitte la ville pour Saint-Pétersbourg. Sans nouvelle de son fils André, le vieux prince Bolkonsky le croit mort. Lise étant sur le point d'accoucher, la princesse Marie lui cache le sort de son époux. Mais André arrive à Lyssia Gori la nuit de l'accouchement, et, l'ayant revu, Lise meurt. Plus tard, on baptise son fils Nicolas. Denissov et Dolokhov, remis de sa blessure, fréquentent assidûment la famille Rostov. Denissov demande la main de Natacha, qui est âgée de quinze ans, Dolokhov celle de Sonia. Toutes deux refusent. Sachant Sonia amoureuse de Nicolas, Dolokhov entraîne ce dernier et le fait perdre au jeu. La dette s'élève à 43 000 roubles. Honteux, Nicolas doit en appeler à son père pour sauver son honneur. Puis il rejoint son régiment, où il se promet d'épargner pour sa famille, en réparation de son inconscience.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

Sur la route de Saint-Pétersbourg, Pierre rencontre Joseph Alexéïévitch Bazdéiev, un franc-maçon qui lui ouvre de nouvelles perspectives sur sa vie et lui enseigne les moyens de l'améliorer. Une fois dans la capitale, il fait son entrée dans l'ordre tandis que la bonne société pétersbourgeoise le méprise au profit d'Hélène. Voulant mettre en application les enseignements de la franc-maçonnerie, il se rend sur ses terres pour mettre fin au servage. Mais, trompé par son habile régisseur, il s'illusionne sur les applications concrètes de ses idées. Il rend visite au prince André ; leurs retrouvailles sont cependant entachées par la vision profondément pessimiste de la nature humaine du prince, renforcée depuis la bataille d'Austerlitz et le décès de Lise. Pierre ne comprend pas André, mais à Lyssia Gori lui apparaît, pourtant, la force de leur amitié. Contre toute attente, la visite de Pierre influence inconsciemment son ami qui sort peu à peu de sa retraite. Dans son bataillon, Rostov retrouve avec joie Denissov. Celui-ci est sous le coup d'une dégradation après avoir volé de la nourriture pour son régiment affamé. Nicolas, pour le sauver, rejoint Boris qui sert à l'état-major. Mais celui-ci ne fait rien, la demande de grâce de Denissov est rejetée et Nicolas assiste, en spectateur et sans la comprendre, à la paix de Tilsitt.

Troisième partie[modifier | modifier le code]

Portrait d'Ingres.

En 1809, le prince André, retiré dans ses terres, affranchit ses serfs et construit des écoles. Il se rend dans les domaines de Riazan voir le comte Rostov pour affaires. Sa rencontre inattendue avec Natacha le trouble, tant la profonde joie de vivre de celle-ci contraste avec son propre pessimisme. De retour, il décide de quitter la campagne. S'installant à Saint-Pétersbourg, il lâche la bride à ses ambitions personnelles et rencontre Speransky. Pierre, à la tête de la franc-maçonnerie pétersbourgeoise, est plus tourmenté que jamais, ayant échoué à mettre en pratique ses idéaux. Au retour d'un long voyage à l'étranger, ses propositions novatrices sont rejetées par ses frères maçons et il quitte l'Ordre. Sa femme Hélène le supplie de refaire vie commune, ce que Pierre accepte. Il reprend son ancienne vie et tient un journal intime.

La situation financière des Rostov est difficile, le comte est mauvais gestionnaire. Véra, la fille aînée, épouse l'officier Berg et Natacha se délie définitivement de son engagement envers Boris. Cette dernière assiste nerveusement à son premier bal en l'honneur de l'empereur. Grâce à Pierre, André invite Natacha, qu'il revoit pour la première fois, et en tombe amoureux. Dès lors il fréquente de plus en plus les Rostov ; Natacha éprouve pour lui des sentiments jusqu'alors inconnus. André révèle les siens à Pierre, surpris par la transformation de son ami. Il se rend ensuite à Lyssia Gori informer son père ; celui-ci, intransigeant, impose un délai d'un an avant le mariage. André fait enfin sa demande, au grand bonheur de la jeune fille qui accepte les longues fiançailles, mais André refuse qu'elle soit liée à sa parole.

Quatrième partie[modifier | modifier le code]

La situation matérielle des Rostov s'aggrave, la comtesse supplie Nicolas de revenir. D'abord réticent, il se laisse envahir à nouveau par la douceur et la gaieté de la vie familiale. Au cours d'une fête de Noël, il retrouve son amour pour Sonia et lui promet le mariage, au grand mécontentement de sa mère qui espère un mariage riche. Affecté par les fiançailles de Natacha et André, Pierre retrouve ses mauvaises habitudes de noceur et sombre dans un état dépressif. L'attente est longue pour Natacha.

Alors que le prince est à l'étranger, les Bolkonsky arrivent à Moscou. Elle leur rend visite, mais le vieux prince refuse de la voir et Marie se montre distante. Déçue et irritée, elle se lamente de l'absence de son fiancé. Lors d'une nuit à l'opéra, elle fait la connaissance d'Hélène, parvenue au comble de la notoriété, et de son frère Anatole. Éblouie par le charme de celui-ci, elle se laisse séduire pendant une soirée organisée par sa sœur. Une lettre passionnée d'Anatole la décide à fuir avec lui et à rompre avec André. Mais Sonia l'en empêche et lorsque Pierre découvre l'affaire, il révèle qu'Anatole est déjà marié. Il se charge de lui faire quitter Moscou, puis se rend chez les Bolkonsky. André est de retour. Avec une feinte animation, il remet les lettres de Natacha à Pierre et annonce son départ pour l'armée. Natacha, ayant tenté de mettre fin à ses jours, reçoit les lettres de la main de Pierre. Touché par sa détresse, il lui révèle, à demi-mot, son amour. Une nouvelle existence s'offre à lui.

Livre troisième[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

1812 : les événements de la guerre « se sont accomplis parce qu'ils devaient s'accomplir ». Napoléon et ses troupes traversent le Niémen en repoussant les cosaques. À Vilna, l'empereur Alexandre apprend l'invasion sans déclaration de guerre. Balakov est envoyé en médiateur, Napoléon le reçoit puis le renvoie :la guerre éclate. André quitte Moscou à la recherche d'Anatole, sans succès, espérant le provoquer en duel. Koutouzov est nommé général en chef. À l'État Major, André se plonge dans le travail afin d'oublier sa trahison et sa solitude. Lors d'une visite à Lyssia Gori, il constate la folie croissante de son père et son acharnement sur la princesse Marie. Barclay de Tolly, Bagration et Tormassov deviennent commandants en chef. Plusieurs camps s'opposent sur la tactique à mener face aux français. Devant toutes les propositions de batailles, André médite sur l'inutilité de l'art militaire et rejoint l'armée active. Malgré les protestations de sa famille, Nicolas rejoint son escadron qu'à présent il commande. Plus expérimenté, il n'éprouve aucun plaisir devant les honneurs que lui procure « l'acte héroïque » accompli face à l'ennemi.

De retour à Moscou, Natacha, après avoir sombré dans la maladie, se remet peu à peu. Pierre continue sa vie mondaine, après une rencontre franc-maçonne où il est question de l'Apocalypse, il associe Napoléon à l'Antéchrist. Pétia Rostov est obsédé à l'idée de joindre la milice. Pierre, qui aime Natacha, décide cependant de ne plus voir les Rostov. Ses penchants constitutionnels concernant la création des milices heurtent la noblesse russe réunie pour le séjour express de l'empereur à Moscou.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

À la bataille de Smolensk, les armées de Tolly et Bagration se rejoignent dans la mésentente : c'est la débâcle et le retrait. Les habitants de la ville brûlent leurs maisons avant l'exode. Dans une lettre, André informe son père de la situation, Lyssia Gori n'étant située qu'à quelques kilomètres de Smolensk. Mais Marie décide de rejoindre Bogoutchavoro, la propriété d'André, non loin de là, alors que son frère les croit en route vers Moscou. En effet, le vieux prince est tombé malade après avoir voulu lever une milice. André visite Lyssia Gori abandonnée, c'est un colonel aimé de ses soldats envers lesquels il se sent utile, mais le spectacle de cette jeunesse sacrifiée comme « chair à canon » le terrifie.

Le prince Nicolas meurt en demandant pardon à sa fille. Après l'enterrement, les villageois de Bogoutchavoro refusent de laisser leurs biens et s'opposent au départ de la princesse pour Moscou. Nicolas Rostov, en tournée de réquisition, se rend sur les terres des Bolkonsky. Il disperse les paysans et délivre la princesse Marie. Cette rencontre romanesque leur laisse à tous deux une profonde impression. André revoit Koutouzov, il y comprend l'imminence d'une bataille. À Moscou, la ville s'exalte du patriotisme du gouverneur Fédor Rostoptchine.

Tolstoï expose ici le plan de la bataille de Borodino, qu'il soutient être une victoire russe conforme à la guerre d'attrition menée par les Russes.

Troisième partie[modifier | modifier le code]

L'incendie de Moscou en 1812.

Pierre décide de se rendre à Borodino, pour « voir la guerre ». On lui explique les positions des deux armées. Il assiste à une procession religieuse où se trouve Koutouzov et rencontre Boris Doubetskoi. Puis il se rend chez André : celui-ci le reçoit d'abord froidement, puis il lui livre ses pensées sur la guerre. D'abord surpris, Pierre finit par comprendre mais l'entretien est de courte durée. Pressentant qu'il ne reverra jamais son ami, il part alors qu'André se replonge dans un souvenir heureux d'avec Natacha. La veille de la bataille, Napoléon est présenté dans son intimité, ce qui éclaire sur sa personnalité. Le lendemain, Pierre se rend sur le front auprès de l'état-major. Ne se sentant pas à sa place, il rejoint un groupe d'artilleurs au cœur de la bataille. Il assiste avec horreur à la bataille de Borodino et manque de tuer à mains nues un soldat français. Devant la résistance russe, les généraux français demandent des renforts, mais Napoléon refuse de faire intervenir sa Garde impériale. Le régiment d'André, en réserve, subit des attaques de mortier. Soudain un obus blesse le prince au ventre et il est emmené d'urgence dans une tente où se trouvent d'autres blessés. On l'opère à vif et il assiste à l'amputation d'un officier qui n'est autre qu'Anatole Kouraguine. Le voyant, le prince André pleure de douleur, de pitié, d'amour et du regret de la vie qu'il sent s'échapper. La bataille produit une impression extraordinaire sur Napoléon : malgré l'apparente victoire, son armée est « semblable à un fauve qui vient de recevoir dans le flanc une blessure mortelle ».

Conseil de guerre à Fili par Alexeï Kivchenko (1851-1895), 1880, galerie Tretiakov.
Le conseil de guerre à Fili[modifier | modifier le code]

Un tableau d'Alexeï Kivchenko, Conseil de guerre à Fili, dépeint une scène suivant la bataille. On y voit l'état-major russe tenir conseil à Fili, dans la spacieuse isba du paysan André Savostianov. La petite fille d'André, Malacha, âgée de six ans, est seule de la famille Savostianov à y assister, en haut de la cheminée. Koutouzov est assis à part dans un fauteuil pliant. Juste sous l'icône est assis Barclay de Tolly, pâle et fièvreux, la croix de saint Georges au cou. Sont présents l'aide de camp de Koutouzov, Kaïssarov, Ouvarov, Dokhtourov, le comte Ostermann-Tolstoï, Raïevski, Konovnitzine, Iermolov debout, les mains sur la table, et le comte von Bennigsen.

« Bennigsen ouvre la séance par cette question : « Faut-il abandonner sans combat l'antique et sainte capitale de la Russie ou faut-il la défendre ? ». (…)

« L'antique et sainte capitale de la Russie ! », répondit Koutouzov plein de colère. « Permettez-moi de vous dire, Excellence, que cette question n'a pas de sens pour un Russe. On ne peut poser une pareille question et elle n'a pas de sens. La question pour laquelle j'ai demandé à ces messieurs de se réunir est une question militaire. C'est la suivante : « Le salut de la Russie est dans son armée. Est-il préférable de risquer la perte de l'armée et de Moscou en acceptant la bataille ou de livrer Moscou sans combat ? » Voilà la question sur laquelle je désire connaître votre opinion ».  »

— Léon Tolstoï, La Guerre et la Paix

À la fin de la conférence et après avoir entendu l'avis des généraux, Koutouzov ordonne la retraite.

Quatrième partie[modifier | modifier le code]

Les pertes russes sont énormes, c'est le repli général et la prise de Moscou par l'ennemi. Malgré les injonctions de Rostoptchine, les Moscovites quittent la ville. À Saint-Pétersbourg, Hélène s'est convertie au catholicisme afin d'épouser un prétendant étranger et demande le divorce. En fuite avec les soldats russes, Pierre tente de rejoindre Mojaïsk, mais les habitants quittent la ville et on lui apprend la mort d'Anatole et d'André. De retour à Moscou, il disparaît subitement. Les Rostov organisent leur départ dans la confusion ; Pétia est dans la milice. Natacha convainc ses parents d'accueillir les blessés dans la cour, puis de leur donner des chariots pour fuir. Alors que la famille laisse derrière elle presque tous ses biens, Sonia découvre le prince André gravement blessé dans le convoi. Tous décident de ne pas en informer Natacha. Dans les rues chaotiques de la ville, Natacha reconnaît Pierre déguisé en caftan qui lui fait un énigmatique adieu.

Du haut du mont Poklonnaïa, Napoléon observe Moscou la Sainte. On lui annonce que la ville est déserte et abandonnée aux pillards. Rostoptchine jette en pâture à une foule déchaînée un « traître à la patrie » avant de quitter la ville. Les Français entrent dans Moscou et occupent les maisons vides, quand le grand incendie se déclare. Pierre, décidé à assassiner Napoléon, se cache. Il rencontre Ramballe, un capitaine français. Au loin, les Moscovites regardent la ville brûler. Parmi eux se trouvent les Rostov. Natacha, ayant découvert la présence d'André parmi les blessés, ne songe qu'à le rejoindre. Atteint par la fièvre, celui-ci l'aperçoit comme une apparition. Il lui a pardonné et l'aime plus qu'auparavant. Dès lors, elle reste à son chevet. Pierre erre dans la ville en ruines afin de mettre son projet à exécution. Il secourt un enfant bloqué par les flammes, puis une jeune femme attaquée par des soldats. Son poignard est découvert, il est arrêté et enfermé par les Français.

Livre quatrième[modifier | modifier le code]

Première partie[modifier | modifier le code]

À Saint-Pétersbourg, Alexandre Ier et sa Cour apprennent l'abandon de Moscou à l'ennemi. On commente également la mort mystérieuse d'Hélène.

Nicolas est envoyé en mission à Voronège pour la remonte de sa division. Il y côtoie avec plaisir la société civile et sa tante l'informe de la présence de la princesse Marie dans la ville. La rencontre est tendue. Marie irradie d'un charme insoupçonné alors que Nicolas ressent la crainte de l'inconnu et de cet amour si différent de celui de Sonia. Marie décide de partir à la recherche de son frère qu'elle sait blessé. Au cours d'une messe, Nicolas est subjugué par la douleur et la grâce de son visage. Soudain, une lettre de la malheureuse Sonia, écrite à contre-cœur, le libère de son engagement. Il apprend également la présence du prince André auprès de Natacha et en informe Marie.

Pierre est amené devant le général Davout, il est condamné à mort comme espion et incendiaire. Au moment de l'exécution, alors qu'il attend la mort, il découvre qu'il est gracié. En prison, il rencontre Platon Karataïev, un soldat, symbole accompli pour Pierre de l’esprit de simplicité et de vérité, qui lui redonne espoir. La princesse Marie se rend au chevet de son frère et est accueillie avec ferveur par Natacha et les Rostov. Cependant, la blessure d'André est très grave[4]. Malgré les soins et la présence aimante de Natacha, une nuit, la certitude de la mort s'impose à lui. Au bout de quelques jours, il meurt dans les bras de Marie et Natacha.

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

Tolstoï expose longuement la fatalité de l'échec français. L'armée russe continue sa retraite vers la route de Taroutino, et prépare la bataille du même nom. Moscou est occupée depuis un mois, l'empereur russe n'a accepté aucune demande d'armistice et les Français se disloquent dans la ville en cendres. Napoléon, acculé par la bataille de Taroutino et l'état moral de ses troupes, décide de quitter Moscou non sans avoir pillé la cité.

En prison depuis un mois, Pierre trouve l'apaisement tant recherché de son âme. Grâce à la privation et à l'inconfort, il atteint avec joie un « calme moral » et une humilité qui le changent à jamais. Les soldats français le tiennent en sympathie, car c'est un homme instruit qui parle leur langue. C'est alors que le retrait commence : les prisonniers sont emmenés vers un voyage dont ils ne connaissent pas l'issue. La Grande Armée commence son long chemin de retour, au seuil de l'hiver, à des milliers de kilomètres de chez elle. Pour Koutouzov la Russie est sauvée, il ne reste qu'à laisser faire la débâcle, malgré l'opposition des généraux. Plusieurs attaques russes sont lancées, mais « l’armée française serra les rangs, et poursuivit, en fondant peu à peu, sa route fatale vers Smolensk. »

Troisième partie[modifier | modifier le code]

Suivant la logique de « guerre de résistance », Denissov et Dolokhov préparent l'attaque d'un contingent français, afin de libérer des prisonniers russes. Un messager arrive auprès de Denissov qui reconnaît le jeune Pétia. Enthousiaste et téméraire, celui-ci part en mission d'espionnage sur proposition de Dolokhov. Dans le camp français, il glane des informations précieuses et force l'admiration émotive de Pétia. Le lendemain, Pétia est tué brutalement par balle lors de l'attaque, sous les yeux de Denissov et Dolokhov. Parmi les prisonniers libérés se trouve Pierre. Celui-ci, tout comme les autres, a subi la faim, le froid et les conditions extrêmes des prisonniers d'une armée en déroute. Son compagnon Karataïev, trop affaibli, a été exécuté en chemin. Les grands froids commencent, la retraite des Français devient tragique.

Quatrième partie[modifier | modifier le code]

En 1812, par Illarion Prianichnikov.

Le deuil et la douleur de Natacha et Marie sont immenses, mais la réalité reprend cependant ses droits ; Marie doit s'occuper de son neveu dont elle est la seule famille et les Rostov apprennent avec horreur la mort de Pétia. La comtesse Rostov sombre dans la dépression et ce coup est fatal pour la santé du comte. Natacha soigne jusqu'à l'épuisement sa mère, qui lentement se remet. La princesse Marie projette son retour à Moscou en emmenant Natacha dont l'état de santé inquiète tout le monde. À la bataille de Krasnoï, les Russes épuisés harcèlent une armée napoléonienne en débandade ; les morts jalonnent le repli des Français. Le passage de la Bérézina est dramatique pour les deux camps, mais se solde en une victoire russe. Napoléon abandonne son armée. Koutouzov prend sa retraite dans l'ingratitude générale.

Pierre, en convalescence à Oriol, semble en apparence toujours le même, mais sa tolérance nouvelle lui attire la sympathie de tous. Plus juste et réfléchi, il en devient par conséquent plus efficace dans ses décisions. De retour à Moscou, il reprend contact avec le monde et rend visite à la princesse Marie. Il y rencontre Natacha, sans la reconnaître, et son amour lui revient avec force. Au cours d'une soirée, tous trois s'épanchent intimement sur la mort d'André et sur les souffrances de Pierre. Natacha sort de son deuil sous les yeux de Marie, un nouveau bonheur avec Pierre s'offre à elle.

Épilogue[modifier | modifier le code]

En 1813, Natacha et Pierre se marient et s'installent à Saint-Pétersbourg. Le vieux comte Rostov meurt quelque temps plus tard, laissant des dettes immenses et insoupçonnées à son fils Nicolas. Celui-ci regagne Moscou et, malgré différents conseils, accepte l'héritage. Il quitte l'armée pour un poste administratif. Vivant dans un petit appartement avec sa mère et Sonia, il s'acharne tant bien que mal à rembourser les dettes et à subvenir aux besoins du foyer. Il cache aux Bézoukhov l'état de ses finances. Alors que la comtesse l'incite à renouer avec la princesse Marie, il s'offusque de l'idée d'une union à des fins matérielles. Ses sentiments pour la malheureuse Sonia ne sont plus que de la reconnaissance et de l'affection. La princesse Marie se rend à Moscou où elle découvre la situation des Rostov. Lors d'une visite, elle se heurte à la froide distance de Nicolas. Puis, lors d'une seconde entrevue, la glace rompt enfin, un avenir conjoint leur apparaît possible.

En 1820, Nicolas s'occupe du domaine de Lyssia Gori et réussit à payer les dettes du comte Rostov au bout de quatre ans. C'est un seigneur respecté qui rentabilise le domaine et semble comblé par cette vie campagnarde. Grâce au soutien moral de Marie, avec qui il forme un couple uni, Nicolas tente d'être plus respectueux et moins coléreux avec ses paysans, qu'il aime profondément sans se l'avouer. Ils reçoivent régulièrement les Bézoukhov. Natacha est devenue une mère de famille exclusivement dévouée aux siens, jusqu'à en négliger son apparence. Elle voue une admiration sans bornes à son époux, Pierre, qui est en effet respecté de tous pour sa bonté, sa sagesse et son intelligence. Il suscite en particulier la dévotion du jeune Nicolas, le fils d'André, sensible et intelligent. Au cours d'une soirée, Pierre parle à Nicolas et Denissov, resté très proche des Rostov, de la formation probable d'une opposition à la politique autoritaire et réactionnaire de l'empereur. Alors que Nicolas s'emporte, tenant le devoir et le respect du gouvernement au-dessus de tout, Pierre lui oppose des arguments réfléchis et humanistes. La discussion tourne presque à la dispute, Nicolas promet d'obéir aux ordres d'Arakteïev s'il doit exécuter des putschistes, y compris Pierre. Les esprits se calment lorsque tous découvrent la présence du jeune Nicolas. Celui-ci demande à Pierre s'il est vrai que son père partage ses idées ; Pierre acquiesce à contre-cœur. La nuit, le jeune Nicolas fait un rêve : il est aux côtés de son oncle Pierre face à son autre oncle Nicolas, menaçant. Pierre devient le prince André, ce père auquel il voue un culte passionné et il jure d'accomplir de grandes choses.

Analyses et notes de lecture[modifier | modifier le code]

Dans Guerre et Paix, Léon Tolstoï expose sa vision de l'histoire de la campagne de Russie. Il conteste les théories historiques, la science militaire et le génie de Napoléon[5]. Pour Tolstoï, les véritables explications de la guerre sont inaccessibles à l'entendement humain.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Opéra[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Adaptations littéraires[modifier | modifier le code]

  • Guerre et Paix, adaptation (« digest ») de Jacques Marcireau, 1957, éditions Fonteneau & Cie.

Inspiration moderne[modifier | modifier le code]

  • La technique de narration de Tolstoï a été reprise par Vassili Axionov dans son roman Une saga moscovite, dont le thème central est la vie des membres d'une famille aisée au temps de Staline (1925-1953).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Titre français donné par Tolstoï.
  2. Préface de La Guerre et la Paix, tome 1, Gallimard (2002)
  3. Dans les traductions en français, les noms de famille des personnages ne s'accordent pas en genre pour ce roman, par convention comme pour certaines autres œuvres majeures de la littérature russe du XIXe siècle.
  4. Sa mort est inspirée de celle du comte Ferdinand von Tiesenhausen
  5. Essai sur la philosophie de la guerre, Alexis Philonenko
  6. Si on tient compte de l'inflation : (en) Adjusted for inflation, this film cost over $700 million to make, and is thus the most expensive film ever made.
  7. (en) La Guerre et la Paix sur l’Internet Movie Database

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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