Evry Schatzman

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Evry Léon Schatzman (16 septembre 1920 à Neuilly-sur-Seine, France - 25 avril 2010 à Paris[1],[2],[3]) est un astrophysicien français spécialisé dans le domaine de la structure des étoiles. Il est aussi crédité d'avoir été à l'origine, après-guerre, de l'enseignement de l'astrophysique théorique en France[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Evry Schatzman naît en 1920. Son père, Benjamin Schatzman, est un dentiste né à Tulcea en Roumanie et ayant émigré en bas âge avec sa famille en Palestine durant la première Aliyah avant de venir s'installer en France à l'âge adulte[4]. Sa mère, Cécile Kahn est la fille d'un ancien secrétaire du consistoire israélite de Paris[4].

Il intègre l'École normale supérieure en 1939. Son jeune âge au moment du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale lui épargne d'être mobilisé, mais ces années de guerre perturbent grandement la suite de son cursus, et l'obligent à entrer dans une semi-clandestinité du fait de ses origines juives[5]. En raison des lois anti-juives du régime de Vichy il est notamment obligé pour terminer ses études de se rendre à Lyon où il rencontre sa femme Ruth Fisher[1]. D'autre part son père est victime d'une rafle en décembre 1941. D'abord interné en France, il décède, probablement lors de son transfert vers les camps d'extermination[4].

Muni de faux papiers — son pseudonyme est alors Antoine Emile Louis Sellier[5] — Evry Schatzman se réfugie avec sa femme à l'Observatoire de Haute-Provence en 1943, année où il se marie. Il trouve son premier sujet de recherche, les naines blanches, dans la maigre bibliothèque de l'observatoire (et notamment un ouvrage de Walter Baade)[1].

Après un retour à Paris fin 1944, il passe l'agrégation de physique et se voit offrir un poste au CNRS en 1945, juste avant de soutenir sa thèse en mars 1946 devant un jury présidé par le Prix Nobel de physique Louis de Broglie.

À partir de 1945 et jusqu'en 1954, il est chargé de recherche, puis maître de recherche au CNRS. En 1954, il est nommé professeur à la faculté des sciences de Paris, puis à partir de 1970, à l’université Paris 7-Denis-Diderot. En 1976, il devient directeur de recherche au CNRS, à l’Observatoire de Nice, puis à l’Observatoire de Meudon à partir de 1988.

Il est par la suite affecté à l'Institut d'astrophysique de Paris. Il y publie son premier article notable[6], où il émet l'hypothèse (aujourd'hui abandonnée) que les supernovae sont dues à des arrangements de la structure interne des naines blanches et non à l'effondrement gravitationnel d'une naine blanche en étoile à neutrons comme l'avait proposé Fritz Zwicky avant guerre[7]. Il publie également la même année un long article sur la structure interne des naines blanches[8].

En 1947, il est invité par Bengt Strömgren à séjourner à l'université de Copenhague, et se met à étudier sur les conseils de son hôte l'atmosphère des naines blanches. Il est ensuite invité à l'Université de Princeton où il s'intéresse aux atmosphères stellaires, et propose en 1949 un mécanisme de chauffage de la couronne solaire via des ondes de choc[9].

Titulaire de la première chaire d'astrophysique française, créée à la Sorbonne, il enseigna aussi régulièrement à l'Université libre de Bruxelles (1949-1967), et exerça son métier de chercheur successivement à l'Institut d'astrophysique de Paris, à l'Observatoire de Paris-Meudon (à partir 1969) où il crée le Laboratoire d'astrophysique de Meudon, à l’université de Californie (Berkeley) (1984-1988) et en fin de carrière à l'Observatoire de Nice avant de retourner à Meudon, en tant que chercheur émérite[1].

Vers la fin de sa carrière, il participe à l'expérience GALLEX de mesure du flux de neutrinos solaires, dont l'amplitude fut confirmée comme étant significativement plus faible que prévu[10], l'explication de ce phénomène étant en réalité due aux oscillations de neutrinos, mises en évidence peu après par le détecteur Super-Kamiokande.

Diminué depuis 2002 par une maladie qui le prive d'une grande partie de sa capacité à communiquer, il meurt à Paris le 25 avril 2010[1].

Sa fille Michelle Schatzman est une mathématicienne française.

Militantisme[modifier | modifier le code]

Marqué par les années de guerre, il milite brièvement au Parti communiste français qu'il quitte en réprouvant les crimes staliniens. Il devient plus tard secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique et également président de l'Union rationaliste[1] (de 1970 à 2001).

Distinctions[11][modifier | modifier le code]

Prix scientifiques[modifier | modifier le code]

Distinctions civiles[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Avec Ruth Schatzman édite: Benjamin Schatzman. Journal d'un interné: Compiègne, Drancy, Pithiviers 12 décembre 1941-23 septembre 1942. Éditions Le Manuscrit, 2005. (ISBN 2748160320 et 9782348160321[à vérifier : ISBN invalide])
  • Avec Françoise Praderie, Les Étoiles, InterEdition - Éditions du CNRS, 1990
  • Les Enfants d'Uranie : à la recherche des civilisations extraterrestres, éd. Le Seuil, 1986, (ISBN 2020090945)
  • La Science menacée, éd. Odile Jacob, 1989, (ISBN 2738100449)
  • Le Message du photon voyageur, éd. Belfond, 1987
  • Astrophysique générale, J.-C. Pecker et E. Schatzman, Masson & Cie, 1959
  • en coll. avec J. C. Pecker et Paul Couderc, L'astronomie au jour le jour, Paris, Gauthier-Villars,‎ 1954
  • Origine et évolution des mondes, éd. Albin Michel, 1957
  • (en) White Dwarfs, North Holland Publishing Company, Amsterdam, 1957

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Jean-Claude Pecker (professeur honoraire au Collège de France), Evry Schatzman, astrophysicien, Le Monde n°20300 daté du 30 avril 2010, page 23
  2. Evry Shatzman rejoint les étoiles, communiqué de presse du centre national de la recherche scientifique (CNRS), 26 avril 2010.
  3. Décès d'Evry Schatzman, communiqué de presse de l'Union rationaliste, 27 avril 2010.
  4. a, b et c Benjamin Schatzman, Ruth Schatzman, Journal d'un interné, Éditions Le Manuscrit (ISBN 2748160339, lire en ligne), p. 11-14
  5. a et b (en) Evry Schatzman, The Desire To Understand the World, Annual Review of Astronomy and Astrophysics, 34, 1-34 (1996) Voir en ligne (accès restreint).
  6. Evry Schatzman, Théorie des Supernovae, Annales d'Astrophysique, 9, 199-221 (1946) Voir en ligne.
  7. La théorie des supernovae était, à cette époque, impossible à déterminer du fait du manque de données observationnelles disponibles. Par exemple, l'évaluation de la luminosité maximale des supernovae à leur maximum était erronée de six ou sept ordres de magnitude.
  8. Evry Schatzman, Théorie du débit d'énergie des naines blanches, Annales d'Astrophysique, 8, 143-209 (1946) Voir en ligne.
  9. (en) Evry Schatzman, The heating of the solar corona and chromosphere, Annales d'Astrophysique, 12, 203-218 (1949) Voir en ligne.
  10. (en) Collaboration GALLEX, « GALLEX solar neutrino observations: results for GALLEX IV », Physics Letters B, 447, 127-133 (1999), Voir en ligne (accès restreint).
  11. « Evry Scatzman » sur le site de l'Académie des sciences
  12. CNRS, « Médailles d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 5 février 2014)

Liens externes[modifier | modifier le code]