Victor Basch

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Victor Basch

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Victor Basch, en 1926.

Nom de naissance Viktor (Wilhem Vilmos Langsfeld) Basch
Naissance 18 août 1863
Budapest, Empire austro-hongrois
Décès 10 janvier 1944 (à 80 ans)
Neyron, Ain, France
Nationalité France Français
Profession Philosophe
Activité principale Fondateur et président de la Ligue des droits de l'homme
Distinctions
Ascendants
Raphaël Basch (père)
Fanny Françoise Weissweiler (mère)
Conjoint
Hélène Basch (épouse)
Descendants
Yvonne Basch (fille)
Georges Basch (fils)
Fanny Basch (petite-fille)
Denise Basch (petite-fille)
André Basch (petit-fils)
Françoise Basch (petite-fille)
Famille

Victor Basch, né le 18 août 1863 à Budapest, aujourd'hui en Hongrie, et mort assassiné par la milice française, le 10 janvier 1944 à Neyron dans l'Ain, est un philosophe, universitaire français d'origine hongroise et cofondateur et président de la Ligue des droits de l'homme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Victor Basch est issu d'une famille juive : il est le fils de Raphaël Basch et de Fanny Françoise Weissweiler. Lorsqu'il est enfant, la famille s'installe à Paris, au 62 rue Rodier ; Raphaël Basch y est correspondant de presse. Fanny Françoise Weissweiler se suicide le 18 novembre 1876[1], au cours d'une crise de neurasthénie.

Il fait de brillantes études au lycée Condorcet d'abord, puis ses études supérieures en allemand et en philosophie, à la Sorbonne.

Il se marie le 7 novembre 1885[2], au temple de Pest, avec Ilona Fürth (Hélène Basch). Il est naturalisé français en 1887. Hélène et lui habitent d'abord à Paris (au 8 rue Huysmans) de 1913 à 1940.

L'universitaire[modifier | modifier le code]

Envoi de Charles Lalo à V. Basch sur L'expression de la vie dans l'art (1933).
Ouvrage conservé à la Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS.

Reçu à l'agrégation de langues vivantes en 1884, il devient professeur d'allemand et d'esthétique à l'université de Nancy ; il y restera de 1885 à 1887. Il sera ensuite professeur de philosophie à Rennes de 1887 à 1906.

Ses travaux sur l'esthétique, en particulier L'Esthétique de Kant (1896), auront une profonde influence sur l'un de ses étudiants qui deviendra également l'un de ses disciples favoris, le jeune philosophe Valentin Feldman, qui rendra un hommage appuyé à son maître dans son ouvrage de vulgarisation sur le sujet, L'Esthétique française contemporaine (Paris, Félix Alcan, 1936).

L'intellectuel engagé[modifier | modifier le code]

Socialiste anti-conformiste, il s'est battu dans sa jeunesse pour Dreyfus. Septuagénaire, il a pris une part importante dans la naissance du Front populaire et a apporté son soutien aux républicains espagnols.

En 1898, Victor Basch est le cofondateur, avec Ludovic Trarieux et Lucien Herr, de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen ; il en sera d'ailleurs le quatrième président à partir de 1926.

Il s'inquiète très tôt à la montée du nazisme en Allemagne. Dans les années 20 et 30, il s'engage contre l'extrême droite et est même blessé en novembre 1930 par les Camelots du roi, lors d'un meeting houleux alors qu'il est âgé de 67 ans.

L'assassinat de Victor et Hélène Basch[modifier | modifier le code]

Inquiétés dès les débuts de l'occupation (son logement est pillé, Victor Basch perd ainsi nombre d'écrits entreposés dans l'appartement), ils fuient en zone libre, en 1940, et s'installent dans le quartier de Saint-Clair à Caluire-et-Cuire, exactement au 116, Grande-rue-Saint-Clair.

Investi dans la défense des droits de l'homme et dans la franc-maçonnerie, Victor Basch est recherché par Vichy[3]. En janvier 1944, la milice de Lyon, dirigée par Paul Touvier, repère[3] Victor Basch à Caluire-et-Cuire. Le 10 janvier 1944, accompagné d'une dizaine de miliciens (en particulier Lécussan, le chef régional de la milice) et du Lieutenant Moritz de la Gestapo, il participe[3] lui-même à l'arrestation de Victor Basch et de son épouse Hélène, âgée de 79 ans, qui refuse[3] de le laisser. Lécussan racontera par la suite : « Moritz jugea Victor Basch trop âgé pour pouvoir l'arrêter, et nous décidâmes de l'exécuter »[3] ; Lécussan, accompagné d'autres miliciens et de Moritz, conduira alors le couple à Neyron dans l'Ain où Victor et Hélène Basch seront abattus[3] de plusieurs coups de feu, le soir même. Lécussan reconnaîtra avoir abattu[4] lui-même Victor Basch ; Gonnet se chargeant d'assassiner Hélène Basch de deux balles de pistolet[4].

Sur le corps de Victor Basch, sera retrouvé un écriteau laissé par les miliciens sur lequel était inscrit :

« Terreur contre terreur. Le juif paie toujours. Ce juif paye de sa vie l'assassinat d'un National. À bas De Gaulle-Giraud. Vive la France. »

— Comité National Anti-Terroriste, région lyonnaise[5]

La question de la responsabilité de Touvier[modifier | modifier le code]

Cette question a, entre autres, été traitée par la justice, notamment au travers des procès successifs de Touvier. D'abord, celui relatif au non-lieu rendu par la chambre d'accusation, le 13 août 1992 ; puis lors du pourvoi formé devant la Cour de cassation, qui cassera partiellement le non-lieu, le 27 novembre 1992. Au cours de ce pourvoi et au sujet de la complicité d'assassinat présumée sur Victor et Hélène Basch, le 10 janvier 1944, la Cour de cassation rendra à nouveau un verdict de non-lieu[6] : l'assassinat de Victor et Hélène Basch serait le fait[6] de Lécussan et de Moritz. Ceci, malgré la présence de Touvier à la réunion préparatoire à l'expédition de Caluire (témoignage de Louis Macé, milicien) et sa présence à l'arrestation elle-même (rapportée par Lécussan et par Macé).

Outre le fait que le rapport tient[6] compte du contexte du premier témoignage de Macé (à la Libération), elle considère également le fait que Lécussan ne fait pas état de la présence[6] de Touvier à Neyron, ni d'une décision explicite[6] de Touvier concernant l'assassinat des Basch. Or Lécussan et Touvier entretenaient[6] de mauvaises relations…

Enfin, si la présence et le rôle de Gonnet semblent certains, Touvier réfute le lien de subordination qui existait entre lui et Gonnet ; pour lui Gonnet avait quitté le 2e service, fin 1943[6]. À noter que par contre, pour l'exécution des sept Juifs au cimetière de Rillieux, le lien de subordination entre Touvier et Gonnet semble avéré (témoignage de Louis Goudard) et conduira à la condamnation de Touvier.

Témoin de la réunion préparatoire, de l'arrestation et de l'assassinat des Basch, Moritz n'a jamais été interrogé dans cette affaire.

Famille[modifier | modifier le code]

Victor et Hélène Basch, ont cinq enfants[2] :

  • Lucien
  • Fanny
  • Suzanne

Inhumations[modifier | modifier le code]

Tombe de Victor Basch[Note 1].

Victor[8] et Hélène[2] Basch sont inhumés à la Nécropole nationale de la Doua, à Villeurbanne.

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Son nom a été donné à de nombreuses rues et école de France :

En effet, il existe une place Victor Basch à Lyon 7ème, une rue Victor Basch à Décines (69), à Villeurbanne (69) à Arcueil, à Montrouge, à Vanves, à Vincennes, à Thiais, à Charenton-le-Pont, à Noisy-le-Grand, à Sotteville-lès-Rouen, à Sainte-Geneviève-des-Bois, à Massy, à Saint-Étienne, à Jeumont, à Bourg-en-Bresse, à Taverny, à Rennes, à Dinan, à Vandœuvre-lès-Nancy, à Vannes, à Roanne, à Riom, au Blanc-Mesnil (93), à Saint-Cyr-l'École (78),à Cenon (33),à Hyères ainsi qu'à Saint-Dizier (52), à Nogent-sur-Marne (94), à Cavaillon (84), à Saint-Yzan-de-Soudiac (33), en Arles (13) et à Saint Quentin (02) .

À Paris, une place du 14e arrondissement, précédemment dénommée place Victor-Basch par arrêté du 18 décembre 1944, est baptisée place Victor-et-Hélène-Basch depuis 1992.

Le 25 février 2000, Maître Henri Leclerc, alors président de la ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, a dévoilé une plaque apposée sur la façade de l'immeuble situé au 8 rue Huysmans en hommage à Victor Basch, lui-même président de la LDH de 1926 à 1940, et qui vécut à cette adresse de 1913 à 1940.

À Caluire-et-Cuire, dans le quartier Saint-Clair, où il fut arrêté avant son assassinat, une école porte son nom.

Un mémorial, le mémorial Hélène-et-Victor-Basch est érigé à Neyron, à l'endroit où Victor Basch fut assassiné par la milice ; de plus, La place de la mairie de Neyron se nomme place Victor-Basch. Enfin, à proximité du mémorial, passe le viaduc Hélène-et-Victor-Basch de l'A46.

À Rennes où Victor Basch a été professeur de philosophie, de 1887 à 1906, un lycée a été baptisé lycée Victor-et-Hélène-Basch. De plus, deux amphithéâtres, un de l'Université Rennes 2 situé sur le campus de Villejean et un de l'université Rennes 1 sur le campus de Beaulieu portent son nom.

En 2010, le STIF décide de donner son nom à une station de la Ligne 2 du tramway d'Île-de-France située dans la commune de Colombes.

Le 16 avril 2014 à l'initiative de la LDH (Ligue des Droits de l'Homme), une plaque commémorative a été inaugurée en l'honneur de Victor et Hélène Basch à Montrouge, à l'angle de la rue Victor Basch et de la rue Carvès. Cette plaque rappelle que Victor Basch présida les Assises de la paix et de la liberté, au stade Bufalo à Montrouge, le 14 juillet 1935, événement fondateur du Front populaire.

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

  • (Essai critique sur) L'Esthétique de Kant, Paris, 1896 ; premier volume d'un ouvrage en 4 volumes sur l'histoire de l'esthétique ;
  • (La) Poétique de Schiller ;
  • La Vie intellectuelle à l'étranger ;
  • L'Aube : proses de guerre, Paris, Librairie Félix Alcan, 1918 ;
  • Les Origines de l'individualisme moderne ;
  • Le maître-problème de l’esthétique, 1921 ;
  • L'individualisme anarchiste, Max Stirner, Paris, 1904, Librairie Félix Alcan, rééd. 1928 et 2008 ;
  • Titien, Librairie Française, 1919 ;
  • Études d'esthétique dramatique, Librairie Française ;
  • La vie douloureuse de Schumann, Paris, 1926, Librairie Félix Alcan ;
  • Les doctrines politiques des philosophies classiques de l'Allemagne, Leibnitz Kant Fichte Hegel, Paris, 1927, Librairie Félix Alcan ;
  • Essai d'esthétique de Kant, 1936 ;
  • Il contribua fréquemment dans les revues Le Siècle et La Grande Revue ;

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sur sa tombe est inscrit Guillaume (son second prénom Wilhem) et non Victor.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Basch, « Des semaines… chaudes de bataille. » Victor Basch et le deuxième procès d’Alfred Dreyfus.... In: Matériaux pour l'histoire de notre temps. 2003, N. 72. pp. 4-11., sur www.persee.fr (consulté le 20 avril 2011).
  2. a, b et c « Basch Hélène », sur memorial-genweb.org (consulté le 10 avril 2011).
  3. a, b, c, d, e et f « L'Express retrouve Paul Touvier, par [[Jacques Derogy]] », sur L'Express,‎ publié le 5 juin 1972, mis à jour le 16 octobre 2003 (consulté le 31 mars 2011).
  4. a et b Documentaire Milice, film noir d'Alain Ferrari, témoignage de Françoise Basch, 1997.
  5. PV 18 du 11 janvier 1944 de la brigade de gendarmerie de Sathonay in Le livre noir Des crimes Nazis Dans L'Ain pendant L'Occupation, Édition du Bastion,‎ 2004, 132 p. (ISBN 2-7455-0303-0), p. 71.
  6. a, b, c, d, e, f et g « Audience publique du 27 novembre 1992. Rapport de Cassation partielle », sur haguejusticeportal.net,‎ 27 novembre 1992 (consulté le 19 avril 2011).
  7. Archives de l'état civil de Rennes en ligne, registre naissance 1889 2E97, acte no  356, vue 66.
  8. « Basch Guillaume Victor », sur memorial-genweb.org (consulté le 10 avril 2011).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Victor Basch, Dreyfusard de combat, Vincent Lowy, 2005, documentaire de 52 min.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]