Révolution russe de 1905

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Révolution russe de 1905
Manifestation du 17 octobre 1905, Ilya Repine (musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg).
Manifestation du 17 octobre 1905, Ilya Repine (musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg).
Informations générales
Date 1905
Lieu Russie
Issue Révolution avortée et promesse de constitution.
Belligérants
Flag of Russia.svg Empire russe Red flag.svg Communistes

La Révolution russe de 1905 englobe l'ensemble des troubles politiques et sociaux qui agitèrent l'Empire russe en 1905. Elle commença le 22 janvier (9 janvier) 1905, lors du « Dimanche rouge », et aboutit dix mois plus tard à la promesse d'une constitution, le Manifeste d'octobre.

L'évolution économique et sociale du pays avait fait monter les oppositions libérales, démocrates, socialistes et révolutionnaires au régime tsariste. La fusillade meurtrière du Dimanche Rouge à Saint-Pétersbourg mit le feu aux poudres. Le régime impérial survécut à cette première attaque d'envergure, mais le mécontentement grandit et l'opposition se radicalisa. La grève générale d'octobre 1905 réussit à faire céder le régime. Une constitution libérale fut octroyée ; mais dans les deux ans qui suivirent, la contre-attaque de Nicolas II réduisait à néant les espoirs soulevés par cette révolution.

La mutinerie du cuirassé Potemkine[1], immortalisée en 1925 par Le Cuirassé Potemkine, film de Sergueï Eisenstein, en est restée un symbole.

Les causes de la Révolution de 1905[modifier | modifier le code]

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Nicolas II

Après le règne réactionnaire de Nicolas Ier, l'empereur Alexandre II abolit le servage en 1861 et mena une politique plus libérale pendant les années 1860. Conscient du retard économique et social de l'Empire russe, Alexandre II procéda à toute une série de réformes[2], jusqu'à créer des institutions locales et provinciales, les zemstva[3].

Cependant, ces réformes ne furent que des aménagements, pas des bouleversements. Tout restait encore sous la coupe du souverain et rien n'était délégué. Le pouvoir des assemblées locales restait limité (éducation, santé et voirie). La libéralisation du régime avait cependant permis le développement d'une opposition nourrie par le populisme, le nihilisme ou le terrorisme, tandis que les nationalités, comme la Pologne en profitèrent pour s'agiter. L'insurrection polonaise de 1863-1864 et les multiples attentats contre le régime le firent changer de politique. Son assassinat en mars 1881 par le groupe terroriste Narodnaïa Volia provoqua l'instauration d'une politique de répression et de réaction qui ne s'acheva provisoirement qu'en 1905.

Alexandre III puis son fils Nicolas II tentèrent de contrôler le plus étroitement possible le pays : retour sur toutes les avancées libérales avec par exemple la mise en place d'une police secrète très puissante, l'Okhrana dans le cadre des Règlements provisoires. Publiés le 14 août 1881, ils avaient pour but, selon Alexandre III, « d'extirper l'odieuse subversion qui déshonore notre terre russe, de raffermir la foi et les mœurs, et d'élever nos enfants dans le bien » et de « ramener l'ordre et la justice dans les institutions accordées à la Russie par son bienfaiteur ». Les Règlements provisoires permettaient de mettre en place un quasi état de siège. La police pouvait procéder à des perquisitions et à des arrestations sommaires, à des emprisonnements sans jugement. Cette prison préventive pouvait durer de quatre à six mois. En cas d'absence de preuves ou de preuves insuffisantes, les autorités pouvaient emprisonner ou déporter administrativement tout suspect pour une durée de un à cinq ans. Pour les « crimes contre l'État », et leur définition était suffisamment vaste pour en englober le plus possible, on procédait à des procès en cour martiale siégeant à huis clos, même pour des civils. Le gouvernement avait rappelé aux cours martiales qu'elles avaient obligation d'appliquer le paragraphe 279 du Code de justice militaire. Il prévoyait la peine de mort en cas de crimes contre l'État. La nouvelle police secrète était chargée de faire appliquer les Règlements provisoires, qui furent rendus définitifs par Nicolas II au début de son règne.

De 1881 à 1904, la Russie vécut dans un état d'urgence ou un état de siège quasi permanent. Parallèlement, le pays connaissait un rapide essor économique : la révolution industrielle russe date des années 1890[4].

Les causes structurelles[modifier | modifier le code]

Le mécontentement ne cessait de croître parce que la société russe se transformait, tandis que le système politique semblait incapable d'évoluer. Les classes moyennes, dites aussi Troisième Élément en Russie, étaient de plus en plus nombreuses. Le poids de l'administration russe y était pour beaucoup : le développement des Zemstva et la bureaucratie toujours plus lourde augmentaient le nombre de fonctionnaires qui rejoignaient la classe moyenne. Les professions libérales, c'est-à-dire les avocats, médecins ou vétérinaires[5], très influencées par les idées libérales, prenaient une place de plus en plus importante dans la société. Les classes moyennes étaient cependant frustrées, car quasiment exclues du pouvoir politique[6]. L'industrialisation et le développement du capitalisme avaient eu aussi des conséquences sociales avec la naissance du prolétariat et la migration des ouvriers vers les villes. La paupérisation des paysans dans les campagnes nourrissait le prolétariat rural. Ces deux catégories sociales constituaient un immense réservoir de mécontents et des masses utilisables pour de grands mouvements de protestation.

Dès la première vague d'industrialisation en 1870, la Russie connaît des mouvements de grève s'exprimant principalement par la destruction des machines sur les lieux de travail. Il faut pourtant attendre la deuxième poussée d'industrialisation, en 1875, pour que ces grèves spontanées atteignent une certaine ampleur.

L'autocratie restait intransigeante face à une opposition elle aussi de plus en plus intransigeante. L'Union de libération, très influente dans les classes moyennes, avait organisé la campagne des Banquets à partir de décembre 1904[7]. Les socialistes révolutionnaires étaient très présents dans les campagnes, où les révoltes paysannes se multipliaient : entre 200 et 300 dans les cinq ans précédant 1900. Les socialistes démocrates du POSDR de Lénine étaient très implantés dans les milieux ouvriers, où ils diffusaient la littérature de propagande marxiste.[réf. nécessaire]

Peinture de Władysław Skoczylas représentant une manifestation à Saint-Pétersbourg

Le gouvernement essayait de contrecarrer les actions de propagande du POSDR par les méthodes de répression habituelles, mais aussi en tentant de canaliser les mécontentements. L'Okhrana joua un rôle très important dans la mise en place d'une organisation ouvrière légale. Elle échoua à Moscou, mais réussit à Saint-Pétersbourg : l'un des agents de l'Okhrana, le prêtre Gueorgui Gapon, mit sur pied onze sections ouvrières regroupant plusieurs milliers d'ouvriers.

Les causes conjoncturelles[modifier | modifier le code]

Les mécontents multipliaient les actions : attentats pour les socialistes révolutionnaires, qui réussirent à assassiner le ministre de l'Intérieur Viatcheslav Plehve ou manifestations dans les rues de Saint-Pétersbourg après la fermeture des universités. Ces manifestations quotidiennes étaient durement réprimées par la police et les cosaques.

La crise économique avait durement frappé la population entre 1901 et 1903. Dans un contexte de crise mondiale, les faillites industrielles s'étaient faites de plus en plus nombreuses, tout comme les famines dans les campagnes à cause des mauvaises récoltes. Entre 1900 et 1904, on compta 670 révoltes paysannes[8]. De plus, les ouvriers, au chômage en ville, n'avaient même plus l'espoir de trouver refuge à la campagne, frappée elle aussi par la crise.

La défaite dans la guerre face au Japon avait porté un coup au prestige du gouvernement et de l'empereur. Nicolas II avait espéré détourner l'attention de l'opinion publique des problèmes intérieurs grâce à une guerre facile contre ceux qu'il appelait « les macaques[9] ». La population avait d'abord été tout à fait indifférente à cette guerre lointaine, avant d'y être complètement opposée quand les levées de troupes se firent de plus en plus nombreuses, que les impôts pour financer le conflit augmentèrent et que les nouvelles de défaites successives arrivèrent.

La Perspective Nevski

Nicolas II n'avait pas su se concilier les classes moyennes. Il avait rejeté les demandes qu'il considérait comme « inadmissibles » de l'Assemblée des Zemstva de novembre 1904. Elles concernaient les libertés fondamentales, l'égalité des droits pour tous et la liberté totale de pensée[10].

Les grèves se multipliaient dans les grands centres industriels : Bakou, Moscou et Saint-Pétersbourg. Elles débouchèrent dans cette ville sur le massacre du Dimanche rouge le 9/22 janvier 1905. Tout avait commencé en décembre 1904 aux usines Poutilov, le plus grand centre industriel (12 000 ouvriers) de la capitale[11]. Les ouvriers avaient demandé à la direction un certain nombre de réformes modérées. L'influence de Gueorgui Gapone se faisait très fortement sentir avec cette utilisation de la voie légale, à laquelle le gouvernement était favorable. Mais la direction refusa d'accepter les demandes et licencia les meneurs. Le 21 janvier eut lieu une manifestation pour leur réintégration. Gapone se trouvait à la tête du cortège qui regroupait la quasi-totalité des ouvriers de Saint-Pétersbourg : 220 000 personnes. On eut alors l'idée d'aller porter au Tsar une pétition pour lui apprendre la misère de son peuple. Les socialistes révolutionnaires intervinrent dans la rédaction de la pétition.

Les soldats tirant sur la foule lors du Dimanche rouge (scène fictive tirée d'un film soviétique de 1925).

Le texte était respectueux pour le tsar, mais remettait en cause l'autocratie. Il demandait toutes les libertés, les droits de se syndiquer et de faire grève, une réforme agraire et surtout une assemblée élue au suffrage universel.

Le 22 janvier, une procession derrière le prêtre Gapone, des icônes et des portraits du Tsar devait aller respectueusement porter cette pétition au Palais d'Hiver, où l'on supposait que Nicolas II résidait. Mais l'empereur était parti en laissant tous les pouvoirs aux forces de l'ordre. La troupe tira sur la foule. Les chiffres des victimes diffèrent : de 130 à plus de 1 000 morts et de quelques centaines à plusieurs milliers de blessés. La troupe tira au palais d'hiver, mais un peu partout dans la capitale aussi. La population russe perdit définitivement confiance en son tsar.

Le développement de l'agitation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dimanche rouge.

Le développement de l'agitation fut la conséquence des massacres de janvier.

Affirmation de l'opposition[modifier | modifier le code]

En 1896-1897, Saint-Pétersbourg avait déjà été le lieu d'une grève générale et du premier essai d'organisation autonome des travailleurs. Pour résister à la répression policière et au chômage, des comités de grève illégaux se développèrent, véritables centres de ralliement des travailleurs en lutte pour la direction des grèves et l'aide financière aux grévistes.

En 1905, il y eut une première flambée de grèves en janvier et surtout février. Les socialistes révolutionnaires reprirent les attentats, et assassinèrent le grand duc Serge. Les libéraux s'organisèrent. Les diverses Unions professionnelles (médecins, avocats, ingénieurs…) se regroupèrent en mai en Union des Unions, sous la présidence de Pavel Milioukov. Leur objectif était d'obtenir un régime de monarchie constitutionnelle avec deux chambres, les libertés fondamentales et un accroissement du lot de terre des paysans. Les revendications politiques des patrons rejoignaient là les revendications politiques des ouvriers. Mais ces derniers avaient aussi des revendications économiques.

Il y eut une deuxième grande vague de grèves en mai et juin 1905, cette fois-ci sous la direction du POSDR. C'est de cette période que l'on date la naissance du premier soviet ouvrier, même si certains[12] affirment que le premier soviet datait du lendemain du Dimanche rouge. Cette question historiographique renvoie à des problèmes idéologiques d'interprétation des événements.

L'agitation croissait dans les campagnes : occupation des grands domaines par les paysans, multiplication des révoltes spontanées que les socialistes révolutionnaires tentaient de politiser. En juin 1905, fut créée l'Union paysanne pan-russe qui affirmait que la terre devait être considérée comme la propriété collective du peuple tout entier. L'armée et la marine étaient elles aussi lasses et mécontentes. Ce fut à ce moment que se situa l'épisode de la mutinerie du cuirassé Potemkine. Cette mutinerie n'était pas politisée et débuta par des problèmes sociaux : des relations mal gérées entre officiers et marins, et sur les conditions de vie à bord, logement et nourriture avariée. À cela vint s'ajouter la défaite navale face aux Japonais. Le navire entra dans le port d'Odessa en arborant le drapeau rouge[13]. Pourtant, les marins refusèrent de s'associer aux ouvriers grévistes. La lassitude de l'armée se lit aussi dans son refus d'intervenir contre les marins du Potemkine.

Attitude du gouvernement[modifier | modifier le code]

Les escaliers Richelieu à Odessa

L'attitude fut assez ambiguë et indécise. Deux tendances s'affrontaient en effet au sein du gouvernement : ceux favorables à la répression, regroupés autour du gouverneur de Saint-Pétersbourg, le général Trepov ; et ceux favorables à la négociation, autour du comte Serge Witte. En décembre 1904, un manifeste impérial avait annoncé la libéralisation du régime, mais il était resté sans suite. Les grèves de février avaient entraîné une répression dure de la troupe sous les ordres de Trepov.

En mars, le ministre de l'Intérieur Boulyguine avait annoncé la probable convocation d'une assemblée consultative, la tolérance religieuse et l'abrogation des lois de russification, tandis que Trepov obtenait l'interdiction d'une réunion d'ouvriers qui devaient discuter de leurs problèmes économiques et l'arrestation des meneurs. En août, un manifeste impérial annonçait la convocation d'une Douma consultative élue au suffrage restreint et indirect. Cette annonce vint trop tard. Toute l'opposition, des libéraux aux extrémistes voulaient une Douma délibérative élue au suffrage universel. Cela entraîna une répression forte. La troupe intervint partout. La célèbre fusillade dans l'escalier Richelieu à Odessa date de ce moment.

La réaction de l'opposition fut équivalente à la répression gouvernementale.

La grève générale d'octobre[modifier | modifier le code]

La grève : 7-17 octobre 1905[modifier | modifier le code]

La grève fut l'apogée du mouvement. Elle fut conduite par le POSDR et le Soviet des ouvriers de Saint-Pétersbourg. Elle débuta dans les universités. Le gouvernement avait accordé le droit de réunion aux étudiants en septembre 1905. Les universités proclamèrent alors leur autonomie et organisèrent des réunions où toutes les classes sociales se croisèrent et confrontèrent leurs revendications. Les bourgeois demandaient les libertés constitutionnelles et politiques ; les ouvriers avaient des revendications sociales : journées de huit heures et augmentations de salaires. Les paysans continuaient à occuper les grands domaines. Les nationalités en Pologne, en Finlande, dans le Caucase et dans les régions baltes s'agitaient et demandaient leur autonomie.

Trepov crut qu'il pouvait écraser le mouvement grâce aux troupes fraîches et fidèles revenant du front oriental. Le 7 octobre, il fit arrêter les dirigeants de l'Union des cheminots et fit intervenir les cosaques dans la capitale. Cela entraîna la grève générale qui paralysa progressivement tout le pays. L'armée fut alors incapable d'agir.

La population réclamait une constitution, une Douma et les libertés. À Saint-Pétersbourg, les socialistes-révolutionnaires, les bolcheviks et les mencheviks s'unirent au sein du soviet ouvrier, qui publia les Izvestia.

Le Manifeste du 17 octobre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Manifeste d'octobre.

Devant l'échec de Trepov, on se tourna vers les solutions proposées par Serge Witte, qui disposait alors d'une aura importante : il venait de signer aux États-Unis une paix pas trop humiliante pour son pays avec le Japon. Le tsar créa pour lui le poste de président du Conseil des ministres. Il fit signer au tsar le Manifeste du 17 octobre 1905. On crut que c'était la fin de l'autocratie et le premier pas de la Russie vers la monarchie constitutionnelle.

Le Manifeste accordait un certain nombre de libertés immédiatement : conscience, parole, réunion, association. Un ministère homogène fut constitué sous la direction de Witte, nommé Premier ministre. Le gouvernement annonça qu'il ne s'immiscerait pas dans les futures élections pour la Douma législative élue au suffrage universel. Les Règlements provisoires furent abrogés.

Il restait cependant des ambiguïtés : la Douma aurait-elle un rôle constitutionnel et les ministres seraient-ils responsables, et devant qui ?

Division de l'opposition[modifier | modifier le code]

À l'annonce du Manifeste, la population laissa éclater sa joie, pavoisa les rues et chanta la Marseillaise. Mais, si pour les libéraux la victoire était complète, pour les socialistes et les ouvriers, le Manifeste n'était qu'un premier pas.

La pression des ouvriers s'accentua. Les soviets ouvriers se multiplièrent. Il y eut même des soviets de soldats parmi les troupes revenant du front. Il y eut des insurrections de marins : à Kronstadt et à Sébastopol en novembre. À l'initiative des socialistes révolutionnaires, des soviets de paysans se constituèrent. Des révoltes rurales avaient toujours lieu : 219 soulèvements en octobre, 796 en novembre et 575 en décembre. L'Union paysanne pan-russe réclamait la nationalisation du sol, donc la suppression de la propriété privée du sol[14].

Pourtant, la majorité des paysans était favorable au Manifeste et faisait confiance à la Douma ; d'autant plus que les premières mesures de Witte furent favorables aux paysans[réf. nécessaire]. Les libéraux créèrent le Parti constitutionnel démocratique ou KD, dirigé par Milioukov et Malakov. Les modérés parmi les socialistes révolutionnaires créèrent en janvier 1906 le Parti social du peuple qui joua le jeu de la démocratie et de la Douma.

Le gouvernement joua alors sur les divisions de l'opposition : en 1906, il diminua de moitié les sommes encore dues par les paysans pour le rachat des terres datant de l'abolition du servage en 1861 ; en 1907, cette dette fut totalement effacée ; le fermage fut diminué, et les salaires des ouvriers agricoles augmentés.

Les conservateurs s'organisèrent dans l'Union du peuple russe, dirigée par Dimitri Chipov et Alexandre Goutchkov. L'extrême droite créa les Centuries noires, plus ou moins soutenues par le gouvernement, pour lutter contre les libéraux, les intellectuels, les socialistes et les Juifs, notamment par l'organisation de pogroms comme celui de Kichinev.

À la fin du mois de novembre 1905, il ne restait plus comme opposition que le mouvement ouvrier et l'Union paysanne pan-russe. Witte fit arrêter les dirigeants de l'Union paysanne le 27 novembre et les membres du soviet ouvrier de Saint-Pétersbourg, dont Trotski le 16 décembre. Le soviet de Saint-Pétersbourg appela à la Révolution[15]. Le soviet de Moscou prit le relais. Des troupes nombreuses furent acheminées par train à Moscou. Du 22 décembre 1905 au premier janvier 1906 des combats qui firent plus d'un millier de morts opposèrent les ouvriers de Moscou à la police et à l'armée[16]. Il y eut encore quelques agitations sporadiques en 1906 : des grèves, des révoltes paysannes ou des mutineries dans l'armée ou la marine, mais le gouvernement réussit à maintenir l'ordre.

Nicolas II avait octroyé une constitution garantissant les libertés fondamentales et une Douma élue. Apparemment, la Russie prenait la voie de la démocratie et de la liberté. Mais, la première Douma, dominée par les KD fut impuissante. Le tsar refusait de nommer un gouvernement correspondant à la majorité à la chambre. Celle-ci refusait toutes les mesures gouvernementales et le gouvernement refusait toutes les mesures proposées par la Douma. Elle fut dissoute deux fois successivement, jusqu'à l'élection d'une majorité docile et favorable au tsar. Il avait fallu pour cela procéder à des modifications des modalités électorales[17]. La Douma dite des Seigneurs fut alors docile et on revint à un fonctionnement de type autocratique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'authenticité historique de la fusillade de l'escalier Richelieu à Odessa est discutée. Voir page de discussion de l'article
  2. Girault et Ferro, p.28-46
  3. Girault et Ferro, pp. 40-41.
  4. François-Xavier Coquin, 1905. La Révolution russe manquée., pp. 12-13.
  5. Léon Tolstoï, « Les événements actuels en Russie », in Dernières Paroles., p. 323
  6. F.X. Coquin, Des Pères du peuple au père des peuples., p.230-241.
  7. F.X. Coquin, Des Pères du peuple au père des peuples., p. 237.
  8. Girault et Ferro, p. 81.
  9. Girault et Ferro, p. 82.
  10. Léon Tolstoï, « Les événements actuels en Russie », p. 319 et 324.
  11. F.X. Coquin, 1905., p. 45.
  12. Voline, La Révolution inconnue
  13. Caron et Vernus 2008, p. 375
  14. Girault et Ferro, p. 89.
  15. F.X Coquin, 1905, p. 133-136.
  16. F.-X. Coquin, 1905, p. 138-141.
  17. F.-X. Coquin, 1905, p. 163-189.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]