Révolution (politique et sociale)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Révolution)
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Révolution (homonymie).
Illustration de la « contagion révolutionnaire » : avec l'Épisode des journées de Septembre 1830, les autorités redoutent un embrasement en Belgique suite aux Trois Glorieuses en France.
(peint par Gustave Wappers - Musées royaux des beaux-arts de Belgique)

Le mot révolution est issu du bas latin et latin chrétien revolutio « révolution, retour (du temps); cycle, retour (des âmes par la métempsychose) » ; latin médiéval « révolution (astronomique) », dérivé du latin revolvere « rouler (quelque chose) en arrière; imprimer un mouvement circulaire à, faire revenir (quelque chose) à un point de son cycle ». C'est en 1660, lors de la restauration de la monarchie anglaise, qu'il a été utilisé pour la première fois dans son sens actuel, celui d'un mouvement politique amenant, ou tentant d'amener un changement brusque et en profondeur dans la structure politique et sociale d'un État.

La difficulté à définir le terme vient d'un usage répandu qui tend à le confondre avec celui de révolte, lequel désigne la contestation par des groupes sociaux de mesures prises par les autorités en place, sans que cette contestation s'accompagne nécessairement d'une volonté de prendre le pouvoir et de se substituer à ces autorités. On parle donc habituellement de révolution a posteriori, une fois que le soulèvement a débouché sur une prise de pouvoir, laquelle s'exprime ensuite par d'importants changements institutionnels[1]. À la différence de la révolte, qui est un mouvement de rébellion spontané se manifestant très tôt dans l'histoire (ex. la révolte de Spartacus), la révolution est généralement considérée comme un phénomène moderne et, sinon prémédité, du moins précédé de signes annonciateurs. Le mot désigne alors une succession d'événements résultant d'un programme (ou projet), voire d'une idéologie. Ce qui distingue donc la révolution de la simple révolte, c'est qu'il est possible de la théoriser [2].

Il est ainsi significatif que la pratique révolutionnaire n'apparaît qu'à la fin du XVIIIe siècle, au moment où se généralise en Occident la pensée réflexive, quand l'Humanité se pense comme telle et formule les principes de sa gouvernance. C'est l'époque où Adam Smith en Angleterre jette les bases du libéralisme et où en France Jean-Jacques Rousseau, avec son Contrat social, élabore les fondements de la démocratie moderne. Deux événements politiques sont ainsi considérés comme les premières grandes révolutions de l'histoire : en 1776, la Révolution américaine (qui correspond à la naissance des États-Unis) puis en 1789 la Révolution française (qui marque l'avènement de la République en France).

Au XIXe siècle, le Français Tocqueville est le premier intellectuel à porter un regard critique sur le mouvement révolutionnaire qu'il ne dissocie pas d'une tendance des nations à s'instituer en états (centralisés ou fédérés, mais aux pouvoirs sans cesse étendus), tandis que, face aux inégalités croissantes que génère le capitalisme, l'Allemand Karl Marx développe les premières approches théoriques de la révolution, visant à mettre fin aux inégalités sociales provoquées par le capitalisme dans les pays industrialisés.

Au XXe siècle, se réclamant de Marx, le marxisme-léninisme (en URSS), le maoïsme (en Chine) et les révolutions du tiers monde (essentiellement en Afrique et en Amérique latine) constituent les principales tentatives pour renverser le capitalisme et lui opposer d'autres modèles. Mais ces expériences se soldent par la perpétuation de conflits de classe[3] et surtout de graves atteintes aux libertés individuelles, que les « intellectuels de gauche », en Occident, ne reconnaîtront que tardivement[4]. En 1989, la chute du Mur de Berlin précipite, en Europe de l'Est puis en URSS, le renversement des dictatures communistes tandis qu'à l'Ouest, les politiques de dérégulation menées par Ronald Reagan aux USA et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne marquent le déclin du socialisme en tant que modèle alternatif au capitalisme et l'hégémonie de ce dernier dans le monde entier : les « lois du marché » s'imposent de plus en plus comme "naturelles" aux populations. Celles-ci, malgré la montée en puissance de la pauvreté, du chômage, de la précarité et des inégalités sociales, cèdent au goût du confort matériel et de la consommation de masse. L'esprit individualiste prend ainsi nettement l'ascendant sur l'esprit révolutionnaire et les idéaux de justice.

Au début du XXIe siècle, cet esprit révolutionnaire ne se manifeste plus que sporadiquement. Le capitalisme étant en état de crise permanente, il fait débat dans le monde entier: ses défenseurs se demandent comment l'amender, ses détracteurs par quoi le remplacer. Il offre donc l'occasion d'un changement radical de modèle; pourtant aucune révolution n'a lieu nulle part. Dans les pays arabes, des révoltes renversent les dictatures mais les peuples sont partagés entre le souhait d'adopter les modes de vie occidentaux et celui d'installer un modèle basé sur les préceptes du Coran. De même, dans le reste du monde, et malgré les tentatives du mouvement altermondialiste, l'individualisme et le consumérisme semblent marquer le règne du conformisme: auteur de trois ouvrages sur le thème de la révolution (voir bibliographie), Jacques Ellul considère que le développement de la technique a conduit les humains à préférer le confort matériel à la liberté, ce qui lui permet d'affirmer en 1993 : « le conformisme est le totalitarisme de demain »[5].

Par extension, le mot révolution désigne tout changement ou innovation modifiant l'ordre social établi, sans intention politique préalable (exemples : Révolution copernicienne, révolution industrielle, révolution scientifique, révolution technique...)

Sommaire

Qu'entend-on par « révolution » ? [modifier]

L'impossibilité de réduire la révolution à un concept [modifier]

L'historien américain Martin Malia[6] considère que c'est à partir du moment où la sociologie émerge comme science humaine, indépendante de l'histoire, qu'apparaissent les premières analyses du phénomène révolutionnaire. Selon lui, son compatriote Crane Brinton est le premier à s'engager dans cette voie, à travers son livre The Anatomy of Revolution, publié en 1938 (et remanié en 1965). Brinton ne cherche pas des lois applicables à toutes les révolutions mais entend mettre en valeur différents motifs qu'elles ont en commun, notamment un caractère de fièvre collective qui s'empare d'un peuple quand le pouvoir en place ne parvient pas à répondre efficacement à ses attentes. Mais Malia fait remarquer que Brinton (au départ spécialiste de la Révolution française) tend à généraliser de façon superficielle aux révolutions anglaise, américaine et russe des facteurs caractéristiques du cas français[7]. Faisant mention des travaux d'autres penseurs américains ayant essayé de formuler une typologie (Barrington Moore, Charles Tilly...), il estime qu'aucune conceptualisation n'est convaincante.

En Europe également, un certain nombre de sociologues ont essayé de ramener les différents événements considérés comme "révolutionnaires" à une définition du terme. Ellul [8] mentionne les tentatives d'Henri Janne (en 1960), Jules Monnerot en 1969), Jean Baechler et Pierre Lepape (tous deux en 1970). Relevant à chaque fois des carences et des incohérences, il en déduit que les contextes historiques sont beaucoup trop différents pour que l'on puisse formuler une définition universelle. Tout au plus peut-on selon lui se livrer à des analyses comparées, ce qu'il fait lui-même au fil de ses livres. Dès la préface d'Autopsie de la révolution, il écrit : « Il faut accepter pour révolution ce que les hommes de telle époque ont vécu en tant que révolution et ont eux-mêmes nommé ainsi ».

En revanche, il s'attache à différencier méthodiquement les termes « révolte » et « révolution » pour affirmer que l'on ne peut parler de révolution sans traiter des rapports que les individus établissent avec l'État. Thèse que reprendra plus tard, avec d'autres arguments, la sociologue américaine Theda Skocpol, s'appuyant sur sa formule « bringing the state back in » (« ramener l'État au cœur du débat »).

Révolution et remise en cause de la légalité [modifier]

D'après différents auteurs, il serait possible de distinguer « réformisme » et « révolution » par son rapport à la loi. Pour Paul Eltzbacher, les fondateurs des principaux courants de la pensée anarchiste, ou du moins anti-étatique, sont Michel Bakounine, William Godwin, Pierre Kropotkine, P.-J. Proudhon, Max Stirner, Benjamin Tucker et Léon Tolstoï. Tous ces penseurs ont comme point commun le rejet actuel de la légitimité de l’État, et la négation de son existence pour l’avenir prochain de la société. Les différents courants de l’anarchisme peuvent être classés de plusieurs manières. Par exemple, suivant leurs idées sur la réalisation de la disparition de l’État. Certains courants, ceux de Godwin et Proudhon, peuvent être considérés comme réformistes en ce sens qu'ils prévoient la transition de la société actuelle à la société préconisée sans violation du droit établi. Les autres sont révolutionnaires et prévoient la transition par violation du droit en vigueur[9],[10].

Pas de « révolution » sans « État » [modifier]

Si « faire la révolution » revient à renverser un pouvoir et lui en substituer un autre, le concept de révolution est indissociable de celui de gouvernement. Or, avant les grands événements révolutionnaires, la fonction des gouvernements était simplement d'instituer des lois garantissant le maintien d'un certain ordre dans la vie quotidienne et de protéger les populations des attaques des peuples étrangers. Or, la Révolution américaine puis la Révolution française ont considérablement étendu le champ des compétences du gouvernement, lesquelles vont désormais concerner également l'éducation, la santé, la sécurité sociale, etc... Si bien que la notion d'État, devient une notion forte chez les individus. Non seulement les intellectuels commencent à le conceptualiser (Hegel en particulier) mais les populations ont tendance à s'en remettre à lui pour qu'il gère leur condition (on parlera plus tard d'État-providence) et, de façon corolaire, à vouloir le renverser lorsqu'ils en sont majoritairement mécontents. En 1979, Theda Skocpol[11] considère que l'on ne peut parler de révolution que dans un contexte où les hommes se donnent pour but de renverser un état. Dix ans plus tôt, et plus radicalement, Jacques Ellul pense qu'au final, les révolutions ne font que renforcer le pouvoir étatique au détriment de celui des individus [12]. En cela, il le situe dans le sillage de la pensée de Tocqueville.

Déjà, au XIXe siècle, Karl Marx recommandait à ce que l'on veille à pondérer sa confiance en l'État dans la mesure où celui-ci est administré par une classe - la bourgeoisie - qui le prend en charge afin de servir ses propres intérêts. De fait, celle-ci exerce sa domination sur la classe ouvrière non seulement en se rendant propriétaire de sa force de travail mais en légitimant cette appropriation par l'appareil étatique, via le droit. Léon Trotsky en a tiré par la suite la conclusion que la révolution doit être "permanente" pour contrôler ce processus [13]

Le mouvement anarchiste se veut révolutionnaire au sens où, ayant démontré que tout État (même se revendiquant du marxisme) écrasant l'initiative individuelle, la révolution consiste à remettre en cause l'autorité et la légitimité des états, puis à les renverser pour leur substituer des formes de gouvernement déconcentrées (fédéralisme). Affichant sa propre sensibilité anarchiste, Jacques Ellul fait remarquer que, depuis leurs origines, les acteurs révolutionnaires n'ont cessé de se focaliser sur la question de l'amélioration des institutions, ce qui n'a fait que renforcer l'appareil d'État et ce qui aboutit, selon lui, à un résultat totalement inverse à celui recherché : les individus cessent d'être révolutionnaires car ils délèguent aux appareils étatiques le soin d'opérer les changements de société (le réformisme est la confiscation par l'État de l'élan révolutionnaire). Dès lors, la révolution est à la fois (et paradoxalement) impossible - du fait que l'État bourgeois a "récupéré" à son profit tout le potentiel révolutionnaire et que la majorité des individus s'y conforment - et "nécessaire" - dans la mesure où le totalitarisme étatique va croissant[14]. "Croire que l'on modifiera quoi que ce soit par la voie institutionnelle est illusoire" conclue t-il[15].

Regards sur les grands moments révolutionnaires [modifier]

On s'attachera ici à repérer un certain nombre de critiques portant sur les plus grands événements révolutionnaires.

La révolution au XVIIIe siècle [modifier]

La Révolution américaine (1775-1783) [modifier]

Article détaillé : Révolution américaine.

Contexte : Les soixante premières années du XVIIIe siècle sont marquées par des guerres coloniales entre Français et Anglais. En 1763, le Traité de Paris met fin à ces conflits et consacre la victoire des Anglais qui annexent l'ensemble des territoires allant du Canada au Mississipi. Les rapports entre les Anglais et leurs treize colonies s'en trouvent considérablement modifiés : les colons ne subissant plus de menaces extérieures n'ont en effet plus besoin des Anglais pour les protéger. Les Anglais, par ailleurs, souhaitent réduire de leur budget la défense de leurs colonies et veulent modifier les termes de leurs échanges militaires et commerciaux avec elles, exigeant d'elles qu'elles assurent leur propre défense. 1764 marque le début d'une période de réaction de la part des colons, qui culmine en 1770 avec le Massacre de Boston.

Résumé des événements : Des velléités d'indépendance se manifestent en 1774 (Congrès de Philadelphie) qui se soldent l'année suivante par le début d'un conflit armé. Pétri par l'esprit des Lumières, Thomas Paine émigre d'Angleterre à Philadelphie et devient l'un des piliers du mouvement d'indépendance. Le 17 juin 1775, les Américains prennent l'ascendant sur les Anglais (Bataille de Bunker Hill) et, le même jour, tiennent un second congrès qui confie à George Washington le commandement d'une armée, avec la mission de retirer aux Anglais l'administration des colonies. Le 4 juillet 1776, le congrès officialise la rupture et publie une Déclaration d'Indépendance rédigée par Thomas Jefferson. Les conflits durent jusqu'en octobre 1781 (Bataille de Yorktown). En 1783, des négociations ont lieu en France, la paix est signée à Paris le 3 septembre. Rédigée en 1787, la Constitution prend effet en 1789. Son premier objectif est d'établir l'équilibre entre l'exécutif (le président), le législatif (le Congrès) et le judiciaire (la Cour suprême).

Impact : La Révolution américaine a créé un nouvel état (en l'occurrence une république fédérale) doté d'institutions marquées par une séparation nette des pouvoirs. Très rapidement, elle a eu un fort retentissement en Europe, notamment en France, provoquant d'importants changements intellectuels guidés par les idéaux républicain et démocratique. Les journaux européens ont suivi avec attention ce qui s'est passé outre-Atlantique tandis que le texte de la Déclaration d'indépendance américaine a été traduit dans tout le vieux continent, servant de source de réflexion à de nombreux juristes et intellectuels.

Analyses : Les avis critiques sont partagés. Arendt[16] considère les événements comme le paradigme de la révolution moderne, Ellul[17] n'y voit qu'une simple guerre d'indépendance. Malia, comparant ces événements avec la révolution anglaise du siècle précédent, décrit "un curieux paradoxe" et s'interroge : "alors qu'après 1640, les Anglais vivent à l'évidence un mouvement institutionnel majeur qu'ils hésitent encore aujourd'hui à qualifier de révolution, les Américains, qui ne connaissent après 1765 qu'un modeste renversement structurel, l'ont aussitôt considéré comme un événement d'une radicalité extrême et, depuis, s'enorgueillissent de ses résultats. Avec la France, l'Amérique du Nord britannique a donc porté sur les fonts baptismaux le concept de révolution dans son acception moderne. Mais dans quel sens cette rébellion coloniale fut-elle une révolution ?"[18] Malia précise : Les Américains n'ont pris aucune bastille et n'ont décapité aucun roi. Les principaux événements emblématiques sont une "partie de thé" (la fameuse Boston Tea Party) et quelques coups de mousquets tirés sur Lexington Green. (...) La révolution américaine est singulière par d'autres aspects. Pour commencer, le souverain contre lequel les colonies se sont rebellées n'était pas présent sur les lieux mais séparé d'elles par près de 5 000 km d'océan, ce qui, dans une large mesure, fait de la révolution une guerre d'indépendance territoriale. Ensuite, il n'y avait guère à l'intérieur des colonies mêmes d'institutions solides à renverser. (...) Enfin, la rébellion américaine se produisit dans des provinces où le revenu par tête était supérieur à celui de tous les pays de l'Ancien monde, ce qui limitait sérieusement la pression en faveur du changement social."[19] "Qu'avait donc de "révolutionnaire" le soulèvement de 1776 ? demande Malia. Avant tout, il marque la création d'une république démocratique à l'échelle d'un continent, fait inouï, exploité présenté comme l'avènement d'un monde nouveau et d'un homme nouveau, événement phare pour le reste de l'humanité. Par ailleurs, cette république est née dans le contexte d'une "fièvre" millénariste croissante, tout à fait comparable à celle qui avait provoqué les précédents épisodes révolutionnaires en Europe. (...) C'est ce républicanisme eschatologique qu'avaient en tête les fondateurs lorsqu'ils inscrivirent sur le sceau national les mots novus ordo seclorum ("nouvel ordre mondial") et substituèrent au sens conservateur qu'avait le mot "révolution" dans l'Angleterre de 1688 sa signification moderne de bouleversement, celle qui fait date aujourd'hui."[20]

La révolution atteint donc le stade du mythe, ce qui est probablement le trait commun à toutes les révolutions modernes, comme le souligneront différents commentateurs, en particulier Ellul dans Autopsie de la révolution.

La Révolution française (1789-1799) [modifier]

Article détaillé : Révolution française.

Résumé des événements : Suite à une désastreuse gestion des finances, Louis XVI et ses ministres ont mis la France en banqueroute. Le 5 mai 1789, pour remédier à la crise, le roi a convoqué les États généraux. Une forte majorité de "patriotes" se dégage, réclamant la fin de l'absolutisme royal et des privilèges de la noblesse. Réunis à nouveau le 20 juin dans la salle du jeu de Paume, ils votent la transformation des États généraux en Assemblée constituante. Le roi fait venir des régiments de mercenaires étrangers en vue d'un coup de force. Apprenant la nouvelle, le peuple parisien s'insurge et s'empare de la Bastille le 14 juillet. Le mouvement gagne alors la province. Le 4 août, l'Assemblée vote l'abolition des privilèges. Dans un climat plus serein, elle adopte la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen puis jette les bases d'une constitution parlementaire où la démocratie reste malgré tout réservée aux citoyens aisés. Malgré cette modération, la cour veut empêcher la promulgation des nouveaux décrets mais, en octobre, de nouvelles journées populaires l'obligent à les accepter. La tension monte quand l'Assemblée décide de nationaliser les biens du clergé. Devant l'étendue du mouvement, le roi espère une intervention étrangère. Le 20 juin 1791, il tente de s'enfuir de France mais est rattrapé à la frontière, ce qui ne fait qu'augmenter son discrédit auprès de la population. L'Assemblée législative succède à la constituante le 20 septembre. En 1792, le mouvement se radicalise avec, à sa tête, le mouvement des Jacobins. Le 10 août, la monarchie est renversée et la République proclamée le 21 septembre. Le 21 janvier 1793, le roi et la reine sont décapités. Mais des dissensions internes naissent au sein des Jacobins. L'année est marquée à la fois par la naissance d'une guerre civile et par l'attaque des troupes anglaises, prussiennes, autrichiennes, espagnoles et piémontaises qui veulent contribuer au retour de la monarchie. En 1794, les sans-culottes (issus du peuple) sont écartés du pouvoir par la bourgeoisie, laquelle, pendant cinq ans, va louvoyer pour se maintenir, parmi les guerres qui se poursuivent et les compromissions internes... jusqu'à ce que, le 9 novembre 1799, un général, Napoléon Bonaparte s'empare du pouvoir avec le titre de Premier consul.

Impact : La Révolution nous a légué la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui proclame l'égalité des citoyens devant la loi, les libertés fondamentales et la souveraineté de la Nation, apte à se gouverner au travers de représentants élus. Elle est restée un objet de débats ainsi qu'une référence à la fois positive et négative, en France comme dans le monde, créant des divisions durables par exemple entre les partisans de l'intervention étatique en économie et les défenseurs du libéralisme ou bien entre les anticléricaux et l'Église catholique. En revanche, le caractère universel des idéaux de la Révolution française ("liberté, égalité, fraternité") s'est imposé au point qu'il est d'usage de faire coïncider l'événement avec le concept de modernité.

Analyses : L'ensemble des historiens et sociologues admettent que la Révolution française a servi de tremplin aux exigences de la bourgeoisie, dont l'activité produisait toute la richesse industrielle et commerciale du pays mais dont l'essor se heurtait à l'absolutisme royal ainsi qu'aux privilèges exorbitants du clergé et de la noblesse. En revanche, un débat oppose deux camps quant à l'identité des principaux acteurs : ceux qui considèrent que le soulèvement de 1789 est né principalement de la volonté populaire : c'est l'opinion la plus largement répandue, véhiculée par l'idéologie marxiste qui a longtemps imprégné les milieux intellectuels français; et ceux pour qui cet élan populaire a été minime et a servi de paravent, le peuple ayant été, dès le départ, instrumentalisé par la bourgeoisie dans le but de s'approprier le pouvoir politique. En France, Jacques Ellul est le principal représentant de ce second courant : "le peuple ne fait jamais la révolution, écrit-il en 1969, il y participe".

La révolution au XIXe siècle [modifier]

Le XIXe siècle n'est pas marqué par des événements aux conséquences mondialement retentissantes, comme cela a été le cas au XVIIIe siècle (révolutions américaine et française) et comme ça le sera à nouveau au XXe siècle (révolutions russe et chinoise). En revanche, deux mouvements se produisent en France, qui attireront plus tard l'attention des premiers théoriciens de la révolution, principalement Karl Marx : la Révolution de Paris (1848-1852) et la Commune de Paris (1871).

La révolution de 1848 [modifier]

Contexte politique : L'année 1848 est marquée par de nombreuses actions de soulèvement en Europe (France, Autriche, Italie, Allemagne). Toutes ont en commun la misère populaire et la terrible condition du prolétariat dans les villes (surtout en France) et toutes se solderont assez rapidement par l'échec. En France, le roi Louis-Philippe est contraint d'abdiquer et la république est proclamée à l'improviste mais elle ne durera que trois ans. En Autriche-Hongrie, Metternich doit s'enfuir mais la contestation est finalement réprimée par l'armée. Dans diverses régions d'Italie (Rome, Piémont, Vénétie, Sicile...) et d'Allemagne (principalement la Saxe, le Bade et le Palatinat) les revendications portent sur des changements institutionnels mais, là encore, en vain.

Contexte social : Depuis la première Révolution française, la société s'est considérablement transformée, ceci moins pour des raisons d'ordre politique qu'en raison de l'évolution accélérée des moyens de production. En cinquante ans, le machinisme a provoqué une mutation profonde dans les façons de travailler, de vivre et de penser, dont l'ensemble de la population a conscience. Ce n'est pas un hasard si cette période voit poindre cette nouvelle science qu'est la sociologie[21] et si, en 1838, l'économiste Adolphe Blanqui[22], dans l'un de ses cours, utilise pour la première fois l'expression "révolution industrielle" pour désigner cette mutation. En 1845, Karl Marx, qui vit à Paris depuis deux ans, développe deux thèses qui seront au centre de son œuvre, à savoir, d'une part, que c'est la nature même des moyens de production qui détermine l'histoire, bien plus que le contenu des idéaux politiques; d'autre part que « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières; ce qui importe, c'est de le transformer » [23]. Au printemps 1847, en compagnie de Engels, il rejoint à Bruxelles un groupe politique clandestin, la Ligue des communistes; puis une seconde fois, en novembre à Londres. Ils en rédigent alors le manifeste, qui sera connu sous le nom de Manifeste du Parti communiste. Il paraît en février 1848... quand éclate la révolution à Paris.

Résumé des événements en France : Le règne de Louis-Philippe est marqué par le développement et l'enrichissement rapide de la bourgeoisie manufacturière et financière, l'extrême misère des classes ouvrières et la paupérisation des paysans devenus ouvriers. En particulier à partir de 1840, quand Guizot prend la tête du gouvernement et surtout à partir de 1846, quand il se montre incapable d'endiguer une grave crise économique. En 1848, près des deux tiers des ouvriers en ameublement et du bâtiment sont au chômage. Les inégalités sont également criantes au niveau politique : le pays ne compte que 240 000 électeurs pour près de 35,5 millions d'habitants. La situation est particulièrement tendue à Paris, peuplée d'un million d'habitants vivant pour la plupart dans des conditions vétustes. Un soulèvement se produit le 22 février, une semaine après que le préfet de police ait fait interdire les réunions politiques. Au bout de trois jours, le roi est contraint d'abdiquer et la Seconde République est proclamée. Une partie des acteurs de ce renversement sont des catholiques sociaux modérés qui, derrière Lamartine et Arago, sont porteurs de réformes politiques (par exemple le rétablissement du suffrage universel masculin et la fin à l'esclavage dans les colonies françaises). D'autres, tels Louis Blanc, sont partisans de réformes sociales. Pour eux, l'État doit se doter de moyens de lutter contre le chômage. À défaut de pouvoir créer un ministère du travail, ils obtiennent la création des ateliers nationaux. Mais tous ces républicains authentiques voient leurs anciens adversaires politiques devenir des « républicains du lendemain ». Heureux de l'éviction de Louis-Philippe, de nombreux notables légitimistes se sont en effet ralliés à la République. Car même s'ils s'opposent vigoureusement à la laïcisation de l'enseignement et à bon nombre de réformes sociales, le suffrage universel leur paraît un moyen de reconquérir le pouvoir: ils comptent sur le contrôle économique qu'ils exercent dans tout le pays pour faire pression sur les électeurs. Le 23 avril ont lieu les élections en vue de former l'Assemblée constituante et poser les bases du nouveau régime. Celle-ci est dominée par les modérés (environ 500). Les monarchistes, qui forment le Parti de l'Ordre, sont 200 tandis que les radicaux ne totalisent que 100 députés et que les socialistes sont presque tous évincés[24]. Le nombre de chômeurs augmente: le 18 mai, près de 115 000 personnes sont inscrites dans les Ateliers nationaux parisiens. Aux yeux des classes dominantes, qui s'exaspèrent de devoir entretenir un nombre croissant de chômeurs, ils constituent une infamie morale. Alors qu'ils symbolisent la politique sociale mise en place après les journées de février, la majorité conservatrice de l'Assemblée vote leur dissolution en juin, ce qui provoque, aussitôt, une nouvelle insurrection : les Journées de Juin. L'armée réprime durement les insurgés. Une fois vainqueurs, républicains modérés et monarchistes dispersent les ouvriers des Ateliers nationaux (le 3 juillet), augmentent d'une heure la journée de travail et font déporter en Algérie, sans jugement, près de 4 350 insurgés. La liberté d'expression est grandement limitée, c'est la fin du rêve d'une république sociale. Les élections municipales (3 juillet), cantonales (27 août - 3 septembre) et législatives (17-18 septembre) révèlent une évolution de l'électorat : mécontents de la baisse des prix, ulcérés des moyens militaires utilisés pour percevoir l'impôt des 45 centimes, les ruraux désavouent la république. Les élections présidentielles (10 décembre) confirment ce rejet : soutenu par le Parti de l'Ordre, Louis Napoléon Bonaparte est élu pour quatre ans avec plus de 75 % des suffrages exprimés. Le 2 décembre 1851, il opère un coup d'état qui met fin à la République et, un an plus tard (2 décembre 1852), se fait proclamer empereur.

Impact : Présents à Paris au milieu des années 1840, Karl Marx et Friedrich Engels y fréquentent les milieux activistes. Mais en 1845, à la demande du gouvernement prussien, ils en sont chassés et s'installent à Bruxelles, où ils écrivent le Manifeste du Parti communiste. Celui-ci paraît en février 1848, quand éclatent les événements. Marx revient alors à Paris et il y séjourne par intermittences avant d'en être à nouveau chassé en juin 1849 (s'exilant cette fois à Londres, où il résidera jusqu'à la fin de sa vie). Ce mouvement, qui mène de l'abolition de la monarchie à celle de la république, exercera une influence d'autant plus notoire sur sa pensée que l'intervalle entre les deux moments aura été bref.

Analyse : En 1852, Marx écrit une série de sept articles qui seront rassemblés plus tard sous le titre Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte[25]. Il analyse la période 1848-1851 sous l'angle de l’antagonisme de classe. L'ouvrage s’inscrit dans la prolongation des Luttes de classes en France (1850)[26] dont il reprend la plupart des arguments, notamment l'idée que la République est l'outil ultime de domination de la bourgeoisie : "à la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe succède la république bourgeoise. Autrement dit : si, au nom du roi, a régné une partie de la bourgeoisie, c’est désormais au nom du peuple que régnera l’ensemble de la bourgeoisie." Considérant les événements sur la longue durée, il établit un parallèle entre le coup d'État du général Bonaparte (qui, selon le calendrier révolutionnaire, renversa le Directoire le 18 brumaire de l'an VIII) et celui de son neveu, en 1851, qu'il présente comme de la « deuxième édition du 18 Brumaire ». Mais autant il considère Napoléon Ier comme un acteur à part entière de la Révolution française, et le Premier Empire comme l'accomplissement de celle-ci, autant les événements de 1848 ne sont pour lui "que le retour du spectre de la vieille révolution". Le Second Empire n'est en rien le prolongement de la révolution mais sa négation.

La Commune de Paris (1871) [modifier]

Contexte : En juillet 1870, Napoléon III a entamé une guerre contre la Prusse. Le 4 septembre, suite à une journée d'émeute parisienne, il est renversé. Un gouvernement de défense nationale s'installe à l'Hôtel de Ville de Paris, officiellement pour poursuivre la guerre contre les États allemands, en réalité dans le but secret de signer la capitulation. Le 18 janvier 1871, alors que Paris est assiégé et connaît une grave famine, l'Empire allemand est proclamé à Versailles. Le 28, un armistice est signé, le temps laissé aux Français de convoquer l'assemblée nationale afin qu'elle décide de la poursuite ou de la cessation de la guerre. Le 8 février, une forte proportion de monarchistes sont favorables à la paix mais la plus grande partie des élus parisiens y sont opposés. Le 10 mars, l'Assemblée transfère son siège de Paris à Versailles. Un grand nombre de parisiens (essentiellement les habitants des quartiers bourgeois) quittent également la ville. En revanche, dans les quartiers-est, les classes populaires (essentiellement les ouvriers qui constituent un quart de la population) ont commencé à s'organiser en vue d'un conflit[27]. Le 17, le gouvernement Thiers envoie la troupe à Paris afin de s'emparer des canons de la Garde nationale. C'est ce projet qui constitue l'élément déclencheur de la Commune.

Résumé des événements : Le 18 juin, instruits de ce qui s'est passé en juin 1848, les Parisiens s'opposent à la troupe venue chercher les canons. Mais rapidement, celle-ci fraternise avec eux. Ils capturent deux généraux chargés de la manœuvre et les fusillent. Pendant plus de deux mois, ils vont tenir tête à l'État. Le 26 mars, des élections se déroulent pour désigner les membres du Conseil de la Commune[28]. Une grande partie de leur action est absorbée par la lutte contre les troupes de Thiers, lesquelles bénéficient de l'appui du chancelier allemand Bismarck. Alors que la convention d'armistice n'autorise que 40 000 soldats français en région parisienne, celui-ci libère près de 60 000 prisonniers de guerre qui s'adjoignent aux troupes de Thiers. Face à une si nombreuse et expérimentée armée, la Commune (qui ne dispose que des hommes de la Garde nationale) est vaincue le 28 mai.

Impact : La majorité des historiens ne classent pas l'événement de la Commune au registre des révolutions pour trois raisons: sa durée a été très brève; l'insurrection n'a pas été dirigée par des organisations citoyennes mais par une fédération de bataillons de la garde nationale; il s'est soldé par un échec cuisant. Qui plus est, l'écrasement des Communards (qui étaient passionnément attachés à une République idéale) facilitera l'installation durable d'une république intrinsèquement bourgeoise et conformiste : la IIIème République. Autant dire que les événements de la Commune constituent en France et en Europe, l'ultime tentative populaire pour se libérer de la domination économique de la bourgeoisie. En revanche, pour les premiers théoriciens de la révolution, la Commune de Paris a valeur d'exemplarité, en particulier Marx, qui la considère comme la première insurrection prolétarienne autonome. Elle a été revendiquée par la suite comme modèle — avec des points de vue différents — par la gauche, l'extrême-gauche et les anarchistes, inspirant de nombreux mouvements, tout d'abord en Russie, avec l'expérience des Soviets puis lors la révolution de 1917.

Analyse : Marx a suivi les événements de près puisqu'il les commente durant leur déroulement, dès la fin d’avril et rédige le texte final de La Guerre civile en France[29], le 30 mai, soit deux jours après l’écrasement par l’armée versaillaise. Il écrit notamment : « La Commune se débarrasse totalement de la hiérarchie politique et remplace les maîtres hautains du peuple par des serviteurs toujours révocables, remplace une responsabilité illusoire par une responsabilité véritable, puisque ces mandataires agissent constamment sous le contrôle du peuple. Ils sont payés comme des ouvriers qualifiés »[30].

La révolution au XXe siècle [modifier]

Le XXe siècle est d'abord celui des révolutions russe et chinoise qui ont sur le monde entier des conséquences profondes (et qui seront durables) puisqu'elles le divisent en deux camps idéologiques opposés: l'un défenseur des idées portant le capitalisme, l'autre prônant le socialisme. Cet affrontement est-ouest culmine dans les années 1950 et 1960 (au point que l'on parle de guerre froide et que s'expriment les craintes d'une troisième guerre mondiale). À cette époque, l'esprit révolutionnaire est vivace chez un grand nombre d'intellectuels occidentaux, qui se réclament du marxisme (en France, le plus connu d'entre eux est Sartre). Il est également très prégnant dans les pays du Tiers-monde (qui sont en fait le principal théâtre de l'affrontement est-ouest). Il est enfin visible chez une partie de la jeunesse occidentale qui, fait nouveau, associe le problème de la révolution à des questions de relations interpersonnelles, notamment les rapports hommes-femmes et inter-raciaux. Toutefois, dans les années 1980 et 1990, l'éclatement de l'URSS et l'ouverture de la Russie et de la Chine à l'économie de marché contribuent à réduire fortement les velléités de changement politique, de même que l'affadissement les idéaux socialistes dans les partis dits "de gauche"[31].

La Révolution russe (1917-1921) [modifier]

Avertissement : Objet de sympathies et d’espoirs pour certains[32] ou au contraire, pour d'autres, de critiques sévères, voire de peurs et de rejets, la Révolution russe constitue un des faits les plus passionnément discutés de l’histoire contemporaine. Encore aujourd'hui, son déroulement et ses conséquences posent de nombreuses questions aux historiens. En premier lieu, la révolution de Février impliquait-elle nécessairement celle d'Octobre ? En d'autres termes, les événements d’octobre relèvent-ils vraiment de la révolution et non pas, plutôt, du simple coup d'État ? Même chose pour la période troublée de 1918-1921 : ne s'agit-il pas là d'une banale guerre civile ? Enfin, dans la mesure où les événements débouchent sur la dictature stalinienne, faut-il en conclure que la révolution a été déviée, trahie, ou qu'elle est au contraire, en soi, inévitablement, un processus mortifère ?... Les commentaires qui suivent n'ont d'autre but que de "faire la part des choses" et de présenter les points de vue dans un souci didactique : en quoi la révolution des Soviets nous permet-elle de questionner, près d'un siècle après son déroulement, l'idée même de révolution ?

Contexte : Avant 1917, l'Empire russe était un régime tsariste, autocratique et répressif. Toutefois, en 1861, l'abolition du servage a annoncé la fin du régime féodal. Au début du XXe siècle, la Russie connaît un certain essor industriel. Poussés vers les villes, les anciens serfs se reconvertissent peu à peu en ouvriers. La nouvelle prospérité ne profite cependant pas à la population car le pays est dominé par les capitaux étrangers tandis que l’économie, dans son ensemble, reste archaïque. En 1913, la production industrielle est deux fois et demi inférieure à celle de la France, six fois moins que celle de l’Allemagne et quatorze fois moins que celle des États-Unis. De surcroît, alors que la Russie reste un pays essentiellement rural (85 % de la population), le rendement agricole reste médiocre tandis que la pénurie de transport paralyse toute tentative de modernisation. Le pouvoir tsariste faisant preuve d’immobilisme, différents mouvements organisés tentent de le renverser, mais les attentats sont sévèrement réprimés par l'Okhrana, la puissante police politique tsariste. Ni les révoltes paysannes, ni les attentats politiques, ni l’activité parlementaire de la Douma ne parvenant à imposer le changement, celui-ci sera finalement impulsé par le prolétariat. En 1905, une première révolution éclate, suite à la défaite de la Russie face au Japon. Cette première tentative du peuple de se libérer de son tsar est sévèrement réprimée mais elle permet toutefois aux ouvriers et aux paysans de se constituer en organes de pouvoirs indépendants de la tutelle de l’État: les Soviets. Dès 1914, la Russie participe à la Première Guerre mondiale: elle entre en conflit avec l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois pour venir en aide à la Serbie. Une offensive en Pologne est sévèrement battue: les troupes russes doivent battre en retraite. En février 1917, le poids de la guerre sur l’économie et les nombreuses pertes humaines sur un front réduit à une stratégie défensive mènent le peuple à la révolution.

Résumé des événements : Les troupes refusant de réprimer les manifestations, le tsar Nicolas II n’a plus les moyens de gouverner: il dissout la Douma, nomme un comité provisoire puis, le 2 mars, est contraint d'abdiquer : c'est la fin du tsarisme. La chute du régime suscite dans le pays d'autant plus d'enthousiasme qu'elle a été brève et n'a fait qu'une centaine de victimes. Mais pas moins de quatre gouvernements provisoires vont se succéder pendant huit mois, au fur et à mesure que la masse des ouvriers et paysans se politise. En quelques semaines, en effet, les soviets se multiplient sur la quasi-totalité du pays. Organes de démocratie directe, ces assemblées élues entendent exercer un pouvoir autonome face aux gouvernements provisoires. Élus par la Douma, ceux-ci sont dirigés par d'anciens monarchistes ou des membres de la bourgeoisie libérale (socialistes modérés ou mencheviks). Dans un premier temps, ils abolissent la peine de mort, libèrent les prisonniers d'opinion et proclament la liberté de la presse. Mais les difficultés commencent au fur et à mesure que les soviets se multiplient et qu'ils réclament de grandes décisions politiques et économiques. Ainsi, quand le soviet de Petrograd, dirigé par Trotski, réclame la paix, la terre aux paysans, la journée de huit heures et une république démocratique, la bourgeoisie libérale ne veut rien entendre. De surcroît, tout le monde s'accorde à reconnaître que seule une Constituante élue au suffrage universel a le droit de légiférer sur les questions de fond. Or l’absence de millions d’électeurs mobilisés au front retarde d’autant plus la convocation d'élections que les différents gouvernements provisoires entendent continuer la guerre. Le blocage est tel que la république n'est toujours pas proclamée officiellement. Les gouvernements provisoires ne pouvant agir sans l’appui des soviets, qui ont le soutien et la confiance de la grande masse des travailleurs, ils se refusent à prendre les mesures décisives, ce qui ne fait qu'accroître la tension populaire. Conduit par Lénine, le petit parti bolchevique tire bénéfice de la situation : réclamant la paix, il récupère le mécontentement général croissant. Alors que les soviets étaient jusqu'alors dominés par des partis socialistes, mencheviks et socialistes-révolutionnaires, les bolcheviks se réclament peu à peu les dépositaires de la révolution. Ils fomentent un coup d'état et, dans la nuit du 24 au 25 octobre (calendrier julien), prennent le pouvoir. Le lendemain, Trotski annonce officiellement la dissolution du gouvernement provisoire. La nouvelle suscite la désolidarisation des socialistes-révolutionnaires et mencheviks et la désapprobation d'une partie de la population [33] mais le nouveau régime se maintient. Lénine propose aux pays belligérants d’entamer des pourparlers « en vue d’une paix équitable et démocratique, immédiate, sans annexions et sans indemnités ». Baptisé « conseil des commissaires du peuple », le nouveau gouvernement jette en 33 heures les bases du nouveau régime : nationalisation des banques, contrôle ouvrier sur la production, création d’une milice ouvrière, souveraineté et égalité de tous les peuples de Russie. Le décret sur la terre est promulgué, stipulant que « la grande propriété foncière est abolie sans aucune indemnité ». Liberté est laissée aux soviets de paysans d’en faire ce qu’ils désirent[34]. En prenant le pouvoir, Lénine et Trotski espèrent impulser la révolution dans toute l'Europe[35]. Mais que ce soit en Allemagne, en France, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les grèves et manifestations ne débouchent sur rien. En Russie, les bolcheviks restent aussi isolés qu’aux premiers jours : leur prise du pouvoir ne fait pas l’unanimité. À la guerre contre l'Allemagne s'ajoute, dès l'automne 1917, la guerre civile. Pour les bolchevilks, le seul moyen d'assurer le succès de la révolution est la soumission de toute opposition par la force. Des moyens de répression sont mis en place, en premier lieu la Tchéka (police politique)[36] qui fera des milliers de victimes. La guerre prend fin en mars 1918, mais le traité de Brest-Litovsk ampute la Russie de 26 % de sa population, 27 % de sa surface cultivée, 75 % de sa production d'acier et de fer. Quant à la guerre civile, elle se solde par la reconstruction, par les bolcheviks, d'un État placé sous l'autorité d'un parti unique et doté d'un pouvoir absolu.

Impact : Les bolcheviks s’imposent à la tête du pays mais ne le font évoluer économiquement qu'au prix d'une dictature exercée sur le peuple[37], en particulier sur le prolétariat, au prix d'une industrialisation forcée. À l'intérieur du pays, le régime de Staline a fini d’étouffer les idéaux révolutionnaires et n'entretient le mythe du communisme qu'à force de propagande. Celui-ci s'imposera jusqu'en 1991, date à laquelle l'URSS sera démembrée. Dans les pays occidentaux, il continuera jusqu'à cette date de servir de modèle à des milliers de militants anticapitalistes qui en feront la propagande.

Analyse : Pour de nombreux marxistes non-bolcheviques, Lénine a déclenché une révolution ouvrière dans un pays massivement paysan et surestimé les potentialités révolutionnaires dans les pays occidentaux. Ce faisant, il a bafoué les principes établis par Marx et mis en place un capitalisme d'État. Commentant les événements au moment où ils survenaient, Karl Kautsky et Rosa Luxemburg ont dénoncé le parti bolchevique et son mépris de la démocratie, qui s'exprimait à travers les soviets. Son caractère centralisé et militarisé l’a amené à concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un groupe restreint (le Politburo, fondé en 1919) puis finalement celles d'un seul homme.

La Révolution chinoise [modifier]

Article détaillé : Guerre civile chinoise.

Les révolutions du tiers monde [modifier]

Révolution et contre-culture [modifier]

La situation au début du XXIe siècle [modifier]

Le début du XXIe siècle est marqué par la naissance du mouvement altermondialiste, lequel se construit sur deux recommandations de Marx : ne plus s'engager selon des réflexes nationalistes ni sur la base de préceptes idéologiques, comme cela s'est produit avec toutes les révolutions précédentes, mais selon une optique où l'on considère les problèmes "globalement", dans leur interdépendance au niveau planétaire et qu'il convient de résoudre "localement", c'est-à-dire au cas par cas, en fonction des singularités de chaque situation[38]. Toutefois, après des débuts prometteurs, le mouvement peine à se développer car aucune ligne directrice claire ne s'en dégage : que faire pour contrer "la dictature des marchés" et quelles formes de démocratie promouvoir dans des sociétés gangrenées par le consumérisme et qui sont administrées par des dirigeants s'alignant sur la realpolitik ? Une carence d'ordre théorique maintient le mouvement dans un esprit réformiste, ne manifestant pas, en tout cas, le moindre appel à la révolution.

Dans plusieurs pays arabes s'exprime certes une volonté forte de se libérer des carcans que représentaient les dictatures autrefois mises en place avec le soutien des pays occidentaux. On qualifie parfois les événements de 2011 (en Tunisie, en Égypte et en Libye) de "révolutions arabes". Toutefois, les populations ne parviennent pas à s'entendre autour d'un projet commun car elles vivent un dilemme, partagées entre le goût pour la modernité, dont les pays occidentaux restent le modèle et dont elles ne disposent pas des outils conceptuels pour la critiquer, et le poids de la religion, en l'occurrence les prescriptions coraniques extrêmement contraignantes et inégalitaires.

Face à toutes ces incertitudes, quelques voix s'élèvent qui continuent de prôner la révolution mais qui peinent à se faire entendre: celles des marxiens, qui se revendiquent de Marx mais considèrent que le marxisme a été une déviation de sa pensée.

Le déclin de l'idéal révolutionnaire [modifier]

Le printemps arabe [modifier]

Théories [modifier]

Alexis de Tocqueville [modifier]

La première grande analyse critique du phénomène révolutionnaire émane de l'historien Alexis de Tocqueville. Dans son essai L'Ancien Régime et la Révolution[39]publié en 1856, il ne considère pas la Révolution française comme une rupture mais comme l’aboutissement d’un processus engagé depuis des siècles et dont l’achèvement est la centralisation de l’État.

Karl Marx [modifier]

Le premier grand théoricien de la révolution est le philosophe allemand Karl Marx[40]. Selon lui, l'objectif premier d'une révolution est l'abolition des classes sociales. Commentant la Commune de Paris, il écrit : « La Commune ne fut pas une révolution contre une forme quelconque de pouvoir d’État, légitimiste, constitutionnelle, républicaine ou impériale. Elle fut une révolution contre l’État comme tel, contre cet avorton monstrueux de la société (…) Elle ne fut pas une révolution ayant pour but de transférer le pouvoir d’État d’une fraction des classes dominantes à une autre mais une révolution tendant à détruire cette machine abjecte de la domination de classe. »[41]

Les marxistes [modifier]

En août-septembre 1917, Lénine écrit L'État et la Révolution : la doctrine marxiste de l'État et les tâches du prolétariat dans la révolution, ouvrage interrompu par les événements d'octobre 1917. Il déclare défendre les analyses de Marx et Engels sur la nature de l'État contre ce qu'il considère être une déformation de leur pensée par les théoriciens réformistes de la social-démocratie qui se revendiquent du marxisme, en particulier Kautsky. L'État y est analysé comme un instrument d'oppression visant à assurer la domination d'une classe sociale sur une autre dans un mode de production donné.

La révolution permanente est un mot d'ordre lancé par Marx puis développé par Trotsky et Parvus pour désigner le processus par lequel la révolution ne s'arrête pas tant qu'elle n'a pas atteint tous ses objectifs. Pour Trotsky, les révolutions de notre temps ne sauraient s'arrêter à des réalisations nationales et bourgeoises : le prolétariat doit s'emparer du mouvement pour entreprendre une révolution mondiale et communiste.

Pour une redéfinition du travail [modifier]

Hannah Arendt [modifier]

Dans son Essai sur la révolution, en 1963, la philosophe américaine Hannah Arendt (1906-1975) oppose au modèle de la Révolution française et des luttes contre la misère, un ensemble d'événements qui tentent de fonder la liberté. Parmi ces événements, elle retient principalement la Commune de Paris (1871), la révolution hongroise et la révolution américaine.

Les marxiens [modifier]

On appelle aujourd'hui marxiens les théoriciens qui, tout en se revendiquant de la pensée de Marx se démarquent radicalement du marxisme, considérant qu'il n'est qu'une idéologie parmi d'autres et dans laquelle, par conséquent, Marx ne se serait pas reconnu lui-même.

Alors que, depuis l'écroulement du bloc communiste (en 1991), le mot "révolution" n'est plus utilisé que par les marxistes orthodoxes, qui continuent de penser que la révolution doit "mettre fin à la lutte des classes", les marxiens lui donnent un sens nouveau. Ils considèrent que le problème central ne se pose plus en termes de domination mais d'aliénation. La révolution n'est donc plus à penser en termes de rapports de classes et ne consiste plus à renverser tel ou tel système; elle repose, chez tout individu, dans sa capacité à donner un sens nouveau (non idéologique) au monde, en se ressourçant à son intériorité. Pour autant, les marxiens ne se réclament pas d'un quelconque spiritualisme. Ils portent un regard aigu sur l'économie et se focalisent sur la question du travail. À la différence des marxistes, qui continuent de se référer au postulat de Marx selon lequel la révolution consiste à se réapproprier les outils de production, les marxiens considèrent qu'il faut repenser la nature même du travail, admettre que la valeur travail est une idéologie qui a été véhiculée par les socialistes tout autant que par les capitalistes et qu'il en a résulté l'idéologie de la croissance. La critique marxienne dépasse donc largement celle du capitalisme et porte sur le productivisme dans son ensemble.

Jacques Ellul [modifier]

Ellul énonce sa vision personnelle de la révolution à deux reprises. Tout d'abord dans sa jeunesse, en 1935, quand il est encore sous l'influence du courant personnaliste, puis cinquante ans plus tard, en 1982, dans son livre Changer de révolution. L'inéluctable prolétariat[42]. Entre temps, il a publié deux ouvrages dans lesquels il s'est attaché à analyser les grands entreprises révolutionnaires puis à indiquer pourquoi, selon lui, celles-ci ont toutes conduit à des résultats opposés à ceux initialement attendus : Autopsie de la révolution[43] et De la Révolution aux Révoltes[44].

Analyse des événements historiques

Ellul considère que la révolution "n’est pas une révolte ayant réussi". À la différence de la révolte, viscérale et impulsive, elle s’appuie selon lui sur une doctrine qui cherche à s’appliquer au réel. Elle n’a rien de désespéré. Au contraire, elle cherche à s’institutionnaliser en suivant une méthode et elle vise toujours un certain ordre. Et cet ordre, c'est la constitution étatique[45]. Le "destin récurrent de la révolution", avance Ellul, c'est qu'elle est "la prise en charge d'une aspiration populaire par une classe dominante : une classe qui, au passage, n'oublie pas ses propres intérêts et qui, ce faisant, finit toujours par trahir l'impulsion populaire initiale". "Le mouvement de l’histoire non seulement ne précipite pas la chute de l'État mais il le renforce. C’est ainsi, hélas, que toutes les révolutions ont contribué à rendre l’État plus totalitaire"[46]. C'est pourquoi, conclut-il, "croire que l'on modifiera quoi que ce soit par la voie institutionnelle est illusoire"[47]. Citant en revanche Robert Aron et Arnaud Dandieu, "la révolution est l'émancipation de la personnalité humaine"[48], Ellul précise : "c'est au travers d'actes révolutionnaires que l'homme se fait, lorsqu'il remet radicalement en question le milieu dans lequel il se trouve. Or aujourd'hui, son milieu, c'est la technique."[49].

"Changer de révolution"

(> article en cours de rédaction).

Guy Debord et les situationnistes [modifier]
André Gorz [modifier]

Au lendemain des événements de Mai 68, le philosophe français André Gorz écrit son livre Réforme et révolution. Il y affirme notamment[50] : "L’avènement du socialisme ne résultera ni d’un aménagement progressif du système capitaliste, tendant à rationaliser son fonctionnement et à institutionnaliser les antagonismes de classe ; ni de ses crises et de ses déséquilibres, dont le capitalisme ne peut éliminer ni les causes ni les effets, mais qu’il sait empêcher désormais de revêtir une acuité explosive ; ni d’un soulèvement spontané des mécontents ; ni de l’anéantissement, à coup d’anathèmes et de citations, des social-traîtres et des révisionnistes. Il résultera seulement d’une action consciente et à long terme dont le début peut être la mise en œuvre graduelle d’un échelonnement cohérent de réformes, mais dont le déroulement ne peut être qu’une succession d’épreuves de force, plus ou moins violentes, tantôt gagnées, tantôt perdues ; et dont l’ensemble contribuera à former et à organiser la volonté et la conscience socialistes des classes travailleuses." En cela, les positions de Gorz s'apparentent au marxisme mais, en même temps, se démarquent de son orthodoxie par le fait qu'elles valorisent le rôle de la responsabilité individuelle.

Mais la fin de sa vie est marquée par un revirement. Dans Misères du présent, richesse du possible (1997) puis L'immatériel (2003), Gorz considère que l'évolution récente du capitalisme est marquée par la disparition de la valeur travail et par l'émergence de l'intelligence en tant que génératrice de richesse. À cette époque, il s'intéresse à ce que l'on appelle la Wertkritik (critique de la valeur), courant intellectuel allemand principalement représenté par la revue Krisis et la personnalité de Robert Kurz, ainsi que par les écrits du sociologue et historien américain Moishe Postone. Dans les deux cas, est réinterprétée la théorie critique de Marx. Gorz considère alors comme révolutionnaire tout changement de mode de vie caractérisé d'une part par une consommation moindre d'énergie, d'autre part (et de façon corollaire) par une réduction drastique de la durée du temps de travail ainsi qu'une redéfinition complète de la notion de travail. La surconsommation d'énergie des uns condamnant inévitablement les autres à la misère et menaçant à terme l'équilibre de la planète, adopter un mode de vie sobre est désormais une nécessité absolue[51]. La révolution, avant de s'inscrire dans des changements institutionnels, passe donc par une prise de conscience de chaque individu et surtout la traduction de cette prise de conscience dans ses actes au quotidien. Aujourd'hui au centre du débat de la décroissance, les analyses de Gorz ont contribué à mettre en lien les questions de transformation sociale et d'écologie avec une réflexion sur l'individualisme.

La nouvelle critique de la valeur [modifier]

Jean-Marie Vincent, Moishe Postone, Robert Kurz,

Références [modifier]

  1. Hannah Arendt, Essai sur la révolution, 1963. Trad. fr. Gallimard, 1967.
  2. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution, 1969. 2e édition Paris: La Table Ronde, 2008
  3. Dénoncés en URSS en 1980 par Mikhaïl Voslenski, à travers son livre La Nomenklatura
  4. Le livre L'Archipel du Goulag, d'Alexandre Soljenitsyne, marquera cette prise de conscience en 1973, soit... près de quarante ans après les Procès de Moscou
  5. Citation in Serge Steyer, L'homme entier, documentaire vidéo
  6. Martin Malia, History's Locomotives. Revolutions and Making of the Modern World, Yale University Press, 2006. Traduction française : Histoire des révolutions, Taillandier, 2008
  7. ibid, pp. 404-405
  8. d'abord dans son Autopsie de la révolution (1969) puis De la révolution aux révoltes (1972).
  9. cf. désobéissance civile.
  10. "L'Anarchisme" de Paul Eltzbacher et dans son ouvrage "Anarchisme,violence et non-violence, Petite anthologie de la révolution non-violente chez les principauxprécurseurs et théoriciens de l’anarchisme" Xavier Bekaert reprends cette classification de l'anarchisme]
  11. States and Social revolutions : A Comparative analysis of France, Russia and China, 1979. Traduction française : États et révolutions sociales : la révolution en France, en Russie et en Chine, Fayard, 1985.
  12. "Le mouvement de l'histoire ne précipite pas la chute de l'État mais au contraire le renforce: c'est ainsi que toutes les révolutions contribuent à rendre l’État plus totalitaire" : Jacques Ellul, Autopsie de la révolution, 1969
  13. La formule "révolution permanente" est bien de Trotsky mais Ellul fait remarquer que l'idée et de Pierre-Joseph Proudhon : "il n'existe pas plusieurs révolutions, il n'en est qu'une seule et unique, toujours la même, perpétuelle" (cité dans De la révolution aux révoltes, 1972/2011, p.460
  14. Et c'est un leurre que de croire que les États perdent de leur autorité devant les marchés dans la mesure où ceux-ci ne peuvent prospérer que sur la base d'une justification venant des autorités étatiques.
  15. Jacques Ellul, De la révolution aux révoltes, 1972
  16. Hannah Arendt, Essai sur la révolution, 1963. trad. fr. 1967.
  17. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution, 1969. 2e édition 2008
  18. Martin Malia, Histoire des révolutions, Taillandier, 2008, p. 216
  19. Ibid. pp. 216-217
  20. Ibid. pp. 217-218
  21. Auguste Comte popularise le terme en 1839.
  22. Frère du révolutionnaire Louis Auguste Blanqui.
  23. Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, 1845 (publiées en 1883, après la mort de leur auteur), thèse 11
  24. Le 15 mai, Barbès, Blanqui, Raspail et l'ouvrier Albert pénètreront de force de force dans l'assemblée pour contester l'élection. Ils seront finalement arrêtés.
  25. Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, dernière édition française : Mille et une nuits, 1997; ISBN 978-2-8420-5182-2
  26. Karl Marx, Les luttes de classes en France, dernière édition française, Gallimard, 2002. ISBN 978-2-0704-2231-9
  27. Elles sont d'autant plus organisées que le droit de grève est autorisé depuis 1864 et que la loi sur la liberté de la presse, promulguée en 1868, a permis aux revendications anti-capitalistes de se développer.
  28. En réalité, une partie seulement siègera, en raison de la démission des modérés.
  29. Karl Marx, La Guerre civile en France, 1871 - édition nouvelle accompagnée des travaux préparatoires de Marx, éd. sociales, 1968.
  30. Ibid. p. 214
  31. En France, ce changement est surtout perceptible lors du premier septennat de François Mitterrand à la présidence de la République : son premier gouvernement associe des ministres communistes, les suivants s'alignent sur la realpolitik conduites par les dirigeants libéraux, principalement Ronald Reagan et Margaret Thatcher
  32. Exemples : Jules Romains évoque la "grande lueur à l’Est", François Furet décrit le "charme universel d’Octobre"...
  33. Maxime Gorki écrit : « Les bolcheviks ont placé le Congrès des soviets devant le fait accompli de la prise du pouvoir par eux-mêmes, non par les soviets. [...] Il s’agit d’une république oligarchique, la république de quelques commissaires du peuple. »
  34. Le texte entérine en fait une réalité déjà existante, puisque les paysans se sont déjà emparés des terres pendant l’été 1917.
  35. Au Congrès des soviets, qui approuve l’insurrection, Trotski déclare  : « Ou bien la Révolution russe soulèvera le tourbillon de la lutte en Occident, ou bien les capitalistes de tous les pays étoufferont notre révolution. »
  36. Fondée à Pétrograd, elle comptait 600 agents en mars 1918 quand elle s'installa à Moscou, un millier en juin 1918, 40 000 fin 1918, et 280 000 début 1921.
  37. des milliers d'hommes sont déportés ou fusillés, les plus célèbres d’entre eux l'étant en 1936-1938 lors des procès de Moscou.
  38. L'un des slogans altermondialistes est : "Penser globalement, agir localement"
  39. Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, 1856. Dernière édition, Flammarion, 1993
  40. Michael Löwy, La théorie de la révolution chez le jeune Marx, 1970. Ré-édité aux Éditions sociales en 1997. Voir également le site "Matière et évolution" : www.matierevolution.fr/spip.php?article1637
  41. Karl Marx, lettre à Louis Kugelmann, 17 avril 1871
  42. Jacques Ellul. Changer de révolution. L'inéluctable prolétariat. 1982, Paris, Seuil.
  43. Autopsie de la révolution. Paris: Calmann-Lévy, 1969. 2e édition Paris: La Table Ronde, 2008.
  44. De la Révolution aux Révoltes. Paris: Calmann-Lévy, 1972. 2e édition Paris: La Table Ronde, 2011;
  45. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution, 1969; 2e édition 2008, La Table Ronde
  46. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution Paris: Calmann-Lévy, 1969. 2e édition Paris: La Table Ronde, 2008
  47. Jacques Ellul, De la révolution aux révoltes, 1972, 2e édition 2011, La Table Ronde
  48. Robert Aron et Arnaud Dandieu, La révolution nécessaire, 1933,; réed. 1997
  49. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution. Paris: Calmann-Lévy, 1969. 2e édition Paris: La Table Ronde, 2008 (p. 289)
  50. André Gorz. Réforme et révolution, Le Seuil, 1969, pp. 205-209
  51. Cette posture rejoint le concept connu sous le nom de simplicité volontaire.

Voir aussi [modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes [modifier]

Bibliographie [modifier]

Filmographie [modifier]