Jacques Benoist-Méchin

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Jacques Michel Gabriel Paul Benoist-Méchin, né le 1er juillet 1901 à Paris 17e, et mort le 24 février 1983 est un intellectuel, journaliste, historien, musicologue et homme politique, collaborateur français ; il fut condamné à mort en 1947 pour ses activités pendant l'occupation nazie, avant d'être gracié. En tant qu'historien, il est spécialiste de l'armée allemande et du monde arabe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, jeunesse et années de formation[modifier | modifier le code]

Benoist-Méchin est né dans un milieu cultivé et bourgeois. Il est le deuxième enfant (le premier étant mort-né) [1] du second mariage de Stanislas Lucien Alfred Gabriel Benoist, dit baron Benoist-Méchin, avec Marie Louise Pauline Gatel.

Son père ne manquait pas de se parer du titre de [2] baron d'Empire. En effet, la mère de celui-ci, Marie Élisabeth Berthe Benoist née Méchin, mariée à Alfred Benoist (receveur des finances), était la petite fille d'Alexandre Méchin préfet des Landes (an VIII), de la Roër (an X), de l'Aisne (an XIII), du Calvados (1810), créé baron Méchin le 31/12/1809). Le lien de filiation par alliance est effectif et a été transmis en la personne d'Olivier Charles André de Hogendorp, mort en 1924[3]. C'est lui qui a accolé le nom de Méchin à Benoist.

Ceci contribue probablement à développer son intérêt pour l'époque napoléonienne.

Son enfance est toutefois difficile, notamment sur le plan financier, du fait de la prodigalité et de l'éloignement de son père. Celui-ci était un aventurier. Il avait déjà effectué un long périple de cinq ans à travers la Chine, le Japon et en Russie (où il s'est marié à Vera de Zaltza, baronne de Zaltza le 23 novembre 1887, divorcé le 15 avril 1897). Puis, il fut attaché à la légation de France à Pékin. Il y acheta à Monseigneur Favier, archevêque de la ville, une prodigieuse collection d’objets d’arts qui constituera, plus tard, l’essentiel du fonds de la collection Grandidier au musée Guimet de Paris.

À la disparition précoce de celui-ci (6 mai 1923), il ne reste plus rien de l’importante fortune familiale, Jacques Benoist-Méchin doit donc travailler pour vivre.

Dans sa jeunesse, il se révèle doué pour les études, capable de traduire les auteurs anciens, et développe une sensibilité littéraire et musicale. Elle le conduit à obtenir une entrevue avec Proust en 1922 et à entretenir des liens avec le compositeur Henri Sauguet, membre de ce qu'on a appelé « l'école musicale d'Arcueil ».

Benoist-Méchin est trop jeune pour prendre activement part aux combats, mais la guerre lui fait prendre conscience de la nécessité d'œuvrer à la pacification de l'Europe et, surtout, à la réconciliation franco-allemande.

Dans les années 1920 il jouait dans l’orchestre de George Antheil qui, habitant au-dessus de la librairie américaine Shakespeare and Company, l’avait présenté à sa propriétaire Sylvia Beach et sa compagne Adrienne Monnier. Il y rencontra de nombreux écrivains comme James Joyce, Paul Valéry, Valery Larbaud, etc.[4]. Adrienne Monnier a dit de lui : « Aucun jeune homme ne fut autant que lui l’enfant de la maison [...] Je suis très fière de notre enfant. »[5]. Lorsque Sylvia Beach fut internée en tant que citoyenne américaine en 1943, Benoist-Méchin intervint personnellement pour la faire libérer.

En 1923, alors qu'il remplit ses obligations militaires, il est marqué par l'occupation française de la Rhénanie décidée par Poincaré et qui n'est pas, selon lui, de nature à favoriser cette réconciliation.

Il est un journaliste particulièrement au fait des questions internationales et travaille de 1925 à 1927 pour l'agence d'information américaine International News Service du magnat de la presse Randolph Hearst. Il collabore ensuite à l'Europe nouvelle de Louise Weiss. Elle le congédie plus tard, lui reprochant son admiration pour Hitler auquel il a consacré une biographie, retraçant son ascension. Puis, il devient secrétaire général de «L’Intransigeant» de Léon Bailby. Sa parfaite maîtrise de l’allemand et de l’anglais lui permet de traduire un grand nombre d’ouvrages.

Benoist-Méchin fait preuve d'opinions ouvertement favorables à Hitler et au nazisme. Il voit en Hitler un régénérateur de l'Europe, puis, celle-ci une fois dominée, son fédérateur. Pacifiste, partisan d'un rapprochement avec l'Allemagne, il devient un familier d'Otto Abetz, l'homme de Hitler en France au sein notamment du Comité France–Allemagne dont il est membre. Il avait adhéré dès 1936 au PPF, s'enthousiasmant pour l'équipe rassemblée autour de Doriot par Gabriel Le Roy Ladurie : « Je n'hésite pas à affirmer qu'aucun parti politique français ne disposa jamais d'un pareil potentiel intellectuel[6]. »

Il publie en 1939 un livre d'extraits commentés de Mein Kampf, Éclaircissements sur Mein Kampf, où il soutient qu'Hitler est « un visionnaire qui a décidé de réaliser son rêve avec le réalisme d'un homme d'État », élude les passages les plus violemment hostiles à la France, en travestit d'autres et souligne qu'Hitler s'opposerait moins à la France en elle-même qu'à la domination juive sur celle-ci[7].

Le collaborateur pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après la défaite de 1940, Benoist-Méchin qui a été mobilisé comme soldat de 2ème classe est fait prisonnier. Sa maîtrise de la langue allemande le désigne aussitôt comme interprète par les vainqueurs et, toujours prisonnier, il est nommé en août chef de la délégation des prisonniers de guerre à Berlin auprès de Georges Scapini, chargés de venir en aide aux prisonniers français détenus en Allemagne.

Pour justifier son engagement dans la collaboration, il déclare : « Un pays vaincu a le choix d'être soumis à son vainqueur ou d'être avec lui ; je choisis d'être avec lui. »

Il est nommé secrétaire général adjoint à la vice-présidence du Conseil le 25 février 1941.

En mai 1941, son nom figure sur le rapport remis à Pétain sur la Synarchie visant à discréditer le gouvernement Darlan. Il accompagne l'amiral Darlan le 11 mai 1941 à Berchtesgaden lors de sa rencontre avec Hitler.

Le 9 juin 1941, il est nommé secrétaire d'État à la vice-présidence du Conseil chargé des Affaires étrangères et notamment des relations franco-allemandes. Le même mois, il est chargé de mission à Ankara pour tenter d’obtenir de la Turquie la faculté d’envoyer des renforts vers la Syrie où les troupes du général Dentz s’opposent aux forces anglaises et de la France libre. En juillet, il joue un rôle déterminant dans la mise au point des accords franco-nippons (Accords Darlan-Kato) sur l’Indochine. Fondé de pouvoir à la banque Worms, il fait partie d'un groupe influent de technocrates ultra de la collaboration participant au gouvernement de Vichy qui veulent associer la France à la direction d'une « Nouvelle Europe » fasciste.

En janvier 1942, il reçoit, par Abetz, un message d'Hitler pour Pétain proposant une alliance militaire. Il semble avoir agi avec Victor Arrighi pour le retour de Pierre Laval au pouvoir. Il est partisan de la création de la Légion tricolore, mais les Allemands refusent.

Benoist-Méchin favorise la création d'un Service de la main-d'œuvre française en Allemagne à la tête duquel Gaston Bruneton est nommé le 6 avril 1942 et qui deviendra par la suite le Service du travail obligatoire.

Laval, excédé de trouver Benoist-Méchin sur son chemin lorsqu’il négocie avec les Allemands et le gênant par sa surenchère, supprime son poste le 29 septembre 1942 à l’occasion d’un désaccord sur la Relève[8]. Laval l'accusait aussi de vouloir mettre à sa place l'amiral Platon. Il prétendra avoir démissionné.

Après le débarquement des troupes alliés en Afrique du Nord (Opération Torch), Le Petit Parisien publie le 16 novembre 1942 une déclaration de Benoist-Méchin appelant à lutter contre les agresseurs, visant à une déclaration de guerre aux côtés de l'Allemagne et à la constitution d'un gouvernement d'ultra-collaborationnistes avec comme mot d'ordre : « guerre, révolution, salut public », proposition que Marcel Déat alla faire à Abetz avec Jean Luchaire et lui-même.

Il est arrêté et incarcéré à Fresnes en septembre 1944 pour son rôle dans la collaboration et notamment dans la création (finalement refusée par les Allemands) de la Légion tricolore. Son procès se déroule à partir du 9 mai 1947 devant la Haute Cour de justice. Après six audiences, durant lesquelles il est jugé sur son rôle de collaboration tactique et stratégique avec l'ennemi, n'ayant jamais eu de rôle dans la déportation, Benoist-Méchin est condamné à mort et à la dégradation nationale à vie le 6 juin suivant. Il est gracié le 30 juillet par le président Vincent Auriol et le 6 août, sa peine de mort est commuée en travaux forcés à perpétuité, puis à 20 ans[9]. Il bénéficie d'une remise de peine le 24 septembre 1953 et d'une libération conditionnelle en novembre 1954, date à laquelle il est libéré de la centrale de Clairvaux[10].

Retourné à la liberté, il devient journaliste et auteur de nombreuses biographies de personnages historiques dont celle du roi d'Arabie, Ibn Séoud commencée pendant sa captivité. Cet ouvrage sera remarqué par le roi d'Arabie et par le journal Paris-Match qui lui financera une tournée de plusieurs mois au Moyen-Orient et dont il reviendra avec une collection d'interviews des acteurs majeurs du temps comme Nacer, le roi d'Irak ou le premier ministre syrien. Jacques Benoist-Méchin est alors devenu un spécialiste de l'histoire et de l'actualité du monde arabe dont les textes font toujours référence. Cette vaste entreprise n'aurait pu être possible sans le concours de Hacène Ifrène, son fils adoptif et interprète, qui l'accompagnera tout au long de sa seconde vie.

Il décède le 24 février 1983 à l'hôpital Bichat, Paris 18e[11]. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (9e division).

Lors de son procès, Benoist-Méchin se défend des accusations de germanophilie en évoquant sa sensibilité aux questions européennes :

« Je n'ai jamais été germanophile dans le sens où on voudrait le faire entendre aujourd'hui, à savoir que j'aurais préféré l'Allemagne à mon propre pays [...] Quand je suis de passage à la SDN, à Genève, avec Briand, et que Briand parle de fédération européenne, je l'écoute et je pense qu'il a raison [...] Mais quant à savoir si je suis germanophile, à partir du moment où l'Allemagne occupe les trois cinquièmes du territoire français, ça, Messieurs, ce n'est pas possible, ça n'existe pas[12]. »

L'écrivain et l'historien[modifier | modifier le code]

Il publie à partir de 1936 l'Histoire de l'armée allemande qui sera un grand succès. Le général de Gaulle la fera réimprimer malgré la participation de Benoist-Méchin à la Collaboration, dès 1944 à plusieurs centaines d'exemplaires pour la formation des officiers d'état-major.

Après sa sortie de prison, il se consacre à la rédaction de biographies, dans un premier temps sur la dynastie saoudienne, puis à des grands personnages d'origine européenne ayant eu des activités hors d'Europe. Il rédige ainsi les biographies de Lyautey, de Lawrence d'Arabie (doublon ou pastiche d'un portrait de cet homme fait par Jean Béraud Villars et intitulé Le colonel Lawrence ou la recherche de l'absolu, mais le livre de Benoist-Méchin est agréable à lire, d'où son succès auprès du public depuis les années 1960) et d'Ibn Séoud. Le thème commun de cette œuvre biographique est le rôle de l'individu d'exception qui change le cours de l'Histoire et tente de créer un empire pour donner forme et durée à l'union des hommes d'une civilisation.

Il est assez proche d'un certain nombre de chefs d'état arabes. Il est notamment invité à l'anniversaire d'Hassan II en juillet 1971, au palais de Skhirat, où il assiste à une tentative de putsch sanglante et vaine (racontée dans Deux étés africains).

Ses amis[modifier | modifier le code]

  • Marcel Proust, avec qui il échangea une correspondance et avec qui il put s'entretenir quelques heures avant sa mort. Jacques Benoist-Méchin rédigea un livre sur Marcel Proust et la musique.
  • Sylvia Beach et sa compagne Adrienne Monnier.
  • Arno Breker, sculpteur officiel du parti nazi ; il le rencontra par l'intermédiaire de Pavel Tchelitchev, qui fit le portrait de la première épouse de son père.
  • Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne à Paris pendant l'occupation, qu'il rencontra pour la première fois lorsque celui-ci le libéra lorsqu'il fut détenu en Allemagne.
  • William Randolph Hearst, directeur et fondateur de l'International News Service dont Jacques Benoist-Méchin fut l'un des journalistes à une époque.
  • Paul Claudel, lorsque celui-ci fut représentant culturel de la France au Japon, une trentaine de lettres fut échangée entre les deux hommes, leur passion pour le théâtre ayant créé une forte amitié entre eux (correspondance disponible auprès du fonds Claudel de la fondation Jacques Petit).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Reconnaissance à Rilke (collectif) (1926)
  • Histoire de l'armée allemande (1936) :
  1.  : De l'Armée impériale à la Reichswehr (1918-1919) ;
  2.  : De la Reichswehr à l'Armée nationale (1919-1938) ;
  3.  : De Vienne à Prague (1938-1939).
  • Éclaircissements sur Mein Kampf d'Adolphe Hitler, le livre qui a changé la face du monde (1939).
  • La Moisson de quarante – Journal d’un prisonnier de guerre (1941).
  • L'Ukraine, des origines à Staline (Albin Michel, 1941).
  • Ce qui demeure – Lettres de soldats tombés au champ d’honneur, 1914-1918 (1942).
  • Série du Rêve le plus long de l'Histoire (Éditions Perrin ou Tempus pour la collection de Poche) :
  1.  : Lawrence d'Arabie – Le rêve fracassé (1961), existe aussi en collection de poche depuis 2008 ;
  2.  : Cléopâtre – Le rêve évanoui (1964) ;
  3.  : Bonaparte en Égypte – Le rêve inassouvi (La guilde du livre 1966, Lausanne ; Perrin, 1978) ;
  4.  : Lyautey l'Africain ou Le rêve immolé (1966) ;
  5.  : L'Empereur Julien – Le rêve calciné (1969) ;
  6.  : Alexandre le Grand – Le rêve dépassé (1976). Également Ed. Clairefontaine et La guilde du livre Lausanne, 1964 ;
  7.  : Frédéric de Hohenstaufen – Le rêve excommunié (1980), existe aussi en collection de poche depuis 2008.
  • Le Loup et le Léopard :
  1.  : Mustapha Kemal – La mort d’un Empire (1954) ;
  2.  : Ibn Séoud – La naissance d’un Royaume (1955) ;
  3.  : Le Roi Saud, ou l'Orient à l'heure des relèves (1960).
  1.  : La Bataille du Nord - 10 mai-4 juin 1940 ;
  2.  : La Bataille de France - 4 juin 1940- 25 juin 1940 ;
  3.  : La Fin du Régime - 26 juin 1940 - 10 juillet 1940.
  • Un printemps arabe (1959).
  • Deux étés africains (1972).
  • À destins rompus (1974).
  • Fayçal, roi d'Arabie (1975).
  • L'Homme et ses jardins – Les métamorphoses du paradis terrestre (1975).
  • La Musique et l'immortalité dans l'œuvre de Marcel Proust (1977).
  • De la défaite au désastre (1984-1985, posthume).
  • À l'épreuve du temps (1989-1993, posthume) (nouvelle édition revisité en 1 seul tome paru en mai 2011 chez Perrin).
  • Histoire des Alaouites (1994, posthume).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://canadp-archivesenligne.paris.fr/archives_etat_civil/1860_1902_actes/aec_visu_img.php?registre=V4E_10210&type=AEC&&bdd_en_cours=actes_ec_1893_1902&vue_tranche_debut=AD075EC_V4E_10210_0091&vue_tranche_fin=AD075EC_V4E_10210_012
  2. http://gw2.geneanet.org/jelumac?lang=en;pz=jacques;nz=benoist+mechin;ocz=1;p=lucien+charles+alexandre;n=mechin
  3. http://gw2.geneanet.org/jelumac?lang=en;pz=jacques;nz=benoist+mechin;ocz=1;p=olivier+charles+andre;n=olivier+de+hogendorp
  4. Sylvia Beach, Shakespeare and Company, Mercure de France, Paris, 1960.
  5. Adrienne Monnier, Les Gazettes, Gallimard, Paris, 1960
  6. Jacques Benoist-Méchin, De la défaite au désastre, tome 1, Albin Michel, 1984, p. 54.
  7. Voir Antoine Vitkine, Mein Kampf : Histoire d'un livre, Paris, Flammarion, 2009, chapitre VII.
  8. Angelo Tasca, Denis Peschanski, Vichy 1940-1944: quaderni e documenti inediti di Angelo Tasca, Feltrinelli Editore, 1986, 749 p. (ISBN 880799044X et 9788807990441) [présentation en ligne sur books.google.fr].
  9. « Bilan de l'épuration judiciaire » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), quid.fr.
  10. Pierre Giolitto, Volontaires français sous l'uniforme allemand, Perrin, collection « Tempus », 2007 (11e édition - 1re édition 1999), Paris, p. 232-235.
  11. http://canadp-archivesenligne.paris.fr/archives_etat_civil/1860_1902_actes/aec_visu_img.php?registre=V4E_10235&type=AEC&&bdd_en_cours=actes_ec_1893_1902&vue_tranche_debut=AD075EC_V4E_10235_0031&vue_tranche_fin=AD075EC_V4E_10235_006
  12. Jean-Louis Aujol, avocat à la cour d'appel de Paris, Le Procès Benoist-Méchin. Compte-rendu intégral des débats, Albin-Michel.