Camp de Gurs

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Camp d'internement de Gurs
Camp de Gurs panneau mémoriel 1980.jpg
Camp de Gurs, panneau mémoriel
Présentation
Gestion
Date de création avril 1939
Date de fermeture 1946
Victimes
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Pyrénées-Atlantiques
Localité Gurs
Coordonnées 43° 15′ 53″ N 0° 43′ 54″ O / 43.26472222, -0.7316666743° 15′ 53″ Nord 0° 43′ 54″ Ouest / 43.26472222, -0.73166667  

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Camp d'internement de Gurs

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Camp d'internement de Gurs

Le camp de Gurs est un camp de réfugiés construit en France à Gurs[1] près d'Oloron-Sainte-Marie dans les Basses-Pyrénées (actuellement Pyrénées-Atlantiques) par le gouvernement d'Édouard Daladier entre le 15 mars et le 25 avril 1939 pour accueillir d'anciens combattants républicains de la Guerre civile espagnole après la prise de pouvoir du général Franco.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le même gouvernement y interna des citoyens étrangers ressortissants des pays en guerre contre la France ainsi que des militants du Parti communiste français, favorable au Pacte germano-soviétique.

Camp de Gurs - Îlot

Après l'armistice du 22 juin 1940, signé avec l'Allemagne par le Gouvernement français de Pétain, le camp fut utilisé comme camp d'internement mixte pour accueillir des juifs de toutes nationalités – sauf français – capturés et déportés par le régime nazi dans des pays sous son contrôle (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas)[2]. Près de 4 000 juifs furent transférés au camp de Drancy, entre le 6 août 1942 et le 3 mars 1943, puis en Pologne au camp d'Auschwitz où ils furent presque tous exécutés.

Au cours de la guerre, le camp reçoit en plus des personnes qui avaient traversé la limite avec la zone occupée par les Allemands, des Espagnols qui avaient déjà été détenus au camp et qui, libérés à l’automne 1940, se trouvaient dans la région sans justifier d’emploi, des Espagnols en provenance d’autres camps fermés en raison des conditions de vie ou du faible nombre de détenus, des apatrides, des gitans, certains prisonniers de droit commun en attente de jugement (prostitution, marché noir, faux papiers, etc.).

Après la Libération de la France, et avant sa fermeture définitive en 1946, y furent brièvement internés des prisonniers de guerre allemands, des français ayant collaboré avec les Allemands et des combattants espagnols qui avaient pris part à la Résistance, mais que leur volonté de mettre fin à la dictature de Franco rendait dangereux aux yeux des Alliés.

Environ 64 000 personnes y ont été internées, et 1 072 y sont mortes, entre sa création en mars 1939 et sa fermeture à la fin de la guerre en août 1944.

Mémorial, Gurs, 2007.

Le camp[modifier | modifier le code]

À la suite de la victoire de Franco sur les républicains espagnols en 1939, de nombreux combattants, avec ceux qui craignaient les représailles franquistes, fuirent vers la France. Le gouvernement d'Édouard Daladier construisit plusieurs camps pour accueillir les réfugiés. Gurs fut le plus important d'entre eux, érigé à proximité de la ville du même nom, dans le département des Basses-Pyrénées (actuelles Pyrénées-Atlantiques), à 84 kilomètres à l'est de l'océan Atlantique et 34 kilomètres au nord de la frontière espagnole.

On choisit pour l'installation du camp une colline allongée, plate à son sommet, argileuse, dont l'utilité pour l'agriculture était pratiquement nulle : terres à maïs et landes à bovins. La construction débuta le 15 mars 1939 et n'était pas achevée à l'arrivée du premier groupe de réfugiés, le 4 avril de la même année.

Les conditions de vie[modifier | modifier le code]

Le camp s’étendait sur 1 400 mètres de long et 200 de large, couvrant une superficie de 28 hectares. Une seule rue le traversait sur sa longueur. De part et d’autre de celle-ci étaient délimitées des parcelles de 200 mètres de long et de 100 de large, appelés îlots, sept d’un côté et six de l’autre. Les parcelles étaient séparées les unes des autres, et de la rue, par des murets qui étaient doubles sur la partie extérieure, formant un chemin emprunté par les gardes.

Chaque parcelle contenait 30 baraques, pour un total de 382[3]. Ce type de baraque avait été inventé par les troupes françaises durant la Première Guerre mondiale ; installées près du front mais abritées de l’intensité des tirs de l’artillerie ennemie, elles étaient destinées à accueillir pour quelques jours les soldats qui arrivaient de l’arrière et qui attendaient leur affectation à la tranchée qu’ils devaient défendre. Elles étaient faites de planches de bois[3] recouvertes de toile imperméabilisée et étaient de construction et de taille identiques. Aucune fenêtre ni ouverture d’aération n’avaient été prévues. Elles ne protégeaient pas du froid et très vite la toile imperméable se détériorait, laissant entrer les eaux de pluie. Il n’y avait pas de meubles et il fallait dormir sur des sacs emplis de paille, jetés à même le sol. Durant les périodes d’occupation maximale du camp, chaque baraque accueillit jusqu’à 60 personnes.

Camp de Gurs - Horror.

La nourriture était rare et de mauvaise qualité ; il n’y avait pas de sanitaires, d’eau courante, ni d’hygiène, dans les barraques. Le camp ne disposait pas de drainage. La zone, à cause de la proximité de l’océan atlantique, est souvent arrosée par la pluie, ce qui fait que le terrain argileux, à l’exception des mois d’été, était un bourbier permanent. Les détenus, avec les quelques cailloux qu’ils pouvaient trouver, essayaient tant bien que mal d’empierrer les chemins pour résoudre le problème de la boue. Des arbustes qui avaient été dépouillés de leurs épines avaient été disposés pour faciliter le passage des personnes entre les baraques et les latrines.

Dans chaque îlot il existait des lavabos rudimentaires, semblables aux abreuvoirs utilisés pour les animaux, et une plate-forme de 2 mètres de haut, à laquelle on accédait par un escalier et sur laquelle étaient construites les latrines. Sous la plate-forme, des grands réservoirs recueillaient les excréments. Une fois pleins, ils étaient transportés en charrette à l’extérieur du camp. Les clôtures s’élevaient à 2 mètres de haut, n’étaient pas électrifiées, ni jalonnées de tours de garde avec des sentinelles dirigeant leurs mitraillettes sur les détenus. L’ambiance était radicalement différente de celle des camps de concentration et il n’y eu ni exécution ni sadisme de la part des gardes.

Fuir du camp n’était pas difficile : les clôtures n’étaient pas très solides et la surveillance n’était pas très sévère. Mais mal vêtues, sans argent ni connaissance de la langue du pays, les personnes qui fuyaient étaient vite rattrapées et renvoyées au camp. À leur retour, elles étaient internées dans un îlot surnommé l’îlot des « révoltés ». En cas de récidive, elles étaient envoyées dans un autre camp. Mais lorsqu’une aide extérieure était possible, la fuite, en Espagne ou dans une cache sur le sol français, pouvait réussir. Ils furent 755 dans ce cas.

Autour du camp, des dépendances destinées à l’administration et au corps de garde avaient été érigées. L’administration et la garde du camp dépendirent de l’autorité militaire jusqu’à l’automne 1940, puis passèrent sous l’autorité civile à l’avènement du régime de Vichy.

Les organisations humanitaires[modifier | modifier le code]

À partir du 20 décembre 1940, différentes organisations de secours purent apporter leur aide : en plus du gouvernement basque en exil, des postes du Secours suisse s’installèrent à Gurs, ainsi que des organisations juives françaises tolérées par le régime de Vichy et des organisations protestantes comme les Quakers, la Cimade et le YMCA.

Bien que le camp fût situé dans une zone où les habitants étaient dans leur grand majorité catholiques, la présence de nombreux combattants républicains de la Guerre d'Espagne et de nombreux communistes hostiles au clergé fit qu'aucune organisation catholique n’offrit d’aide aux prisonniers.

Le 15 février 1941, vint s’ajouter l’Œuvre de secours aux enfants (organisation juive), qui installa un dispensaire médical et obtint du gouvernement de Vichy la permission de faire sortir de Gurs de nombreux enfants, qu’elle plaçait dans des foyers répartis sur toute la France.

Les détenus[modifier | modifier le code]

En provenance d'Espagne[modifier | modifier le code]

Les réfugiés en provenance d’Espagne[3] furent répartis en quatre groupes portant des noms français.

Brigadistes : soldats volontaires ou mercenaires, en général originaires d'Europe centrale (Russie, d'Allemagne, des Pays baltes, d'Autriche, de Tchécoslovaquieetc.) venus soutenir les républicains en Espagne dans les Brigades internationales. De par leurs pays d’origine il ne leur était pas possible de retourner chez eux. Beaucoup parviennent à s’enfuir et la majorité finit pas s’engager dans la Légion étrangère française.

Basques : il s’agissait de gudaris (basques nationalistes)[4], qui avaient pu sortir de l’encerclement de Santander et qui, transportés par mer vers la zone républicaine, avaient continué la lutte de l’extérieur. Du fait de la proximité de Gurs de leur terre d’origine, ils parvinrent presque tous à obtenir des soutiens qui leur permirent de quitter le camp et de trouver travail et refuge en France.

Aviateurs : ils étaient membres du personnel à terre de l’aviation républicaine. En tant que mécaniciens, il leur fut aisé de trouver des entreprises françaises qui, leur donnant du travail, leur permirent de quitter le camp.

Espagnols : c’étaient surtout des paysans ou des personnes peu qualifiées professionnellement. Ils n’avaient personne en France qui eût pu s’intéresser à eux. Représentant une charge pour le gouvernement français, une campagne de harcèlement , en accord avec le gouvernement franquiste, est menée pour qu’ils soient rapatriés en Espagne. Certaines sources indiquent que la grande majorité d’entre eux fut transférée à Irun et livrée aux autorités franquistes, d’où ils étaient envoyés au camp de Miranda de Ebro afin d’être « normalisés » politiquement. Le sénateur radical Léon Bérard (des Basses-Pyrénées) fut notamment l'initiateur de cette politique de transfert/rapatriation[5], Cette collaboration dans la "gestion" des réfugiés alla même jusqu'à permettre la visite du camp de Gurs par le général franquiste José Solchaga Zala pourtant connu pour ses crimes de guerre.

De 1939 à l’automne 1940, c’est la langue espagnole qui dominait dans le camp. Les détenus créèrent un orchestre et aménagèrent un terrain de sports. Le 14 juillet 1939, fête nationale française, les 17 000 internés d’origine espagnole défilèrent martialement sur le terrain de sports et chantèrent La Marseillaise, et offrirent des démonstrations de sport, et des concerts vocaux et instrumentaux.

Les Allemands des Brigades internationales éditèrent un journal qui parut sous le nom de Lagerstimme K.Z. Gurs, et connut plus de 100 numéros. Les habitants des environs pouvaient approcher le camp et vendre des produits alimentaires aux internés. Pendant quelque temps, le commandant du camp autorisa quelques-unes des femmes du camp à louer une charrette à cheval et les laissa sortir du camp pour acheter des provisions à des coûts moins élevés. Un service de courrier fonctionnait et, bien que de façon très occasionnelle, les visites étaient autorisées.

En provenance de France[modifier | modifier le code]

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement d'Édouard Daladier, puis le régime de Vichy utilisèrent le camp pour des prisonniers de droit commun, pour des « indésirables », puis après l'armistice du 22 juin 1940 pour des familles juives venues des zones occupées par l'Allemagne.

Dans une récente étude, le chercheur Jacky Tronel révèle aussi que le camp fut aussi la prison militaire de Paris repliée[3].

Des Allemands qui se trouvaient en France, quelle que soit leur origine ou tendance politique, en tant que citoyens étrangers d’une nation ennemie. Parmi ceux-ci se trouvait un nombre important de juifs allemands qui avaient précisément fui le régime nazi, comme par exemple Hannah Arendt, réfugiée en France en 1933 et internée au camp de Gurs en mai 1940[6].

Des militants français de gauche (syndicalistes, socialistes, anarchistes et surtout communistes), jugés dangereux depuis le Pacte germano-soviétique. Les premiers d’entre eux arrivèrent le 21 juin 1940 et la majorité d’entre eux fut réaffectée dans d’autres camps avant la fin de la même année.

Des pacifistes qui refusaient de travailler dans l’industrie de l’armement de guerre.

Des représentants de l'extrême droite française qui sympathisaient avec l'armée allemande ou l'idéologie nazie.

Avec la signature de l’armistice du 22 juin 1940 entre la France et l’Allemagne, la région où se situait le camp faisait partie de la zone libre administrée par le régime de Vichy, et le camp passe sous autorité civile.

Le commandant militaire qui avait été nommé par le précédent gouvernement, avant de transmettre l’autorité, brûla les archives et laissa les détenus républicains espagnols s'échapper et disparaître parmi la population française. D’un autre côté, une fois les archives brûlées, de nombreux ex-détenus eurent de grandes difficultés à la fin de la guerre pour obtenir des compensations qui leur étaient dues pour avoir été internés.

Sept cents de ces prisonniers, retenus en raison de leur nationalité ou de leurs affinités avec le régime nazi, furent libérés entre le 21 août – date d’arrivée à Gurs de la commission d’inspection envoyée par le gouvernement allemand – et octobre.

En provenance de Belgique[modifier | modifier le code]

Juifs : à partir du 10 mai 1940[7], cinquante convois de familles, pour la plupart juives, déportées vers la France par les Allemands après l'occupation de la Belgique.

En provenance des Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Le premier contingent arriva à Gurs le 21 mai 1940, onze jours après que le gouvernement allemand eut débuté sa campagne occidentale par l’invasion des Pays-Bas.

En provenance d'autres pays occupés par le Reich[modifier | modifier le code]

Des citoyens de pays qui étaient dans l’orbite du Reich, tels que l’Autriche, la Tchécoslovaquie, l’Italie ou la Pologne.

En provenance d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Des juifs allemands déportés par les SS depuis l’Allemagne après l'armistice du 22 juin 1940.

La période la plus pénible du camp se déroula durant octobre 1940. Le Gauleiter Wagner (gouverneur) nazi de la région de Baden en Allemagne venait d’être nommé également Gauleiter de la région française voisine, l’Alsace. Il y avait au pays de Bade quelques 7 500 juifs, des femmes pour la plupart, ainsi que des enfants et des personnes âgées, compte tenu que les hommes jeunes ou d’âge moyen s’étaient déjà enfuis d’Allemagne ou avaient disparu dans les camps de concentration nazis.

De ce fait, le Gauleiter eut connaissance par le Gouvernement de Vichy qu'il y avait en zone libre des camps qui pourraient les recevoir, et le 25 octobre 1940, il décida de déporter les juifs de Baden (entre 6 500 et 7 500 suivant les sources) à Gurs durant une opération appelée « opération Burckel », les maintenant sous l’administration française. Les conditions de vie étaient très difficiles et durant l’année où ils demeurèrent au camp, plus d’un millier d’entre eux décédèrent, victimes de maladies, plus particulièrement du typhus et de la dysenterie.

Parmi ceux qui arrivèrent au camp, 700 environ purent s’enfuir vers l'Espagne pour rejoindre l'Afrique du Nord ou les États-Unis, et près de 2 000 obtinrent finalement des visas qui leur permirent d’émigrer régulièrement vers d'autres pays.

Parmi ceux qui restèrent, plusieurs milliers, les hommes en meilleure condition physique furent incorporés aux bataillons de travail français. Parmi eux, Max Dreifuss, originaire d'Eichstetten, laissa un témoignage après son arrivée en Uruguay[8].

La déportation des juifs allemands à Gurs en octobre 1940 constitue un cas unique. D’un côté, il s’agit de l’unique déportation de juifs réalisée vers l’Ouest de l’Allemagne par le régime nazi. De l’autre, la conférence de Wannsee qui précisa le programme d’extermination, se tint en janvier 1942.

Les déportations vers l'Est[modifier | modifier le code]

Lors de son inspection du camp de Gurs, le capitaine SS Theodor Dannecker ordonna le 18 juillet 1942 que les juifs soient transférés vers l’est de l’Europe. Entre le 6 août 1942 et le 3 mars 1943, les 3 907 juifs qui se trouvaient à Gurs furent envoyés par convois au camp de Drancy, près de Paris, et de là, déportés en six convois en Pologne au camp d'Auschwitz où ils furent presque tous exterminés.

Fermeture puis réouverture du camp à la Libération[modifier | modifier le code]

Les autorités de Vichy ferment le camp en novembre 1943.

À la Libération, lorsque les Allemands se retirent de la zone, devant les progrès des Alliés en France, les nouveaux responsables français internèrent à Gurs des personnes accusées de collaboration avec les occupants allemands. Il y eut également des Espagnols qui ayant trouvé refuge en France et lutté dans la Résistance française contre l’occupation allemande, prétendaient alors ouvrir un conflit armé sur la frontière franco-espagnole. Comme la France ne souhaitait pas entrer en conflit avec Franco, on retrouva durant une période courte de tels Espagnols internés à Gurs. Il y eut aussi de façon brève des prisonniers de guerre allemands.

Le démantèlement[modifier | modifier le code]

Le camp fut démantelé en 1946, et tomba dans l’oubli. La colline s’est petit à petit recouverte d’une végétation qui ne peut toujours pas absorber les eaux qui coulent de la terre argileuse. On peut voir quelques-unes des pierres qui formaient les chemins et les bases des baraquements, et que durant certains étés des groupes de jeunes extraient pour mettre en évidence la misère dans laquelle près de 64 000 personnes durent vivre à l’une ou l’autre époque du camp.

Le camp de Gurs aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Dans le camp, il existe une reconstitution d’un symbole de section triangulaire, fait de planches de bois recouvertes de carton imperméabilisé, témoignage de ces centaines de toits identiques à ce modèle qui furent les abris de ces prisonniers. Des monuments rappellent le camp des gursiens comme étaient surnommés les prisonniers par les habitants des villages proches, et comme les prisonniers eux-mêmes finirent par s’appeler.

Depuis 1985, il existe dans le camp un mémorial des combattants de la guerre civile espagnole internés, et dans le cimetière un espace séparé leur a été attribué. En 2000, le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge rénova en profondeur le cimetière.

Une base de données sur 1939-1945[9] recense 1 017 noms de victimes décédées à Gurs, essentiellement des juifs de Bade et du Palatinat.

L'association et l'Appel de Gurs[modifier | modifier le code]

En 1979, au moment de commémorer le 40e anniversaire de la création du camp, des jeunes de la région commencèrent à redonner vie à l’histoire du camp oublié durant des conférences auxquelles ils invitèrent d’anciens internés. Le mouvement trouva écho dans la presse française, allemande et espagnole ; en conséquence l’année suivante se réunit à Gurs les 20 et 21 juin une centaine d’anciens détenus, en provenance de nombreux pays, ainsi que des personnes qui avaient appartenu à la Résistance française ou des survivants de camps d’extermination, donnant naissance à l’association l’Amicale de Gurs. Ils élaborèrent l’appel de Gurs, duquel ressortent des mots comme : « Gurs, symbole du combat et de la souffrance des peuples de l’Europe [...] Gurs, camp de concentration, appel à la vigilance, à l’union, à l’action pour que l’homme puisse vivre libre et digne. »

Depuis cette date on célèbre à Gurs une commémoration à laquelle participent des organisations juives, des représentants de Baden, des ex-détenus ou leurs familles, et des personnes de nombreuses autres nationalités qui veulent manifester par leur présence l’obligation, qui doit passer de génération en génération, de ne pas oublier les actes criminels des régimes qui dévastèrent l’Europe durant le XXe siècle.

Le cimetière[modifier | modifier le code]

Camp de Gurs - Cimetière juif.

La végétation rustique qui cache le camp qui fut occupé par les « îlots » contraste avec la tranquillité du grand cimetière juif protégé et joliment entretenu par les villes allemandes d’où provenaient les juifs allemands déportés.

L’association française des communautés juives des Basses-Pyrénées, qui après la Libération de 1944 prit en charge l’entretien du cimetière, érigea un monument à la mémoire des victimes. Mais le cimetière devint d’année en année un peu plus oublié. Le maire de Karlsruhe, mis au courant de cet état de fait en 1957, prit l’initiative de faire prendre en charge par sa commune la conservation du cimetière, avec l’appui des associations juives de Baden.

Il prit contact, afin qu’elles participent au projet, avec les localités de Baden d’où des juifs avaient été déportés vers Gurs. L’État français à son tour fit don du cimetière pour une durée de 99 ans à une instance supérieure des associations juives de Baden. Restauré, le cimetière fut rouvert le 26 mars 1963. Les villes allemandes de Karlsruhe, Fribourg, Mannheim, Heidelberg, Pforzheim, Constance et Weinheim assurent la survie économique du cimetière.

Roman sur le camp de Gurs[modifier | modifier le code]

  • Eric Mailharrancin Des barbelés français, éditions Elkar, 2013

Citation[modifier | modifier le code]

«  Gurs, une drôle de syllabe,
comme un sanglot
qui ne sort pas de la gorge. »

— Louis Aragon

«  Gurs, una extraña sílaba,
como un sollozo
que no consigue salir de la garganta. »

Les statistiques du camp de Gurs[modifier | modifier le code]

Réfugiés en provenance d'Espagne
(du 5 avril au 31 août 1939)
Basques 6 555
Brigadistes 6 808
Aviateurs 5 397
Espagnols 5 760
Total 24 520
Autres
(du 1er septembre au 30 avril 1940)
Total 2 820
Indésirables
(du 1er mai au 24 octobre 1940)
Espagnols 3 695
Allemands et Autrichiens 9 771
Français 1 329
Total 14 795
Internés sous la loi anti-juifs
(du 25 octobre 1940 au 31 octobre 1943)
Allemands de Baden 6 538
En provenance du camp de Cyprien 3 870
Espagnols 1 515
Autres 6 262
Total 18 185
Derniers internés sous le gouvernement de Vichy
(du 9 avril 1944 au 29 août 1944)
Total 229
Internés après la Libération
(du 30 août 1944 au 31 décembre 1945)
Prisonniers de guerre allemands 310
Espagnols anti-franquistes 1 475
Collaborateurs avec l'occupant allemand 1.585
Total 3 370
Résumé
Total avant la Libération 60 559
Total après la Libération 3 370
Total des personnes internées (1939-1945) 63 929

Quelques détenus célèbres[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Camp de Gurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Accès au camp de Gurs » – Localisation du camp de Gurs.
  2. Opération nommée en Allemagne : « Wagner-Bürckel-Aktion ».
  3. a, b, c et d J. Tronel, « Les îlots du camp de Gurs : prison militaire de Paris repliée », Arkheia, no 21, Montauban, 2009.
  4. Gudari, mot basque, qui signifie soldat ou guerrier, de guda (guerre) et du suffixe -ari, qui indique l'occupation. Les gudaris étaient les membres de l'armée basque (Eusko Gudarostea) durant la guerre civile espagnole. Les membres d'ETA sont également parfois appelés gudaris.
  5. Louis STEIN, Par delà l'exil et la mort Editions Mazarine 1981, p. 117
  6. Camp dont elle parvint à s'enfuir avant de rejoindre les États-Unis via le Portugal.
  7. Traces & empreintes, « Les arrestations du 10 mai 1940 », sur le site jewishtraces.org.
  8. Témoignage de Max Dreifuss.
  9. Traces & empreintes, sur le site exilordinaire.org.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Benito Bermejo, Sandra Checa, Libro Memorial – Españoles deportados a los campos nazis (1940–1945), Subdirección General de Archivos Estatales, Ministerio de Cultura, édition Lunwerg, 2006 (ISBN 978-84-8181-290-9) (Contiene 8 700 registros de presos españoles en campos de concentración e incluye el nombre y apellidos, lugar de nacimiento, fecha de nacimiento, número de prisionero, fecha de la deportación, campo de cautiverio, número de la primera matrícula de ingreso, los traslados con sus correspondientes matrículas y las tres iniciales de su destino (Fallecido, Liberado o Evadido).
  • Martine Chéniaux et Joseph Miqueu Le camp de Gurs (1939-1945) un ensemble de témoignages, dont celui d’Hanna Schramm. 638 p. Édition Cercle Historique de l’Arribère Navarrenx 2009.
  • Claude Laharie (préface Arthur London) Le camp de Gurs, 1939-1945, un aspect méconnu de l’histoire de Vichy, Société Atlantique d’Impression, J&D Éditions, 1993 (ISBN 2-84127-000-9).
  • Claude Laharie, Jacques Abauzit, Jean-François Vergez, (préface Robert Badinter), Gurs – 1939-1945 – Un camp d'internement en Béarn, éd. Atlantica, Biarritz, 2005 (ISBN 2-84394-783-9) (synthèse de 77 pages illustrées).
  • Claude Laharie (préface Serge Klarsfeld) Gurs – L'art derrière les barbelés (1939-1944), éd. Atlantica, Biarritz, 2008 (ISBN 978-2-7588-0079-8).
  • Edwin M. Landau und Samuel Schmitt Lager in Frankreich. Überlebende und ihre Freunde. Zeugnisse der Emigration, Internierung und Deportation, Verlagsbüro v. Brandt, Mannheim 1991, ISBN 3-926260-15-7.
  • (de) Max Lingner, Gurs. Bericht und Aufruf. Zeichnungen aus einem französischen Internierungslager 1941, Dietz Verlag,‎ 1982 (ISBN 3876827574).
  • Maurice Meier (préface Franck Marché), Lettres à mon fils – Gurs 1940-1942, 1946, titre original: Briefe an meinen Sohn., Neuauflage Ettenheim 2000; trad. Henri Vinet; nouvelle édition complétée par Robert Krais et Frank Marché, 2004, 202 p. (ISBN 2-9522663-0-1).
  • Jeanne Merle d'Aubigné, «Gurs, la faim, l'attente» in Jeanne Merle d'Aubigné, Violette Mouchon, Émile C. Fabre, Les Clandestins de Dieu. Cimade 1939-1945, Paris, Fayard, 1968 (Rééd. Labor et Fides, Genève, 1989), p. 61-75
  • (de) Gabrielle Mittag, Es gibt Verdammte nur in Gurs, Attempto Verlag,‎ 1996 (ISBN 3893082336).
  • L. Petersen, Les oubliées de la première rafle du Vel'd'hiv, 2007 (ISBN 2847241744).
  • Hanna Schramm et Barbara Vormeier, Vivre à Gurs – Un camp de concentration français 1940-1941, Maspero,‎ 1979 (ISBN 2707110701).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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