Gilles Jacob

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Gilles Jacob

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Gilles Jacob, entre Thierry Frémaux, et Véronique Cayla au festival de Cannes 2009.

Nom de naissance Gilbert Jacob
Naissance 22 juin 1930 (84 ans)
Paris dans le 17e arrondi
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession critique
essayiste
réalisateur
personnalité du monde du cinéma
Activité principale Président du Festival de Cannes de 2001 à 2014

Compléments

Gilbert Jacob dit Gilles Jacob, né le 22 juin 1930 dans le 17e arrondissement de Paris, est un critique, essayiste, réalisateur et personnalité française du monde du cinéma. D'abord délégué général du Festival de Cannes en 1978, il en est président de 2001 à 2014.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Gilles Jacob est issu d'une famille juive bourgeoise. Son père André Jacob dirige la maison de négoce en biens immobiliers « Auguste Jacob & Fils », sa mère est la fille de Lambert Levy, directeur général de la Compagnie « Est-Lumière », ancêtre de la Compagnie parisienne de distribution d'électricité[1].

Élève au lycée Carnot[2], Gilles Jacob et sa famille sont contraints, du fait de leur origine juive, de fuir Paris au début de la Seconde Guerre mondiale. Son père, capitaine d'artillerie, est fait prisonnier de guerre et est interné en Allemagne en 1939. D'abord réfugié avec sa mère et son frère Jean-Claude à Vichy puis à Nice-Cimiez jusqu'en 1942, où la Gestapo manque de peu de l'arrêter, le jeune Gilles Jacob est emmené par une chaîne de résistants pour être caché pendant toute la guerre dans le séminaire d'Assomptionnistes de Miribel-les-Échelles en Isère. Il y échappe à une arrestation de l'armée allemande en se cachant derrière l'harmonium de la chapelle, scène que Louis Malle met en image, quarante ans plus tard, dans Au revoir les enfants[3].

À la Libération, il revient à Paris pour entrer en seconde au lycée Louis-le-Grand. Il compte parmi ses camarades Claude Chabrol, fréquente assidument les salles de cinéma, et notamment la Cinémathèque française de la rue d'Ulm. Encore étudiant, il crée en 1949 une revue de cinéma, Raccords, et publie notamment un des premiers articles de François Truffaut[3].

Débuts professionnels et cinéma[modifier | modifier le code]

Après une hypokhâgne et une khâgne à Louis-le-Grand, et un stage à la banque Jordaan, à Paris, il entre, en 1950, dans l'entreprise familiale à Courbevoie : les établissements Elwor qui représentent en France la Toledo Scale Company, entreprise américaine d'instruments de pesage[3].

Il ne quitte pas pour autant le monde cinématographique et littéraire : publié en 1964 après la rencontre de cinéastes lors d'un voyage aux États-Unis, son essai Le Cinéma moderne, qui lui permet d'assister à son premier festival de Cannes la même année[4] et d'écrire des critiques pour Cinéma entre 1964 et 1968 et Les Nouvelles littéraires de 1968 à 1971[2], pour lequel il « couvre », notamment, Mai 68 au festival de Cannes.

En 1972, tout en poursuivant son travail à la Toledo Scale (il en est, à présent, le secrétaire général), il est engagé à L'Express comme critique cinématographique sur invitation de Pierre Billard, rédacteur en chef et devient secrétaire général adjoint de l'Association française de la critique de cinéma et de télévision en 1973[2]. Sévère envers Le Cinéma de papa de Claude Berri, pour son premier papier, élogieux pour les premiers films de Woody Allen, il est contraint de quitter L'Express quatre ans plus tard, en 1975, après avoir sévèrement critiqué Histoire d'O, film soutenu par Jean-Jacques Servan-Schreiber. De cet épisode, il tire avec son fils un scénario, mis à l'écran et joué en 1984 par Francis Perrin sous le titre Ça n'arrive qu'à moi[5].

En 1976, il quitte Elwor, repris par Toledo Scale. Il présente et coproduit ensuite l'émission Le Masque et la Plume au côté de François-Régis Bastide sur FR3[2], en même temps qu'il est embauché par Robert Favre Le Bret, président du festival de Cannes, comme adjoint du délégué général du Festival, Maurice Bessy[3].

Le festival de Cannes[modifier | modifier le code]

Sur proposition de Michel d'Ornano, ministre de la Culture, il est élu le 30 septembre 1977, délégué général du Festival, chargé de voir des milliers de films et de choisir les candidats à la palme d'or[3]. Sans se soucier des risques diplomatiques, au nom de la liberté d'expression, il diffuse en 1978 comme « film surprise » L'Homme de marbre[6], film du Polonais Andrzej Wajda, censuré dans son pays, car critique vis-à-vis du régime en place[4]. Puis, pour sa deuxième sélection, il présente en 1979 Apocalypse Now, Le Tambour, Hair, Prova d'orchestra et Le Grand Embouteillage. Durant un quart de siècle, avec Robert Favre le Bret puis Pierre Viot comme présidents, il ouvre Cannes aux cinématographies du monde entier, et choisit de mettre en avant les réalisateurs et les acteurs plutôt que les producteurs et les décideurs politiques[3]. Désirant faire de Cannes une vitrine pour une nouvelle génération de cinéastes, il crée en 1978 le prix de la Caméra d'or, qui récompense un premier film, et la section Un certain regard, qui présente une sélection alternative. Il fonde, en 1991, les Leçons de cinéma et, en 1998, la Cinéfondation, pour des films d'étudiants que sélectionne son fils Laurent[5].

Il transforme le festival de Cannes, en mettant en scène une manifestation médiatique et internationale, qui devient le plus gros événement artistique mondial. Il fait bâtir un nouveau palais des festivals critiqué, surnommé « le bunker », favorise la présence des médias et négocie la diffusion des cérémonies par Canal+ en 1986. Derrière la fête médiatique, il en fait aussi un rendez-vous économique incontournable du secteur avec le développement du marché du film. Il dote l'institution d'un budget de 20 millions d'euros, financé pour moitié par un club de partenaires du secteur privé (Canal+, L'Oréal, Renault, Chopard, Air France…), et qui permet d'accéder à une indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Une indépendance que Gilles Jacob prend soin également de cultiver à l'égard des pressions des professionnels du cinéma[5]. À partir du début des années 2000, il organise aussi des hommages et rétrospectives[4] ainsi que des leçons de cinéma.

En 2001, il est élu à la présidence du festival de Cannes. Laissant la charge de la sélection, à partir de 2004, à Thierry Frémaux, qui lui succède comme délégué artistique, il garde un rôle primordial dans la direction du festival, fixant la ligne éditoriale et s'occupant des relations avec les partenaires privés et les institutions publiques[7].

Personnalité respectée du cinéma français, Gilles Jacob préside le prix Louis-Delluc depuis 1993, et siège aux conseils d'administration de la Sept Cinéma, depuis 1992, et de la Bifi, depuis 1996. Il a également été administrateur de Films A2, entre 1980 et 1992, et a dirigé la collection La Bibliothèque du cinéma chez Hatier, entre 1979 et 1992[2]. En 2002, il est nommé vice-président du conseil de surveillance de Canal +, mais doit renoncer à ce poste face à la polémique créée par le risque de conflit entre le monde du cinéma français et la chaîne, premier diffuseur et producteur télévisuel de films[5].

Au cinéma, il joue son propre rôle dans les films Grosse Fatigue de Michel Blanc, en 1994, et Femme fatale de Brian De Palma, en 2002. Documentariste, il a réalisé ou produit un grand nombre de films de montage soit sur l'histoire du festival de Cannes, soit sur de grandes actrices qu'il affectionne. Il est l'interprète du film de Serge Le Peron Gilles Jacob, l'arpenteur de la Croisette, coproduit en 2010 par l'INA, Canal + et Arte.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • 1964 : Le Cinéma moderne (essai), Serdoc
  • 1969 : Un jour, une mouette (roman), Grasset
  • 1988 : Correspondance de François Truffaut (avec Claude de Givray), 5 Continents
  • 1992 : Les Visiteurs de Cannes, Hatier
  • 1997 : Une histoire du cinéma moderne, Ramsay
  • 2007 : Ballaciner, essai de Jean-Marie Le Clézio (collaboration)
  • 2009 : La vie passera comme un rêve (souvenirs), Robert Laffont
  • 2010 : Livre d'or (photos), Le Seuil
  • 2013 : Les Pas perdus, Flammarion

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

  • 2007 :
  • 2009 : Femmes au miroir, commande du festival de Rome
  • 2010 : Ni vu, ni connu, ou comment j'ai photographié Tim Burton sans qu'il s'en aperçoive

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Séguret, « Gilles Jacob, 70 ans, délégué général du Festival de Cannes depuis 1978, passe les rênes et prend le titre de président », sur Libération,‎ 7 mai 2001
  2. a, b, c, d et e Notice biographique, Who's Who in France, 2008
  3. a, b, c, d, e et f Nicole Vulser, « Gilles Jacob, le commandeur de Cannes », Le Monde du 14 mai 2008.
  4. a, b et c Bernard Génin, « Gilles Jacob : "Citizen Cannes" », Label France no 68, 3e trimestre 2007.
  5. a, b, c et d Thierry Gandillot, « Intègre - Gilles Jacob, président du festival de Cannes », Challenges, 17 mai 2007.
  6. Il passe le film en France en le cachant sous un faux titre dans des boîtes de bobines.
  7. Jérôme Garcin, « La sentinelle mondiale », Le Nouvel Observateur no 2009, 8 mai 2003.
  8. [1]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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