Gilles Jacob
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Gilles Jacob, né le 22 juin 1930 dans le 17e arrondissement de Paris est un critique, un réalisateur et une personnalité française du monde du cinéma.
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[modifier] Biographie
Élève au lycée Carnot[1], Gilles Jacob et sa famille sont contraints, du fait de leur origine juive, de fuir Paris au début de la Seconde Guerre mondiale. D'abord caché dans un séminaire en Isère, il échappe à une arrestation en se cachant derrière l'harmonium de l'église, scène que Louis Malle met en image quarante ans plus tard dans Au revoir les enfants[2].
Installé à Nice jusqu'à la Libération, il revient à Paris pour entrer en seconde au lycée Louis-le-Grand. Il compte parmi ses camarades Claude Chabrol, fréquente assidument les salles de cinéma, et notamment la Cinémathèque française de la rue d'Ulm. Encore étudiant, il crée en 1949 une revue de cinéma, Raccords, et publie les premiers articles de François Truffaut[2].
En 1950, il prend la direction de l'entreprise de son père à Courbevoie, représentant en France de la Toledo Scale Company, entreprise américaine d'instruments de pesage[2].
Il ne quitte pas pour autant le monde cinématographique et littéraire : publié en 1964 après la rencontre de cinéastes lors d'un voyage aux États-Unis, son essai Le Cinéma moderne, qui lui permet d'assister à son premier Festival de Cannes la même année[3] et d'écrire des critiques pour Cinéma 64 entre 1964 et 1967 et Les Nouvelles littéraires de 1968 à 1971[1].
Riche du rachat de l'entreprise familiale par les Américains en 1970, il intègre l'année suivante L'Express sur invitation de Pierre Billard, comme critique cinéma[4] et est secrétaire général adjoint de l'Association française de la critique de cinéma et de télévision en 1973[1]. Sévère envers Le Cinéma de papa de Claude Berri, pour son premier papier, élogieux pour les premiers films de Woody Allen, il est contraint de quitter L'Express en 1975 après avoir jugé négativement Histoire d'O, film soutenu par Jean-Jacques Servan-Schreiber. De cet épisode, il tire avec son fils un scénario, mis à l'écran et joué en 1984 par Francis Perrin sous le titre Ça n'arrive qu'à moi[4].
Il présente et coproduit alors l'émission Le Masque et la Plume aux côtés de François-Régis Bastide sur FR3[1], puis est embauché en 1976 par Robert Favre Le Bret, comme adjoint du délégué général du Festival, Maurice Bessy[2].
Sur proposition de Michel d'Ornano, ministre de la Culture, il est élu le 30 septembre 1977, délégué général du Festival de Cannes, chargé de voir des milliers de films et choisir les candidats à la Palme d'Or[2]. Sans se soucier des risques diplomatiques, au nom de la liberté d'expression, il diffuse en 1968 comme « film surprise » L'Homme de marbre, film du polonais Andrzej Wajda, censuré dans son pays, car critique vis-à-vis du régime socialiste, passé en France en le cachant sous un faux titre dans des boîtes[3]. Puis, pour sa première sélection, il présente en 1979 Apocalypse Now, Le Tambour, Hair, Prova d'orchestra et Le Grand Embouteillage. Durant un quart de siècle, avec Pierre Viot comme président, il ouvre Cannes aux cinématographies du monde entier, et choisi de mettre en avant les acteurs et les réalisateurs plutôt que les producteurs et les décideurs politiques[2]. Désirant faire de Cannes une vitrine pour une nouvelle génération de cinéastes, il crée en 1978 le prix de la Caméra d'or, qui récompense un premier film, et la section Un Certain Regard, qui présente une sélection alternative. Plus tard, il fonde également les Leçons de cinéma en 1991, et la Cinéfondation en 1998, que préside son fils Laurent[4].
Il transforme le festival de Cannes, en mettant en scène une manifestation médiatique et internationale, qui devient le plus gros événement artistique mondial. Il fait bâtir un nouveau palais des festivals critiqué, surnommé « le Bunker », favorise la présence des médias et négocie la diffusion des cérémonies par Canal + en 1986. Derrière la fête médiatique, il en fait aussi un rendez-vous économique incontournable du secteur avec le développement du marché du film. Il dote l'institution d'un budget de 20 millions d'euros, dont le financement pour moitié par le secteur privé (Canal +, L'Oréal, Renault, Chopard, Air France…) permet d'accéder à une indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Une indépendance que Gilles Jacob prend soin de cultiver également à l'égard des pressions des professionnels du cinéma[4]. À partir du début des années 2000, il organise également des hommages et rétrospectives[3].
En 2001, il est élu à la présidence du festival de Cannes. Laissant la charge de la sélection à Thierry Frémaux, qui lui succède comme délégué artistique, il garde un rôle primordial dans la direction du festival, fixant la ligne éditoriale et s'occupant des relations avec les partenaires privées et les institutions publiques[5].
Personnalité respectée du cinéma français, il préside le Prix Louis Delluc depuis 1993, et siège aux conseils d'administration de la Sept Cinéma depuis 1992 et de la Bifi depuis 1996. Il a également été administrateur de Films A2 entre 1980 et 1992, et a dirigé la collection « La Bibliothèque du cinéma » chez Hatier entre 1979 et 1992[1]. En 2002, il est nommé vice-président du conseil de surveillance de Canal +, mais doit renoncer à ce poste face à la polémique créée par le risque de conflit entre le monde du cinéma français et la chaîne, premier diffuseur et producteur télévisuel de films[4]. Il joue également son propre rôle dans les films Grosse Fatigue de Michel Blanc en 1994, et Femme fatale de Brian de Palma en 2002.
Il a également collaboré à l'essai Ballaciner de Jean-Marie Le Clézio paru en 2007.
[modifier] Honneurs
- Commandeur de la Légion d'honneur
- Commandeur de l'ordre national du Mérite (1999)
- Commandeur des Arts et des Lettres
- Grand officier de l'ordre du Mérite de la République italienne
- Médaille d'or du Mérite européen décernée par l'Union européenne (2009)
[modifier] Œuvres
[modifier] Ouvrages
- Le Cinéma moderne (essai)
- Un jour, une mouette (roman)
- Correspondance de François Truffaut (avec Claude de Givray), 1988
- Les Visiteurs de Cannes, 1992
- La Vie passera comme un rêve, 2009
[modifier] Filmographie
Pour le Festival de Cannes, il coréalise le documentaire Le Cinéma dans les yeux à l'occasion du 40e anniversaire en 1987 et le court-métrage Épreuves d'artistes en 2004, dans lequel il trace le portrait d'une trentaine d'acteurs et de réalisateurs, réalise Histoires de festival en 2002, Les Marches, etc en 2003, Daniel et Maurice, portrait de groupe avec palme en hommage à Maurice Pialat et Daniel Toscan du Plantier en 2003, Pour l'amour de Jeanne consacré à Jeanne Moreau en 2003, Anna Magnani, lupa romana en 2007 et Retour à Tullins-Fures en 2008, et produit les 28 Préludes pour le 50e anniversaire, et Chacun son cinéma en 2007.
[modifier] Notes et références
- ↑ a b c d e Notice biographique, Who's Who in France, 2008
- ↑ a b c d e f Nicole Vulser, « Gilles Jacob, le commandeur de Cannes », Le Monde du 14 mai 2008
- ↑ a b c Bernard Génin, « Gilles Jacob : "Citizen Cannes" », Label France no 68, 3e trimestre 2007
- ↑ a b c d e Thierry Gandillot, « Intègre - Gilles Jacob, président du festival de Cannes », Challenges, 17 mai 2007
- ↑ Jérôme Garcin, « La sentinelle mondiale », Le Nouvel Observateur no 2009, 8 mai 2003

