Saul Friedländer

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Saul Friedländer

Saul Friedländer (né le 11 octobre 1932 à Prague) est un historien israélien spécialiste de la Shoah et du nazisme, auteur de nombreux ouvrages.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né sous le prénom de Pavel (Paul) d'une famille juive parlant allemand. Son père, Hans, qui a combattu dans l'armée austro-hongroise pendant la première guerre mondiale est vice président d'une grande compagnie d'assurance allemande en Tchécoslovaquie. Sa mère, originaire de Rochlitz dans les Sudètes, est la fille d'un ancien instituteur qui a fait fortune dans l'industrie textile. Dans la famille Friedlander tout le monde se sent allemand. La religion est totalement absente de la vie familiale mais sa mère manifeste un certain intérêt pour le sionisme. Quand les Allemands occupent Prague en mars 1939, les parents de Pavel décident de quitter la Tchécoslovaquie mais n'expliquent pas à leur fils qu'ils le font parce qu'ils sont juifs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses parents l'ont caché dans un orphelinat catholique, non loin de la frontière suisse, espérant eux-mêmes trouver refuge dans ce pays neutre ; mais les douaniers suisses les ont refoulés, car à ce moment-là (en 1942) la Suisse n'acceptait les réfugiés juifs que s'il s'agissait de familles avec des enfants en bas âge ou de femmes enceintes ; ayant laissé Pavel derrière eux, les parents Friedländer ne correspondaient pas aux critères d'admission et ils ont été renvoyés en France, puis déportés[1]. Saul Friedländer découvre bien plus tard que les couples avec des enfants de moins de 10 ans pouvaient passer, et que les autres étaient refoulés. Ses parents ne l'avaient pas emmené, pensant que c'était trop dangereux. S'il avait été là, tous auraient été sauvés. Dans l'institution catholique qui le cache, il est, avec l'accord de ses parents, baptisé Paul-Henri; plus tard, catholique par conviction, il se sent quelque temps une vocation de prêtre. Sans nouvelles de ses parents durant plusieurs années, Saul Friedländer aprrend en février 1946 que ses parents disparus pendant la guerre étaient morts en déportation; c'est pour lui le moment que << pour la première fois, je me sentais juif >>. En 1947, il entre en première comme interne au lycée Henri-IV. Il est à la fois sympathisant communiste et militant sioniste dans les Habonim puis dans le Bethar un mouvement lié à l'Irgoun de Begin. Après la proclamation de l'État d'Israël, il décide d'y émigrer. Quand il arrive en Israël, en juin 1948 sur le bateau Altalena, on lui demande s'il a un prénom hébreu. Comme il sait, grâce à son éducation catholique, que Saul, sur le chemin de Damas, était devenu Paul, il choisit Saul comme prénom[2].

Après avoir obtenu un doctorat en Histoire à l'université de Genève, il s'est engagé activement dans les combats du mouvement sioniste en Israël en rejoignant les rangs de l'Irgoun.

Saul Friedländer refoule son histoire jusque dans les années soixante. À cette époque, il découvre un document attestant que le pape, en décembre 1941, avait demandé à l'Opéra de Berlin de venir jouer des extraits de « Parsifal » dans ses appartements du Vatican.[réf. souhaitée] Le choc de cette découverte lui fait revoir son passé. Dès les années 1980, il est devenu un militant de la cause pacifiste et soutient depuis lors le mouvement La Paix maintenant. Il est professeur d'histoire à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) et à l'université de Tel Aviv[3]. Il est aussi connu comme l'un des premiers historiens (avec Léon Poliakov puis Guenter Lewy) à avoir critiqué le pape Pie XII pour son attitude face au nazisme et au sort des Juifs ; ses travaux ont suscité l'intérêt du Vatican qui a, dès lors, cherché à réfuter les travaux des deux historiens, notamment en mettant à la disposition de la recherche historique, certains documents conservés dans ses archives secrètes afin que soit présentée une vision plus complète de la figure du pape[4]. Saul Friedländer reconnaît néanmoins que Pie XII ne fut pas antisémite.

Bien qu'intentionnaliste à la base, Friedländer a conclu de ses recherches qu'Hitler n'avait pas de plan prédéterminé pour exterminer les Juifs avant 1941. Son seul ouvrage biographique suit les efforts d'un Allemand, Kurt Gerstein, qui avait décidé de rejoindre les rangs SS dans le but d'empêcher ou au moins d'avertir le monde de ce qui se tramait sous le nom de code « Solution finale » (Endlösung der Judenfrage) ; les appels de Gerstein ne furent pas entendus et ses actions étaient parfois ambiguës. À la fin de la guerre, Gerstein fut emprisonné par les Français et se suicida. Friedländer a disséqué la position de Gerstein qui fut condamné pour avoir tenté d'agir en opposition à la majorité des « bons Allemands » qui sont restés passifs en attendant la fin de la guerre et de la Shoah. Plus récemment, Friedländer s'est intéressé à la perception de la Shoah et du nazisme que les générations suivantes se construisent en Occident, à travers les travaux des historiens et la mémoire collective[5].

Le 14 octobre 2007, Saul Friedländer a reçu à Francfort le Prix de la paix des libraires allemands 2007, en présence du président allemand Horst Köhler. « Il est clair pour moi que ce prix m'est accordé en grande partie en raison de la thématique de mon travail. C'est pourquoi j'accepte avec une grande humilité cet honneur, dont la signification va bien au-delà de toute prestation individuelle », a-t-il déclaré. Le jury de ce prix a voulu saluer « le conteur épique de l'histoire de la Shoah, de la persécution et de la destruction des Juifs à l'époque de la terreur nazie en Europe[6] ».

Pour The Years of Extermination: Nazi Germany and the Jews, 1939-1945, second volume d'une étude de l'Allemagne nazie, Friedländer a reçu le prix Pulitzer de l'essai[7]. Dans L'Allemagne nazie et les Juifs, qui lui a demandé 16 ans de travail, Saul Friedländer s'efforce d'écrire une histoire globale, où s'entremèlent le mécanisme des bourreaux et la vision des vaincus. Ceci permet à l'historien de se rendre compte que, si les élites savaient ce qui se tramait, les victimes refusaient de comprendre : « Il y a un déni psychologique évident, une incrédulité. L'horreur est là, mais elles continuent de faire des projets, ce qui permet d'expliquer la fameuse « passivité ». »

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Hitler et les États-Unis, Genève, éd. Droz, 1963
  • Pie XII et le Troisième Reich, éd. du Seuil, 1964 (postface d'Alfred Grosser)
  • Kurt Gerstein ou l'ambiguïté du bien, Castermann, Paris, 1967
  • Réflexions sur l'avenir d'Israël, éd. du Seuil, 1969
  • L'Antisémitisme nazi : histoire d'une psychose collective, Paris, Seuil, 1971
  • Histoire et psychanalyse, éd. du Seuil, 1975
  • Quand vient le souvenir, Paris, Seuil, 1978, (ISBN 2020049627).
  • Reflets du nazisme, éd. du Seuil, 1982
  • Visions of apocalypse: end or rebirth ?, Londres-New York, Holmes et Meier, 1985
  • Probing the limits of representation: nazism and the final solution, Cambridge-Londres, Harvard University Press, 1992 (direction)
  • L'Allemagne nazie et les Juifs ; tome 1, Les années de persécution, 1933-1939 Paris, Le Seuil, 1997, rééd. 2008 (ISBN 978-2020970280); Poche: Points histoire, 2012, (ISBN 2757826298)
  • L'Allemagne nazie et les Juifs ; tome 2, Les années d'extermination, 1939-1945, Paris, Le Seuil, 2008 (ISBN 2020970287) (traduits de l'anglais); Poche: Points histoire, 2012, (ISBN 2757826301) .
  • Les Juifs et le XXe siècle : dictionnaire critique, Calmann-Lévy, Paris, 2000, (ISBN 2702128890) (avec Elie Barnavi)
  • Pie XII et le IIIème Reich, éd. du Seuil, rééd, en mars 2010, de l'ouvrage de 1964, augmenté d'une postface (Pie XII et l’Holocauste. Un réexamen), (ISBN 2021002659)
  • Franz Kafka : poète de la honte, Paris, Seuil, 2014

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le récit de son enfance cachée et du sort de ses parents est tiré de La Croix-Rouge sous le IIIe Reich - Histoire d'un échec, documentaire de Christine Rütten, ARTE/HR, Allemagne, 2006 (diffusé sur Arte le 26 septembre 2007).
  2. Toutes ces données biographiques sont décrits dans son autobiographie Quand vient le souvenir... (1978)
  3. Revue de presse sur Saul Friedländer dans Eurotopics.
  4. « Publication : Pacelli, ces documents qui démontent la légende noire », Le monde vu de Rome, 7 juillet 2004.
  5. Steven E. Aschheim, « On Saul Friedländer », History and Memory, Volume 9, Numbers 1 & 2.
  6. Un prestigieux prix allemand pour Saul Friedländer, historien de la Shoah, dépêche AFP du 14 octobre 2007
  7. (en) The Pulitzer Prizes, « The 2008 Pulitzer Prize Winners - General Nonfiction », The Pulitzer Prizes,‎ 2013 (consulté le 14 octobre 2013)

Liens externes[modifier | modifier le code]